Le Baron-Duc, Comte de Poueyferré

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J'écris avec bienveillance pour chercher de la nuance là où il n'y a que des vérités brutes, pour chercher de l'émotion là où il n'y a que des réactions. Je décris le monde, non pas tel  [+]

Image de Hiver 2021
Le Baron-Duc, Comte de Poueyferré, premier du nom était, ici, pour tous, un homme extraordinaire. Un habitant magistral de leur paisible village. Une personnalité hors norme, pétrie de mille exploits et de mille reconnaissances que tous pouvaient se réjouir de connaître, d’une façon ou d’une autre, à la manière des amis.
Le Baron-Duc était un des plus beaux exemples et un des plus courageux aventuriers du royaume. Un des fers de lance du Grand Siècle de Louis et, dans les salons de Versailles ou du Louvre, plus encore qu’un courtisan : un courtisé.
Il avait, disait-on, traversé bien des mers, bien des contrées alors inexplorées, forcément hostiles, avec l’élan et le courage qui animent toujours les explorateurs de son espèce. On parlait d’Égypte à son sujet, d’Amériques, d’Indes, d’Afrique ! On parlait de combats mémorables avec des indigènes peinturlurés, de chasses gigantesques au lion, au tigre, à toutes ces bêtes étranges et féroces du bout du monde. On parlait d’océans, de navires, d’expéditions. On citait des noms inconnus, des noms d’ailleurs à l’exotisme merveilleux et enivrant. Sûr que le Baron-Duc, Comte de Poueyferré était un être extraordinaire, un grand aventurier !
On savait aussi ses duels victorieux avec des ombres de la cour. C’est qu’il était un homme du monde le Baron-Duc ! Comme en famille, du vivant de Paul Riquet, le grand savant, il avait même ses entrées chez la comtesse de Rochechouart, la Montespan et, par là même, avec le Roi sans aucun doute ! Tout le monde, ici, le savait. Et, tout le monde, le mot coloré à la bouche, au geste, le voyait bien et l’imitait parfois, se baladant dans les allées du Louvre, dans les jardins de Versailles, une main sur l’épaule de Colbert ou sur celle de Louvois, glissant une remarque réfléchie, un bon mot, un conseil, pourquoi pas à l’oreille des illustres ministres.
On savait ses exploits de guerre aussi, là-bas dans les contrées du Nord, dans ce qu’on appelait les Provinces-Unies ! Mais surtout, jeune, il avait suivit son père, disait-il, et les armées du juste Louis XIII contre les états hérétiques d’Allemagne, contre ce luthéranisme, ces maudits huguenots qui pervertissent tout et qui d’ailleurs ne sont pas très loin de chez nous, ici, en Bigorre.
Heureusement que le Baron-Duc, Comte de Poueyferré, alors, avait été là. Un fervent catholique ! Un défenseur absolu de la vraie foi ! L’incarnation parfaite du serviteur en armes du Christ, un juste ouvrier des dragonnades et un esprit de Fontainebleau, l’édit qui remit en question l’absurde tolérance de Nantes.
Quel chevalier le Baron-Duc ! Quel exemple !
Cependant, on le voyait peu ici, au village, trop peu.
Trois fois l’an, peut-être quatre, il arrivait au grand galop avec sa belle monture. Il passait alors, au trot, par la place du village donnant des salutations, ici et là, d’un geste de la main, d’un mouvement de tête aux dames enchantées et au curé prudent. Puis, il disparaissait dans sa demeure, une ancienne ferme, une des plus petites de la région qui ne donnait plus rien depuis longtemps. Il disparaissait longtemps, trop.
Une fois quitté le village, reparti à ses affaires extraordinaires, personne ne s’occupait ni du logis ni de sa terre. On ne lui connaissait aucun serviteur, aucun intendant et dans sa grande générosité, il avait décidé que la bonne herbe et les quelques arbres qui s’épanouissaient encore dans ce qui constituait son domaine et qui finalement ne dépassait pas une lieue de côté, pouvaient être utilisés par les communaux. Chacun donc y venait ramasser un peu de bois, cueillir trois pommes, faire paître un porc dans la plus grande des libertés et des reconnaissances on l’imagine.
Par contre, sa demeure de pierres était, pour tous, définitivement fermée. Comme interdite. Nul du village n’y était jamais entré et quand le Baron-Duc, Comte de Poueyferré s’y trouvait et que les lourds volets de bois s’ouvraient sur la petite place, personne ne se serait risqué à frôler ses murs pour y jeter un œil.
C’est qu’on disait beaucoup de choses sur son « chez lui ». On disait qu’il entretenait des plantes venues de loin, aux parfums enivrants, mystérieux, magiques, qu’il conservait des épices, aussi, aux saveurs inconnues, brûlantes, qu’il s’adonnait parfois aux mélanges des substances, des poudres comme les savants alchimistes. Il détenait même des pierres précieuses disait-on, grosses comme le poing et qu’un seigneur d’une terre lointaine lui avait données pour qu’il épouse sa princesse de fille. Mais, le Baron-Duc, Comte de Poueyferré – que l’on n’achetait pas – avait refusé l’honneur du mariage et, conservé malgré tout, sous les prières du sultan, les trop lourds rubis de la dot.

