L'auto-stoppeuse

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En compétition

Toute ma vie a été bercée par la littérature, la poésie, et le théâtre. J'ai pris la plume très tôt, et bien que légère elle donna du poids à mes mots, qui devinrent des récits, des  [+]

Image de Été 2020

Je viens de quitter Washington DC. Direction Boston, via la Highway 215. Dix heures que je roule, dix heures que j’ai l’impression de faire du sur place. Tout droit, toujours tout droit, sur cette autoroute où rien ne se passe. Régulateur de vitesse à 90 miles à l’heure, radio à fond, je lutte pour ne pas m’endormir. Les quelques flocons de neige qui se mettent à tournoyer devant les projecteurs de ma Lincoln ne m’aident en rien en cette lutte acharnée contre les forces du sommeil. Quand tes paupières se mettent à cligner, que tu commences à piquer du nez, à redresser ta tête d’une saccade, que ta vision se trouble, c’est le signe que tu dois chercher la prochaine sortie, mettre ton clignotant, t’arrêter sur une aire de repos, soulager ta vessie, et t’envoyer un bon café bien chaud avec un donut fourré dans une station-service, juste après avoir fait le plein. À quatre heures du matin, c’est ce qu’il y a de mieux à faire. Le plein d’essence et de café, et la vidange de la vessie.

C’est exactement ce que je vais faire. Le tiercé gagnant dans l’ordre. Je vais suivre ma propre énumération exhaustive sans rien changer. J’aperçois le premier panneau : Baltimore 1,5 miles.
Putain, Baltimore, c’est pas exactement l’endroit rêvé pour s’arrêter. Baltimore est à l’emmerdement ce que Miami est au divertissement. J’active mon clignotant, je serre à droite, déconnecte le régulateur de vitesse, puis je prends la grande boucle qui me libère de la soporifique autoroute. Si j’avais continué un mile de plus, j’aurais certainement fait la une de CBS News : « Un énorme carambolage vient de se produire sur la Highway 215, le bilan est d’une cinquantaine de blessés et de huit morts. »

Ça y est, j’y suis. Il neige de plus belle. Les flocons s’emmerdent, les sapins s’emmerdent, les lampadaires s’emmerdent… Tout s’emmerde à Baltimore. J’aperçois les néons rouge et orange de la première station-service, je remets un clignotant au hasard, je m’arrête devant la pompe à essence, j’ouvre ma vitre et fais signe au pompiste de me faire le plein. Je lui tends un billet de 50 dollars, pousse ma portière, et file aux toilettes. Je me dirige ensuite à l’intérieur de la station-service, avec ses rangées de tables blanches quelconques, décorées d’une salière et de deux tubes de ketchup mayo.

Torride, le romantisme autoroutier. Ça donne vraiment envie de s’arrêter. Une vieille serveuse, usée par la fatigue, à moitié démaquillée, le vernis à ongles craquelé, me lance un :
— Hi sir, would you like some coffee?
Et comment que je veux du café ! Avec deux beignets fourrés, vanille fraise. Pendant qu’elle retourne en cuisine, j’aperçois à l’autre bout de la salle une délicieuse petite rousse, vêtue d’un parka bleu et portant une écharpe grise autour du cou. Ses gants noirs sont posés sur la table et sa belle chevelure déborde sur ses épaules. Elle se retourne, me sourit, et ses beaux yeux bleus, son visage pimenté de taches de rousseur, me redonnent confiance en l’humanité.
Je lui souris aussi et lui lance un :
— Salut, c’est calme par ici ! 

J’ai déjà été plus original et moins con. Elle me répond :
— C’est d’un… !
— Pardon, je n’ai pas entendu ?
— Rapprochez-vous, me fit-elle signe.


