LE CADEAU (2/2)

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Ancien joli bébé (voir preuve), j'écris des nouvelles à la coloration un peu fantastique, des fantaisies littéraires, des courts romans, des essais, des livres de marketing. Pour du pas sérieux  [+]

...

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Rob

Incroyable ! Ce vieux m'a épaté. J'en ai oublié de donner les instructions de retour à la bulle, qui m'a demandé si tout se passait bien. Un objet en bois chez un citoyen ! Et un citoyen de sixième classe, au niveau D !
- Wendy ! Branches-moi sur la biblio. Je veux tout savoir sur les antiquités en bois. En vocal, s'il te plaît.
Pendant toute la durée du voyage de retour, j'écoute Wendy me faire un historique succinct des objets anciens en bois véritable. C'est bien ce que je pensais. Tous ces objets ont été réquisitionnés par la Ville il y a plus de cent quatre-vingts ans, et leur possession à titre privé est totalement illégale et sévèrement réprimée. Dans la foulée, Wendy me confirme l'article B-7 de la Loi de la Ville. Tout citoyen qui a connaissance d'une action illégale ou d'un projet d'action illégale doit en informer immédiatement les autorités de la Ville. A défaut, la sanction pour complicité est la même que celle appliquée au criminel. Pour faire bonne mesure, Wendy ajoute l'article concernant la récompense attribuée à tout citoyen dénonçant un acte illégal. Intéressant, très intéressant...
Encore une fois, la bulle me demande si tout va bien. Ça fait près de cinq minutes que nous sommes revenus à l'entrepôt, et je ne m'en étais même pas rendu compte.
- Oui chérie, tout va pour le mieux. Déconnexion !

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Mo

Voilà, le test a eu lieu. Il ne reste plus qu'à attendre le résultat. Avec les deux précédents, ça n'a pas été long. Peu de temps après leur départ, les miliciens faisaient irruption et découvraient une boite en tous points semblable à celle qui avait ému mes visiteurs. A ceci près que ce qu'ils trouvaient n'était qu'une parfaite copie en céramide-hyperpolyuréthane, réalisée il y a bien longtemps. Juste après l'interdiction totale, le propriétaire de la véritable boite n'avait gardé celle-ci qu'à titre de souvenir. Elle contenait, paraît-il, des objets appelés cigares, une sorte de drogue légale également interdite depuis très longtemps. Puis elle a servi pour le test. J'ai menti à Rob, comme aux autres candidats involontaires. Cette boite ne me vient pas de l'un de mes ancêtres. Elle m'a été donnée par mon prédécesseur lorsqu'à mon tour, il y a presque quarante ans, j'ai été choisi. Après avoir réussi le test.
Cela fait maintenant plus de quatre heures que le tech est reparti, et il ne s'est rien passé. Je commence à espérer. Sera-t-il le bon ? Sera-t-il le prochain ? Il y a bien longtemps que je n'ai plus fréquenté l'Eglise Universelle du Saint Hérésiarque. Je ne connais plus avec précision les incantations officielles, mais j'improvise une imploration de requête.
- Grand Architecte de l'Univers Connu et Inconnu, je t'en prie, fais que celui-ci réussisse le test. Je ne suis pas certain de trouver avant la Cérémonie de la Délivrance, si ce tech n'est pas le bon. Je t'en pr...
Le vibreur du visio m'a fait sursauter. Mon cœur bat subitement un peu plus fort dans ma poitrine.
- Appel de Rob, technicien de la Ville. Dois-je le connecter ?
- Connexion acceptée. Holo 3-D, s'il te plaît.
Je m'assieds pour tenter de me calmer un peu, tandis que le visage de Rob se matérialise au centre de la pièce.

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Rob

Qu'est-ce qui me prend ? Je dois être un peu dingue. J'aurais dû appeler la milice immédiatement. Et la récompense, bon sang ! Elle me permettrait une cure complète, avec des implants tout neufs. Ce n'est pas tous les jours qu'on tombe sur une occasion pareille...
La communication est acceptée. Le visage du vieux flotte au-dessus de ma console. Il a l'air un peu nerveux. Normal.
- Wendy, cryptage !
Je ne sais pas jusqu'à quel point l'intimité des communications est préservée par une demande de crypt, mais je préfère être prudent.
- Bonjour, grand-père. J'aimerais bien jeter un nouveau coup d'oeil à... votre clim'.
- Bien sûr, Rob. Venez quand vous voulez.
Le vieux a l'air un peu soulagé. J'espère que je ne fais pas la bêtise de ma carrière.