Lorsqu’il était en voyage, en expédition au nom du Roi, et que sa maison restait pour de longs mois portes et volets clos, nul, conscient des richesses que ses quatre murs pouvaient dissimuler, n’aurait donc enfreint la règle en y pénétrant.
Le Baron-Duc, comte de Poueyferré, comme tout ce qui lui appartenait de sa monture à son pommier, de son carré de terre à sa demeure, semblait protégé par un formidable sortilège.
Des bandes de brigands, fréquents dans nos contrées, passant par le village avaient chapardé à beaucoup du bois, des poules, des fruits, des pièces d’or même, mais jamais la serrure de la maison du Baron-Duc n’avait été forcée, jamais on aperçut un étranger dans son domaine cueillant sans l’accord des communaux des fruits ou ramassant des œufs, de l’herbe ou du bois.
Un feu, un jour, éclata dans la cité et toutes les habitations de la moitié nord du village partirent en fumées et en cendres légères, toutes sauf une : celle du Baron-Duc, Comte de Poueyferré avait survécu à l’incendie et les flammes du brasier, selon des témoins, léchant longuement les murs de sa demeure s’en détournèrent brusquement, sans laisser la moindre trace, comme des démons mis à mal.
Il y avait quelque chose de magique chez le Baron-Duc, quelque chose d’extraordinaire que nul ne pouvait expliquer. Une admiration inouïe chez les hommes, une attirance mystérieuse chez les femmes.
Quand il passait à cheval par la place du village, faisant ralentir sa monture et que tous pouvaient voir cet homme magnifique, du bel âge, immense en selle, aux nobles allures et à l’élégance irréprochable, qu’il touchait deux mots à une gamine, à un vieil homme avec de la noblesse jusque dans les cils, un sentiment de fierté empoignait tout le village.
Les jeunes se voyaient déjà serviteurs du noble aventurier dans quelques guerres lointaines et les moins jeunes, regrettant un temps de ne pas évidemment faire parti du même monde, ni du même âge, tombaient malgré tout sous les charmes du seigneur et se prenaient au rêve en affichant ouvertement leur joie de le voir parmi eux. Les femmes quant à elles, subissaient plus encore l’aura du Baron-Duc, Comte de Poueyferré, car de femme, justement, personne ne lui en connaissait. Au lavoir, en veillées, sur la place, les jeunes paysannes et les jeunes demoiselles mêlaient leurs rêves et leurs folles espérances dans de libertines discussions que les vieilles, un peu jalouses sans doute, se plaisaient à ridiculiser puis à condamner, l’œil sévère, le doigt pointé vers le ciel.

Il n’y avait que le curé, un jeune prêtre de la ville, un jeune prêtre de Toulouse qui ne tombait nullement sous le charme du Baron-Duc. Au contraire, à confesse et lors des sermons dominicaux, il mettait en garde ses ouailles contre des comportements admiratifs qu’il jugeait excessifs et qui ne pouvaient que nuire à la paix du village et au bien être des âmes. Il se méfiait de cet homme tout habillé de soie et à la langue bien agile, aussi noble fut-il.
Mais, les villageois n’accordaient rien au curé, ou si peu, envoûtés qu’ils étaient par cet homme extraordinaire et puissant, ami des grands et du monde et qui logeait à deux pas de chez eux, en voisin, en ami.


