Le coeur hurle sa résurrection

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Passé le premier amour, l’idéal n’existe plus. Nous ne sommes plus dupes. Conscient que la seule magie de cette première relation était d’ignorer qu’elle puisse finir un jour, nous voilà maintenant transportées dans l’extrême inverse : la désillusion.

Heureusement, la fin de cette première longue relation intervient souvent dans un moment de fortes intensités sociales. Glissé au milieu de nos études secondaires, nous multiplions, sans difficultés excessives, les histoires sexuelles. L’amour unique est mort, place aux plaisirs des amours uniques ! Peu à peu, on se dit que ces amours faciles sont peut - être les ornements de l’amour adulte : un amour tempéré ; conscient de sa fragilité et limitant les risques. Bref, on tombe dans cette pensée moderne européenne qui considère l’amour éternel comme un rêve naïf du passé. Un mensonge qui n’était possible que dans une société dominée par la religion et dont le mariage incarnait la pieuse hypocrisie. Pour un peu, nous nous gargariserions presque d’avoir levé le voile de la mythologie de l’amour.

Célibataire depuis quelques printemps après une relation de trois années, ce narquois constat de l’impossibilité de l’amour éternel se muait peu à peu en une sourde angoisse. Je commençais à ressentir le besoin d’affection, à singer des gestes d’amours avec des corps rencontrés la veille : câlins matinaux, mamours au petit - déjeuner, surnoms douteux. J’étais ridicule.

Triste, j’étais persuadé qu’à force de vagabonder mon cœur, j’avais fini par l’assécher. Il me semblait tout bonnement impossible de vraiment aimer à nouveau. Même ici, à Naples, durant les 2 mois de ma mission professionnelle qui m’avait laissé du temps pour profiter de la vie nocturne et des dimanches sur les plages de Sorrento, mes yeux s’étaient plus émerveillés que mon cœur. C’est souvent au moment de ses échecs répétés que l’on se met à repenser à notre ancien amour. Auréolé de notre défaite présente, nous divinisons cet amour passé. Dieu merci, je n’en étais pas encore réduit à cette extrémité.

Mon retour en France était prévu le lendemain. Pour clore cet épisode napolitain, j’organisai une soirée sur la grande terrasse de mon appartement. Dans ce monastère cistercien reconverti en lofts, mes amis français et italiens rencontrés au cours de ces deux mois commençaient à s’enivrer tranquillement. Mon ami Marco avait ramené Carlotta, une de ses amies d’enfance. Elle était jolie. Ses cheveux bruns ondulés encadraient un visage fin agrémenté de yeux verts noisettes, sa poitrine menue se lovait dans un haut noir en coton léger et ses hanches fines s’enserraient dans un short en jean. Je profitai de la cigarette qu’elle fumait avec Marco sur le bord de la terrasse pour m’en approcher. Au moment où, pour la première fois, ses yeux rencontrèrent les miens, une détonation éclata au sein de ma poitrine. Tout en continuant à la regarder, je dus me tenir à la rambarde de ma terrasse pour ne pas chanceler. Le coup de foudre.

Était - ce réciproque ? Rien ne l’indiquait. A la fin de sa cigarette, Carlotta était retournée se servir un verre. Elle parlait maintenant avec Marco tout en suivant Julien du regard. La soirée continua. Nous buvions, dansions. Tous mes regards, de face ou de biais, convergeaient vers elle. Chacune de mes actions était maladroitement polarisée par sa présence irradiante. Je me sentais penaud, incapable d’être à la hauteur de cette affinité élective dont j’étais l’heureux mandaté.

Gloria d’Umberto Tozzi résonna dans l’appartement, j’y voyais alors un signe du ciel, l’invita à danser, esquissa quelques mouvements de danse que j’imaginais digne de notre future passion.

- « Oh la musique de beauf ! Changez - moi ça. » hurla Julien avant de mettre une musique du groupe italien Cristalli Liquidi.

- « Molto bene ! » s’amusa Carlotta hilare avant de se dégager pour retrouver Julien qu’elle ne quitterait plus de la soirée et qui serait le centre de son attention, de ses rires, et de ma haine.

Quelques heures après, la soirée s’est terminée. Carlotta est partie avec Marco et Julien. Nous nous sommes fait la bise. Devant un Vésuve assoupi, je fume une dernière cigarette en me disant que, décidément, la passion promettait plus qu’elle ne donne.

Soudain, on toque à la porte. Elle est revenue.

« Tu viens avec moi ? » me demande t - elle en me tendant un casque de scooter.

Je saisis une bouteille de vin, enfile le casque et monte sur son Paggio blanc qui toussote. Sur le chemin qui nous mène au parc de Capo Di Monte, mes mains brûlent du contact de ses hanches gainées. L’éclat de son rire se mêle au souffle chaud de la méditerranée, chaque feu rouge est une oasis et ses yeux, éclairés par les phares des voitures qui nous suivent, autant de merveilleux mirages. Arrivés aux abords du Parc, nous garons discrètement le scooter et escaladons la grille principale.

Surplombant la baie de Naples, la beauté de ce lieu m’électrise. Carlotta me prend la main et m’emmène dans un jardin qui jouxte le palais d’été des anciens gouverneurs de Naples. Entourés de blanches colonnade, un banc fait face à la mer. Nous nous y asseyons. Il n’y a pas de bruit. L’air d’été est léger. Je tremble.

- « Merci de m’avoir emmené ici Carlotta, c’est magnifique »

Je lui tends la bouteille de lacrima della christi, quelques gouttes de vin perlent sur le goulot. Elle les cueille sur son doigt et du bout de sa petite langue, les lèchent avec amusement. Elle me tend la bouteille. Le vin est rond, fruité, vivifiant. Nous restons quelques instants muets, le regard perdu dans la méditerranée qui nous toise. Alors, Carlotta pose sa tête sur mon épaule. Fébrilement, je l’entoure de mon bras gauche, contemple l’éclat de ses yeux verts qui se reflète dans la lune, et l’embrasse.

Je ne devais vivre que pour ce moment. Une énergie immense parcourt l’ensemble de mon corps. Mon sang bouillonne. Nous dansons, rions. Grisé de passion et de vins, je presse ses côtes, m’appesantis sur son cou, hume avec force le parfum de ses cheveux. La langueur de nos baisers n’arrive pas à contenir la passion qui nous déborde.

Je la pénètre. La fatigue, la méconnaissance de nos corps, l’ivresse, n’arrêtent pas l’avidité de notre désir. Nos âmes retrouvent l’enveloppe charnelle d’une moitié trop longtemps séparée. Soudain, elle hurle, se colle à moi, haletante. Sa respiration est courte, difficile. Sa poitrine humide posée sur la mienne, je sens la vitesse des battements de son cœur. Ses yeux vibrent dans le noir. Je l’étreins. Je suis sous le choc. J’aime à nouveau.

Mon cœur hurle sa résurrection.
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