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Mo

Ça fait maintenant cinq semaines que Rob vient régulièrement me rendre visite. Au début, il ne pouvait s'empêcher de caresser la boite pendant toute la durée de sa visite. Progressivement il a commencé à m'interroger sur ma vie, mes activités passées et tout le reste. J'ai l'impression qu'il me prend en affection. Je dois l'intriguer, aussi. Il sait que je ne suis qu'à quelques mois de la Délivrance, et ça a l'air de l'ennuyer. Il a commencé à me parler de lui, aussi. Et il ne jette plus que quelques regards vers l'antiquité interdite, de temps en temps. Une seule fois, il m'a demandé si j'avais d'autres objets comme celui-ci.
- D'autres objets anciens, des antiquités ? Euh... non, pas précisément.
Il a eu l'air soulagé.
Avant-hier, alors qu'il me racontait des épisodes de sa vie de tech, je l'ai brutalement interrompu.
- Rob, vous savez que je n'en ai plus pour longtemps ?
Il s'est tortillé nerveusement sur son siège en regardant intensément le reste du cocktail vert fluo au fond de son verre.
- Oui, Mo. Et ça me fait de la peine, vous vous en doutez. Cette foutue loi des 70, je n'y avais pas bien réfléchi jusqu'à maintenant. Il devrait y avoir des exceptions...
- Ne vous inquiétez pas, Rob. Il me semble que je peux partir tranquille, maintenant. Les médics se chargent de faire disparaître le stress, vous le savez. Non, je voulais vous demander quelque chose. Vous savez que je n'ai pas d'enfant, personne à qui transmettre ce que je possède.
Il a jeté un coup d’œil rapide à la boite.
- Non, je ne peux pas accept...
- Attendez, il ne s'agit pas de ça. Enfin, pas exactement. Avez-vous déjà été à l'extérieur, Rob ?
- A l'extérieur ? Vous voulez dire... hors de la Ville ?
Il m'a regardé éberlué. J'ai lu dans son regard l'éclat fugitif du doute. Les médics avaient certainement mal dosé les tranquillisants et je commençais à perdre les pédales. Puis il s'est rendu compte que j'étais parfaitement calme et que je semblais avoir toute ma tête.
- Mo, vous savez bien que c'est impossible. Je ne suis qu'un tech ordinaire, et je n'ai pas d'accréditation pour accéder aux niveaux supérieurs. Alors l'extérieur... Je n'ai même jamais rencontré quelqu'un qui prétende y avoir été. Et d'ailleurs, il n'y a rien hors de la ville, non ?
- Non, il n'y a rien. Enfin, il n'y a plus rien. Plus rien de vivant, en tous cas. Il n'y a plus que cette Ville et ses milliers de niveaux, ses milliards de conapts, ses réseaux neuronaux, ses citoyens encapsulés, ses forums virtuels de discussion, ses soleils artificiels, ses puits de transport vertigineux, son organisation automatique,... et ses techniciens pour maintenir le tout en état de marche.
- Je sais tout ça, Mo, mais pourquoi cette question ?
- Revenez bientôt, Rob. Votre prochaine journée de repos. Une journée complète ne sera pas de trop. J'ai un cadeau à vous faire, avant de partir.
Le moment est venu. En tous cas, je ne peux plus reculer. Ce sera lui ou personne. Mon bracelet vibre. Je me rends compte que mes mains tremblent et qu'elles sont moites.

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Rob

Depuis que je visite le vieux Mo régulièrement, je ne l'ai jamais vu dans cet état. En ouvrant le sas de son conapt – manuellement ! - il a regardé derrière moi, comme s'il vérifiait que j'étais bien seul. Il s'est enfilé deux Blue Cosmo coup sur coup avant de penser à m'en offrir un. Son bracelet-médic est posé sur une étagère, déconnecté. Heureusement, sinon il sonnerait l'alerte générale ! Pauvre vieux. L'approche de l'échéance doit le perturber plus que je ne le pensais.
- Mo, s'il y a quelque chose que je puisse faire pour vous aider...
Il lève les yeux sur moi, et semble prendre seulement conscience de ma présence.
- M'aider ? Oh, ne vous inquiétez pas pour ça, Rob. Ce n'est pas ce que vous croyez. Mais,... oui, vous pouvez m'aider. En acceptant ce que je vais vous offrir.
Je ne peux m'empêcher de jeter un rapide coup d’œil à la boite que Mo a posé entre nous.
- Non, non, il ne s'agit pas de ça, je vous l'ai dit la dernière fois. Enfin pas exactement. Pas seulement.
Il hésite et semble chercher ses mots.
- Vous savez qu'il n'y a plus rien à l'extérieur de la Ville, Rob. Enfin plus rien de vivant, de naturel. L'air est irrespirable, les lacs, les rivières et les océans ont disparu. Toute vie animale également. Plus de végétaux non plus, plus de forêts, plus de prés, plus de champs. A ma connaissance, plus personne ne met les pieds en dehors de la Ville. Pour y faire quoi, d'ailleurs ? Mort et désolation...
- Oui, je sais tout ça, mais quel rapport...
- Ça n'a pas toujours été comme ça. Que savez-vous de ce qu'était notre planète avant la Ville, avant ce carcan de fer qui enserre notre globe ? Rien ou presque, j'en suis certain. Venez, je vais vous montrer quelque chose.
Il se lève et se dirige vers le fond de sa pièce à vivre. Il s'arrête devant un placard qui recouvre un pan de mur, et se retourne.
- Allez, venez, que je vous donne mon cadeau.
Je le rejoins en hésitant un peu. Je me trouve un peu bête, devant cette porte de placard. A-t-il caché quelque chose derrière ? Un cadeau... Et pour quelle raison, d'ailleurs ? Il a dû effleurer quelque commutateur sensitif caché, car la porte s'efface soudain. Je reçois un coup à l'estomac. Derrière cette banale fermeture de placard, je découvre une autre porte qui semble faite entièrement de bois, comme la boite. J'avance la main en hésitant. Ce bois est beaucoup plus ancien. Plus détérioré aussi, il me semble. Il est gris clair, comme s'il avait été lavé et relavé un nombre infini de fois. Impensable ! La boite me semble maintenant une broutille, à coté de cette vénérable relique. Deux plaques métalliques qui paraissent articulées la maintiennent au mur, et un anneau en fer est fixé en plein milieu. J'effleure l'anneau, je caresse la surface irrégulière de la porte. On distingue nettement les veines - c'est le terme que j'ai entendu au musée - du bois. En fait, la porte est manifestement faite de lamelles assez larges, maintenues ensemble par un dispositif que je ne vois pas. Une soudure à infra-sons ? De l'hyper-colle moléculaire ? Non, c'est impossible. Cette porte a été fabriquée il y a une éternité, avant la mise au point de ces techniques. Et ces parties en fer ! Rugueuses, inégales, imparfaites... Aucun automate de production ne fabriquerait des objets aussi grossiers.
- Ce n'est pas fini, Rob. Préparez-vous à un choc.
Le vieillard réfléchit et semble hésiter quelques instants. Puis il actionne l'anneau métallique. Bruit incongru de métal contre métal. Il pousse la porte et s'efface sur le coté.
- Votre cadeau, mon ami.
J'expulse d'un coup tout l'air contenu dans mes poumons, et il me semble que mon cœur oublie de battre pendant d'interminables secondes. Mes mains se mettent à trembler et je sens que mes jambes ne pourront plus me porter dans quelques instants. La stupeur me tétanise. L'effroi, aussi. Une sueur glacée coule sur mes tempes et mes oreilles se mettent à bourdonner. Au prix d'un formidable effort, je réussis à faire un pas en arrière pour retrouver la sécurité relative de l'intérieur du placard. Ce qui n'efface pas l'impensable vision. Là, en face de moi, derrière cette porte vieille comme l'univers, l'extérieur ! Une étendue sans fin ! Un impensable espace infini. Un terrible vertige me glace les entrailles. L'horreur absolue...
- Heu... vous me faites mal, Rob.
Je me tourne vers Mo et constate que ma main est crispée sur son bras, telle la pince bloquée d'un robot détraqué.
- Excusez-moi, Mo. Mais que... Qu'est-ce que c'est que ce... cette.... que ça ? Ce n'est pas possible, n'est-ce pas ? C'est une monstrueuse reconstitution ou quoi ? Comment avez-vous...
- Attendez, attendez... Essayez de vous calmer. Je vous donnerai toutes les explications dans un instant. Comment vous sentez-vous ? Un remontant vous ferait peut-être du bien.
Je ne peux que secouer la tête. Comment une telle réalisation est-elle possible ? Où sont les mega-projecteurs holographiques 3-D ? Et l'énergie nécessaire, d'où vient-elle ? Quel est le but de ce monstrueux spectacle ?
- Non, Rob... Je sais ce que vous pensez. J'ai eu la même réaction il y a une quarantaine d'années, lorsque mon prédécesseur a ouvert pour moi cette même porte. Ce que vous avez devant vous est la réalité... Une impossible, une inexplicable, une invraisemblable réalité.
- Mais... nous sommes à l'intérieur d'un appartement, à un niveau inférieur de la Ville ! Il y a des centaines de niveaux au-dessus de nous, des dizaines en-dessous, des millions de conapts autour de celui-ci... Vous disiez vous-même qu'il n'y a plus rien à l'extérieur. Alors, qu'est-ce que c'est ? Une hyper-illusion ?
- Approchez, que je vous présente cette... illusion.
Il passe le seuil de la porte et se retourne pour m'attendre.

