L'appel

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"L'homme est une création du désir, et non pas du besoin" Gaston Bachelard  [+]

Image de Printemps 2021

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S'il a mis des bottes, c'est pour franchir cette masse spongieuse. Devant lui s'étend une vaste étendue d'eau glauque et de plantes aquatiques. On la confond avec le ciel plombé de nuages et de pluie. Serait-ce cela la fin du monde ? On le croirait presque. Et puis, il y a cette voix. Il n'est pas sûr de la reconnaître ; elle lui parvient trop étouffée.
Les sphaignes ont formé des masses compactes et traîtres. Peut-on se risquer à y mettre le pied sans glisser ? S'il glissait, sûr qu'il sombrerait dans l'un de ces trous d'eau qui parsème le marais. Il y disparaîtrait. La voix l'appelle-t-elle pour qu'il s'y noie ? L'eau est tentante, l'eau l'a toujours tenté. Elle semble tellement calme. Pas une ride, pas une onde ne trouble sa surface.
Il ne peut rester là, les bras ballants. S'il a mis des bottes, c'est bien pour franchir cette masse spongieuse. Il n'a pas fait tout ce chemin pour faire demi-tour. Il cherche un passage, une digue. Autrefois, quand il allait dans les roselières découvrir les rousserolles, les marais étaient clairement dessinés. On les avait essartés. On savait à quoi s'en tenir. Il n'y avait pas traîtrise. On savait où poser le pied et où ne pas le poser. Mais là, rien. C'est un désert nautique, une noue prête à engloutir l'imprudent ou le maladroit. Il sait bien qu'il a fait son temps, mais quand même, ce n'est pas le moment de se noyer.
À ses pieds s'étalent des plaques de mousses gorgées d'eau. Au-delà, quelques arbustes entremêlent leurs branches frêles. Plus loin encore, les racines des arbres dévorent une mince bande de terre. Et cette voix qui lui parvient de plus loin encore.
Il aimerait que ce soit un rêve. Mais il n'y a pas d'odeurs dans un rêve !
La succion des bottes arrachées à la boue le sort de sa torpeur. Comme si, à son passage, de terre surgissaient des tentacules. Il se sent cerné.
Les plantes aquatiques gagnent sur l'eau. Elles s'étalent. Elles forment des plaques de tiges, de feuilles et de boue. Quelques débris surnagent dans les multiples nappes liquides qui n'ont pas encore été colonisées par la végétation. À s'y miroiter, la clarté du jour devient inquiétante. L'eau, elle-même, a cessé de respirer. Même les nénuphars semblent nauséabonds ; leurs fleurs s'étalent de façon presque obscène, charognes qui se vautrent dans la tourbe. Non, il ne rêve pas. Il n'y a pas d'odeurs dans un rêve. Il entend même une voix. « Ohé ! Ohé ! ». C'est un appel auquel on ne peut que répondre « J'arrive, j'arrive ». Le lieu est mal choisi pour un rendez-vous, mais il faut s'y rendre, c'est une évidence. Il se sent investi d'une mission : avancer.
Un peu plus loin, il pourra progresser plus facilement. Les arbustes forment un entrelacs de branches. Au moins pourra-t-il s'y rattraper s'il venait à verser. Pour l'instant, il va d'une touffe d'herbes à l'autre, d'une plaque de boue à l'autre, et parfois il patauge. Il regrette de n'avoir pas pris de perche avec lui. Il aurait pu s'y appuyer, sonder l'eau, se maintenir en équilibre. Encore une centaine de mètres et il atteindra le lacis d'arbres nains. Mais il faut y arriver. Il se sent démuni.
Certes, l'appel s'est tu. Mais le silence n'est jamais totalement silencieux. Son âme torturée le sait : tant que l'on vit, on n'entend pas le silence. Car, oui... le silence s'entend. Il en est sûr. Il l'a maintes et maintes fois éprouvé. Le silence grouille de bruits, plus ou moins hostiles, plus ou moins réconfortants, c'est selon.
