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L'attrape rêve

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Emy

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Les plumes étaient bercées par l’air provenant de le la fenêtre entrouverte.
Un rayon de soleil passait au travers du cercle tissé, formant sur le mur des arabesques qui dansaient .
Dans la lumière vive d’un matin d’été, Maya émergeait doucement d’une nuit étrange.
Les images dans sa tête se bousculaient encore, dans un mélange d’incompréhension et de stupéfaction, elle ne savait vraiment pas quoi penser de ce qui c’était passé cette nuit.
Elle, qui d’habitude dormait d’un sommeil de plomb, cette expérience la laissait songeuse.
Elle s’était couchée la veille avec un mal de tête atroce. Le genre de mal qui vous ceinture le crâne et vous empêche d’ouvrir les yeux, celui qui vous donne la nausée et une seule envie, celle de rester dans le noir avec un linge frais sur le front.

Après plusieurs longues minutes avant de réussir à se détendre, elle était sur le point de s’endormir quand elle entendit un bruit sourd dans sa chambre.
Elle sursauta et son coeur se mis à battre la chamade. Le bandeau de voyage qu’elle avait placé sur ses yeux pour camoufler la moindre lumière, l’empêchait d’y voir quoi que soit, mais elle avait bien trop peur pour le retirer.
Malgré tout, elle percevait une intense lumière a travers le tissu, comme si on avait braqué sur elle un puissant spot de cinéma.
Mais petit à petit, sans pour autant oser bouger, elle s’apaisa quand même. Elle ne savait pas pourquoi, mais cette étrange lumière dégageait quelque chose de rassurant .
Après de longue minutes immobiles, elle se décida à retirer le bandeau. D’un coup la lumière envahit ses pupilles, qui eurent du mal à s’acclimater. Le plus impressionnant , c’est que en plus d’être extrêmement brillance, la lumière dégageait une certaine chaleur. Pas le genre de chaleur qui brûle et vous pique la peau, la laissant endolorie et rouge, non c’était une chaleur douce, rassurante, celle qui nous donne envie de se rapprocher et de se blottir contre elle.
Au fur et à mesure que ces yeux s’habituaient, elle distingua une forme dans cette lumière, comme une certain contour, sans pouvoir pour autant l’identifier plus pour le moment.
C’était quand même très grand, ou plutôt ça prenait beaucoup de place. Plus exactement, ça remplissait l’espace . Mais la sensation était bien plus impressionnante que cela.
Ce n’était pas seulement l’espace de la pièce qui était rempli, mais également ses propres vides intérieurs. Ceux qui étaient bien cachés au fond de son coeur. Les mêmes qui aimaient se rappeler à son bon souvenir, lors des dimanches après-midi d’hiver où elles soupirait, seule dans son grand salon, son chien dormant à ses pieds et ses chats ronronnants dans un coin près du radiateur.
Inexplicablement, c’était comme si cette lumière les avait comblés.
Elle se sentait remplie d’une sorte de joie, remplie d’un sentiment si fort qu’il était difficile de lui donner un nom. De la félicité ? de la légèreté peut être ? Mais c’était plus fort que ça , elle ne pouvait mettre aucun mot sur ce qu’elle ressentait.
A force de scruter cette clarté, ses yeux finir par s’y habituer totalement, et elle fut en mesure de distinguer clairement la forme.
Ce qu’elle vit la fit sursauter. Jamais elle n’avait vu une chose pareille. Elle ne pouvait même pas s’imaginer que celui puisse exister.
Mais bien que celui puisse en faire hurler plus d’un, bizarrement elle n’avait pas peur.
Elle sentait même une certaine familiarité, comme un goût de déjà vu, ou plutôt de déjà connu...

Droit, majestueux, brillant, se tenait devant elle, quelque chose ou plutôt quelqu’un, vu la forme humanoïde, qui la regardait calmement .
Un large sourire et de grands yeux rieurs la fixait avec intensité.
Elle avait l’impression de le connaître sans pour autant parvenir à se souvenir d’où .




La première pensée qui lui vint à l’esprit la fit sourire  :
« mais d’où il sort ce mec qui brille ! »

Et comme si il l’avait entendu, il éclata d’un rire puissant et communicatif et lui répondit :
«  AH ! Enfin ! C’est pas trop tôt. Cela fait longtemps que l’on t’attendait . Dépêche-toi maintenant , nous avons du travail . Il faut y aller ! »

Les paroles raisonnèrent dans son esprit. Aucun son n’était sorti de sa bouche, et malgré tout elle le comprenait quand même.
Et visiblement il l’a comprenait aussi. Les mots et les paroles étaient superflues, la communication allait à la vitesse de la l’éclair, juste par la pensée.