11
Mo

Les explications ont été longues. Ou plutôt les descriptions. Mon ami technicien semblait ne pas comprendre la moitié de ce que je lui disais. Je devais donner des définitions, trouver des analogies.
- Incroyable, tout ce vert !
- La nature, Rob, la nature dans la plénitude de son infinie beauté, tout simplement...
- Ce bleu ?
- Le ciel immense, dans sa pureté d'origine...
- Et ces bruits, ces cris ? Ces odeurs ? Et ce souffle sur ma joue ?...
- L'air en mouvement, que l'on appelait le vent, le souffle du vent dans les arbres, et l'ondulation de l'herbe, et le murmure de l'eau libre...
- Libre ?
- Oui, mon ami, libre d'aller de sa source vers des destinations connues d'elle seule, par des chemins détournés et mystérieux. Il y a aussi les oiseaux, Rob, on ne sait rien de la nature si on n'a pas observé le ballet infini et impénétrable des oiseaux. Et les insectes, et toujours les arbres, Rob, avec toutes leurs nuances de vert et de marron, de gris quelquefois, les petits rabougris et tordus et les grands élancés, l'incroyable variété des arbres...
- Là-haut, ces masses blanches qui semblent flotter au-dessus de nos têtes ?
- On appelle ça des nuages, ils peuvent prendre d'eux-mêmes les formes les plus étranges et les plus cocasses...
- Cette lueur aveuglante ?
- Ce n'est rien d'autre que le soleil, mon ami, le soleil oublié, masqué, nié, tué par la Ville...
- Et ces taches de couleurs au loin, qui semblent vibrer ?
- Des fleurs, Rob, la création la plus futile et la plus indispensable du Grand Architecte, de simples fleurs...
Nous sommes assis sur le seuil de la porte, face à l'immensité verte et bleue, ocre, blanche et jaune. Mon compagnon est silencieux depuis quelques minutes. Tout à l'heure, des larmes ont coulé sur sa joue sans qu'il fasse quoi que ce soit pour les cacher.
- Alors, c'est ça, l'extérieur ?
- C'était ça...
Il me regarde sans comprendre. Il ouvre la bouche pour me poser les deux questions que des dizaines avant lui ont posées. Je ne lui en laisse pas le loisir.
- Je sais ce que vous allez me demander. Comment et pourquoi ? C'est bien ça ?
Son regard mouillé me répond silencieusement.
- Des générations m'ont précédé ici. Personne n'a jamais compris pourquoi cette vieille porte en bois existe - je devrais dire existe encore - ni pourquoi elle donne sur cet espace de nature préservée. Aucun de ceux qui ont ouvert cette porte avant moi n’a su comment un tel miracle était possible. Il y a ce que nous savons et ce que nous supposons. Mes prédécesseurs ont acquis la certitude que ce que nous avons devant nous est une portion d'espace de cette planète, tel qu'il était il y a des centaines, peut-être des milliers d'années. Avant la folie des hommes, avant la destruction, avant l'anéantissement, avant la Ville-prison. Ce paysage devait être celui que l'on découvrait en ouvrant la porte en bois, derrière nous. Je ne suis même pas certain que l'occupant des lieux l'appréciait alors à sa juste valeur... Et cette petite portion d'univers intact vit au même rythme que nous. Là aussi, les jours s'écoulent et les saisons passent. Les animaux et les végétaux naissent, vivent et meurent. Le soleil se lève, traverse le ciel et disparaît à l'horizon, laissant place à la lune. Oh, la lune Rob ! Vous n'avez pas idée de l'émotion que peuvent procurer les changements d'aspect de cette splendeur nocturne.
- Mais comment cette partie d'espace a-t-elle été préservée ?
- C'est là le mystère. On peut penser qu'une distorsion limitée de l'espace-temps a pu... comment dire... détourner ce paysage, d'une certaine manière. Un petit morceau d'un univers parallèle, une lucarne sur l'une des infinies variations possibles de notre planète. De tels phénomènes sont théoriquement possibles, d'après les physiciens. Le fait est que ce paysage est là. Ce que mes prédécesseurs ont supposé, c'est que tant que quelqu'un verra ce paysage et s'imprégnera de chaque élément, de chaque composante, il existera et continuera d'exister. Ce n'est peut-être qu'une croyance idiote, mais nous ne voulons pas prendre de risque. C'est pourquoi chacun d'entre nous a recherché à son tour quelqu'un susceptible de recevoir ce cadeau, d'en préserver le secret absolu, et de le transmettre à un autre de son choix. Ce paysage sera bientôt votre domaine et votre trésor, Rob. Si vous l'acceptez.
- Est-ce que nous pouvons... le parcourir, aller et venir, l'explorer, nous y perdre ?
- Hélas non. Vous verrez qu'en faisant quelques pas de plus, il s'estompera progressivement pour faire place à une sorte de brume cotonneuse, de plus en plus dense. Aucun de ceux qui m'ont précédé n'a jugé prudent d'insister et d'aller plus avant, au risque de se perdre à tout jamais. C'est un peu comme une immense et merveilleuse représentation, dont nous ne pouvons être que les spectateurs, éblouis mais impuissants.
Son dépit est visible. Moi aussi, quatre décennies plus tôt, après avoir accepté l'incroyable, après avoir admis l'impensable, j'avais rêvé, l'espace de quelques instants, que cet espace préservé serait ma délivrance, mon passeport pour un autre monde, pour une vraie vie, pour une humanité retrouvée, réinventée.