Je quitte ma table et la rejoins.
— Je disais, c’est d’un ennui mortel !
— Vous êtes du coin ?
— Non, je suis de Buffalo.
— Vous êtes garée où ? Je n’ai vu aucune voiture en arrivant.
— Je suis venue en stop.
— En stop ? Waouh, quel trip, vous êtes courageuse ! Vous n’avez pas peur de tomber sur un malade, un mec louche, un psychopathe ? plaisantai-je.
— Non, no way, rit-elle. Ça fait depuis deux ans que je voyage en stop, j’ai jamais eu de problèmes. J’ai rencontré quelques excentriques, mais rien de bien méchant. Je me fie toujours à mon instinct, je sais reconnaître la bonne personne, me fixa-t-elle d’un sourire désarmant.
— Ah… répondis-je, troublé. Et, vous allez visiter de la famille ou des amis à Baltimore ?
— Non, je vais à Boston, mais le gars n’allait que jusqu’à Baltimore, alors comme j’avais des crampes au pouce, je n’ai pas fait la difficile, je suis montée à bord de la première voiture qui a stoppé.
— À Boston ? Vous avez de la chance, c’est ma destination ! Pardon… je veux dire, si vous acceptez de voyager dans mon humble Lincoln !
— Génial, cool, pas de problème, je savais que cet endroit me porterait chance, je crois au destin !
— Hé, minute papillon ! Qu’est-ce qui vous dit que je suis un bon gars, qu’on peut me faire confiance ? souriais-je.
— Ça se voit à votre façon de vous tenir à table et de bouger.
— Amusant ! Vous êtes capable de faire la différence entre un brave gars et un serial killer juste en…
— Oui, je suis étudiante en quatrième année de psychologie.
— Ok, mais vous n’êtes pas encore diplômée, que je sache, méfiez-vous !

Et nous éclatâmes de rire pendant que la serveuse posait mon café et mes donuts devant ses deux œufs au bacon et son thé. Je continuais à la dévisager, à boire le moindre de ses rictus de mes yeux à chaque lampée de café brûlant. Elle défit lentement son écharpe grise. J’observais ses doigts longs et minces, craignant d’y trouver une alliance, ses ongles de rose vernis. Je m’égarais. Ce n’était qu’une simple auto-stoppeuse qui cherchait quelqu’un pour la conduire à Boston. Elle aurait sympathisé de la sorte avec n’importe qui.

— Carl, je m’appelle Carl, enchanté. Directeur commercial d’une société de prêt-à-porter.
— Émilie, presque psychologue !
— Allez, on y go, je vous emmène à Boston !
— Ok, mais à une condition !
— Laquelle, je vous prie ?
— Qu’on arrête de se vouvoyer !
— Ok Émi, tu permets que j’t’appelle Émi, ça va bien avec le tutoiement ?
— D’accord Carl ! Toi, avec ton prénom, t’as aucune chance d’avoir un surnom plus court !

C’est sur ce second éclat de rire que nous prîmes place à bord de mon véhicule, désormais presque invisible sous l’épaisse couche de neige. Le tableau de bord s’allume de bleu et rouge, et les aiguilles basculent vers la droite du cadran dès le contact allumé. Elle jeta son petit sac à dos sur le siège arrière, machinalement. Un signal sonore retentit pour nous rappeler de boucler nos ceintures. Le moteur se mit brusquement à crachoter.

— Satanée caisse ! Elle refuse de démarrer, qu’est-ce qui lui prend ? Ça ne m’était jamais arrivé auparavant !
— Hey, tu ne vas pas déjà me faire le coup de la panne !
— Ah, enfin, pas trop tôt ! Quand je pense qu’elle n’a même pas dix mille miles !

Je quitte le parking et tente de repérer, sous la tempête de neige, les panneaux indiquant l’autoroute. J’allume la radio sur une station locale pour avoir le bulletin météo. Les roues crissaient sous la neige, les premiers sapins firent leur apparition, puis nous tendirent leurs branches en guise d’accueil dans cette belle nature hivernale.

— Carl, si ça ne t’ennuie pas, essaye de prendre une route secondaire. Il y a de beaux paysages dans le Maryland. La forêt de Black Hills est magnifique d’après ce que m’a dit mon dernier chauffeur. Ce sera moins la routine que sur l’autoroute. Et puis j’aime regarder les paysages enneigés, c’est romantique, apaisant, relaxant. Ça donne vraiment l’impression de voyager !
— Ok, Mademoiselle, en route pour les beaux paysages !
— Enfin, si ça ne te dérange pas !
— Mais non, je déteste les autoroutes de toute façon. Je n’ai pas l’impression de conduire !
— Elle est neuve ta caisse ?
— Oui. Je l’ai achetée il y a deux mois.
— Hey, regarde, un chevreuil !
— Magnifique !
— On a bien fait de prendre cette route secondaire ! Ça y est, il s’arrête enfin de neiger !
— J’ai l’impression de rouler sur du coton !
— Regarde cette magnifique plaine ! On s’y arrête quelques instants ?
— Ça fait même pas une heure qu’on est parti, tu veux déjà faire une pause !
— Oui, pourquoi pas, c’est plus pour profiter du paysage, faire quelques pas sur la neige, regarder les étoiles, profiter de l’instant quoi !
— D’accord, mais pas trop longtemps ! Je dois impérativement être demain matin à onze heures à Boston ! Les affaires n’attendent pas !
— Pas d’inquiétude Carl ! Juste un petit quart d’heure, et on repart ! Je t’achèterai une robe pour faire tourner ton business. Tu pourras être coté en bourse après !
— Il faut que tu m’achètes quelques robes de plus Émi, si tu veux que je sois en bourse, au minimum deux millions d’exemplaires !