Elle se surprit à lui répondre de la même manière :
-« Mais où doit-on aller ? »
-« Suis-moi ! Tu sauras très vite. » dit-il d’un ton ferme, mais qui se voulait rassurant.

Elle se leva de son lit, et se retrouva à ses cotés, il lui prit la main et sortirent de la chambre.
Elle se sentie alors comme aspirée et se retrouva dans une sorte de tunnel où tout tournait. Un peu comme un vortex, elle voyait tournoyer autour d’elle quelque chose qui ressemblait à des nuages de toutes les couleurs, au fur et à mesure qu’elle avançait.
Elle qui n’avait déjà pas la tête dans un bon état à cause de la migraine, sentait des hauts le coeur et une sensation de vertige l’envahir. Mais la main rassurante la tenait fermement , l’empêchant de tituber.
Elle avait l’intime conviction que en sa présence rien de mal ne pouvait lui arriver.

Ce tunnel était interminable, elle se demandait quand ils allaient enfin en voir le bout.
Elle se rendit compte qu’elle ne savait rien de son lumineux visiteur, ni qui il était , ni pourquoi il était venue la chercher.
Bien maladroitement et encore incrédule, elle se hasarda à lui demander si il avait un prénom.
Elle entendit, où plutôt un prénom lui vint à l’esprit, de façon inattendue et fulgurante, comme une évidence :
JORIS

Là encore son mental pris le dessus, et instantanément elle pensa :
-«  mais comment ai-je pu inventer un prénom à la con comme ça ! c’est insensé ! »

Son rire sonore raisonne à nouveau en elle, et elle rit de bon coeur avec lui.

Ils aperçurent bientôt un petit point lumineux qui indiquait que le tunnel touchait à sa fin. Plus ils s’approchait, plus le point s’agrandissait. Une vive clarté les inonda et ils sortirent du vortex.

Elle se retrouva dans un paysage inconnu et sauvage.
Là devant elle se dressait une gigantesque forêt vierge, digne des coins les plus reculés d’Amazonie.
Ici la nature était luxuriante, les arbres étaient si hauts qu’elle ne pouvait en voir la cime.
Partout poussait des plantes plus exotiques les une que les autres, parsemés de fleurs aux formes enchanteresses.
La forêt était si dense qu’aucun rayon de soleil ne parvenait à percer et à éclairer le sous-bois. Toute une cacophonie de sons venant de nulle part assourdissaient l’atmosphère.
Elle pouvait facilement deviner que cette forêt était habitée par une multitude d’espèces d’animaux, d’oiseaux et d’insectes, ce qui n’était somme toute pas très rassurant .
Elle avait quand même un coté magique et envoutant qui donnait envie de s’engouffrer dans son antre et de se perdre dans le labyrinthe végétal .
Que pouvait-il se cacher derrière cet épais rideau vert ?


Joris l’invita à le suivre et ils pénétrèrent dans le sous-bois. Il y régnait une chaleur moite qui collait à la peau.
C’était tellement sombre et dense qu’il était difficile de progresser. Elle le suivait péniblement, veillant à emboiter ses pas dans les siens pour ne pas le perdre et se faire distancer.
Après une trentaine de minutes de marche, la végétation commença à se disperser et ils arrivèrent dans une clairière.
Elle ne pouvait toujours pas distinguer le ciel, mais les arbres semblaient s’espacer, laissant un peu plus d’espace autour de soi, juste assez pour ne pas se sentir étouffer.
Elle pu prendre un peu plus de temps pour observer les alentours.
Les troncs des arbres étaient gigantesques, certains étaient si gros qu’il lui faudrait plusieurs minutes pour en faire le tour. Leurs racines plongeaient dans le sol humide, qui était recouvert d’une épaisse couche d’humus odorant, comme si une couverture douce et moelleuse avait été posé là.
Sur le tronc et les branches des centaines de lianes s’entremêlaient, créant un réseau aussi inextricable que les fils d’une pelote de laine emmêlée .
Certaines avaient l’air de relier les arbres entre eux, d’autres s’enfonçaient dans la terre, se confondant avec les racines.
Peut être même que les racines étaient des lianes ou les lianes des racines, mais quel fouillis !
Par endroit, elle pouvait distinguer de minuscules taches de couleurs vives, comme si des gouttes de peinture avaient éclaboussés une toile.
En se rapprochant de plus près, ces gouttes se transformèrent en toutes petites, mais néanmoins extraordinaires, fleurs. Elles ressemblaient à des orchidées , mais les pétales semblaient être découpées aussi finement que de la dentelle de Calais. Elles diffusaient un parfum à la fois suave et envoûtant.
Elle pouvait toujours entendre cette vie grouillante autour d’elle, mais elle ne pouvait apercevoir aucun des hôtes mystérieux qui peuplaient la forêt.