- Ne soyez pas déçu, Rob. Ce que vous avez devant vous, personne au monde ne le possède. Cela n'existe plus, nulle part. Pour vous seul, et pour la première fois de votre vie, chaque jour sera réellement différent. Vous verrez passer les saisons - oui, les saisons, Rob, vous apprendrez à savoir ce que c'est -, vous apercevrez des animaux au loin, et vous essaierez de les reconnaître et de les comprendre, vous interpréterez le cri des oiseaux et la plainte du vent. Vous découvrirez la neige. Ah, la neige !.. Vous verrez l'eau du ciel - la pluie, c'est son nom - tomber et nourrir la terre avide. Vous sentirez la brûlure du soleil et celle du givre. Vous appellerez la brise pour qu'elle ébouriffe vos cheveux. Vous aimerez avoir froid. Vous apprécierez la sueur qui coulera dans votre dos, vous attendrez que le vent apporte à vos pieds une branche morte que vous caresserez pendant des heures. Le tonnerre vous effraiera et la foudre, si vous avez la chance d'assister à cette manifestation divine, vous émerveillera... Bienvenue dans votre royaume.
- Mais Mo, pourquoi moi ? Je ne peux pas accepter un pareil don ! Pourquoi ne pas en faire bénéficier le plus grand nombre ?
- Mon ami, la question s'est posée à chaque génération. Et elle a toujours été tranchée de la même manière. Nous avons tous, l'un après l'autre, pensé qu'un tel miracle, s'il venait à être connu, serait détourné, confisqué, et finalement détruit par la Ville. Elle ne peut pas montrer aux citoyens-habitants ce qu'elle leur a volé, ce qu'elle a détruit. Elle a eu trop de mal à nous faire oublier que ce qu'il y a derrière cette porte a existé. Le choix que tous ceux qui se sont succédé ici ont fait, et que je fais également aujourd'hui, c'est de transmettre ce miracle à une seule personne apte à l'apprécier. Je vous ai choisi, Rob. Ce faisant, je vous ai fait un cadeau un peu empoisonné. Il y a un prix à payer, d'une certaine manière. En vous donnant la clé de ce paradis, je vous condamne à la solitude. Ce secret est pour vous seul. Vous devrez passer votre vie sans compagne permanente. Elle - ou il... - pourrait mettre en péril l'existence même de ce miracle. Ami d'aujourd'hui, ennemi de demain... Je vous prive également de la joie du partage. Les sensations que vous allez découvrir, les émotions que vous ressentirez, ne sont que pour vous seul. Ce sera difficile, certains jours, mais la pérennité de ce merveilleux prodige est à ce prix. En final, vous pourrez, comme moi aujourd'hui, transformer la vie d'une personne de votre choix. Rendre une personne heureuse à chaque génération, c'est bien plus que ce que réalise la Ville, non ?
- Et comment allons-nous...
- Tout est prêt. Deux des seuls droits anciens que la Ville ne nous ait pas encore volés sont la propriété privée et le legs, la possibilité de désigner un héritier pour ses biens. Je vais partir dans quelques mois standard. Tous les documents sont prêts. Il n'y manque que votre empreinte pour signifier votre acceptation. Je vous laisse réfléchir seul devant ce spectacle. Prenez le temps qu'il faut. Lorsque vous aurez décidé, rejoignez-moi à l'intérieur.


Tard dans la soirée, il vient me retrouver dans le salon du conapt. Il s'assied en face de moi sans me regarder. Son attention est entièrement accaparée par une petite chose verte et marron, à la fois banale et merveilleuse, insignifiante et magique, quelques centimètres carrés de féerie. Je pousse vers lui le cube d'enregistrement officiel d'héritage. Il le regarde et semble hésiter. Pendant un bref instant, l'étau glacé du doute me bloque l'estomac. Puis, je souris en comprenant qu'il lui faut à ce moment accomplir son premier sacrifice. Pour signifier son accord officiel et accepter mon cadeau, il doit lâcher pendant quelques secondes cette feuille morte que le vent a déposée à ses pieds.
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Viviane Fournier · il y a
j'ai adoré ...les personnages, l'idée, l'atmosphère ...j'ai eu peur j'ai eu froid j'ai poussé la porte ..le soleil ..l'infini ..l'implicite et le clair de la réalité de Mo et de Rob ...c'est partir à l'aventure dans des lignes c'est se poser sur une écriture qui vous fait partir à l'aventure c'est oublier le quotidien pour entrer dans celui que vous avez créé ....c'est vibrer d'émotions tout le temps ...et puis Quel cadeau ! ...magnifique !
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Réginald Ress · il y a
Merci pour cet émouvant commentaire. Je l'aime bien, cette histoire, pour cette opposition noir/blanc, béton/nature, mort/vie. Oui, nous devons, comme les Japonais, être capable de nous émerveiller devant une fleur, une feuille, un nuage, un arbre. C'est seulement ainsi que nous pourrons nous émerveiller devant une personne. Et pourquoi pas, devant nous-mêmes.
Très heureux que ça vous ait plu. Dans ma "Short Collection", vous pourriez également aimer "Soin palliatif" ou "Comment réussir une carrière sans faute" ou "La panne" "Le manuscrit", chacun dans un style différent.
Encore merci.