Au tout petit matin d’un jour de printemps de 1699, un héraut et son tambour arrivèrent sur la place. Des paysans éveillés surveillaient le mouvement de ces hommes. Puis, au roulement de l’instrument, le village peu à peu sorti de son sommeil, de son lit de paille, un pied à gauche, un pied à droite, il se leva, s’appuyant lourdement sur la fourche, la canne ou le bâton et s’approcha, inquiet et à l’écoute, des messagers en uniforme.
Les hérauts du roi étaient rares mais, quand ils se déplaçaient c’était, encore et encore, pour annoncer la guerre et la mobilisation de nouvelles recrues. Beaucoup de jeunes paysans, des cadets de la région, des vallées pyrénéennes, avaient ainsi répondu aux appels du Roi et de Colbert pour sa nouvelle marine. Il devait aujourd’hui, encore, en être de la sorte.
Le héraut décacheta la cire du vélin, le déroula puis en fit une lecture à voix haute devant le village assemblé. Mais du contenu personne ou presque n’en comprit le sens. Le texte était dans la langue du Roi, en français et les villageois de ce petit bourg n’entendaient rien d’autre que leur occitan natal.
Tout le monde était alors surpris de voir que de si bon matin la maison du Baron-Duc, Comte de Poueyferré que l’on savait ici depuis quelques jours, était éclairée, volets et porte ouvertes. De toute évidence, on s’y agitait à l’intérieur.
Le héraut continua sa lecture dans l’incompréhension générale. L’aube d’un nouveau jour approchait et l’agitation dans la demeure du Baron-Duc se faisait de plus en plus grande. À n’en pas douter, il y avait plusieurs personnes à l’intérieur, on entendit même un cri, des bruits sourds, une lutte, puis à la stupéfaction générale, le Baron-Duc sortit poings liés, échevelé, essoufflé, encadré par trois gens d’armes. Il ne portait en ce froid matin d’hiver qu’une chemise de lin blanche, ouverte et déchirée au col et son vieux pantalon de cavalier. Les restes de sa superbe.
Les familles du village, saisies par ce spectacle, n’en croyaient pas leurs yeux. Était-ce leur Baron, leur Duc, leur Comte, l’illustre personnage de France et de leur cité que l’on sortait ainsi de chez lui comme un vulgaire voleur de poules ?! Était-ce l’ami de Colbert, de Louvois, du Roi et de la Montespan qui se soumettait ainsi aux armes de trois petits soldats ?! C’était sans doute une erreur, allaient-ils laisser faire ?!
Les femmes poussaient du coude les hommes en attente, encore indécis. Puis, un brouhaha anima la petite foule, un frisson général secoua cet animal redoutable aux mille yeux, aux mille bouches, aux mille mains, lui donna vie, des sifflets partirent, puis des insultes, un homme s’approcha, puis deux, la mine menaçante. Le héraut interrompit la lecture des accusations, recula d’un pas, de deux, regardant ces bandes d’ahuris, de paysans déguenillés de plus en plus décidés à en découdre. Il se retourna subitement, fit un signe, et d’un rapide mouvement, les soldats armèrent leur mousquet.
Les hommes et les femmes stupéfaits, inquiets de ces armes braquées sur eux reculèrent d’un pas et le brouhaha devint murmure.
Le héraut, son tambour, les trois hommes en armes et le Baron-Duc, Comte de Poueyferré, dernier du nom, quittèrent alors le village dans le silence, laissant derrière eux une incompréhension totale et un grand sentiment d’injustice.
Le curé traversa alors la petite foule et prit la place qu’occupaient, il y a deux minutes encore, le héraut, son tambour et les soldats. Il s’apprêtait à parler, à expliquer, à consoler les êtres quand une volée de coup de feu à quelques centaines de mètres de la place, du côté du canal, claqua. Les villageois comprirent ! Ils s’emparèrent de leur fourche, de leurs outils, de leurs couteaux, de leur colère et de tout ce qui pouvait servir d’armes pour servir leur instinct et les femmes de même, relevant d’une main leur jupe de chanvre et, brandissant de l’autre un morceau de bois dur, coururent comme des furies, vers le lieu du drame.