Elle se tourna vers Joris interrogative :
-«  Qu’est que l’on fait ici ? » lui demanda t’elle.
«  Pourquoi m’as tu amené là ? »

Calmement et avec un regard bienveillant, il lui répondit :
«  Toutes ces racines sont ta vie . Elles s’entremêlent tellement que tu ne sais ni d’où elles viennent, ni où elles vont. Toi tu es au milieu et tu es perdue. Tu tentes de comprendre ce que tu fais là, mais c’est impossible. Ta vie est imbriquée dans d’autres vies et tu ne peux voir le soleil »

Ses paroles raisonnaient en elle si profondément. Il lisait dans son coeur comme dans un livre ouvert.
Elle ne savait plus où elle en était. Elle était à un tournant de sa vie. Elle savait qu’elle devait se défaire des poids qui l’entravaient, que ses racines l’empêchaient de bouger. Elle se sentait prisonnière de sa vie, mais comment faire ? Où aller et que faire ? Par quelle bout devait elle commencer ?
Elle sortait tout juste d’une douloureuse période, dont les conséquences se faisaient encore sentir.
Elle avait divorcée quelques années plus tôt, d’un homme qui ne lui avait jamais accordé la moindre attention. Elle l’avait rencontré jeune, elle avait à peine 20 ans et pleins d’étoiles et d’espoir dans les yeux. Elle s’était jetée à corps perdu dans cette histoire emprunte de trahison qui l’avait laissée vidée et amère.
S’en était suivie une descente aux enfers. Matériellement, elle avait eu du mal à joindre les deux bouts. Accumulant dettes et lettres d’huissiers la menaçant de venir tout lui prendre.
Frôlant parfois dangereusement l’abîme en monnayent ses charmes de temps en temps pour remplir le frigidaire.
Puis elle avait glissé, sombrant dans une dépression qui l’avaient enfermé plusieurs mois dans le noir de sa chambre, seul endroit où elle se sentait en sécurité, réduite à l’état de veille, qui se résumait à manger et dormir en alternance. Epuisée physiquement et psychiquement.

La seule chose qui lui avait donné le courage de refaire surface et de garder un minimum de santé mentale était son petit bonhomme.
Petit être plein de vie dont les rires emplissaient la maison. Petit lutin qui arrivait toujours à lui redonner le sourire, issu de son triste mariage.
C’est pour lui qu’elle se battait tous les jours.

-«  que dois je faire ? lui demanda t’elle,comment sortir de tout ça ? »

Un seul mot transperça son esprit

GRIMPE !

«  Grimper ? Mais où ça ? le long des lianes ? »
Son regard insistant et déterminé ne laissait place à aucune ambiguité

GRIMPE !

Elle jaugea rapidement la hauteur de l’arbre qui se trouvait en face d’elle, inspira profondément et pris son courage à deux mains pour démarrer l’ascension. Que pouvait-elle faire d’autre de toute façon...
Sa progression était lente mais bizarrement assurée. Elle trouvait ses appuis plus facilement que elle ne se l’était imaginée.
Les lianes semblaient former une échelle où ses pieds pouvaient se poser . Plus elle s’éloignait du sol, plus elle sentait légère. Comme si une force soudaine l’envahissait et lui permettait de se propulser plus haut toujours plus haut.
Elle arriva au niveau du feuillage, le traversant avec l’agilité d’un singe, passant de branches en branches.
Et d’un coup, plus rien . Le grand espace autour d’elle, une lumière vive lui inonda le visage et la chaleur du soleil réchauffa sa peau.
Elle avait atteint la canopée, l’horizon infini se déroulait sous ses yeux.
Epais tapis vert formé de la cime des arbres, elle se trouvait sur le toit du monde.
Un immense sentiment de paix se diffusa en elle. Il régnait un silence magistral, pas un bruit ne venait troublait le calme absolu de ce lieu.
Le paysage était d’une beauté époustouflante et elle se sentait libre comme jamais auparavant.
Elle eu l’impression de pouvoir respirer à plein poumons comme si c’était la premiere fois de sa vie.
L’air était frais et pur comme le premier souffle d’un nouveau né.