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Jeanne · il y a
Et l’on retrouve nos deux personnages le vieux Mo et le jeune Rob. Et de la récompense, la cure et la pose des implants, promesse de jeunesse, il n’en a cure. Et de visites en visites, de discussions en discussions, ils se lient d’amitié
Mo évoque l’environnement dans lequel ils vivent.
Force et regrets est de constater que dans cette ville de fer en béton armé de mauvaises intentions, la Nature n’est plus vivante mais une nature morte : « Lorsque l'homme aura coupé le dernier arbre, pollué la dernière goutte d'eau, tué le dernier animal et pêché le dernier poisson, alors il se rendra compte que l'argent n'est pas comestible. » 

Mo est sur le point de confier à Rob son secret. Il l’emmène vers une porte de placard, faux placard comme une armoire magique sans fond qui dévoile une autre porte, une antiquité en bois, un ouvrage travaillé à l’ancienne. Puis il l’invite, l’entraîne vers l’extérieur, un mot inconnu de son vocabulaire et ce qu’il entrevoit le fige, le glace, le cloue sur place. Il découvre les couleurs, les arbres, les oiseaux, les animaux, les parfums, les senteurs, le soleil, la lumière naturelle, la terre, le ciel, l’air.. en un mot comme en cent les cinq éléments, toutes les nuances, les composantes, les beautés de la nature.

Et ce décor, ce tableau, ce paysage, ce n’est pas une vue de l’esprit, un mirage, un hologramme, ce n’est pas une illusion ni un effet de réfraction mais une réalité oubliée, un passé lointain préservé, des hier, des avant-hier qui content le temps d’avant, le temps du bonheur.
Une échappée belle, une très jolie porte dérobée qui s’ouvre sur un champ des possibles, une issue, un passage, un pont, une passerelle déroulée vers ailleurs qui mène à une autre rive, une oasis, un jardin extraordinaire, un autre espace temps, une route parallèle, un instant suspendu entre deux qui accroche des étoiles plein les yeux, des fleurs dans le cœur, des œillets de poète à la boutonnière.

La feuille libre vole au vent léger, les feuilles mortes se ramassent à la pelle ou avec soin, précieuses comme la prunelle de nos yeux. Il lui remet les clés d’un royaume où il pleut, il vente, où il neige... où la vie fourmille au rythme des quatre saisons, un paradis qui fait de Rob son héritier testamentaire. Un domaine que le regard embrasse qui a ses bords, ses contours, ses limites ou à se perdre dans la brume… de l’oubli. Un cadeau 2 que j’ai beaucoup apprécié parce que entre les lignes, perce, transpire l’humain, se lit le merveilleux, se lyse, s’autodétruit le robot, l’artificiel. Bravo cher Réginald, vous êtes le roi des exquis mots, de douces images qui mettent du baume au cœur dans ce monde de brutes, de sauvages in-civilisés.

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Margue · il y a
un peu difficile au début, la SF n'est pas vraiment ma lecture ! mais je commence à apprécier ... et là j'ai plongé, bravo c'est terrifiant et magnifique ! alors savourons notre nature, nos nuages,et le soleil, la pluie ... même si notre mort n'est pas programmée ! J'ai beaucoup aimé !
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Réginald Ress · il y a
"terrifiant et magnifique", merci. C'est un très beau compliment. Je suis heureux que ça vous ait plu.
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Alain de La Roche · il y a
Ah ! Non ! C'est un peu court, jeune homme !

Ne pensez-vous pas qu’un troisième volet serait le bienvenu ?
Quelle est cette porte de l’espace/temps ouverte sur un monde parallèle ?
N’y-a-t-il pas une possibilité d’évasion pour Rob et son ami septuagénaire condamné à mort ?
Sont-ils en capacité d’approcher le mystère « du grand horloger, ou grand architecte de l’univers » ?

Avec ce texte, au travers de la description d'un passage de témoin, Réginald Ress nous offre une ode à l’espoir de vie contre une mort programmée.

Je pense qu’il est inutile de rajouter que j’ai beaucoup aimé. ;-)

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Sylvie Neveu · il y a
Alain, il est toujours utile de dire qu'on aime
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Réginald Ress · il y a
Merci, Alain.
Je dois confesser, tout à fait entre nous, que lorsque je suis arrivé au bout d'une histoire, je ne peux que passer à autre chose de totalement différent. Sauf à attendre des années, que je l'aie "oubliée". Et il me faut trouver ce qui est pour moi le plus important : une chute. Ensuite, le déroulé de l'histoire est (relativement) facile à écrire car je sais où je vais. Je n'ai pas de chute en tête pour une suite, pour le moment. Les muses y pourvoiront peut-être...
Oui, c'était une ode à la vie, la vie qui subsiste malgré tous nos efforts pour la soumettre et la détruire.
Comme je l'ai dit plus bas, cette porte a vraiment existé, et elle ouvrait sur un paysage bucolique, apaisant, amical, reposant. Il fallait juste lui donner vie en lui donnant un rôle important. Ce qui est notre boulot d'écrivant 'oui, écrivant, et pas écrivain, pour ce qui me concerne)
Merci pour vos commentaires et appréciations.

