Le cinéma, ce milieu qui nous fait rêver

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Pour le dire, quelques syllabes : Je vins à la vie à Rennes, à des ans de ce temps, née d’une mère et d’un père celtes, tous deux du lieu de la fin de terre. Mais à coups de mots ... [+]

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Le sonal de l'émission s'achève, l'animateur accueille son public audiovisuel la voix douce et le sourire engageant. Le champ de la caméra s'élargissant, nous découvrons à ses côtés le célèbre metteur en scène, Pierre Mallat, et les deux acteurs de non moindre notoriété, Julie Cermeau et Jean-Bernard Médina. Sur le plateau, le décor est sobre et chaud, fauteuils enveloppants, table basse contemporaine et en toile de fond, des étagères bois et chrome où ont été disposés quelques livres et objets d'art. A l'invitation de la chaîne, Pierre Mallat fait la promotion de son dernier film en compagnie de ses deux principaux interprètes. Après la présentation élogieuse de ses invités, le journaliste en vient au vif du sujet et les questionne amicalement, un brin affectueusement, sur le long-métrage. Tout de suite se révèle, au ton et gestes animés des protagonistes, leur passion pour un métier hors du commun. La complicité qui les unit est palpable, on la ressent à leurs sourires d'intelligence, leurs regards de connivence, leurs rires entendus. Avec eux, nous pénétrons tendrement éblouis dans l'univers onirique du cinéma.
 
 - Coupé, braille Pierre Mallat, exaspéré. C'est la cinquième prise d'une scène d'amour jouée par Julie et Jean-Bernard. Le réalisateur s'enrage de l'interprétation de l'actrice qui n'est pas convaincante dans le désir fou qu'elle a de son amant. Connu pour ses exigences envers les acteurs, Il lui a fait répéter la scène une bonne vingtaine de fois la poussant à bout pour qu'elle sorte ses tripes mais rien à faire, il trouve qu'elle reste empêtrée dans un personnage aussi froid qu'un bac à glaçons sortant du congélateur.
 - Bon dieu Julie, tu te fous de moi ou quoi ! Si tu te montres aussi excitée que çà avec ton mari, ne t'étonne pas s'il va voir ailleurs.

Sur le plateau, la tension est palpable. Julie, qui était au bord de la crise de nerfs, craque, définitivement mortifiée. Elle s'était déjà sentie humiliée, pensant que Mallat la considérait comme une mauvaise comédienne pour la faire répéter autant et ne supportait plus la direction brutale du réalisateur.

 - Mais t'es un véritable salaud, réussit -elle à articuler, étranglée par les larmes.
 
L'émission est passionnante, Pierre Mallat parle maintenant en toute simplicité, de sa conception de la mise scène qui, toute prépondérance mise à part, doit laisser intervenir les acteurs de manière décisive dans la réalisation du film.

 - J'ai trouvé en Julie et Jean-Bernard une finesse de jeu, une habilité inouïe à s'imprégner de leur personnage, propres aux grands acteurs. J'ai vraiment eu de la chance de pouvoir travailler avec ces deux-là, ils sont bourrés de talent.

Julie Cermeau et Jean-Bernard Médina écoutent intensément le cinéaste avec une expression d'adoration gênée sur leur visage.
 
La situation est au bord du gouffre, Jean-Bernard, mal à l'aise, tente une médiation pour venir au secours de Julie.

 - Ecoute Pierre, on pourrait faire une pause, le temps que tout le monde se calme et qu'on y voit plus... Le réalisateur ne lui laisse pas le temps de finir sa phrase, il explose :

 - une pause !!! Et puis quoi encore ? Tu n'crois pas qu'on a perdu assez de temps comme çà et tu veux faire encore une pause ?

La pensée soudaine qu'il ait pu commettre des erreurs de casting lui vient à l'esprit et épouvanté par les éventuelles conséquences désastreuses, Pierre Mallat ne se tient plus :

 - Et tu n'es même pas capable de l'embrasser correctement, tu baves, mon pauvre vieux, tu baves.