Sur ces mots Émi attrapa son sac à dos, ouvrit la portière sitôt la voiture arrêtée et se mit à gambader comme une gamine dans la neige, en riant à gorge déployée. Elle leva les bras au ciel, inclina sa tête en arrière, laissant sa chevelure rousse derrière elle. De la buée s’échappa de sa bouche à chaque respiration. Elle était une grâce au milieu d’une magnifique clairière enneigée, éclairée par la pleine lune, sublimée par les étoiles, entourée de sapins. Le froid nous cinglait le visage, mais pendant ces quelques instants, hors du temps, j’ai goûté au bonheur !
Envolés le directeur commercial, le chiffre d’affaires, le business… Rien que l’instant présent d’éternité, dans un paysage onirique à couper le souffle, un paysage qui ne laisse pas de glace.

Soudain, mon visage fut heurté par une boule de neige. Après le choc et la surprise passés, je venais de réaliser ce qui m’arrivait ! J’avais pris vingt ans de moins dans la gueule à cause de cette petite garce qui venait de me lancer une boule de neige en pleine tronche ! Je l’entendais rire de plus belle et chantonner :
— Je t’ai eu, je t’ai eu ! Hi hi !

Comme un gamin, je trébuchai maladroitement dans la neige en tentant d’en saisir un peu.
Je confectionnai une boule grossière entre mes mains gelées et la lançai à tout hasard, en espérant qu’elle ait une tête chercheuse. Pourvu qu’elle n’atteigne pas sa jolie frimousse, pensais-je ! Ça ne se fait pas, je veux juste que ma boule de neige finisse sur son parka ! Et nous reprîmes de plus belle cette course folle sur fond de bataille improvisée, dans la nuit noire et glaciale, enguirlandée d’étoiles et ornée de sapins, dans un magnifique écrin de neige.
Mais qu’est-ce qu’il m’arrive ? Il y a quelques heures à peine je me faisais chier seul sur l’autoroute, la tête pleine de clients et de chiffre d’affaires, et voilà que maintenant je retombe en enfance. Je suis un gamin de dix ans en plein délire, sur qui le bonheur a jeté son dévolu !

Épuisés, à moitié accroupis, les mains posées sur nos genoux, nous reprenions notre souffle, crachant des nuages de vapeur comme deux vieilles locomotives. Nous n’osions nous regarder dans les yeux, et nous éclatâmes d’un rire rédempteur.
Deux troncs d’arbres, disposés l’un en face de l’autre, semblaient nous attendre dans ce salon improvisé par la nature.
— Pouce, je n’en peux plus, je déclare forfait, lança-t-elle.
— Moi aussi, je suis crevé, ça fait depuis longtemps que je n’ai pas rigolé comme ça ! Ouf, je m’assieds, je suis gelé, je ne sens plus mes pieds ! J’ai pas mis mes boots, je pensais pas que j’allais piétiner autre chose que ma pédale d’accélérateur !

Émi ouvrit son sac à dos et en sortit un thermos.
— Ça te dirait une tasse de thé ? Je crois que ça va nous faire du bien. J’espère qu’il est encore chaud !
— Une tasse de thé ? Émi, tu es tout simplement géniale ! Tu te balades toujours avec un thermos et du thé ?
— Oui, c’est indispensable dans ma besace d’auto-stoppeuse. Tu sais, quand tu passes des heures au bord d’une route sinistre, au milieu de nulle part, à attendre une voiture qui ne viendra peut-être jamais, c’est utile.

Émi ôta ses gants noirs et les posa délicatement sur le tronc d’arbre. Elle enleva la première tasse fixée sur le thermos, en prit une seconde, qu’elle posa près d’elle, et ouvrit le bouchon.
La vapeur qui s’en échappait nous a rassurés quant à la température du thé. Elle me servit avec délicatesse, tandis que j’observais ses doigts, pour la seconde fois depuis notre rencontre. J’enlevai également mes gants et me saisis du récipient des deux mains. Une douce et agréable chaleur se diffusa le long de mes phalanges.

