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Larme espagnole

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PlumeDeChien

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Félix s'était encore coupé aujourd'hui. Alors qu'il parlait avec Marceline à la cantine, il n'avait pas fait attention et, ayant pris le couteau à l'envers, s'était coupé tout l’intérieur de la main sans s'en rendre compte. La maîtresse, qui commençait à être habituée, l'envoya à l'infirmerie.
Là-bas l'infirmière soupira à peine en le voyant arriver. Elle pansa délicatement sa plaie et lui donna un biscuit.
Les premières fois que Félix s'était blessé, sa mère était venue le chercher mais à présent l'école s'était adaptée et il n'avait plus besoin de partir.
On pourrait croire que se couper par inadvertance n'arrivait pas souvent, même à des enfants de 6 ans, mais Félix n'était pas un enfant comme les autres. Le médecin avait dit un jour que Félix était atteint d'une maladie rare qui l'empêchait de ressentir la douleur physique.
Les premières années de sa vie n'avait pas été problématique même s'il était très difficile de savoir s'il allait bien, s'il était malade ou même s'il avait fait dans sa couche car Félix était un bébé qui ne pleurait pas. Et puis ses parents étaient toujours avec lui. C'est lorsqu'il avait dû aller à l'école que les problèmes étaient apparus.
Mais maintenant l'établissement s'était habitué à ce petit garçon plein de cicatrices. Et Félix s'était habitué à ces gens qui se plaignaient d'un orteil tapé dans le coin d'une table ou d'un doigt coincé dans une porte.
A cause de sa maladie Félix se devait d'aller souvent voir une psychologue. Celle-ci répétait souvent à Félix qu'il fallait qu'il se concentre bien plus sur son environnement que sa maladie l'en éloignait.
Avec les années, Félix avait fini par comprendre ce qu'elle voulait dire par là. La plupart des gens voyaient dans le paysage une multitude de dangers, Félix quant à lui voyait une infinité de possibilités et d'ouvertures.
Sa mère ne le laissait jamais partir à l'aventure de peur de ce qu'il pourrait arriver. Félix, lui, n'avait peur de rien. Il n'avait jamais eu peu de rien. Pas que Félix soit particulièrement courageux, mais ce que la plupart ignorent c'est que la peur est presque entièrement déclenchée par la peur de la douleur.
Éliminer la douleur et vous n'aurez plus peur. La psychologue lui avait dit que c'était peut-être l'une des raisons pour lesquelles Félix était mauvais à cache-cache (seul sujet qui l’intéressait vraiment durant ces rendez-vous).
Elle disait que sans peur on oublie que l'on peut se cacher. Félix ne pouvait que l'approuver tant il était piètre à ce jeu.
Et puis il y avait eu Marceline.
Elle était arrivée au début de l'année. Elle venait d'Espagne où elle avait vécu jusqu'à lors. Sa mère était française. Elle avait rencontré son père durant un voyage à Mataro, une ville près de Barcelone. Quand celui-ci était mort dans un accident de la route, Marceline avait alors 5 ans. Sa mère et elle avaient décidé de revenir en France.
Marceline avait de beaux cheveux noirs qui tombaient en lourdes boucles sur ses épaules et ses yeux noisettes lançaient souvent des regards plein de malice.
Alors qu les autres se moquaient de son teint toujours bronzé et de son accent qui faisait rouler les « r », Félix, lui, l'aimait bien. Ils avaient alors commencé à passer beaucoup de temps ensemble.
Félix était passionné par ses histoires, par ses maux qui serraient le cœur de son amie. Félix en était fasciné. Alors que lui ne connaissait pas cela, il voyait dans les yeux de Marceline un éclat de.... de quoi il ne le savait pas, il n'aurait pas su le dire, mais en tout cas, il le voyait.
Pendant toute l'année qu'ils passèrent ensemble il essaya de comprendre et, elle, de lui expliquer. Sans jamais réellement saisir, il essayait de se faire une idée, tentant chaque soir de serrer son cœur, mais celui-ci continuait obstinément à battre en attendant les nouvelles histoires de Marceline.
Et puis les vacances vinrent. Félix dut s'armer de patience pour, à la rentrée, pouvoir de nouveau entendre les histoires de son amie.
Mais le premier jour, il ne la vit nulle part. Inquiet, ce qui ne lui était jamais arrivé, il se dirigea vers la maîtresse. Celle-ci répondit simplement que Marceline et sa mère avait dues retourner en Espagne.
Félix soupira car il n'allait plus entendre les histoires de Marceline et puis repartit jouer.
Le soir en rentrant chez lui, Félix, Félix ne pensait plus du tout à Marceline et, alors qu'il était dans son lit, l'image de son amie lui apparut.
A ce moment-là, son cœur se serra, et, roulant en boule, il pleura pour la première fois de sa vie.
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