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Sylvie Neveu · il y a
Pas de chute en tête.... y a qu'à demander parce que dans ma tête, c'est du Niagara pur sucre : ça coule, ça dégouline, ça cascade, ça éclabousse et ça vient arroser les cailloux verts de mousse qui enfin... enfin... se réjouissent : le robinet de la chute est ouvert et le jet d'encre joue joyeux.
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Réginald Ress · il y a
Comme je l'ai dit à Alain ci-dessous, je suis très enthousiaste à l'idée que quelqu'un écrive une suite. MAis je refuse d'utiliser une chute imaginée par quelqu'un d'autre. De la même manière, je n'utilise pas une idée d'histoire qu'on me souffle. J'aurais l'impression d'être une sorte de voleur. Alors, ma chère Clochette, il ne te reste plus qu'à écrire cette suite, car oui, cette porte ouverte peut donner lieu à des développements nombreux. Allez, au turbin !
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Sylvie Neveu · il y a
Tu n'es pas sérieux, G, j'aurais bien trop peur d'abimer tes chapitres !!!!!
Ton talent n'est pas suitable... je ferais tous les défis que tu veux mais pas celui de me substituer à tes mots, je ne t'arrive pas au début de tes orteils.
Je suis contente d'avoir mis le Alain et la Margue sur le coup, reste Emsie et l'autre Alain : " mon pays ".
Je t'embrasse tout doucement

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Alain de La Roche · il y a
Une chute, certes, mais la vôtre est totalement ouverte.
Cette porte s’ouvre sur un monde à découvrir, un havre de paix ou de dangers mortels… qui sait.
Votre « héritier » est un curieux doublé d’un solide niveau de réflexion, un aventurier de son époque. Le septuagénaire, lui, représente la sagesse acquise avec l’âge. Il pourrait orienter et tempérer son coéquipier.
Voyez-vous, votre récit m’a donné envie d’en écrire la suite mais il n’en est pas question, ce serait vous trahir et de plus, je ne dispose plus du temps pour le faire.

Par ailleurs, je retiens votre expression : « écrivant », oui, c’est cela. Moi je me dis « conteur ».
Il y a tant de têtes enflées sur ce site, qui, parce qu’ils ont acheté une lyre sur Amazon pensent être devenues des poètes.

Image de Réginald Ress
Réginald Ress · il y a
Cher Alain,
Oh comme vous dites vrai. "Écrivain" est une profession, un statut, que je réserve à ceux qui, ils sont une petite poignée seulement, vivent de leurs écrits. "Ecrivant" a quelque chose de dynamique, évoque le mouvement, la fabrication d'un texte, d'une histoire. Lorsqu'elle est écrite, on devient "auteur". Cette classification, que je trouve logique, empêche la toujours possible grosse tête. C'est un antidote efficace contre les effets secondaires indésirables des commentaires élogieux que l'on peut recevoir ici. "Conteur" est très joli aussi. J'ai dit quelque part que la plus elle phrase du monde, pour moi, est "Il était une fois...". Toutes nos histoires commencent par un "il était une fois..." virtuel, non dit, mais bien présent. C'est le couteau suisse du conteur, ce bienfaiteur de l'humanité.
Cher Alain, une fois que mes histoires sont jetées au vent, elles m'échappent un peu. Je refuse obstinément de me faire voler mon travail (tous mes textes sont protégés par copyright) mais je serais charmé si vous imaginiez et écriviez une suite. C'est un exercice d'atelier d'écriture : écrire la suite d'un texte existant, sans que le lecteur voie la coupure, la différence de style ou de traitement. Un challenge difficile mais excitant.
Alors, vous avez compris que vous avez ma bénédiction enthousiaste et curieuse.

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Réginald Ress · il y a
Il y a tout un monde peuplé de fées, d'elfes et de divers représentants du Petit Peuple. Ils sont tous là, autour de moi, et quand, vers trois heures du mat' je quitte mon clavier pour aller me coucher, épuisé, hagard, vidé, un gobelin à tête de Coulomb (ce sont les plus laids) me retient en disant "Allez, remets-toi au boulot, il y a Vivian et Lafée qui attendent la suite". Alors, pitié, ou je crée le hashtag #balance ton vivian. Il y avait longtemps que je n'avais pas été harcelé à la fois par un virtuose de la plume et une talentueuse écrivaine.
Koikil en soie, merci d'être là.

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Vivian Roof · il y a
Oui, je sais, Réginald, tu l'as déjà dit. Calme-toi. Prends un verre de lait de vacherin, allonge-toi, enlève tes pantoufles peut-être inconfortables, trop serrées, écarte les orteils, libère-toi de tes chaînes mentales, ouvre un livre de Oui-Oui, regarde juste les images... Oublie le vilain Rooffre ! Oublie la méchante Fée C. Tu veux un petit cachou ?
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Sylvie Neveu · il y a
Euh monsieur roof sans majuscule, je vous prierais de modérer votre langage. Vous ne connaissez rien de moi et déjà vous me qualifiez de " méchante "... Même avec un C.... Me voici triste monsieur.... Oui triste... Je m'en vais de ce pas me réfugier sous les mots encorbeillés de douceur de notre maître nouilleur de la confrérie des confiteurs des jarrets syllabiques macérés au Chablis.
Moi je veux bien un cachou

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Vivian Roof · il y a
Viens mon petit.
Prends un petit bonbon...

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Sylvie Neveu · il y a
Tu me fais peur....
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Vivian Roof · il y a
Et derrière la porte, la merveilleuse porte, il n'y aurait pas une Lafée ?...
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Réginald Ress · il y a
Il y a tout un monde peuplé de fées, d'elfes et de divers représentants du Petit Peuple. Ils sont tous là, autour de moi, et quand, vers trois heures du mat' je quitte mon clavier pour aller me coucher, épuisé, hagard, vidé, un gobelin à tête de Coulomb (ce sont les plus laids) me retient en disant "Allez, remets-toi au boulot, il y a Vivian et Lafée qui attendent la suite". Alors, pitié, ou je crée le hashtag #balance ton vivian. Il y avait longtemps que je n'avais pas été harcelé à la fois par un virtuose de la plume et une talentueuse écrivaine.
Koikil en soie, merci d'être là.

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Sylvie Neveu · il y a
Tu radotes, Gé : deux fois la même réponse en si peu d'espace et de temps... ça va pas du tout !!!!
Tu nous a fait le coup du gobelin laid juste au dessus.. et pis d'abord, le gobelin, c'est mon émissaire... pas le bouc... nan nan... le messager, c'est moi qui l'ai missionné en secret... bon, il est laid mais ailé et ça, c'est super pratique... parole de fée !!!

