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Le contrat d'Aurélie

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Olivier Blandin

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Pour Estelle.

« Si vouloir une sexualité dégagée des silences et des ambiguïtés habituelles traduit la volonté que nos désirs s'accordent harmonieusement et sans domination jusqu'à la jouissance, alors oui, il s'agit de quelque chose de philosophique. »


Cette femme, c'était la « grande classe ».
Inaccessible, bien entendu, et renfermant tous les secrets de la Terre en elle.

Un visage hors normes.
Un regard noisette et étincelant à couper le souffle.
Une fille d'une rare beauté, avec une aura exceptionnelle de calme et de gentillesse.
Digne d'une muse du vingt et unième siècle, pensait-il.

Une authentique source d'inspiration pour l'écrivain en devenir qu'il était.

K n'était pas un séducteur.
Il n'avait pas en lui le goût du challenge, de la compétition, du dépassement aveugle des limites, de la transgression infinie et sans éthique au profit d'une toute-puissante jouissance.
En outre, il ne se sentait pas l'âme d'un libertin.
Il lui eut fallu, pour cela, disposer et jouer de ressources stratégiques conséquentes.
Habituellement, il réglait ses affaires de cœur avec plus de bienveillance et d'altruisme que de stratégie et de calcul.
C'était le sens qu'il donnait à une vie amoureuse assumée et heureuse.

Par ailleurs, il ne savait pas comment aborder la fille qui lui avait tapé dans l’œil. Et cela le peinait beaucoup. Il lui semblait qu'elle était faite pour lui. C'était une certitude intime et douloureuse mais il ne pouvait se résoudre à franchir le cap.
Pensez-vous, une femme avec tant de charme, tant de grâce inspirait naturellement le respect, la politesse et... La distance aimable des gens courtois.

La première fois qu'il la vit, il reçut comme un choc.
C'était comme une aventure au coin de la rue.
Son cœur s'était emballé, ses émotions le submergeaient.
Une boule électrique lui vrillait le ventre.
Il était transi.

Était-ce un pur, un innocent amour, ou un désir brut et sans fards qui le tiraillait ainsi ? Ou bien encore le mélange inextricable, irrémédiable et fatal des deux ? Son esprit ne faisait plus aucune différence entre toutes ces idées qui l'avaient fasciné pendant de longues années de lectures et de découvertes littéraires.
Il était tout bonnement perdu d'amour pour une belle inconnue.

K avait la trentaine bien avancée.
Et, en dépit d'une connaissance livresque des choses que lui reprochaient certains de ses amis pragmatiques, il avait une expérience non négligeable de la vie et de la sensualité. Et pour cause, c'était un jeune homme qui aimait les femmes.
Mais qui, jamais, n'en « collectionnerait » aucune.
Par respect.
Par pudeur.
C'était un homme bon.
Avec un parcours chaotique, cependant.
Une histoire d'homme émaillée, difficile et périlleuse.
Enfant, il s'était très tôt réfugié dans la lecture de livres en tous genres pour échapper à l'alcoolisme et à la violence de sa mère qui ne s'était jamais remise de la mort de son mari. Adolescent, il commença vite à travailler et à assumer une double vie exténuante, aux seules fins de se payer des études de lettres. Son rêve, à l'époque, c'était de devenir écrivain et de produire des romans exceptionnels qui auraient réinventé le monde, l'auraient réenchanté à l'aide de figures emblématiques et qui l'auraient embelli, en définitive, et qui l'auraient grandi.

*

C'était un dimanche d'automne.
Les arbres roux lâchaient, une à une, des feuilles sèches qui venaient recouvrir les trottoirs que le vent balayait à coups de rafales tièdes.
Aurélie marchait lentement.
Elle venait d'assister à une conférence sur les sorcières qui avaient fait légions dans certains villages du département. Le sujet la passionnait mais n'avait pas été traité convenablement, à son goût, par le guide-conférencier, un professeur distingué, pourtant, et réputé pour être consciencieux, honnête et précis.
Pour le coup, elle l'avait trouvé plutôt pédant, hautain et un brin dédaigneux à l'égard de ces femmes, et parfois de ces hommes, qui alimentaient encore de nos jours un mythe bien plus humain qu'il n'y paraissait de prime abord.