Il l’attendais là , confortablement installé sur un coussin de feuilles, toujours avec ce tendre mais rayonnant sourire aux lèvres.
Il savait qu’elle réussirait à le rejoindre, il ne doutait pas d’elle, il n’avait même jamais douté et sa confiance en elle l’emplissait , la nourrissait, elle qui en manquait tant.
Elle vint s’assoir près de lui, contemplant sans un mot le paysage.
Il lui indiqua du doigt une direction où regarder et elle vit une nuée de papillons plus colorés les uns que les autres s’envoler vers le soleil.
Des milliers d’ailes gracieuses vire-voltèrent et disparurent à l’horizon comme des petites étoiles , la laissant bouche bée.
Durant son ascension, elle avait compris que le seul moyen de sortir du sac de noeuds qu’était sa vie était de s’élever, de grimper au dessus pour y voir plus clair. Que cela faisait parti de son chemin et qu’elle trouverait les clés «  plus haut ». Mais surtout qu’elle n’était plus seule, ou du moins qu’elle ne l’avait jamais été . Il avait toujours été là pour veiller sur elle, attendant son appel.
Et ce dernier soir, elle s’était couché, encore plus désespérée que d’habitude, implorant de l’aide du plus profond de son coeur, pour qu’on la soulage de ce mal.
Et il avait répondu à l’appel.


Elle se tourna vers lui et lui demanda :
-« Et maintenant que dois je faire ? Quel est mon rôle ? »

Avec cette même sagesse, il lui répondit :
«  Ta mission est en toi depuis ta naissance et bien avant. Tu dois raconter le passé, le présent et l’avenir par les rêves. Tu reconnectes ce qui est coupé et tu rétablis l’équilibre »

Elle ne comprenait pas encore l’ampleur de la signification de ces mots , mais elle les accepta car ils lui semblaient naturels et logiques, comme une révélation qui n’était pas vraiment une surprise , mais plutôt faisant partie d’elle-même.

Elle lui demanda si il serait là avec elle, une peur passagère l’envahissant soudain.
Et là comme par enchantement elle entendit une petite musique dans sa tête. Un air connu auquel elle n’avait jamais prêté attention avant. C’était le refrain d’une chanson qui passait en boucle à la radio ces derniers temps :

For every step in any walk
Any town of any thought
I'll be your guide
For every street of any scene
Any place you've never been
I'll be your guide...


A chaque pas , à chaque marche
A chaque ville et chaque pensées
Je serai ton guide
Dans chaque rue et chaque lieux
Tous les endroits où tu n’es pas encore allé
Je serai ton guide



Elle comprit alors que c’était sa manière à lui de lui faire comprendre qu’il serait là, mais également que ça allait devenir leur mode de communication privilégié.
Les paroles de chanson à la radio qui, à chaque fois, qu’elle lui poserait une question lui donnerait la réponse ou le réconfort dont elle aurait besoin.

Puis il se leva et vint se placer derrière elle, les mains sur ses épaules. Elle sentit immédiatement une vague puissante d’énergie l’envahir. Une énorme bulle brillante et dorée vint l’entourer , tout se mit à tourner comme dans une machine à laver. Quelques minutes passèrent pendant lesquelles elle vit de minuscules rayons de lumière la transpercer de part en part et des taches de couleur noires se dissoudre un peu partout autour d’elle.
Elle se sentait nettoyée, lavée de toute impureté. Prête à affronter le monde et bien décidée à accomplir sa mission coûte que coûte, sans pour autant savoir comment.

Il plaça, ou peut être brancha, elle n’en était pas vraiment sûre, un immense tube lumineux sur le haut de son crâne, aussi lumineux que lui, dans lequel il s’engouffra et monta à la vitesse de la lumière vers le ciel, comme une sorte d’ascenseur où il disparut avec cette phrase :
«  ça y est ! tu es connectée ! »

Connectée à quoi ? à qui ? a lui ?
Elle resta plantée là perplexe avec son tube sur la tête, se demandant ce qu’elle allait bien pouvoir faire de tout ça .


Elle ouvrit les yeux vers 8H15, son mal de tête avait disparu. Son attention se porta sur un petit objet accroché à la poignée de sa fenêtre entrouverte.
C’était un cercle, au centre duquel s’entremêlaient des fils de couleurs tissés délicatement pour former une rosace complexe.
Tout autour du cercle, des plumes aux couleurs chatoyantes pendaient, aussi vives que les ailes des papillons de son rêve. Des petites perles brillantes formaient des décorations , traversées par les rayons du soleil.

Elle mis quelques instants à identifier l’objet et surtout à comprendre qu’il n’était pas là hier.

C’était un attrape rêve.

Tissé comme une toile d’araignée l’objet a pour fonction de filtrer les rêves.
La légende d’origine amérindienne dit que les mailles de la toile laissent passer les bons rêves et emprisonnent les cauchemars et tout ce qui peut perturber le rêveur.
Les bons rêves se dirigent vers les plumes et ressortent pour rester dans la chambre , les autres restent prisonniers de la toile jusqu’au moment où Grand-Père Soleil apporte le jour sur Terre.
Tout ce qui est resté coincé dans la toile est littéralement brulé par ses premiers rayons.
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