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Sylvie Neveu · il y a
G, viens à mon secours... Le roof, y fait que de m'embêter. ..
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Vivian Roof · il y a
Qui aime bien chatouille bien...
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Sylvie Neveu · il y a
J'ai une nouillerie Messieurs. .. Je peux ?
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Réginald Ress · il y a
On l'attend avec impatience et gourmandise.
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Sylvie Neveu · il y a
C'est parti !
Mais... tu vas pas être content, G... j'en-nez pas qu'une....

- L'huile d'ogive : idéale pour la salade de roquette
- L'Emile et une nuit : c'est Rousseau qui l'a dit
- L'obole de riz : ma contribution modeste
- L'âgé au logis : cohabitation intergénérationnelle
- Guide de mots passants : un joli métier
- Rose crémière : pas seulement une fleur
- la blanquette de Meaux : on remplace la viande par du fromage
- le mièvre et la tortue : La Fontaine... il est pas content
- la sauce béchamiel : c'est pas terrible
- la roulette rousse : tout aussi dangereuse que la soviétique
- le réveil latin : DRINGUS
J'suis désolée, G....
sylvie

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Réginald Ress · il y a
Hé hé, elle a pris des vitamines, La Fée ! Je vois avec plaisir que la Nouillerie Attitude est contagieuse. Je sens que tout ça va partir sur un blog que je connais...
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Sylvie Neveu · il y a
Ben, non, elle a pas pris de vitamines, lafée, ben, non et.... Gé, m'en veux pas... même à l'état végétatif, mon cerveau y mouline tout seul.... je peux ?
Allez, accroche toi :

- l'oued designer : il dessine le désert sur son ordi
- chant de l'heure : tic tac tic tac tic tac
- la place aux grands zooms : le panthéon des photographes
- hamster-dame : une rongeuse aux Pays Bas
- faux loueurs : arnaqueurs sur les réseaux sociaux
- la gêne éthique : embarras moral souvent héréditaire
- iesse : joie partagée mais sans elle
- parlementeur : une évidence nationale
- mi-gnon : une moitié de beigne
- une douzaine d'eux : des fermiers peut-être
- antidot : tu te maries les mains vides
- mon moi doute : et pas seulement l'été

Allez, mes baisers

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Sylvie Neveu · il y a
Hé M'sieur le qui ecrit mieux que mieux a qui mieux mieux l'écrivain de tous les livres de la galaxie et de tout le cosmos... Moi je veux pas que tu t'épuises comme ça. Non je veux pas. Tu crois que je vois pas à quelle heure tu me réponds. .. moué j'suis pas née de la dernière nuit moi Monsieur... nan nan... alors , tu vas me faire le plaisir de te coucher tôt ce soir. Regarde, il est 23h 09. Allez, on se parle demain. Je t'invite à prendre un café et tu me parleras de cette porte. Et de la boîte aussi et et et et.
Allez voici mon énergie et ma part de sommeil. De toute façon je n'en ferais rien, prends . C'est pour toi.

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Réginald Ress · il y a
Vous croyez" vraiment, madame Fée, que Totor dormait beaucoup ? 10% d'inspiration et 90% de transpiration, vous vous souvenez" de le formule magique ? Je dormirai quand je serai mort. Au fait, je veux qu'on mette sur ma tombe : z"un de plus en moins, un de moins en plus". Allez", 1h du mat', je retourne au boulot
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Sylvie Neveu · il y a
Tu mets du déo ou tu laisses vaquer tes odeurs corporelles au gré du vent de chez toi ?
Je me rappelle la formule et tu m'agaces avec tes propos sombres. J'ai pas envie de les entendre et puis d'abord, je t'ai déjà dit que c'est moi qui rédigerais ton épitaphe alors, toi, t'as juste à te laisser aller et à inverser légèrement le ratio inspiration/transpiration parce ... quand même... y a des limites à la tolérance olfactive. Oh et puis, non... ne change rien. Totor, j'l'aime comme ça avec ses odeurs.

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Vivian Roof · il y a
Bon, faut dire que devant les commentaires épiques et pic et colégram, de Lafée, j'en reste ballot les bras ballants. Je me dis qu'elle a utilisé presque tous les mots que le Larousse met à notre disposition. Que si elle continue comme ça on fera que du plagiat. Même le grand "Livre des éloges dithyrambiques et des flatulences cachées" est plus concis.
Je dirai sobrement (non, pas sobrement) je dirai simplement que j'ai toujours plaisir à lire quelqu'un qui sait écrire, qui a de l'imagination et du talent.

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Sylvie Neveu · il y a
Et pourquoi "pas sobrement ?
Parle pas de plagiat, malheureux... Y vont nous dénoncer sur le forum... tais toi donc !!!!

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Vivian Roof · il y a
Sobre hic ment ?... Ch'ais pas... Je hic... connais pas bien le... hic... sens du mouic...!
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Sylvie Neveu · il y a
Les mages... hic... les mages... y a ksa de vrai... et le sens, Vivian, tu le connais pas , le sens des mots... hic... des mots-hicans... merdasse... c'était les derniers....
Je te fais des bisous...

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Vivian Roof · il y a
Déjà réveillée ?
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Sylvie Neveu · il y a
Bé oui, il est 9h16 quand même... très peu dormi, si peu...
Comment ktu vas, mon mohican à moi ?
Je m'inquiète un peu pour le Gé, pas toi ?

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Vivian Roof · il y a
Comment que ça que tu t'inquiètes pour Mister G. ??
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Sylvie Neveu · il y a
Chépa, j'le trouve triste... chépa..
Bon, t'as vu mon panier de nouillasseries, là, juste au dessus...
Tu sais, Vivian, je trouve que notre tabouret est tellement joli

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Vivian Roof · il y a
Ton panier de nouillardises ? Où ça ?
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Sylvie Neveu · il y a
Ben, là.... lis plus haut !!
et puis le G, y radote... lis plus haut..

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Vivian Roof · il y a
Tu veux que je lise à haute voix ?
Oui, il a mis 2 fois le même commentaire (voir ma réponse). Je pense qu'il cherche à remplir sa page de commentaires.