Elle descendait la rue de la médiathèque quand quelqu'un, de l'autre côté, la siffla sans gêne. Comme s'il s'agissait là d'attraper au vol une vulgaire pouliche.
-  « Eh ! M'dame ! Vous êtes charmante... »
Je me fous d'être charmante, pensa-t-elle et continua sa route sans lui prêter attention.
Mais le jeune homme courait derrière elle et se rapprochait dangereusement.
-  « Eh ! M'dame ! T'es sourde ou quoi ? J't'ai dit que t'étais charmante... Tu me lâches ton numéro ? »
Il était maintenant à sa hauteur.
C'était un jeune homme sans charme d'au moins dix ans de moins qu'elle.
Il y avait quelque chose d'agressif dans sa voix nasillarde.
Cela ne lui plaisait pas.
De plus, il puait l'alcool.
Et puis, très simplement, elle n'avait pas envie ni d'être séduite, ni d'une présence d'aucune sorte.

Elle était seule et se sentait forte de cette solitude.
Aurélie était une femme indépendante, voilà tout.

- « Laisse-moi tranquille, s'il te plaît, je n'ai pas besoin de compagnie. » lui dit-elle le plus poliment du monde.
- « La p'tite dame n'a pas b'soin de compagnie... Mort de rire ! Va te faire foutre, sale pute ! » lui rétorqua-t-il en lui collant une main au cul.
-  « Au secours ! » cria-t-elle et cela fit son effet.
Le jeune voyou déguerpit en courant, au regard des passants qui s'intéressaient à la scène.

Aurélie resta un instant abasourdie. Le sang lui cognait contre les tempes. Son beau visage s'était empourpré. De rage et de honte. Et comme si l'agression qui venait d'avoir lieue n'avait pas suffit, comme si ce mélange de colère et de brutalité qui l'avait secouée n'était pas assez, des mauvais souvenirs avaient refait surface et elle avait envie de pleurer.
Quand un vieil homme, empreint de bienveillance et visiblement en colère, lui aussi, l'aborda doucement.
- « ça va, mademoiselle ? Qu'est-ce qui s'est passé ? » lui demanda-t-il.
- « Rien. Merci. Ça va aller. Merci. Je... »
Et ils savaient tous les deux qu'il était inutile de voir plus loin.
- « Bien. Bonne journée, mademoiselle. » conclut le vieil homme.
- « Bonne journée. Merci encore. »

Elle retint ses larmes et s'abstint de penser à quoi que soit jusqu'à chez elle.
Là, elle s'assit dans un vieux fauteuil que sa défunte grand-mère lui avait laissé en héritage, plongea son visage dans ses mains et se mit à sangloter, doucement d'abord, puis à chaudes larmes. Par ailleurs, quelque chose lui travaillait le ventre qui tentait de monter dans sa gorge rétrécie par l'angoisse. Un cri venu du plus profond d'elle-même cherchait une issue libératrice. Un cri qu'elle réprima longtemps.
A cause des voisins.
A cause de ce que ce cri libérerait, peut-être, à son tour.
A cause...

Soudain, elle ne tint plus. Elle cria comme une folle et cela lui fit du bien.
Mais elle savait également pourquoi elle criait comme une folle.
Quelque chose d'enfoui, d'oublié, d'éteint, remontait à la surface.
Sa conscience enflait comme un fleuve que des affluents de sentiments intenses et de souvenirs gris venaient nourrir à chaque seconde.

Rage.
Colère.
Honte.
Puis colère, à nouveau.
Et dépit, pour finir, tristesse tristesse tristesse.

Au bout d'un certain temps, elle respirait à nouveau calmement, le pire était passé. Elle avait craqué. Sous tension depuis un certain temps, elle avait eu besoin de lâcher prise. Et cela venait de se manifester brutalement par une crise de larmes.
Mais pourquoi, diable, les hommes étaient-ils aussi bêtes et méchants ?
Pourquoi étaient-ils aussi cons ?

Ce soir, elle sortirait avec une amie.
Elle ressentait un désir irrépressible de passer à autre chose.
Et de s'amuser.

