Le comte Burleski s'en va au bal

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Les tribulations très truculentes du comte Burleski
Tome 1
Le comte Burleski s’en va au bal.
Il était une fois... dans un lointain pays, il y a bien longtemps...
-Ah non !
- Non quoi ?
-Ça suffit ! On laisse tomber les vieilles formules !
-Mais...
-Y’a pas de "mais" ! Je me présente moi-même parce que je n’ai pas confiance dans le narrateur. Par définition, c’est un menteur. Voilà : je suis le Comte Burleski, 8e du nom.
Mon aïeul a combattu avec le chevalier Bavard, brave entre les braves. Je suis le plus bel homme de la région. J’ai le plus beau château et le plus beau cheval. En un mot : je suis l’homme idéal. Je ne suis pas encore marié mais ça ne saurait tarder. Mon secret : je suis amoureux de Mademoiselle Sylphide de la Vanne qui tue. Elle est la plus belle jeune personne du comté, elle doit donc être à moi !


Tandis que Narcisse Burleski se vante devant toi, cher lecteur ou chère lectrice, allons voir Mademoiselle Sylphide qui s’adonne aux mots croisés dans son donjon.
« En huit lettres : " Se croit plus malin que les autres alors qu’il ne l’est pas... "
Ah je sais ! Burleski! Non, l’avant dernière lettre est un l.
Ah ben : "imbécile".
Tiens, même nombre de lettres !
Fini ! »
Mademoiselle Sylphide est très intelligente. Son cerveau fonctionne comme un éclair (je ne peux pas dire comme un ordinateur, à cette époque on ne les avait pas inventés, mais c’est l’idée)
« Et maintenant, après les mots, allons croiser le fer !
C’est que Mademoiselle Sylphide est une redoutable escrimeuse. Et vlan ! elle s’élance avec son fleuret, elle feinte, elle se fend, elle touche son maître d’armes qui pourtant est un champion incontesté dans le Royaume.
Qui a dit que les femmes devaient faire uniquement de la broderie ?
Puis, Sylphide fait seller Cyrano son cheval chéri, un pur-sang anglais à la robe palomino, un cheval rapide et fougueux que seule Sylphide parvient à maîtriser.
Grande virée sur ses terres à fond de sabots.
Il sera toujours temps de se coiffer tout à l’heure, pour le bal du 1er mai.


Pendant ce temps, au château du Val Noir, le Comte Burleski se prépare.
Où séduit-on facilement une jolie femme ? Au bal, bien sûr et ça tombe bien, c’est le 1er mai. Tous les ans, un noble de la région ouvre son château pour donner un magnifique bal où toutes les plus belles (et les moins belles aussi, qui sont d’ailleurs tout aussi séduisantes mais le Comte ne l’a pas compris, c’est évident) sont convoitées par les célibataires du comté.
Ce soir, ce sera chez le chevalier de Bellegambette. Narcisse Burleski fait la moue. Un rival que ce jeunot de vingt cinq ans. Il est beau mais il n’est pas aussi riche que lui et son château et son cheval sont plus petits. Non ce soir, Mademoiselle Sylphide ne dansera qu’avec lui, n’aura d’yeux que pour lui et s’il se débrouille bien, dans quinze jours, ce seront les fiançailles.
Narcisse se regarde dans son miroir géant. Mais qu’il est beau avec son pourpoint incrusté de diamants ! Il est le soleil. Ici tu penses bien, ami lecteur, que c’est une réflexion personnelle du comte, moi je ne dis rien en tant que narrateur mais je n’en pense pas moins...
Pourtant Narcisse se demande si les vingt-cinq ans de Bellegambette ne seront pas plus attractifs que ses quarante auprès de la gracieuse et juvénile Sylphide...

« Grouillot ! viens ici ! »
Voici paraître Grouillot, l’âme damnée du Comte. Un petit bonhomme qui sourit tout le temps mais qui transpire beaucoup parce qu’il complote toujours quelque chose. Il a les cheveux très gras mais en général, il les couvre avec un bonnet marron qui n’a jamais été lavé depuis sa confection, ça évite les vols d’après lui.
Son haleine est - comment dire ? - une offense à la sensibilité olfactive, en d’autres termes, il pue sévèrement du bec.
Alors c’est cet infâme Grouillot qui rapplique, plié en deux, dans une attitude rampante, prêt à servir son maître, quoi qu’il lui demande.
« Vous m’avez appelé, Votre Seigneurie ?
Oh, si je puis me permettre Votre Seigneurie est resplendissante. Nul sur cette terre n’égale Votre Lumineuse Éminence.
- Je sais, Grouillot, je sais. Je vais te charger d’une mission de la plus haute importance.
Ce soir, Bellegambette doit être ridiculisé et pour cela, voici ce que tu vas faire. »