La foule, hurlant, déferla alors sur le petit chemin. Le Baron-Duc, Comte de Poueyferré, étendu, une main blanche et molle dans l’herbe sombre, sûrement se mourait, exécuté.
Elle s’approcha alors dangereusement des soldats, du héraut et de son tambour. Les mousquets déchargés laissaient près d’eux tomber une poudre noircie, encore fumante. Pas le temps d’une nouvelle salve.
Il y aurait un lynchage et les hommes du roi devinèrent leur mort aux dents de métal qui dansaient méchamment devant eux.
Mais avant que le drame n’eût lieu, que la tragédie ne fût totalement consommée, le curé à nouveau, qui savait lui le français, releva sa soutane et transperça la petite foule à toutes jambes. Il fit face aux villageois. Il ne doutait plus de la déraison qui brûlait leur regard, de cette animalité retrouvée et la passion qu’il s’apprêtait à connaître lui procura, sur l’instant, bien plus de joie que de crainte. Aurait-il pu ne rien dire, laisser massacrer ces hommes en habits d’autorité cachés sous les voûtes de sa petite église ? Aurait-il pu laisser se consommer l’injustice, se nourrir la bête sans que lui le représentant de Dieu sur terre n’intervînt pour tenter d’apaiser et de repousser les démons qui habitaient ces âmes ?
L’esprit au devoir et le cœur au sacrifice, le curé du petit village, les mains désormais en prière exhorta une dernière fois les villageois de ne rien faire, de ne pas commettre l’irréparable et parla ainsi :
Le Baron-Duc était un imposteur ! Un scélérat ! Il vous a menti ! C’était un voleur de l’État ! C’est ce qu’ils ont dit ! Il n’était pas un aventurier, pas un alchimiste, pas un chasseur, pas un guerrier, il n’existait pas et n’a jamais existé, son titre était une injure et ne se fondait sur rien ! Le Baron-Duc, Comte de Poueyferré n’était qu’une illusion, la vôtre ou du moins celle que vous tous vous avez voulue ! Il n’est jamais allé en Afrique, n’a jamais traversé les mers pour se rendre aux Indes, il n’a jamais quitté notre Languedoc et nos Pyrénées que pour voler sur Carcassonne et sur Toulouse et aller perpétrer ses crimes ! Allez maintenant chez lui, dans sa demeure qu’hier encore vous pensiez magique, il n’y a rien, rien que le fruit de ses maudits larcins ! Cet homme que vous voulez venger, que vous estimiez hier, que vos femmes regardaient avec convoitise, ce n’était pas un noble, pas un chevalier ! C’était un criminel, un tueur, un tueur de femmes même, que les autorités recherchaient depuis deux ans ! C’est pour cela qu’il a été jugé et, malgré sa lâche tentative de fuir la Justice divine, exécuté par décision du Roi ! C’est ce qu’est venu vous dire à vous, les bons habitants d’un paisible village, l’envoyé du Grand Louis. Le souverain nous a délivré de cet imposteur, de cet assassin ! Remerciez Dieu !
Mais, la foule, cette bête devenue folle, délivrée, ne saisit pas le message du prélat et la décision abjecte de la Justice, elle avait faim et ne recula pas. Au contraire, elle avança, le pas sûr, comme le prédateur sur sa proie et noya sa peine dans le sang du héraut, de son tambour, des trois soldats et du curé.
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Un petit mot pour l'auteur ? 24 commentaires

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Atoutva · il y a
Une petite histoire sur fond de la Grande. Bien souvent le besoin de lumière empêche de voir la réalité. Un bon suspens.
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Keith Simmonds · il y a
Un beau conte historique bien recherché et instructif !
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Gérard Manlussat · il y a
Merci Keith !
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Ginette Flora Amouma · il y a
Ce qui est terrible , c'est qu'on peut si facilement donner le change juste en faisant miroiter des gemmes .
Une fois l'emprise de l'esprit harponné , on peut l'aveugler totalement .
C'est un texte éclairant sur le mécanisme de la manipulation .