*

- « Quoi ? Tu ne vas tout de même pas me dire que tu es amoureux d'une fille que tu ne connais pas ? Tu te rends compte que ça ne se peut pas ? Que tu sois amoureux de ta cousine, passe encore... Mais là... Une nana dont tu ne sais même pas le prénom... Non, franchement, tu exagères... Remarque, c'est tout toi, ça... »
-  « T'es trop con ! » lança K à Rico, son ami de toujours.
-  « C'est toi qui est trop con... Aller viens avec nous ce soir, on va se faire un billard au Chat Noir... ça te dit ?»
Le Chat Noir, c'était le bar incontournable de la vie nocturne de Perpignan. Salle de billard et pub irlandais, le concept avait été lancé par un vieux bonhomme toujours enjoué au regard plein de malice.
Le Sage, l'appelaient-ils entre eux.
Parce que chacune des anecdotes de vieil alcoolique lancées par dessus le comptoir étaient empreintes d'une leçon de vie ou d'un message poétique.

- « Je ne sais pas trop... Franchement, ça ne me dit pas... Pas envie de sortir, de voir du monde, de serrer des pinces, tout ça... Pas envie d'être sociable, quoi.» répondit K, en proie à une vague de mélancolie.
- « Bordel, tu vas pas rester là à déprimer comme un con, quand même... Imagine qu'elle y soit aussi, au Chat Noir, ta dulcinée, hein ? Tu louperais une occasion comme celle là ? Toi, l'amoureux transi ?»

Une heure plus tard, K, qui avait cédé plus par sympathie que par réel espoir de rencontrer celle qu'il appelait sa muse, était accoudé au comptoir avec Rico et écoutait pour la énième fois l'histoire de la grosse dame aux seins qui tombent, racontée par un Sage toujours aussi guilleret, tandis que le reste de l'équipe jouait au billard dans le fond de la salle.
Quand un mouvement sur le côté attira son attention.
Quelqu'un venait de s'accouder au bar qui commandait une bière.

C'était elle.
K n'en revenait pas.
Elle était là.
Celle qu'il avait croisé maintes fois dans la rue sans jamais avoir osé l'aborder, celle au visage d'ange qui lui coupait le souffle chaque fois qu'il croisait son magnifique regard, celle qu'il appelait secrètement sa muse.
Elle se tenait droite et souriante dans une robe qui ajoutait à sa beauté naturelle, une beauté de tous les diables.
Quelles courbes, quel charme, quelle tenue !
Là.
Juste à quelques centimètres de lui.

-  « Eh, Rico... Matte ! C'est elle ! » murmura-t-il excité à l'oreille de son pote.
- « Hein ? Elle qui ? La dame aux gros seins qui tombent ? » s'enquit Rico qui, visiblement, commençait à être éméché.
-  « Mais non, triple buse... Ma ... Ma muse... C'est elle ! »
- « Hein ? Ta quoi ? Ta muse ? » se mit à gueuler Rico.
- « Chut ! Ferme la, quoi ! » chuchota K en jouant du coude.

Mais...
Trop tard...
Aurélie s'était tournée vers eux avec un regard amusé et lui souriait très franchement...

Elle lui souriait !
Il fallait agir.
Agir vite et bien.

Il avait perdu un peu de son assurance, cependant, et n'était plus très sûr qu'il s'agisse ni d'une muse, ni d'un ange. Peut-être, s'agissait-il tout simplement d'une femme. A cette idée, qu'il trouva rassurante, il voulut se risquer à l'aborder mais une voix intérieur s'éleva soudain.

C'est le moment, mon gars.
C'est le moment ou jamais, fonce fonce fonce, disait la voix.
- « Bon... Bonsoir. » balbutia-t-il, après quelques secondes d'hésitation.

*

Aurélie donna un tour de clef, alluma une lampe à la lumière orangée, déposa les clefs sur une table, se démit de sa veste et se tourna vers K qui attendait on ne sait quel signe pour entrer.
- « Entre, je t'en prie. Tu es le bienvenu chez moi... Entre... Tu veux boire quelque chose ? »
- « Que me proposes-tu ? » répondit-il innocemment en s'avançant vers le canapé.
- « Je te propose un contrat. »
- « Tu... Quoi ? » K ne comprenait pas où elle voulait en venir. Un contrat ? Comment ça, un contrat ? Elle parlait de boire un verre puis... Oulala, pensait-il, ça ne présage rien de bon... Etait-il tombé sur une folle ? De quoi parlait-elle ?
Passé ces interrogations, passé le doute, il prit le parti de lâcher-prise et de laisser venir. De plus, ils étaient ivres tous les deux et, il fallait bien l'avouer, il mourait d'envie de lui faire l'amour. Puis, il se dit qu'il s'agissait peut-être d'une sorte de contrat amoureux.
Un truc de fille, quoi. Quelque chose d'un peu tordu, certes.
Mais le désir l'emportait sur la raison.
Et Aurélie souriait, il ne pouvait résister à ça. Son visage, semblait-il, était illuminé d'une lumière érotique incontournable. Et de grands yeux noirs trahissaient, chez elle, une envie d'égale intensité.
Il risqua, amusé, un :