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Réginald Ress · il y a
On se calme, les enfants. Le petit cœur va bien, grâce à la médecine moderne. J'ai expliqué à La Fée que ce double message était une erreur de manipulation. Entre nous, peut-être due...
. à la fatigue
. à la sénilité précoce
. au Lagavulin fumé et tourbé
- cocher la case adéquate -
Allez, va en paix mon fils. Je serre ton magnifique corps d'athlète contre mon cœur.

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Sylvie Neveu · il y a
Quel âge le Lagavulin ?
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Réginald Ress · il y a
16 ans et plus si affinités (et budget, mais il suffit de faire des économies en mangeant des nouilles à tous les repas. Dans la vie, tout est question de priorités)
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Sylvie Neveu · il y a
oui, le 25 ans a une classe papillaire unique qui vaut bien une marmite de nouilles... et en parlant de nouille...
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Sylvie Neveu · il y a
OUIIIIIIIII, lis à haute voix ! T'as pas trouvé ça drôle..... bouh.....
Tu vois, c'est bien ce que je dis : y lé pas très bien passe ke, pour en arriver là, faut avoir un p'tit tracas dans son p'tit cœur et ça , je le sens, je le sais

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Réginald Ress · il y a
Tout va bien, les jeunes. Les deux fois le même commentaires sont une erreur de manipulation. Merci de votre sollicitude.
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Sylvie Neveu · il y a
C'est pas de la sollicitude, M'sieur !!!
Et puis merci pour les jeunes mais faut quand même que tu saches : je l'écris pas fort pour qu'il l'entende pas mais le Roof, c'est pas un gamin ! Tu verrais sa carte d'identité... en vrai, il a 138 ans, c'est pour ça qu'on voit jamais sa photo . En tous cas, c'est un bon modèle d'espoir pour nos vieux jours, parce que t'as vu comme il écrit bien. J'suis toujours admirative.... quand j'y pense : la chance que j'ai de vous avoir dans mon périmètre !

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Réginald Ress · il y a
Donc pour moi qui ai l'impression d'avoir deux fois son âge, surtout le matin au réveil, il est un gamin. Très prometteur, le gamin, effectivement !
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Sylvie Neveu · il y a
Ah tu vois !
Allez va lire ma deuxième pelletée de nouilladeries....

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Sylvie Neveu · il y a
Boum... bime... j'suis tombée à la renverse !!!!
T'aurais pu me prévenir, M'sieur L'Ecritateur... c'est pas gentil de me dire juste que tu espères que je vais aimer ou, à la rigueur, que tu penses que ça va me plaire... j'fais quoi, moi, maintenant ??? Je reste le popotin compoté sur mon parquet et j'attends la Délivrance...
T'as un talent de ouf... merdouillasse... comment faut te le dire... chépu, j'suis pas équipée pour ça, j'suis qu'une pov fée qu'a que des mots sous ses ailes... et ça suffit pas !!!
C'est incroyable... je veux être une hors la loi et te laisser décider tout seul de la suite à donner à ton talent... la possession de tes mots dans mes yeux est pourtant légale mais je ne me sens pas légitime. Je voudrais m'appeler Sylvie Gallimard ou Sylvie Acte Sud ou Sylvie Grasset ou Sylvie Flammarion.
J'ai tremblé avec la délation récompensée et les miliciens et les prédécesseurs. J'ai aimé reconnaître la transmission, les confidences, la confiance, le fait d'être choisi, de réussir le test. L'alcool sert de solvant pour les peines trop épaisses et je me serais crue assise à La note Bleue, sur un fauteuil rouge et moelleux. La porte est de l'art et tu la décris, comme d'habitude, avec une précision de bâtisseur et j'aime ça. J'ai fait connaissance avec l'illusion et le monde.
Je te prends par la main et je regarde avec toi et je te dis : " regarde comme tout est beau, regarde "
Chépa comment te dire merci, chépa... à cause des larmes et de la feuille morte
Te savoir là est une idée douce

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Réginald Ress · il y a
Heu... quoi dire après ça ? Que j'aimerais effectivement que tus sois Sylvie Gallimard ou Actes Sud. Mais bon... Ma récompense est ton appréciation. J'étais certain que tu aimerais la chute. Je dois dire que je l'aime bien aussi. Pour tout avouer, j'étais, il y a une éternité ou deux, propriétaire d'une porte comme ça. La même, qui donnait sur une campagne en léger contrebas. Arbres, fleurs, vent, nuages, tout y était. J'ai aimé cette porte, ce sas, ce passage, cette découverte de tous les jours. Je devais donc l'utiliser. Il a suffit de puiser dans les souvenirs, de se rappeler de cette émotion quotidienne. Il fallait ensuite juste "habiller" cette porte avec une histoire qui la mette en vedette. Et si c'est réussi, tant mieux.
A bientôt pour d'autres fantaisies.

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Sylvie Neveu · il y a
Je prends ta phrase " Pour tout t'avouer "... surtout, n'avoue rien... dis et ce sera bien suffisant et ne dis pas tout... garde tes secrets pour plus tard, dans une petite boite de bois ou de métal, bien fermée, bien hermétique et tu l'ouvriras au gré de tes envies et moi, je serai là pour cet autre partage mais, je t'en prie, n'avoue rien.
J'ai aimé l'objet. L'objet en bois. Et le mensonge et la pleine conscience du mensonge : " J'ai menti à Rob ".
La boite en bois est un leurre, une supercherie. Elle est un appât noble pour attirer " l'élu ", celui qui sera digne de supporter le secret et la dignité est si belle allongée sur tes mots délicats.
J'ai aimé les mains moites parce qu'elles transpirent les émotions contenues mais impossibles à nier.
Quant au " murmure de l'eau libre "... nous voici, les orteils trempouillant dans un ruisseau discret et frais. C'est bon, non ?
Et puis regarder le paysage pour qu'il continue à exister... ça, M'sieur, c'est plus qu'émouvant... c'est l'essentiel de la vie et tu offres cette simplicité avec une puissance infinie.
Je te remercie un peu bêtement, insuffisamment
s

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