Un réflexe machinal me poussa à souffler sur le chaud breuvage. Comme si la température négative ne suffisait pas à le refroidir. Les effluves de thé délicieusement parfumé au jasmin embaumaient l’air glacial. Sans plus attendre, je portai la tasse à mes lèvres et je fus transporté de bonheur à la première gorgée. C’était le meilleur thé de ma vie. Rasséréné, j’osai pour la première fois lever mes yeux, et croiser son regard malicieux. Je devinai son sourire derrière sa tasse. Je n’avais jamais été aussi bien de toute mon existence. Je ressentais la même émotion que lorsque je l’avais rencontrée dans cette station-service calamiteuse la toute première fois. Entre deux gorgées, je soufflais encore sur ma tasse, plus pour m’amuser à mêler ma respiration embrumée à la vapeur de ce doux nectar, délicatement sucré, que pour le rendre moins brûlant. Un plaisir simple de gamin dans un environnement naturel, avec une jolie femme. Le bonheur à l’état pur. J’étais à mille lieues de mon rendez-vous urgent, de mes clients, de mon chiffre d’affaires, de mon business. Je n’étais plus le directeur d’une société de prêt-à-porter, j’étais moi, Carl.

— T’as déjà fait du stop, Carl ?
— Ouais, j’en garde pas un bon souvenir.
— Vas-y, raconte !
— Heu… par où commencer… j’avais tout juste quinze ans et je voulais rejoindre ma copine au bal de la promo du collège. Mes parents m’avaient interdit d’y aller parce que je n’étais pas rentré à l’heure convenue lors de la sortie de la veille. Alors j’ai fugué, et j’ai poireauté des heures au bord d’une petite route, le pouce levé. Et la première voiture qui s’est arrêtée… était celle de mon père. Il m’a ramené à la maison. Je te raconte pas la branlée que j’ai reçue. Je n’ai plus jamais fugué ni fait de stop. Et toi, Émi, c’était quand ta première fois… je veux dire ta première expérience… en stop ?
— Enfant, j’essayais de stopper les voitures avec le regard, j’étais persuadée d’avoir de super pouvoirs. Un jour, je me suis mise en travers de la route, les bras écartés. J’étais sûre que la voiture s’écraserait contre moi comme dans un pylône en béton, et que j’en sortirais indemne. Et au dernier moment, un chien a traversé la route vingt mètres devant moi, la voiture a freiné, a écrasé la pauvre bête, puis s’est arrêtée pile à un centimètre devant moi. Je sens encore la chaleur du capot sur mon visage, je revois les yeux de la conductrice, écarquillés. Depuis ce jour, je me suis juré que j’arrêterais toutes les voitures, juste en levant le pouce, à chaque fois que j’aurai envie d’aller quelque part. Aujourd’hui, je me sens libre de parcourir le monde, d’aller où je veux, quand je veux, avec qui je veux.
— Et qu’elle sera ta prochaine destination après Boston ?
— Tiens, tu vois cette étoile là-haut ?
— Celle qui brille le plus ?
— Exactement ! C’est Vénus ! C’est de là que je viens, et c’est là que j’aimerais aller…
— Ah, je vois ! Pardon, j’ai été indiscret, je n’aurais pas dû te poser cette question.
— Détrompe-toi ! Tu n’as pas été indiscret, et ma réponse est toujours la même : je voudrais retourner sur Vénus.
— D’accord, je comprends ! Les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus, c’est ça ?
— Main non ! Il n’y a aucune vie sur Mars. Seules la Terre et Vénus sont habitées dans notre système solaire.
— Ok... Et pour tes études de psychologie, tu vas faire comment ?
— Ben, je vais retourner à l’université. Nous avons de bonnes universités sur Vénus, beaucoup plus cotées que les vôtres, car nous étudions la psychologie des êtres venant d’autres systèmes extérieurs, et c’est très complexe.
— Et… comment vas-tu faire pour retourner sur Vénus ?
— Comme j’ai toujours fait, comme ça !

Émi leva son pouce en pointant Vénus. Je la regardai, amusé, quand soudain, une légère brise, étrangement chaude, se mit à souffler, emportant quelques flocons de neige qui se mirent à tournoyer au-dessus de nous. Le tourbillon élargit son cercle, gagna en vélocité, tandis que la température ne cessait de grimper.