-  « Un contrat amoureux ? Tu veux dire... »
Elle l'interrompit :
- « Exactement : un contrat amoureux... Tu es plus malin que tu n'en as l'air, toi ! »
Il ne savait pas trop comment interpréter cette dernière remarque.
Mais il fit abstraction.
De toute façon, elle reprit la parole et lui expliqua qu'elle parlait bel et bien d'un contrat amoureux, comme il disait... Plus précisément, d'un contrat érotique. C'est en ces termes qu'elle-même le définissait.

Elle pratiquait ce qu'on appelle le consentement positif. Une notion féministe venue des États-Unis où les contractants se mettaient au point sur la nature et le contenu de leurs ébats sexuels. Le fait de verbaliser l'acte sexuel par un contrat, selon elle, faisait agir le langage, dans sa pleine valeur, directement sur la sensualité.
Singulièrement, Aurélie s'était inspirée du contrat de Sacher-Masoch dans La Vénus à la fourrure.
K, qui avait lu le texte dudit Sacher-Masoch, prit peur soudainement et s'enquit :

-  « Tu ne veux tout de même pas faire de moi ton esclave ? Non, parce que si mes souvenirs sont justes, il s'agit pour Wanda de faire un esclave de son amant. Ni plus ni moins qu'un simple jouet sexuel... C'est bien ça, non ? Tu as rédigé ce genre de contrat, toi aussi ?»
- « Non... Bien évidemment, non... Ne t'inquiète pas pour ça, je suis une féministe, pas une sadique... Je me suis inspirée de l'idée du contrat mais pas de son contenu... Disons, pour moi, que c'est essentiel de préparer nos ébats... Je veux savoir à qui j'ai affaire et à quoi je vais consentir... Je veux savoir qu'elles seront tes caresses et jusqu'où elles pourront nous mener... Vers quels plaisirs nous nous conduirons mutuellement... Je veux tout savoir sur toi avant que tu n'entres en moi et ne me fasse jouir... Je veux savoir aussi quels seront tes débordements et si tu es en mesure de les contrôler... Je veux que tu me fasses jouir et je veux te faire jouir... La réciprocité est une notion importante dans mon contrat...»
- « ça ressemble à quelque chose de philosophique, je me trompe ? » demanda-t-il sans plus une once de timidité. Il se sentait à l'aise avec cette femme et avec cette idée de contrat. Il faisait confiance à Aurélie désormais, ne la regardait plus comme une extraterrestre et une certaine complicité s'était installée entre eux, qui préparait leur premier contrat érotique.

- « Si vouloir une sexualité dégagée des silences et des ambiguïtés habituelles traduit la volonté que nos désirs s'accordent harmonieusement et sans domination jusqu'à la jouissance, alors oui, tu as raison : il s'agit de quelque chose de philosophique. »

Ils restèrent un long moment, assis l'un à côté de l'autre, à se regarder fixement dans les yeux. La petite voix de K monta à nouveau :

Une femme exceptionnelle. La grande classe, mon gars, la grande classe, disait-elle.

Il s'approcha lentement de sa joue et y déposa un baiser tendre.
Elle pencha légèrement la tête sur le côté, comme si elle eut voulu qu'il l'embrassa dans le cou. Ce qu'il fit. Délicatement. Donnant un petit coup de langue au passage.
Leurs ébats s'annonçaient sous le signe de la sensualité et d'un désir doux et débridé.

*

Ce qu'ils conclurent, dans ce que K nommait le contrat d'Aurélie, devait rester secret. Ni l'un, ni l'autre ne devait parler de l'existence du texte, écrit par leurs soins, qui les unissait pour la première fois.

Pas même à leurs amis les plus proches.
C'était une close essentielle.
Une close de confidentialité.

Sans aucun doute, gageure de l'intimité de leurs faits et gestes, mais aussi renforçant par là le désir qui les portait, amplifié jusqu'à l'ivresse et aussi dégagé d'une morose moralité ambiante et des codes usuels de la domination.

