Le chat

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Yvonne DUPARC se définit comme une " Femme qui écrit" car elle a longtemps jonglé avec les chiffres, ce n'est qu'à partir de la retraite que lui est venu le goût de l'écriture. Elle aime allie  [+]

A partir du jour où je rencontrais Alice, ma vie fut remplie de tendresse et d’amour. J’allais être adopté par une famille, sa famille. J’allais faire partie intégrante de la vie d’une Femme, d’une Amie qui me comblait déjà. Alice aimait les livres et les chats. Et maintenant elle m’aimait !...
Alice écrivait, elle passait son temps dans la quiétude de cette pièce réservée au monde de l’écriture, un jardin dont elle avait gardé le secret, son bureau. Jusqu’à présent, elle avait partagé ce lieu protégé uniquement avec son compagnon à pattes de velours, lui qui n’était qu’un simple chat de gouttière, un bâtard, un européen d’origine imprécise, un sang mêlé, avait toutes les faveurs, tous les droits. Il régnait en maitre absolu dans cette pièce et dans toute la maison.

Alice était belle avec ses cheveux couleur de feu et son regard d’un vert jade, je n’avais jamais vu de couleurs aussi rares sauf dans les yeux d’un chat.
Un énorme bouquet de fleurs à la main, je débarquais dans sa vie. Il fallait monter trois marches de pierres grises sous le perron pour entrer. Je dus enjamber le chat, sa fourrure tressaillit. Dans l’entrée, un escalier de bois blond menait à l’étage. Nous sommes passés dans la pièce à vivre claire, lumineuse et décorée avec goût. Je n’en attendais pas moins d’elle. Sa maison était à son image, accueillante et gaie. Une impression de bien-être et de chaleur m’enveloppèrent atténuant le trouble de cette premier rendez vous chez elle.

Pendant le repas, le chat était rentré. Il avait fait le tour de la table, s’était approché de sa maitresse, celle-ci s’était penchée pour le caresser mais d’une virevolte il avait esquivé son geste, il alla à la cuisine, laper un peu d’eau dans son écuelle et revint sans un regard pour quiconque. Il traversa, fier et altier, le living room, emprunta l’escalier de bois blond et disparut dans les étages.

Elle voulut me montrer le reste de la maison. Mais, ce premier soir, nous ne découvrîmes qu’une chambre, la sienne que nous ne laissâmes qu’au petit matin. Tout en montant le grand escalier de bois blond, j’essaimais la plupart de mes vêtements.
Devant moi, sa démarche dansait (mes chaussures restèrent au pied des marches) elle portait une robe vert-tilleul, (ma cravate chuta) sans manches (j’ôtais une chaussette), semée de petites fleurs (puis l’autre en équilibre sur les marches). Sa robe froufroutait sur ses jambes (ma veste fut crochée au dernier montant) et l’étoffe drapait ses hanches que je convoitais déjà (je déboutonnais ma chemise) le désir en moi...

Le chat était couché sur le couvre lit, pelotonné et ronronnant. Il ouvrit un œil, soupçonneux, circonspect, jaloux puis à regret, il ouvrit l’autre. Il se leva doucement, s’étira longuement, les pattes en avant et le dos arrondi, prenant son temps, nous narguant, me narguant de son attitude hautaine et de ses chatteries dédaigneuses.
Pendant ce temps, je m’acharnais sur les lèvres d’Alice, son cou, sa nuque puis ses seins, le chat était toujours là, spectateur et agacé. La robe vert-tilleul fut enlevée à la hâte et jetée à la diable. Elle atterrit sur le chat qui ne broncha pas. C’était un tissu, léger, aérien, imprégné de l’odeur de la chair de sa maitresse avec encore quelques fragrances de son parfum. Pressés de notre étreinte, nous tombâmes sur le lit manquant d’écraser le félin. Il fit un bond dans un feulement de désaccord et en crachant sa hargne, il dévala, comme une furie, l’escalier de bois blond.
Au matin, en redescendant, nous retrouvâmes, sur les marches, quelques vestiges de notre hâte à nous aimer et le chat, pelotonné et ronronnant sur le sofa. Il ouvrit un œil, le referma bien décidé à ne pas céder sa place, cette fois-ci. Mais là, je m’abstins de le déranger. Il n’était guère prêt à partager sa maitresse, encore moins son confort.