Bellegambette, il est pas mal. Un beau gosse encore un peu naïf parfois. Il vient de finir de superviser les préparatifs de la fête. Dans la Galerie, il y aura les musiciens et les danseurs mais avant dans la grande salle à manger se tiendra un buffet pour prendre des forces : viandes succulentes, gibier de la forêt, crèmes onctueuses, tartes aux fraises des bois, pyramides de nougats, d’amandes et de fruits confits (les bonbons 100 %chimiques viendront quelques siècles plus tard).
« Mon frère, dit Mademoiselle Floraline, passez vite votre justaucorps de soie, votre pourpoint de velours ciel et votre rhingrave bleue nuit garnie de dentelle, celle qui vous fait la jambe si belle. Peut-être l’amour vous fera-t-il signe. »
Le chevalier de Bellegambette a la chance (la chance vraiment ?) d’être entouré de femmes, deux sœurs très aimantes et une mère très protectrice. Et tant que j’y suis, je te signale, cher lecteur, qu’une rhingrave est un pantalon bouffant porté par les hommes au XVIIe.

« Mon fils, mon aimé, voici un pourpoint de velours vert printemps que j’ai cousu spécialement pour vous. Vous serez princier pour le bal du 1er mai.
Notre chevalier n’est pas vaniteux et l’apparence n’est pas sa priorité, néanmoins il voit bien que ce cadeau est l’expression de l’amour de sa chère maman.
- Soit ! dit-il, va pour le vert !
- Seulement, objecte Floraline, votre rhingrave bleu nuit n’est plus assortie. La blanchisseuse vient de la rapporter. Vous mettrez la mordorée, ce sera tip-top (expression favorite de Mademoiselle Floraline. »

Pendant ce temps, au château du Val Noir...
« Alors Grouillot, t’es-tu acquitté de ta mission convenablement ?
- Votre Incandescente Seigneurie sera ravie. Je connais la lingère du château de Bellegambette, on est comme qui dirait cousins par un copain de mon père.
- Au fait Grouillot ! lance le Comte avec impatience.
- Cette lingère est folle de moi (il se peut que Grouillot soit mythomane ou peut-être juste vantard, passons...) surtout que je lui apporte de temps en temps de jolis rubans ou des friandises.
- Grouillot ! tance le Comte.
- J’y viens, Votre Seigneurie, j’y viens. Alors, tandis que je lui déballais mes petits cadeaux et qu’elle s’empressait de les cacher pour qu’une femme de chambre ne les lui vole pas, j’ai donné quelques petits coups de ciseaux discrets mais bien placés sur les attaches du pantacourt du chevalier.
- Sur sa rhingrave, ignorant !
-Oui Votre Mirifique Perfection. Si bien qu’au moindre effort lors de la danse, le damoiseau aura son froc sur les talons et nous verrons son...croupion !
- Ah ah ah ! Grouillot tu es immonde ! Tiens ces quelques deniers et va-t-en boire à ma santé.


20 heures.
Mademoiselle Sylphide prend place dans son petit carrosse. Elle ne monte pas Cyrano car elle a revêtu une robe de faille de soie vert d’eau, très délicate.
Le chevalier, ses sœurs, sa mère sont prêts.
Narcisse de Burleski arrive un peu en avance au château, tant il a cravaché son magnifique pur-sang Diavolo. Il en a plein la crinière le superbe animal. Aussi dès son arrivée dans la cour d’honneur éclairée de flambeaux, freine-t-il avec un joli dérapage très remarqué de ses congénères, mais pas du tout du goût du Comte qui réalise un sublime salto dans les gravillons.
Furieux, ce dernier fusille du regard son étalon mais il se retient de le frapper : tout le monde le regarde avec effarement. Il est tout écorché aux genoux comme un petit garçon !
- Mon cher Comte, entrez vite ! Oh mon dieu, votre habit est tout déchiré ! dit avec affabilité le Chevalier accouru prestement. Mon majordome va vous conduire en mes appartements où il vous donnera de quoi vous rafraîchir ainsi qu’une autre tenue. Valère, donnez à Monsieur le Comte ma rhingrave bleu nuit. »

Grr... en plus il est sympa avec moi, l’imbécile ! rumine le Comte en lui-même. Je le hais ce bellâtre. Il m’énerve avec sa politesse !

