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J’avais pris connaissance du dernier message, et étais attristé de voir que Muriel avait encore frappé. Elle dupait tous ses amis. J’étais choqué d’apprendre qu’elle mentait aussi à ses parents.

Fatigué par ses tromperies, j’allais lui infliger une leçon mémorable. Tant pis si elle perdait des plumes au passage !

Après lecture des messages, je décidai de répondre en écrivant ce que Muriel pensait vraiment. Allez, hauts les cœurs : de la franchise, que diable ! À ce qu’il paraît, on dort mieux après -je ne vous cache pas que je suis un peu dubitatif à ce sujet-, mais on y croit !

Le 1er SMS émanait de sa meilleure amie, Nadège.

Salut Mumu,

Es-tu partante pour une séance shopping samedi ? On pourrait ensuite déjeuner à la pizzeria. Fais-moi signe si le programme t’emballe. Bye.

Ma réponse :

Salut la grosse,

Désolée, mais je n’en peux plus de faire les boutiques avec toi. Regarde-toi dans un miroir, tu as pris dix kilos en un an. Rien ne te va, et tu ne fais que pleurnicher lors des essayages. Je vais te donner un scoop : les vêtements ne sont pas en cause. Quant à la pizzeria, oublie. Si tu veux dégonfler (ce que j’ose espérer), il faut manger plus sainement ! Une inscription au sport serait judicieuse ! Bises sur tes joues potelées.

Voilà, ça, c’était dit !

Le 2ème provenait de son petit ami, Colin.

Bonjour ma puce,

Peux-tu passer à la maison ce soir ? Mes parents sont impatients de te connaître. Il serait temps d’officialiser les choses entre nous. Ça fait plusieurs fois que tu repousses, et là, je te mets au défi de venir dîner. Tu n’as plus de joker MDR. Tu es la femme de ma vie ! Bisous. Colin.

Pauvre garçon ! Une mise au point s’imposait.

Ma réponse :

 

Salut pot de colle,

Loin de moi l’idée d’officialiser quoi que ce soit avec toi. Au début, tu me faisais rire, mais depuis que tu parles mariage, bambins et Cie, j’ai basculé en plein film d’horreur. Mon défi est de me débarrasser de toi. On coupe le cordon ici ! Je suis jeune et je voudrais profiter de ma vie avant de me caser. Bonjour à tes vieux ! Mumu, ton ex.

Le 3ème provenait de son patron, Alain, qui l’adorait. Muriel était vendeuse dans une boutique de prêt-à-porter.

Bonjour Muriel,

 Peux-tu arriver deux heures plus tôt lundi. On vient de recevoir la commande pour la nouvelle collection, et j’aimerais effectuer la mise en place avant l’ouverture du magasin. J’espère que ça ne t’embête pas ! Tu seras payée double pour les heures. Merci de me répondre dès que possible.

Ma réponse :

Salut gros radin,

Tu peux toujours courir pour que j’arrive à l’aube lundi. Vu la fête que je vais faire ce week-end, il y a de fortes chances que je sois en arrêt maladie. Ne compte pas sur moi pour me farcir les nouveautés ! Enfin, je veux dire « les horreurs » commandées. Quant aux heures SUP, tu en fais ce que tu veux. Je suis ouverte à une augmentation de cinq cents euros mais, te connaissant, je sais que tu auras du mal à lâcher la monnaie. Je te comprends : pourquoi donner un salaire correct quand on peut arnaquer les gens ? Muriel une ex-employée modèle.

Le 4e et dernier message était de sa mère. Pauvres parents, affublés d’une fille pareille !

Bonjour ma chérie,

Avec ton père, on pensait venir te voir dimanche prochain. On a vu avec papa et on peut te donner cinq cents euros au lieu des quatre cents qu’on t’attribue mensuellement. Ça te permettra de ne plus faire d’heures supplémentaires au magasin et de te concentrer sur tes études. Dis-nous si tu es libre. On t’embrasse fort. Prends soin de toi ! Maman.

Ma réponse :

Chers parents,

Je vous informe que j’ai quitté l’université depuis belle lurette. Je fais la fête et profite de ma jeunesse. Quant à l’argent que vous me donnez, c’est gentil, mais c’est à peine suffisant pour mes vêtements de luxe. Heureusement, j’ai rencontré l’autre abruti de Colin dont les parents sont pleins de thunes. Je viens de le quitter mais j’aurai vite fait de me dénicher un autre imbécile. Pour dimanche, je n’ai pas le temps. Il y a une copine qui fait une super soirée. Ne vous inquiétez pas, on se verra pour les fêtes de fin d’année. Je vous mens pour ne pas vous faire de peine. Vous pouvez être fiers, vous m’avez bien éduquée ! Bises sincères. Muriel.

