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Le bois aux Lanternes

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Philippe99

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Bonjour,

Je m'appelle Tom, j'ai 11 ans et je suis en 3ème année dans la classe de Mr Teller.
J'ai une petite soeur Julie -elle est vraiment plus petite que moi- qui est en 1ère année.

Maman est institutrice, mais elle n'a plus de classe.
A la naissance de Julie, elle a été fort malade, on a du l'opérer beaucoup de fois.
Papa m'a dit que si elle devait dormir si souvent, c'était à cause de sa maladie.
Alors Maman ne donne plus des cours, elle reste à la maison et coud des robes, des manteaux ou raccommode des vestes pour les gens du village.

Papa est ingénieur, mais comme il n'y a pas de travail ici, ben, il est parti à la grande ville, la grande ville où habite aussi Mamy.
C'est très loin cette ville, il faut prendre le train au village d'en-bas et on met souvent 3 ou 4 heure pour arriver chez Mamy.
Papa nous téléphone parfois. Le GSM de maman est le seul téléphone à la maison, et nous, on ne peut même pas s'en servir.
Pierre et Charles, les grands de 6ème, eux ils en ont un !

Nous vivons dans un petit village au pied de la montagne.
Il y a peu de choses à faire dans ce village. Et en hiver, il n'y a pas de touristes qui viennent.
D'ailleurs, comment les loger ? Il n'y a aucun hotel. Toute juste peuvent-ils dormir dans la pension de Me Silva.
Madame Silva, elle possède l'épicerie où on peut aussi acheter du pain et de la viande, mais où il y a peu de jouets.
De toute façon, c'est un village de vieux ici !

Notre maison est à l'écart, sur une colline.
Bien que petite, Julie et moi avons chacun notre chambre et il y a une grande douche...
Nous chauffons avec au bois, c'est pour cela qu'il faut souvent attendre que le feu de la cheminée chauffe assez d'eau pour aller prendre sa douche.
C'est vrai tien çà, comment le feu dans la cheminée peut-il chauffer l'eau de la douche, je ne vois pas de marmite dans le feu ?

Ah oui, on n'a pas la TV, ni internet... mais parfois, après l'école, on passe chez Mme Silva pour regarder quelques dessins animés avant de rentrer.
Shut ! Maman ne le sait pas....

#

Pour aller à l'école (on y va à pied car on n'a pas de voiture), c'est pas toujours simple.

On peut faire le tour de la colline, par le chemin le long de la route nationale.. comme on l'a appris au cours de géographie de Mr Teller.
C'est long, mais c'est éclairé et il n'y pas souvent de boue.

Mais on peut aussi passer par le bois et le chemin qui longe le pré des vaches de Mr Georges.
C'est court... mais il faut traverser le bois. Et, çà, c'est pas gai !

Le bois est sombre.... Ce n'est pas éclairé... Cà fait peur !

#

Alors Julie et moi avons pris l'habitude, le matin, quand on descend vers l'école, de mettre dans le bois des lanternes pour l'éclairer.
On les mets le long du sentier qui le traverse ou dans le creux des branches.
S'il n'y a pas trop de vent pour les éteindre, elle resteront là jusqu'au soir pour nous éclairer lors de notre retour de l'école.

On prépare les lanternes le soir, après les devoirs: on les nettoie, on répare les cassées.
Puis le matin, Maman les allume sur le pas de la porte. Et on s'en va les placer dans le bois le long du petit sentier.

C'est pour cela que nous on appelle ce bois "le Bois aux Lanternes".

Oh, non, on ne fait pas cela tous les jours.
En été, il fait clair le soir: quand on revient de l'école, on n'a pas besoin des lanternes.

C'est en hiver qu'on s'en sert le plus. En hiver, le soir, il fait vite nuit.

Et voir là au bout du chemin du pré des vaches de Mr Georges une petite lumière qui brille dans la nuit, ca nous rassurent Julie et moi quand on revient de l'école.

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Aujourd'hui c'est un jour spécial.
C'est la veille de Noël et il neige beaucoup.
Et il faut aller à l'école.

Ah, si, si. J'explique.

Il y a deux semaines, le chauffage de l'école est tombé en panne.
Il faisait froid et Mr Teller a reçu des instructions de l'Académie: il faut fermer les classes !
C'est surement les filles qui l'ont demandé, parce que moi, je n'avais pas froid.

L'Académie, c'est le nom de la maison du chef de Mr Teller.
Ce chef habite la grande ville... il ne connait pas les poêles à bois ou les feux dans la cheminée...
Quand le chauffage est tombé en panne, il a décidé que tout le monde devait rester chez lui.

