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le chat

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lina allouch

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M. Chat était au centre de la pièce, dans la chambre de Léon. Ses parents avaient pourtant interdit de le faire entrer dans la maison, mais après tout, et comme à leur habitude, ils n’étaient pas là. Certes, il pouvait avoir les jouets qu’il voulait sans devoir attendre Noël ou son anniversaire, mais ces petits plaisirs ne comblaient pas la solitude causée par leur absence.
Alors que M. Chat, lui, était là. Peut-être que depuis deux semaines, mais il était là lorsque Léon avait besoin de parler même s’il savait très bien que l’animal ne comprenait pas un mot de ce qu’il disait, au moins ça lui procurait la sensation d’être entendu, et compris lorsque M. Chat agrémentait une fin de phrase par un simple miaulement. Parfois, le jeune garçon avait même l’impression qu’il relançait la conversation quand son miaulement avait une sorte de ton interrogateur.
Leur rencontre avait été simple. Léon était sorti de l’école primaire, attristé de ne pas voir l’un de ses parents alors qu’ils lui avaient déjà promis plusieurs fois de venir. Encore une fois, il voyait ses camarades repartir avec leur parent et encore une fois, il devait repartir seul. M. Chat, attendant devant l’école, assit sur son postérieur avec sa queue qui l’entourait, en décida autrement.
Son regard avait croisé celui du jeune enfant et il avait commencé à le suivre. Au début, Léon l’ignorait, mais il n’avait pas arrêté de miauler devant la porte d’entrée. Il était assez gros, peut-être même obèse. Léon s’était dit, en rigolant, que lui donner à manger ne ferait que le faire exploser puis il s’était rappelé les moqueries que les autres élèves portaient à l’un de ses camarades et se sentit mal de s’être dit le même genre de bêtise.
Le jeune garçon avait alors pris un morceau de couenne de jambon pour lui donner. M. Chat s’était jeté dessus puis l’avait regardé en poussant un autre miaulement, déclenchant ainsi un sourire chez le jeune enfant qui partit chercher la tranche de jambon pour la couper en plusieurs bouts afin de lui en redonner. Depuis, ils ne se quittèrent plus.
Ces derniers jours, M. Chat ne semblait pas aller bien. Il perdait énormément de poids, et cela malgré la nourriture qu’il mangeait. Il passait d’un chat énergique, à un chat qui, une fois revenu à la maison, restait allongé sur ses quatre pattes. En fait, le voir dans cet état-là rappelait à Léon son grand-père dans ses derniers instants.
Ce soir-là, Léon dévoila à M. Chat, allongé au centre de la pièce et respirant difficilement, mais donnant quand même cette impression d’écouter, ses sentiments à l’encontre d’une fille de son école. Ensuite, il s’était mis au lit en l’informant qu’il pouvait rester la nuit, que de toute façon ses parents ne feraient même pas attention à lui.
Léon éteignit la lumière en voyant M. Chat assis sur ses quatre, la queue qui l’entourait comme lors de leur première rencontre.
« Merci d’être mon ami, et j’espère que tu ne t’ennuies pas trop avec moi. En tout cas, moi non. »
M. Chat miaula une fois comme pour confirmer ce que Léon venait de dire. Puis, durement, il miaula une deuxième fois après que la lumière se fut éteinte. Le jeune garçon, inquiet de la santé de l’animal, ralluma la lumière. M. Chat lui tournait le dos, on pouvait voir sa colonne vertébrale qui dépassait de sa peau maigre, en revanche, sa tête était tournée vers lui.
Après qu’il eut rééteint la lumière, M. Chat poussa un long miaulement effrayant, qui étrangement, avait une intonation plus humaine qu’animalière. Une nouvelle fois, Léon appuya sur l’interrupteur de sa lampe de chevet.
Cette fois-ci, M. Chat était tourné vers lui. Il faisait deux mètres de plus et n’était plus assis sur ses quatre pattes, mais debout sur ses deux pattes arrière, ses deux pattes avant étaient à demi-recroquevillées vers lui, ses griffes ressortaient comme de fines lames. Il avait la peau sur les os et ses côtes ressortaient au niveau du thorax. L’évolution de sa taille ne permettait plus à ses poils de recouvrir toute la surface de son corps, mettant ainsi en valeur au niveau de la tête et de l’abdomen principalement, une chair presque moisie. Il passa sa langue autour de ses babines avant d’ouvrir sa gueule de la même façon qu’un serpent l’ouvre avant d’avaler une proie plus grosse que lui.
En un bond, le chat se jeta sur l’enfant paniqué par ce qu’il voyait. Par un rapide réflexe, Léon s’extirpa de son lit avant de passer par-dessous et de se diriger à toute vitesse vers la porte de sa chambre pour s’enfuir. Il regarda derrière lui afin d’être sûr qu’il ne rêvait pas, mais le chat se retourna soudainement et commença à marcher dans sa direction d’un pas lourd, toujours la gueule grande ouverte comme un requin-pèlerin absorbant tout sur son passage.
Léon quitta la pièce sans plus attendre avant de la bloquer avec un meuble, pendant que la poignée de la porte bougeait dans tous les sens. Puis la longue patte du chat apparut dans un violent éclat, elle s’agitait dans tous les sens, essayant d’attraper l’enfant à travers le trou qu’elle venait de faire. Lentement, elle s’enleva pour laisser place à un des yeux du chat qui regarda le garçon traumatisé. Puis, silencieusement, il disparut dans un terrifiant grognement.
S’enchaînèrent ensuite d’agressifs grattements à la porte accompagnés par de longs miaulements ressemblant à de l’agonie.
Enfin, un inquiétant silence se mit à régner.
Léon monta en tremblotant sur le meuble pour examiner sa chambre par le trou, une larme perlait le long de sa joue.
M. Chat était au milieu de la pièce, redevenu normal et allongé sur le côté. Le jeune enfant poussa le meuble pour tirer la porte afin d’entrer à l’intérieur.
L’animal respirait encore plus difficilement qu’avant, une respiration saccadée et sifflante. Sa tête se tourna vers Léon, qui se recula immédiatement, pour pousser un dernier miaulement qu’il n’eut pas la force de finir.
Seule face au cadavre qui commençait à disparaître comme de la cendre lâchait contre le vent, Léon se mit à pleurer.
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