Une lueur rouge apparut dans le ciel, au-dessus de nous, et commença à descendre. Elle devenait de plus en plus grosse, au fur et à mesure de sa proximité avec le sommet des sapins.
Je n’ai eu le temps ni d’avoir peur ni de paniquer. Paralysé par une force inconnue, je ne pouvais plus articuler un seul mot. Mon mental prit le relais. J’entendais la voix d’Émi résonner dans ma tête.
— Carl, mon amour, n’aie pas peur, tu ne risques rien, aie confiance. Je suis amoureuse de toi depuis le jour de ta naissance, depuis la première fois où je suis venue sur Terre. Je t’ai regardé grandir et j’ai patienté, et aujourd’hui je reviens te chercher pour t’emmener avec moi. Nous vivrons tous les deux sur ma planète pour l’éternité, nous ne ferons plus qu’un.

À ces mots, Émi sortit une boule orange d’un intense éclat lumineux de son sac à dos. Il se mit à pulser en émettant un son harmonieux bitonal, et quelques rayons qui en émanaient dardaient le manteau neigeux qui commençait à se liquéfier. Je ressentis une étrange vibration me parcourir le corps et la voix d’Émi reprit.
— Je vais réduire ton corps d’un tiers de sa taille, afin que tu puisses embarquer dans notre vaisseau. N’aie aucune crainte, c’est une intervention indolore.

Je sentis mes vêtements glisser sur mon corps et tomber au sol. Lentement, je quittais le sol, flottant dans les airs verticalement. Émi se trouvait en face de moi pendant cette phase ascensionnelle, et sa voix continua :
— Une fois sur Vénus, nos deux corps fusionneront et nous ne formerons plus qu’un. C’est ainsi que nous nous unissons, en intégrant nos consciences dans un même être. Ensemble, dans notre nouvelle enveloppe, nous serons heureux et aurons beaucoup d’enfants, à l’intérieur de nous-mêmes.
Notre union sera célébrée sur toute la planète, et nous partirons en voyage de noces sur le Soleil. C’est la destination de tous les amoureux. C’est notre façon de le remercier pour la chaleur et la lumière qu’il nous apporte. Tu verras, ta nouvelle vie sera belle. Nous pouvons prendre l’apparence que nous voulons et changer notre densité, devenir liquides, aériens, solides, pour nous adapter aux divers endroits merveilleux de Vénus. On fera du stop dans toute la galaxie, et je te ferai visiter des mondes nouveaux que vos astronomes et vos scientifiques ne découvriront que dans quelques siècles. Nous allons pénétrer dans notre vaisseau… Lorsque tu te réveilleras, nous serons mariés sur Vénus et tu connaîtras l’amour absolu. À bientôt.

— Shérif regardez ! Il ya des vêtements dans une flaque d’eau ! C’est le même scénario à chaque fois. Ils sont posés dans l’ordre, comme si quelqu’un s’était déshabillé : la veste, le pull, la chemise, le tricot de corps, le pantalon, les chaussettes, les chaussures. Shérif, c’est la cinquième disparition qu’on nous signale ce mois-ci. À chaque fois, on ne retrouve que les effets, et aucune trace de la personne disparue. Vous croyez que… qu’ils ont été enlevés par des extraterrestres comme ils disent dans le coin ? Il paraît qu’il y a des témoins qui ont aperçu d’étranges lueurs dans le ciel !
— Tu veux mon avis, Callan, je vais te le donner. Moi je crois qu’il y a un psychopathe qui s’amuse à nous narguer. Il enlève ses victimes, il les tue, il les ensevelit quelque part, et il nous balance des indices à droite à gauche pour nous trimballer comme des baltringues. Je vais te dire une chose et je ne vais pas le répéter mon p’tit Callan. Je vais trouver ce malade, je vais le boucler, et il va passer le reste de sa vie en taule, dans le couloir de la mort, jusqu’à ce qu’on vienne le chercher pour le foutre sur la chaise électrique. Tu vois Callan, j’y crois pas, moi, à ces conneries de soucoupes volantes et de petits hommes verts…

