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le bourreau

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La cour des miracles réserve aux incrédules, le faste d’une société marginalisée, empreint de dégout pour le commun des mortels, mais séduit par ses atours détournés, les délaissés dont l’infortune d’une vie vouée à la mendicité, revêt un caractère plus subtil, et dévoile des talents cachés.
Paul Le Fur, un bourgeois lésé par son père qui se vit à la mort de celui-ci déshérité au profit d’une courtisane, qui a profité d’un mariage de raison pour soutiré ses biens, il est devenu par la suite un disciple du Grand Coësre qui trouva auprès de ce goguenard de bonne famille, une sympathique compagnie, ce cagou s’est illustré, dans cette époque que l’on dit glorieuse pour le roi soleil, à juste titre certes mais terriblement envoutante voire dangereuse, dans les ruelles sombres d’un Paris livré à lui-même, faisant de la cour des Miracles son nouveau domicile, un attrait dont il se complait aisément.
C’est en 1646, qu’il est arrivé pour la première fois à Paris, sous le couvert d’un gentilhomme à la cupidité trompeuse, il se targuait à qui veut bien l’entendre de dispenser ses services incertains voire fallacieux, à d’incrédules âmes, victime de sa perfidie, dont il soutirait sans apriori la bourse, l’escroquerie n’avait pas de secret pour lui, il en était l’humble serviteur, on le côtoyait le plus souvent rue des Forges, dans une taverne au nom évocateur « La truanderie », la cour des miracles et ses quartiers hostiles, ces zones de non-droits ont nourri son hardiesse et sa fourberie le conduisant au sommet de son incrédulité, mais aussi de sa fortune.
Ephémère cependant, sa route a croisé celle du lieutenant de police Nicolas De La Reynie, victime d’une « mouche », condamné à mort le 22 aout 1667, il vu sa peine communiée en dégradante et amère servitude sous les traits d’une répugnante fonction, celle d’exécuteur des bonnes œuvres.
C’est ainsi qu’il revêt depuis, l’éloquence d’une attachante compromission envers certains condamnés, auxquels il dévoue une attention particulière, n’hésitant pas au risque de satisfaire à ses obligations, de se compromettre allant jusqu’à libérer des prévenus, contre de menus arrangements, c’est ainsi qu’il en fut pour le Sieur Amedé Langlois, un franc-mitou qui n’a pas hésité à faire usage de sa jambe de bois pour caresser la nuque d’un hardi bourgeois en la personne du vicomte de Monte loup pour une mince bourse, ce dernier fut découvert la tête fendue, gisant dans une mare de sang.
Contre une somme rondelette, notre ami, rusa de son rôle de fossoyeur, pour mettre à profit une libération anticipé du malingre, inhumant de vieux ossement en guise de cadavre, invoquant la mort du condamné, par un subterfuge murement élaboré, faignant la rudesse de son interrogatoire, aidé dans ses arrangements d’un garde chiourmes aux mœurs quelques peu libertins, qu’il a soudoyé insidieusement d’habiles manière.
Le fieffé gueux pouvait à loisir gambader, dans la nature, son extrait de naissance était désormais aux oubliettes.
Seuls les récalcitrants, n’échappaient pas au bucher et aux sévices de Paul Le Fur, il en fallait cependant, le public avide de ces fêtes morbides, ne pouvait se soustraire aux joies d’une exécution en place de Grève.
Le soir venu, notre admirable bourreau, contrairement à ses disciples, qui vaquaient dans une solitude austère dû à leurs réputations néfastes, lui regagnait la cour des Miracles, pour satisfaire ses envies fugaces auprès de pernicieuses âmes aux pudeurs volatiles, une double vie, entre chien et loup, quand la beuverie fait place à l’ennui, il se vautre dans la complicité de mendiants et de truands dont il orne les préjugés, par de subtils propos, sur des informations monnayables, prétextant des prochaines descentes de police qu’il a eu vent par indiscrétion, un jeu qui en vaut la chandelle, apprécié des faisans concernés.
Pour circuler, à sa guise Paul Le Fur s’enguirlandait d’un accoutrement peu ordinaire, une peau de chèvre couvrait sa carcasse, doté d’une forte musculature, à quarante ans, c’est un séduisant gentilhomme, courtisé, et recommandé, par des dames de peu de vertus, dont il s’accommode, pourtant il n’a d’yeux que pour la séduisante Edmée De Rosemont, la veuve de l’huissier de la chambre des comptes, qu’il honore depuis déjà de longs mois, leurs rencontres sulfureuses, ont lieu à la nuit tombée, au domicile de cette dernière, un coquet pavillon dont elle a hérité à juste titre, une histoire équivoque entre ses deux comparses que tout oppose, et qui ont construit au fil du temps une solide complicité.