Le monde des félins m’était totalement inconnu, de ma vie, je n’avais °fréquenté° de chat. Je ne savais rien des émotions animales. Les Hommes ont la capacité à ressentir des émotions qui ne leur sont d’aucune utilité comme la haine, l’avidité, la compassion ou la jalousie !...
Un chat peut-il être jaloux comme un homme ?
Chez les chats comme chez les autres animaux, les émotions ont pour but de leur permettre de survivre et de s’adapter. Moi de mon côté, il fallait que je m’adapte également, que je fasse ma place dans ce foyer sans brusquer qui que ce soit, ni le félin ni cette femme sereine et gaie, aux prunelles de chat.
Après le petit déjeuner pris, simplement, dans la cuisine sentant le café fumant et le pain grillé, la fenêtre ouverte sur le jardin, nous remontâmes dans les étages pour nous préparer.
Il fallut se rhabiller et récupérer les vêtements essaimés. Je retrouvais la veste, la chemise, les chaussettes mais la cravate demeura introuvable. Lorsqu’Alice eut fini de se revêtir, elle redescendit moi, je cherchais toujours ma cravate.
Quelques indices me permettaient de penser que le chat était pour quelque chose dans cette disparition. Des fils de soie sur le tapis, la ouate du matelassage peluchait sur le pavé, ces traces d’une cravate fièrement et chèrement acquise nous emmenaient directement au couffin de cette °salle° bête sous l’escalier. Alice poussa un Oh !... désolé et de surprise. Moi, je crachais (comme le chat) un merde !... de stupeur.
Je ne voulus pas faire de vagues après tout ce n’était qu’un accessoire de mode, mais quand même, je l’avais grassement payé !....Des lambeaux de soie à la main, je cherchais, dans la maison, l’auteur de ce crime. Je retrouvais mon °futur ami le chat° (j’espérais au fond de moi-même qu’il le deviendrait un jour, même si aujourd’hui, notre relation commençait très mal), je le retrouvais dans une pose élégante et noble, sur le bureau d’Alice devant un univers de livres. Il se léchait minutieusement le pelage, le derrière posé sur des feuillets manuscrits d’une écriture brouillonne et indéchiffrable. Dans le bureau d’Alice, il régnait en maitre, il charmait sa solitude d’écrivain soit-disant !
Il est bien connu que tous les auteurs, les poètes, les scribouillards, qu’ils soient célèbres ou pas, aiment les chats. Au fond de moi-même, j’étais un peu jaloux aussi de ce chat qui était aimé d’Alice. Cependant, aujourd’hui, ce vulgaire félin qui n’était ni un Persan, ni un Chartreux pas même un Abyssin galvaudait notre journée.
Alice enfila des sandales de cuir à lanières et moi je m’apprêtais à rechausser mes souliers que j’avais délaissés la veille au pied des marches. Alice, rouge de colère contre son animal, m’arrêta dans mon geste :
« Cette odeur !... Le chat !... » elle bafouillait de honte, elle déglutit avec difficulté.
« Quoi, le chat ?  » vociférais-je n’ayant pas déceler sa gêne.
«  Le chat !... il a uriné dans tes chaussures !... » avoua-t-elle penaude.
«  Quoi !... » je m étranglais de rage.
«  Il est jaloux !....» elle émit un petit rire qui se cassa net devant mon air ébaubi.
L’humeur me prit à la gorge, j’étais furieux : la cravate, les souliers, c’en était trop ! Je n’étais pas prêt à me laisser faire. Il fallait que je me montre, il fallait que ce maudit félin comprenne qui allait être le Maitre dorénavant !...
Il fallait que je frappe fort. Au Moyen-âge, pour moins que cela, on l’aurait brulé vif pour sorcellerie, ce suppôt de Satan !...
Comme une furie, (il avait bafoué mon amour propre, il m’avait ridiculisé), j’attrapais mes chaussures que je lançais sur ce bâtard arrogant et manipulateur. Il sortit de la maison à la vitesse de l’éclair tout en crachant des °psitt... psitt...° coléreux. Et sous le regard médusé d’Alice et trucidant des yeux, ce démon qui s’était réfugié sur le toit du garage, je jetais le couffin du ° Jaloux ° sur la pelouse... et je pissais dessus.
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