Ils prirent un certain plaisir à détailler leurs ébats sur le papier. Et chacune des closes rédigées à la main était l'occasion d'un baiser ou d'une caresse. Ces dernières, à mesure qu'on approchait de l'échéance, se faisaient d'ailleurs de plus en plus intimes, de plus en plus intenses.
Jusqu'à ce que...

*

Aurélie se leva du canapé dans lequel K avait commencé à se dévêtir, se positionna devant lui et déboutonna la longue robe qui suivait fidèlement ses courbes. Lentement, elle laissa glisser le tissu sur son corps, laissant apparaître deux beaux seins blancs et lourds (elle ne portait pas de soutien-gorge), libérant ses hanches et découvrant une culotte en dentelle noire qui ne manqua pas d'arracher un soupir de contentement à K qui, conformément au contrat, était déjà nu et attendait patiemment que sa partenaire termine son effeuillage sensuel.
Aurélie se déhanchait doucement en se caressant les seins. Un peu comme si elle dansait. Le mouvement de son corps évoquait à K l'image d'un serpent avançant dans le sable comme une sorte d'ondulation qui partait de la pointe des pieds et remontait jusqu'à la tête de la jeune femme, qu'elle laissait partir en arrière et balançait légèrement de gauche à droite.
Ses longs cheveux noirs lui couvraient le visage.
Et c'est au moment où leurs regards allumés se croisèrent, qu'il eut l'image d'une belle sorcière en transe érotique et il se prit soudain d'amour pour elle.
Son sexe avait durci qu'il tenait fermement dans une main et commençait à caresser sans précipitation. Il gratifiait ainsi Aurélie d'une fière érection et la flattait discrètement d'un désir qui allait croissant.
Puis les ondulations du corps de la jeune femme ralentirent.
Ses mains, de chaque côté, glissaient des seins aux hanches. Puis remontaient, puis redescendaient. Elle éprouvait son corps par des caresses appuyées.
Puis, des hanches, les mains s'accrochèrent aux bords délicats de la culotte en dentelle qu'elle fit glisser le long de ses jambes infinies, libérant une toison noire et fournie.
D'une main assurée mais légère, elle plongea dans son entre-jambe et commença à caresser un sexe que K devinait humide et chaud.
Humide et chaude matrice, en effet, qu'il savait devoir goûter dans un instant, selon l'une des closes de leurs écrits.
Et tandis que la main gauche d'Aurélie explorait sa propre intimité, l'autre se contractait de plus en plus sur une poitrine tendue. Des frissons lui parcourait l'échine.
Sa peau était devenue électrique, ses poils étaient hérissés.

Il était temps d'un premier contact avec la peau de son amant.

Elle se pencha sur lui et ils s'embrassèrent à pleine bouche avec volupté, mélangeant leurs langues, se mordillant comme pour jouer, soupirant d'aise et d'un plaisir sucré. K, à l'aide d'une main aventureuse, se risqua entre les jambes de la belle, glissa un doigt le long des grandes lèvres puis caressa l'entrée du vagin avant d'y entrer franchement.
Il en ressortit lentement, puis y retourna à nouveau.
Il réitéra son geste plusieurs fois.
Jusqu'à ce qu'Aurélie gémisse, s'agrippe au sexe de K et le maintienne sous une douce pression sans le caresser.
Juste pour le tenir.
Juste pour s'y accrocher.

Alors vint la troisième close du contrat.
Après le strip-tease et les baisers fougueux.
Elle grimpa debout sur le canapé. K penchait la tête en arrière et se préparait à accueillir le sexe de sa partenaire sur sa bouche. Elle se mit en position, écartant les jambes, lui offrant son intimité.
Elle était sur lui, complètement.
Et allait pour caler son sexe mouillé sur la bouche de son partenaire.

Les mots crus faisaient aussi parti du jeu.

- « Lèche moi la chatte. Bouffe moi. Mange moi. Fais moi jouir, je veux que ma mouille coule sur ton visage.» lui intima-t-elle avec une voix qui n'était plus la sienne.
Les barrières morales s'effondraient une à une.
Et cela ne faisait que commencer.
Il passa sa langue sur les grandes lèvres, léchant doucement de haut en bas. Puis il se reprit et lécha les petites lèvres en appuyant fermement. Il sentait l'humidité chaude de sa partenaire couler sur sa bouche et sur son menton.
Enfin, il fourra sa langue à l'intérieur et imprima un infime mouvement de va-et-vient.
Puis il remonta, enfin, sur le clitoris de la belle en pâmoison, sur lequel il exerça une pression avant de le titiller activement.