Jean-Bernard reçoit les mots comme un coup de poing à l'estomac, il reste tétanisé quelques secondes, puis se rue sur le metteur en scène déterminé à lui casser la gueule.
 
Nous ne nous lassons pas de les écouter, nous les ressortissants anonymes des milieux professionnels ordinaires voire hostiles, conquis par les liens exceptionnels unissant ces gens du cinéma. Jean-Bernard Medina continue :

- Pierre est un directeur d'acteurs hors pair.
- Oh oui, confirme Julie Cermeau, Pierre a su nous mettre en confiance pour tirer le meilleur de nous-mêmes.
 
Sur l'espace de tournage, la haine est palpable, les techniciens et les assistants ont empoigné le réalisateur et l'acteur pour les empêcher de se battre, les insultes qu'ils échangent renverraient le langage d'un charretier à la décence, Julie, déchaînée, participe sans modération à l'invective contre Pierre. A la fin, les deux acteurs décident d'un commun accord de quitter le plateau en envoyant Mallat et son film au diable. La rage de ce dernier est au paroxysme, il continue de lancer dans leur dos un flot d'injures et leur hurle en guise d'avertissement :

 - Si vous ne revenez pas, je vous fous mon avocat au c.. 
 
Malgré leur départ du plateau, nous restons sous le charme de l'émission, méditant sur ce milieu cinématographique qui nous fait tant rêver.
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Nadine TRIVIDIC · il y a
Merci beaucoup de m'avoir lue et du retour appréciateur.
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Jocelyne Cregut Levenez · il y a
L'histoire à double facette de ce monde du cinéma et de ses acteurs apparait bien cynique et probablement réaliste. C'est Très bien vu, on y croit...
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Pat Vermelho · il y a
Le cynisme et l'hypocrisie n'est certainement pas ce qui manque le plus au milieu fermé du 7ème art, à contrario certainement l'un des plus utilisateur de la brosse à reluire, avec la politique. Bien vu Nadine. A voté.
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Nadine TRIVIDIC · il y a
Merci beaucoup Pat de m'avoir lue et de vos impressions.
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Annabel Seynave- · il y a
J'ai trouvé l'alternance entre les deux scènes bien construite ... Et je pense que vous n'avez pas tort du tout sur le fond ! :))
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Nadine TRIVIDIC · il y a
Je vous suis reconnaissante Annabel d'avoir apprécié la construction très contrastée de la nouvelle, intention bien volontaire de ma part.
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Pierre-Hervé Thivoyon · il y a
Que de moments et forts et de moments violents pour les acteurs lors d'un tournage ou les comédiens de théâtre. Vous en donnez un aperçu sans doute assez réaliste, oui. Merci.
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Nadine TRIVIDIC · il y a
Merci Pierre-Hervé, un petit récit en forme de coup d'oeil dans les coulisses sans blâmer le 7ème art pour autant.
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Pierre-Hervé Thivoyon · il y a
J'avais écrit il y a longtemps déjà un texte dont le cinéma n'était pas le thème mais était le support...si le cinéma vous intéresse... Parce qu'il était drôle (Pierre-Hervé Thivoyon)
Merci !

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Olivier Pélissier · il y a
Un brin cynique cette plongée dans les coulisses du septième art mais probablement pas si éloigné que cela de la vérité. Jusqu'où peuvent conduire les voies de la célébrité ? Mon vote.
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Nadine TRIVIDIC · il y a
Oui, je l'avoue, le contraste est assez fort entre les paillettes et leur dessous en ce qui concerne le milieu cinématographique. Quant à l'art cinématographique qui nous a livré et nous livre encore des chefs d'oeuvre, il nécessite un autre regard. Merci Olivier de m'avoir lue et de votre retour.
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Pierre-Hervé Thivoyon · il y a
Tout à fait d'accord !