C'est génial hein ?

Congé... la neige... le traineau...

Sauf que, il a aussi décidé qu'il faut venir pendant les vacances pour rattraper les leçons perdues quand le chauffage de l'école était en panne...

Et il a décidé qu'aujourd'hui, le veille de Noël, il fallait venir à l'école le matin !

Grrr....

Je hais les filles qui ont toujours froid.

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Donc aujourd'hui, même s'il neige beaucoup, il faut aller à l'école.
Nous avons préparé beaucoup de lanternes que Maman a allumé.

Même le matin, à cause de la neige qui tombe fort, il fait sombre dans le bois.
Julie et moi plaçons les lanternes correctement pour éviter que le vent ne les éteigne ou que la neige ne les étouffe sous un tas de flocons mouillés.

En arrivant à l'école, je me retourne: le bois est loin, et ce n'est plus un tout petit point lumineux qui semble danser au milieu des flocons.

J'ai peur que la neige ne recouvre nos lanternes.

Maudit chef de l'Académie.

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Mr Teller a été gentil: il nous a autorisé à rentrer alors que la cloche n'avait pas encore sonné.

Peut-être que la cloche, elle aussi, a trop froid pour fonctionner.
Tant mieux, on peut rentrer.

Tiens, la neige a cessé de tomber.
Et la-haut, tout en haut du chemin, le bois ressemble à une grosse bougie, tellement il est éclairé.

Julie crie" Regarde le bois.. Tu crois que c'est nos lanternes ?"
Nous courrons le plus vite possible vers ce bois lumineux, mystérieusement éclairé par on ne sait quoi.

#

Le bois est complètement éclairé.
Pas rien que de nos lanternes.
Non, il y a d'autres grosses lanternes, des hautes bougies et même des petits feux de bois au sol, dans un creux de neige.

C'est beau, on y voit presque comme en plein jour.
Julie est ravie: elle se met à danser, à courir entre les petits feux qui crépitent.

Moi, je me demande qui... ou quoi... a pu placer autant de lanternes et de bougies durant notre absence.

C'est à ce moment que je vois près de la maison la grosse voiture rouge du docteur Roger.

Et je crie "Mon dieu, le docteur, maman !"

Julie arrête de rire...

Nous lâchons nos cartables et courons tous les deux vers la maison.

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Je me rue à l'intérieur et...

Rien. Pas de docteur. Pas de cris. Pas de pleurs comme quand on fait une piqure à Julie (moi, je suis grand, je n'ai pas mal)

Maman est là et nous regarde avec un grand sourire: elle est juste en train de préparer la table pour le midi.

La table ? "Pourquoi as-tu mis 4 assiettes Maman ?"

C'est à ce moment que Julie crie: "C'est qui le Monsieur près de la cheminée ?"

Je me retourne et je comprends tout.

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Moi, je connais bien cette silhouette bien grande , bien large... comme moi quoi !

"Papa !"
"Papa !" crie Julie qui vient seulement de comprendre.

Papa est revenu pour les fêtes.

Je me rue vers ce grand bonhomme qui n'est pas souvent là et je me jettes dans ses bras.
Julie veut faire de même, mais arrête son élan car à gauche, près de la porte de la réserve à buches, elle a remarqué plein de boites bien emballées.

"Les cadeaux !" crie-t-elle

#

Oui, Papa, n'est pas revenu les mains vides, il nous a rapporté pleins de cadeaux... mais il faudra attendre demain pour les ouvrir.

Mais c'est pas grave. Papa est là et pour une fois, on mange tous les quatre ensemble.

Papa nous raconte alors son travail, la vie à la grande ville et nous donne ci-et-là des nouvelles de Mamy.
Mais le plus important est qu'il a acheté une voiture, la même que le docteur Roger.
Et que maintenant, il va aller travailler au barrage, avec le fils de Mme Silva qui est aussi ingénieur...
Le barrage n'est qu'à une petit quart d'heure en voiture de la maison a dit Papa.

"Mais alors", je lui dit, "tu n'auras plus besoin d'aller à la grande ville ?"
"Non", répond-t-il, "je reviens à la maison pour toujours !"
Julie et moi poussons un grand "Youpee !"
"Et je pourrais même vous conduire à l'école le matin si vous le voulez" ajoute-t-il.

"Ah non", dis Julie.
"Comment çà non ?" dis-je en me retournant vers ma soeur.
"Non. Qui va éclairer le bois alors ? Hein ?"

Tout le monde éclate de rire.
C'est vrai çà.. le Bois aux Lanternes, c'est notre bois. C'est à nous à s'en occuper.

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