Ce n’est pas bien Comte, d’être si ingrat ! Méfiez-vous ou je vais vous punir sur la fin de mon histoire. Il est encore temps de rectifier l’attitude mais j’avoue que je désespère de vous voir changer. En général, les personnages n’écoutent ni les lecteurs ni le narrateur, ils suivent leur destin.


C’est le début du bal au château du Chevalier. Une musique digne de Versailles attire tous les invités dans la grande Galerie. Chacun a déjà repéré celle qu’il va inviter et gonflant un torse tout paré de diamants, sûr de son irrésistible charme, Le Comte Narcisse de Burleski, 8e du nom, descendant du chevalier Bavard etc, etc, s’avance droit sur Mademoiselle Sylphide et dans un mouvement théâtral ayant pour but d’être remarqué de toute l’assemblée, il se penche dans une révérence pleine de...
Oh horreur et consternation ! Les attaches de la rhingrave du Comte cèdent et dévoilent un caleçon long et miteux, des genoux écorchés ainsi que des mollets très maigres et très poilus.
Du coup, le Comte ne peut sortir la tirade qu’il avait préparée et il s’efforce comme il le peut de remonter tout son attirail alors que les autres danseurs éclatent franchement de rire.
Mademoiselle Sylphide s’exclame aussitôt : « Mon Dieu Monsieur, je vous trouve bien direct pour un gentilhomme ! Ne pourriez-vous pas vous présenter avant de me montrer vos dessous ? »
Le Comte bredouillant s’enfuit du château, se rendant compte, hélas, que son ignominieuse ruse s’est retournée contre lui.
Il est la risée de toute la compagnie ce soir.
Mais il sait que son heure viendra et pour l’instant il macère sa haine et son désir de vengeance contre le pauvre chevalier de Bellegambette qui se demande encore ce qui a bien pu se passer pour qu’un homme tel que le Comte ait eu autant de malchance en une seule soirée.
Le Comte saura-t-il rebondir après cet échec ? Pourra-t-il trouver un moyen de séduire l’élue de son cœur ? C’est ce que vous saurez en lisant la prochaine aventure du Comte de Burleski.
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Ginette Flora Amouma · il y a
La demoiselle a du répondant et ce n'est pas un accroc qui va l’empêcher de convoler !
La suite nous le dira !!

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Elisa Comte · il y a
A moi Comte ! Deux mots et même plus ! La suite et que ça saute dans ses hauts de chausse promptement !!!! Et décidément je ne comprends pas pourquoi ce n’est pas pris : trop subtil et enjoué sans doute ... Mais quand on fait dans le triste, ça ne marche pas non plus ! On s’en moque ,reste le plaisir d’écrire qui se ressent à chacun de tes mots 😀😀😀😀
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France Passy · il y a
Ton avis compte... beaucoup pour moi!
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Felix Culpa · il y a
Un récit que je verrai bien en pièce de théâtre, tant les dialogues sont truculents. J'aime beaucoup cette mise en abîme de la narration qui prend le lecteur ( ou le spectateur ! ) à témoin, et les noms très drôles et très bien trouvés !
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France Passy · il y a
Moi aussi je vois bien une mise en scène..
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Maria Angelle · il y a
Tres savoureux
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France Passy · il y a
Merci Maria Angelle
La suite bientôt

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Anna Mindszenti · il y a
Tel est pris qui croyait prendre! J'ai aimé me promener dans cet univers et je lirai volontiers la suite.
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France Passy · il y a
Merci Anna. J’espère que la suite vous plaît tout autant
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Alex Dondon · il y a
Trop bien , j'ai hâte de voir la suite !
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France Passy · il y a
Hé bien la suite arrive...
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Fleur A. · il y a
Très agréable à lire j' aime ce style
La suite !

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France Passy · il y a
Il y a une suite. On verra si elle est aussi refusée.
Merci pour le commentaire Fleur.

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Randolph · il y a
J'étais au théâtre, et j'ai bien ri ! Merci, France.
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France Passy · il y a
Tant mieux. Cela n'a pas d'autre prétention.
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Randolph · il y a
Mais ce n'est pas facile de faire rire, au contraire ! Bravo !
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Gabriel Meunier · il y a
J'ai tout lu...et bien rigolé !!! Merci
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France Passy · il y a
Merci Gabriel. But atteint.
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Marie Quinio · il y a
Haha j'aime beaucoup les interventions du narrateur ! ;)