- « Encore, criait-elle, encore... Oui... Comme ça... C'est bon... Ouiiiiii... »

Elle commençait à bouger le bassin, d'avant en arrière et frottait son sexe tout entier sur le visage de K qui tendait la langue au maximum, histoire qu'Aurélie ne se sente pas en reste. K était excité au plus haut point et râlait, grognait, ronronnait, soupirait.

Ce fût bientôt le temps de la quatrième close.
Aurélie descendit du canapé et vint s'agenouiller devant K qui écarta un peu les jambes de façon à ce qu'elle puisse s'y lover. Elle posa ses coudes sur les genoux de K et d'une main délicate mais ferme s'empara de son sexe en érection. Elle y déposa un petit baiser. Puis le lécha de la base jusqu'au gland. Elle prit dans sa bouche une couille du jeune homme qui regardait la scène avec attention et l'aspira goulûment.
L'une, puis l'autre et lécha son sexe de bas en haut.
Encore encore encore.

Leurs regards se croisèrent à nouveau.
Des regards noirs et intenses, tout chargés de désir et d'amour.
Alors elle engloutit littéralement la bite de K. Et le pompa, l'aspira, le lécha avec tant d'application, de fougue et d'envie que ce dernier ne put se retenir de crier à son tour :

- « Putain que c'est bon ! Suce moi encore... Comme ça... Encore... Tu es ma p'tite catin... C'est bon... Ouiiii... Encore...»

Elle se satisfaisait des râles de son amant. Et plus elle le suçait plus il râlait. Et plus il râlait, plus le mouvement de sa tête se faisait rapide et saccadé, et plus elle laissait entrer le sexe de son amant en profondeur.
Soudain, elle ralentit et alla carrément fourrer la bite de K au fond de sa gorge.

Il ne tenait plus.
Lui aussi bougeait le bassin d'avant en arrière et imprimait un va-et-vient dans la bouche d'Aurélie qui gémissait.
Il allait jouir.
Alors, il caressa la tête de sa partenaire, avec douceur et affection, lui intimant par là d'arrêter de le sucer. C'était le signe dont ils avaient convenu.
Aurélie se redressa un peu et prit le sexe de K entre ses seins.
Là il pourrait jouir.
Enfin.

Elle se mit à le branler entre ses beaux gros seins lourds.
Doucement d'abord puis de plus en plus fort.
Jusqu'à ce que K gémisse à son tour et pousse un cri de jouissance bienvenue.

Le sperme coula sur Aurélie qui l'étala sur le haut de son corps tout en se massant les seins et se pinçant les tétons.
Elle était ravie d'avoir fait jouir son partenaire. Et cela se traduisit par un des plus beaux sourire qu'il lui connut. K, qu'une intense tension venait de traverser, se relâchait enfin et se laisser aller dans le confort moelleux du canapé de la jeune femme.
A bout de souffle, il la remercia en termes affectueux.
Cela avait été si bon.
La même petite voix que tout à l'heure s'éleva dans le crâne de K.
A ton tour maintenant... promettait-elle.
*
Aurélie s'assit dans le fauteuil de sa grand-mère et écarta les jambes, déposant ses mains sur ses cuisses, exposant son sexe ouvert à l'appétit de K et l'invitant à la rejoindre d'un clin d’œil explicite.
Ce dernier ne se fit pas prier et s'agenouilla aux pieds de son amante.
D'une main experte, il caressa le clitoris d'Aurélie, glissa un doigt dans la fente humide, joua un long moment ainsi avant de donner de petits coups de langue, délicats au début, devenant frénétiques à mesure que le plaisir montait. Coups de langue qui ne manquèrent pas d'arracher des soupirs de plaisir à la charmante sorcière dont le corps était parcouru de frissons extatiques.
Quelques minutes de ce délice et Aurélie se déhanchait comme une diablesse qu'un brasier aurait consumée de l'intérieur, soulevant le bassin en un rythme puissant et sans mesure. Tant et si bien que le jeune K devait littéralement courir après les parties charnues de sa belle. Cependant, il parvint à la faire jouir une première fois.
Un spasme l'avait complètement soulevée du fauteuil. Elle était secouée par un orgasme qui lui fit l'effet d'une déflagration de plaisir.
Entre temps, K n'avait pas eu besoin de se toucher pour bander.
Le simple fait d'entendre les mélopées d'Aurélie, ses soupirs agacés par un désir qui montait, montait, montait... Le simple fait de la sentir jouir sous sa langue, sous ses caresses... Tout concourait à ce que, fatalement, il banda.