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Farida Johnson · il y a
Vraiment bien! J'aime surtout la fin pleine d'humour.
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Felix Culpa · il y a
Merci beaucoup Farida d'avoir apprécié ce petit voyage intergalactique en stop ! Mon enlèvement par une Vénusienne est déjà programmé ! Je pars dans la prochaine soucoupe ! ;-)))
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Atoutva · il y a
Une romance qui se termine en SF... belle originalité ! Bravo pour le suspens et la chute inattendue.
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Felix Culpa · il y a
Merci beaucoup Atouva ! J'avais du mal à trouver une chute, et je voulais d'une histoire qui se finisse bien !
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Ode Colin · il y a
J'ai adoré !
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Felix Culpa · il y a
Merci Ode ! Merci d'avoir apprécié ce petit voyage en stop !
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Granydu57 · il y a
Que dire ? Une fiction pleine de science ?
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Felix Culpa · il y a
C'est excellent ! Vous êtes formidable ! Je n'y avais pas pensé à ce jeu de mots !
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Granydu57 · il y a
Merci Felix, vous m'inspirez,
Je ne suis pas une écrivaine, je n'ai pas la veine...
Mais lorsque vous rimez,
je suis moins en peine...

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Felix Culpa · il y a
Merci à vous Granudu57 ! C'est très joli !
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Viviane Fournier · il y a
Oh joli Felix ! texte accrochant et vivant, belle écriture ... et des idées de demain qui sont bien là ! Bravo, vraiment, il te va bien ce registre !
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Felix Culpa · il y a
Merci Viviane ! Je me laisse emporter par ma passion pour la science-fiction ! ;-)))
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CATHERINE NUGNES · il y a
trop bien. Je me suis régalée, vous excellez dans la S.F . Encore, j'en veux encore. Je ne me souviens pas d'une voiture s'envolant dans le ciel , scène que vous attribuez à Pretty Woman. Nous parlons bien de celui de Richard Gère et de Julia Roberts. ?
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Felix Culpa · il y a
Oui, il s'agit bien de ce film, c'est la scene finale ! Merci Catherine de m'encourager dans la SF !
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Georges Saquet · il y a
Belle écriture / rythme / précision / suspens ... Je me suis régalé ... Mais déçu car je n'ai pas fait une telle rencontre pourtant ma soucoupe volante est prête dans mon garage ! Mon vote .
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Felix Culpa · il y a
Merci beaucoup Georges d'avoir lu et apprécié cette " rencontre du premier type " ! ;-)
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Christian VALENTIN · il y a
Bonsoir Félix. J'avais déjà lu quelques textes de votre plume. Encore une histoire qui nous intrigue pour mieux nous attirer dans des rebondissements efficaces jusqu'à une chute insoupçonnable.
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Felix Culpa · il y a
Je vous remercie Christian ! Je décris des lieux que j'ai connu, notamment ce petit resto routier de Baltimore, et cette ambiance étrange. Pour le reste, je me suis inspiré de la fin du film Pretty Woman, dans lequel le final est spectaculaire, puisqu'une voiture s'envole dans le ciel !
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LaNif · il y a
Bonjour Felix... Moi je viens de Saturne et cette année nous sommes très près de la Terre où je compte faire un tour. je vous donne rendez-vous le 28 août sur la plage de Rondinara; Nous y construirons des châteaux de sable... Aimez-vous faire des châteaux de sable ? Après, nous quitterons nos vêtements et plongerons dans l'eau où quelques amis venus
des deuxième et troisième anneaux nous rejoindront et nous emmèneront pour vous faire visiter notre planète mère ..Et plus si affinités, bien sûr...

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Felix Culpa · il y a
La plage de Rondinara ? Dude que j'étais en vacances en Corse à Bastia, ma ville natale ! Vous ne m'avez même pas invité ! Vous allez quitter vos vêtements ??? Saturne rond, je suis le seigneur des anneaux !
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LaNif · il y a
Ah ah ah ! J'ai bien aimé votre histoire avec le dialogue final du Shérif et de son adjoint. Vous excellez dan ce genre de récit de SF...
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Felix Culpa · il y a
Merci LaNif ! Je pense toujours les nouvelles comme des sketches ou des pièces de théâtre, et j'imagine que je suis sur scène et qu'un public me regarde et attend la réplique qui tue !
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Aëlle GUTBUB · il y a
Une histoire très bien racontée, je ne m'attendais pas du tout à la fin !
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Felix Culpa · il y a
Merci beaucoup Aëlle ! J'ai un penchant pour la science-fiction, c'est pour cela que je laisse mon imagination dériver en ce sens !

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