Leur rencontre pour le moins chevaleresque, sur le parvis de Notre Dame, fut confusément attribué à un élan de générosité, une plainte maladive d’une Dame aux abois, qu’un déchirement attriste, une âme en peine cherchant un illusoire secours, une oreille attentive, Paul Le Fur, saisit cette opportunité par de mielleux et insista avec bonhomie par des propos auxquels elle ne fut pas insensible, le coquin jouait en terrain conquis.
Cette femme dans la force de l’âge, négligé par un mari très peu soucieux de ses besoins affectifs, était en quête d’aventure, elle trouva chaussure à son pied, au point de nouer une relation sulfureuse avec un intrigant douteux.
Cette nuit de juillet 1667, sous les ardeurs d’une folle étreinte, Paul ne pouvant se contenir, vint aux aveux il se confessa :
—Ma tendre amie, je ne puis me résoudre à vous tromper, je ne suis point celui que je prétends être, mon amour pour vous, est si fort, je vous en conjure pardonner ma hardiesse, je suis bourreau.
Edmée est confuse, choquée mais cependant cet aveu l’honore d’une confiance, dont elle apprécie les aspects et obtempère à ses exigences, par des bribes complaisantes :
—Bourreau des cœurs, ou exécuteur, qu’entendez-vous par là je vous avoue être quelque peu déconcerté, par votre franchise mon doux compagnon, il est vrai que cette peau hideuse, que vous vous obstinez à porter, m’incommode légèrement, mais vous paraissez être un homme charmant, et j’accepte tout de vous.
Devant cette hésitation, qu’il ne s’explique pas, la sottise ou une effusion passagère d’une femme comblée, Paul saisit sa maladresse et tenta de reprendre ce discourt à son avantage :
—Ne vous m’éprenez pas très chère, pardonner cet écart de langage, je voulais dire bourreau de vos servitudes, Madame je suis et resterait votre humble serviteur.
Il devra désormais, apprendre à se contrôler, qu’importe sa fonction, derrière le masque tout est permis, la veuve recouvre ses esprits et le relance passionnément :
—couvrez moi de baisés mon adoré, ces longues journées sans vous, me désespère.
Il fallait se rendre à l’évidence, cette passion ne peut être que passagère, une union semble fort compromise, il est prisonnier de son propre jeu et s’abandonne aux bras de sa conquise, jusqu’à l’aube.
Cette idylle, n’est pas secrète, dans ce monde ténébreux rien ne se cache, c’est ainsi que le nain Pasterel, un personnage haut en couleur, s’il est permis de le dénaturé ainsi, l’accosta à la taverne du « Coq Hardi », et l’ordonna par des propos équivoques :
—On fricote avec le beau monde, ce n’est pas très estimé, je me demande qu’en penserai le prince de l’argot, ça mérite une piécette non...
Paul reluque l’effronté, du haut de ses six pieds et demi, et rétorque promptement :
—C’est lui qui me la conseiller nabot, va reluquer sous les jupes de ta génitrice.
Le quidam s’en va penaud, quêter bonne fortune, laissant le faucheur se rincer la dalle, en curieuse compagnie, une fripouille s’est jointe à lui, Germain un infâme maraud ce dernier l’entretint d’une affaire :
—J’ai besoin de tes services, voici une bourse pour te contenter, une vermine embastillée avec qui, j’ai consenti de basses besognes, attend un soulagement de ta part, un impératif dont je ne peux me résigner au risque d’y laisser ma peau il ne doit point parler.
Le bourreau saisit la bourse et la soupesa, il en fallait davantage pour une telle compromission, il ajouta :
—Qui t’envoie, tu ne sembles point connaître mes tarifs, cette bourse ne vaut pas une vie, j’ai besoin de plus amples commentaires, dans quelle mésaventure t’es-tu vautré malandrin.
Le rustre conscient de sa maladresse, ajoute une seconde bourse et s’explique ouvertement :
—Sans vouloir t’offusquer, je suis mouillé dans une affaire de poison, la Brinvilliers et ses manigances, mon acolyte on a fait les frais et risque de jacter, un crime de lèse-majesté, ça ne pardonne pas.
Il va sans dire, la marquise de Brinvilliers a tissé une toile, qui va au-delà des remparts de la ville, cette vilaine affaire risque de l’entrainer dans une aventure qui le dépasse, cependant il accepte, en échange de quelques services, qu’il ne manque pas de décrire :
—Soit, quel est le nom de ce triste sire, d’autre part j’aurai besoin de victuailles et quelques tonneaux de bon vin, porte-les-moi tantôt, va ta vue m’insupporte.
Paul Le Fur sais se faire respecter, sa réputation le précède, le flibustier acquiesce à sa demande et quitte l’auberge.

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