- « Prend moi comme une chienne. » lui ordonna-t-elle.

Elle lui tourna le dos, se cambra légèrement, lui offrant une si jolie paire de fesses, un cul si joli, si rond, si rond, que K ne put résister à la gratifier d'une fessée qui claqua sèchement et lui fit pousser un petit cri aigu.
Alors, il vint se caler derrière et planta son sexe doucement dans l'antre d'Aurélie.
Il tenait son sexe dans une main et de l'autre lui caressait les fesses. Il passait son gland sur la chatte de sa belle, allant du clito au vagin, puis remontant, faisant glisser la grosse boule rose jusqu'à ce qu'Aurélie, n'y tenant plus, lui lâche un :

-  « Viens... Maintenant... Prend moi. »

Ce qu'il fit.
Il entra de quelques centimètres, puis se retira sans sortir le gland. Recommença l'opération plusieurs fois de suite, jouant à faire monter la belle en tension. Jusqu'à ce qu'enfin, il la pénétra entièrement. Là, Aurélie poussa un gémissement tellement fort que K en fut surpris.
Aurélie avait mentionné dans le contrat qu'elle aimait par dessus tout se faire pénétrer.
C'est d'ailleurs pour cette même raison que K avait pris son temps.
Il ne voulait pas simplement la satisfaire mais la rendre folle d'envie.
Vraisemblablement, il avait réussi son coup.
S'en suivirent des va-et-vient que l'excitation mena à une douce frénésie de coups de reins de plus en plus fort.
Il ne donnait pas simplement des coups de reins, on eut dit qu'il tentait de trouver quelque chose d'enfoui en elle, et ce, toujours plus profond. Aurélie lui répondait par des râles, des cris, des soupirs et un mouvement toujours plus fort de son cul contre le ventre de K.
On eut dit qu'ils cherchaient à réunir quelque chose qui se trouvait caché en chacun d'eux.
Vint alors une énième close.
Celle de l'éjaculation faciale.

« Je viens ! Je viens !» s'écria K.
Aurélie se retourna pour avaler la bite de K et le suça jusqu'à qu'il jouisse sur elle.

*
Au petit matin, alors qu'ils avaient fait l'amour quatre ou cinq fois, remplissant une à une chaque close du contrat d'Aurélie, ils se tenaient blottis dans les bras l'un de l'autre. K fumait une cigarette au lit, tandis qu'Aurélie se tenait au creux de son bras.
- « Tu veux que j'aille faire du café ? » lui demanda-t-il.
- « Oui, je veux bien. »répondit-elle avec une moue amoureuse.

K se leva et se rendit dans la cuisine sans prendre la peine de s'habiller.
On entendit des bruits domestiques, des tasses qui s'entrechoquaient, de l'eau qui glougloutait, celui de la porte du four à micro-ondes, puis celui d'une cuillère qui mélangeait le sucre.
K revint au bout de quelques minutes, deux tasses à la main.

- « Tiens, je t'ai mis un sucre, ça ira ? »
- « Oui, merci. Et... »
- « Et ? » s'enquit-il.
- « Et merci pour hier soir, c'était délicieux. Vraiment. Ça t'a plu, toi ? »
- « Et comment que ça m'a plu... Tu es une vraie diablesse, j'aime beaucoup, oui. Je signe un autre contrat quand tu veux avec toi... Quand tu veux, vraiment ! »
- « Justement... En parlant de contrat, j'aimerais en préparer un autre. Tu serais partant ? »
- « Avec plaisir, oui. »

*

Les jours, les semaines, les mois passèrent.
Jusqu'au jour où, fouillant dans sa poche à la recherche de son paquet de tabac, K trouva un bout de papier de la taille d'un paquet de feuilles à rouler.

Qu'est-ce que c'est que ça ? Railla une petite voix familière.

Il déplia le billet doux. Il reconnut aussitôt l'écriture de son amoureuse.
On pouvait lire ceci :

J'aimerais signer un contrat un peu spécial avec toi, cette fois-ci. Si tu es d'accord.
Je voudrais un enfant de toi.

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