Voilà, Il n’y avait plus qu’à attendre les retours.

Le SMS envoyé hier soir à ses parents était la goutte d’eau qui avait fait déborder le vase. C’est lui qui m’avait contraint à prendre cette décision. Je vous mets une copie :

Chers parents,

Mes cours à l’université se passent bien, et je travaille dur pour décrocher ma licence. Pas facile de joindre les deux bouts mais en faisant des heures au magasin, ça le fait. Je n’oublie pas vos bons conseils : ne pas boire... Je me fais une joie de venir vous visiter à Noël. Je vous laisse, je dois réviser mes cours. Je vous aime. Bisous. Muriel.

Tandis que Mademoiselle écrivait : elle disait tout haut le contraire, riait... Là, j’ai vu rouge. C’étaient ses parents, et son attitude était inacceptable !

On se connaissait depuis quatre mois. Confiante, elle n’hésitait pas à critiquer les autres en ma présence. Ce n’était pas une mauvaise fille, mais du haut de ses vingt ans, elle manquait cruellement de repères.

Pour le moment, Muriel dormait. Elle aurait la gueule de bois à son réveil, mais je comptais sur mes réponses sympas pour la dégriser. Vous allez voir : ça fonctionne mieux que le café noir ! Une solution brutale, mais salvatrice pour la demoiselle en perdition. Reprendre le chemin de l’université sera un plus pour la suite de sa carrière.

Des messages venaient d’arriver. Muriel qui émergeait à l’instant d’un lourd sommeil, tendit la main pour en prendre connaissance. Je l’entendis jurer : QUI S’EST PERMIS DE RÉPONDRE SUR MON TEL ? SI J’ATTRAPE LE CON QUI A ENVOYÉ ÇA !

Une sonnerie puissante déchira le silence. On sentait la personne au bout du fil énervée. Après consultation, il s’avéra que c’étaient ses parents. Chouette, ça allait bouger dans la chaumière ! Mettez vos Boules Quies, c’est parti ! Tandis qu’elle appuyait sur le bouton pour prendre l’appel, elle se demanda ce qui se passait.

Il se passait, ma belle, que tu allais devoir grandir fissa et changer de direction. Je voulais bien croire que je servais un peu à tout dans ton quotidien, mais c’est un comble que j’aie été obligé de me charger, en plus, de ton éducation. Après tout, je n’étais que « Fony », ton téléphone portable !
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Brigitte Bellac · il y a
Je n'aurai qu'un mot : "c'est bien fait!"... Au propre comme au figuré! Je me suis bien amusée!
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Ratiba Nasri · il y a
Merci Brigitte pour ce commentaire pertinent. Ravie que ma nouvelle vous ait plu. Au plaisir de vous lire !
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Brigitte Bellac · il y a
SI vous aimez l'humour noir foncé... foncez lire "QUOI!?"!!! Merci!
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Paul Thery · il y a
j'ai découvert ce texte grâce au partage de Guy Bellinger. Et je partage son avis.
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Ratiba Nasri · il y a
Merci Paul pour votre lecture. A bientôt !
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Guy Bellinger · il y a
Génial ! C'est enlevé, mordant, subtil. Le finale est à la hauteur. Bravo!
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Ratiba Nasri · il y a
Merci Guy pour ce beau retour ! Au plaisir de vous lire :-)
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Moreac99 · il y a
Drôle !
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Ratiba Nasri · il y a
Merci Moreac99 pour votre lecture :-) A bientôt !
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Maryouma Youmar · il y a
Comme quoi... tel est pris qui croyait prendre. Une voix pour celle-ci aussi elle est drôle et originale. Vous maitrisez les chutes à merveille bravo !
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Ratiba Nasri · il y a
Merci Maryouma pour ce joli retour qui me touche sincèrement :-) A très vite sur nos pages !
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A_Motus · il y a
Original le téléphone criquet!
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Ratiba Nasri · il y a
Oui, j’aime imaginer que les objets ont une âme ;-) Merci pour votre lecture !
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