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Gérard Manlussat · il y a
Merci beaucoup Ginette.
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Olivier Descamps · il y a
Bien beau tableau d'un escroc de la vie, d'un type d'abuseur de confiance qui exerce encore parmi nous aujourd'hui.
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Gérard Manlussat · il y a
En effet c'est probable... Merci Olivier.
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Rita G · il y a
J'aime beaucoup !
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Gérard Manlussat · il y a
Merci Rita !
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Georges Saquet · il y a
C'est en résonnance avec ce que nous vivons aujourd'hui ! L'Humanité est perdue malgré la richesse le progrès la science ... Et les prédateurs politiques religieux et financiers tirent les ficelles de notre ignorance avide ... Nous redevenons des animaux lorsque la foule se soulève comme une houle en tempête! L'école doit nous apprendre à réfléchir à aiguiser notre esprit critique ... Savoir dire non comme les absurdité écologiques comme les éoliennes les voitures électriques la 5 G ... 200 Milliards d'économie car nous sommes empêchés de nous goinfrer de superflu! Notre suivie est dans le partage et le refus du superficiel ... Votre texte nous renvoie à nos démons notre idiotie ! J'ai souvent honte d'être évolué tant je me sens si imbécile et irresponsable de marcher sans réfléchir ... Merci pour cette pause. Mon vote.
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Gérard Manlussat · il y a
Merci Georges pour ce commentaire de colère et de cœur ! Mais, il ne faut pas avoir honte, il faut tout faire pour éclairer le collectif, pour éclairer la société de demain, pour ne pas éteindre les différences mais les accepter pour s'en nourrir, pour ne pas refuser le progrès, mais le mettre au service de l'homme dans son environnement. Et pour cela, vous avez raison, il n'y a qu'une chose : l'école.
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Marie Lacroix-Pesce · il y a
Cet obscurantisme qui fait croire n'importe quoi, et qui hélas, continue, jusqu'à devenir barbare!
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Gérard Manlussat · il y a
Merci Marie. Ce qui fait peur surtout c'est ce désir d'obscurantisme. Car, je crois qu'il y a parfois un vrai élan vers ce qui n'est pas gouverné par la raison, par ce qui n'est pas éclairé par la Lumière. Une vraie recherche de confort dans la facilité, de reconnaissance dans l'illusion, de plaisir animal dans la pulsion, la réaction, l'instinct réhabilité, bref dans ce qui n'est pas le fruit d'une pensée, d'une intelligence ou d'un regard nuancé, fatigant et complexe. Et si cet élan est collectif il conduira forcément au tragique. C'est cela qui fait peur. L'idée folle qu'il est plus facile d'éteindre la lumière que de la rallumer, surtout lorsqu'on est pas seul comme emporté par la foule...
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Dominique Fabre · il y a
Certes, tout ceci est vrai... et cependant, si les puissants s'étaient exprimés de façon à être compris, plutôt que dans leur français inconnu du peuple, l'histoire aurait certainement pris un autre chemin (on peut remplacer français par "novlangue ", et ça fonctionne encore très bien comme cela de nos jours)
Au delà ce commentaire je vote pour un coeur !

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Micheline GOLIWAS · il y a
Surprenante, éclairante et captivante narration sur nos illusions.... , illusions qui peuvent
basculer vers du terriblement
cruel et destructif lorsqu'il s'agit de conserver leur magie dans nos esprits. Bravo et surtout merci pour nous l'avoir si bien narrée

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Gérard Manlussat · il y a
Merci beaucoup Micheline pour ton commentaire. L'illusion a parfois du bon, parfois du mauvais, très.
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Lyne Fontana · il y a
Une histoire de grande qualité, bien écrite et bien menée.
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Gérard Manlussat · il y a
Merci beaucoup Lyne.
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Fred Panassac · il y a
Terrible retournement de situation en 1685 avec cet Édit de Fontainebleau !
J’étais là quand ça s’est produit, pas la révocation elle-même, non je ne suis pas si vieille, mais sa commémoration à Fontainebleau 3 siècles plus tard !
Et dire qu’Henri IV, le bon roi Henri, natif de Pau et fils d’une huguenote convaincue, avait changé de religion 6 fois pour raison d’État !
Ce qui finalement ne lui porta pas chance dans une rue de Paris, assassiné par un fanatique ... mais dix ans plus tard, quand Louis XIII eut la fabuleuse idée de rattacher le Béarn à la France, j’étais là aussi !
Plus sérieusement (quoique)... les foules sont terriblement versatiles, il suffit d’un rien pour les retourner, des coupables comme des innocents en paient indifféremment le prix !
Louis XIV mettant fin à près d’un siècle de tolérance religieuse était « dans l’air du temps », et causa la fuite de plus de deux- cent-mille adeptes de la R.P.R. comme on disait « pieusement » à l’époque du côté du pouvoir en place.
Un beau texte où je me trouve « en pays de connaissance », et qui vous vaut, Jairare, mon premier « coeur » sur votre page.

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Gérard Manlussat · il y a
Merci Fred. En espérant que ce ne soit pas le dernier "cœur" ;)

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