Mais là, il suffit d'avoir l'oreille aux aguets pour entendre une multitude de sons mystérieux. Certains semblent narquois, d'autres menaçants, d'autres encore ensorcelants. Ah ! S'il pouvait ne pas entendre l'appel de cette voix. Pourquoi est-il revenu au bord de ce marécage ? Fallait-il vraiment qu'il revienne pour s'assurer que c'était voix humaine. Elle ne lui était rien après tout, elle ne lui rappelait rien, elle ne lui évoquait rien. Sa mère ne le hélait jamais ainsi. Et d'ailleurs, est-ce une voix féminine ? Oui, à n'en pas douter. Il en est sûr. La dernière fois qu'il est venu, il s'est vraiment concentré. Et il avait tranché. Cette voix qui appelait était celle d'une femme. Elle ne semblait pas en danger. Du moins, il l'espérait. Sinon, il ne se le pardonnerait pas. Il avait sans doute perdu un temps précieux à chercher des bottes qui puissent lui permettre de franchir ce marécage. Mais il n'était pas trop tard. Sur ce point, il était rassuré. La voix appelait. L'appelait-elle au secours ? C'est ce qu'il ne sait affirmer. Il se sent hésitant.
Le bruit de ses bottes qui pataugent jusqu'à mi-cuisse l'incite à la prudence. Et si cette voix était une illusion ? Et s'il s'était fichu dans ce marasme à cause d'obsessions dont il commence à prendre conscience ? L'eau l'attire, l'eau l'a toujours attiré, l'eau incertaine, l'eau indécise, celle dans laquelle on a l'imprudence de se mirer, croyant y voir un reflet fidèle.
Non, non, il ne faut pas regarder cette image déformée ni écouter cette voix que le vent altère. Il faut avancer sans illusion. Se départir de ses illusions comme de ses craintes. C'est ce qu'il tente de se dire, à ce moment précis. Il redouble pourtant de vigilance. Poser le pied au bon endroit. Garder la tête froide.
Il ne regrette pas d'avoir choisi des cuissardes qui montent au-delà des genoux. Ça lui permet de pénétrer dans l'eau sans se mouiller. Au début, il a pensé que c'était risqué. Et si le terrain était meuble ? Et s'il s'y enlisait ? Il y va très prudemment, scrutant le fond où il pose le pied, et surtout s'assurant que son autre jambe est plantée en terrain ferme et pourra lui servir de rappel pour le cas où... Évidemment, s'il avait pris avec lui une perche, ça lui aurait permis de maintenir son équilibre, non comme un funambule entre rêve et réalité, mais comme un conducteur de barge. Ça lui aurait permis de tâter le terrain, de fouiller dans la boue jusqu'à trouver un appui sûr. Ça l'aurait conforté, ça l'aurait rassuré. Mais y a-t-il un abri qui soit sûr, sur cette terre ?
Le voici au milieu du marais. Il n'est plus question de revenir en arrière. S'il se tient immobile, ce n'est pas qu'il hésite, c'est qu'il essaie de s'orienter. Il n'y a plus à hésiter. Il s'est engagé trop avant. Il fallait réfléchir avant. Il faut y aller. S'il se tient immobile, c'est qu'il écoute, ausculte, essaie de comprendre d'où vient cet appel. Il prétend ne pas reconnaître la voix. Mais en est-il si sûr ? « Ohé ! Ohé ! ». Difficile de se faire une idée. Si seulement elle pouvait prononcer autre chose que ces mots indistincts.
Le voici arrivé à une langue de terre plus ferme. Mais pas nécessairement plus hospitalière. Les arbustes qui y poussent entremêlent leurs branches en formant des nœuds si solides qu'il se trouve devant un mur qu'il lui faut contourner. Il fait un grand détour, enjambe un énorme tronc, baisse la tête, courbe l'échine. Inutile de grimper à l'un d'eux. D'abord, l'entrelacs des branches est si serré qu'il ne pourrait y glisser son corps. Ensuite, il ne verrait rien. De loin, il a bien vu que c'était des arbres rabougris, pas de haute futaie, de ces arbres noueux dont les branches rasent le sol le plus loin qu'elles peuvent. De près, il constate qu'elles forment une haie quasi insurmontable. La meilleure solution est encore de se frayer un chemin en force. Il regrette de ne pas avoir emporté une serpe avec lui, mais pouvait-il prévoir ! Il va falloir y aller avec les mains, briser les ramures, s'entailler les paumes peut-être. Pour cela, il lui faudrait un appui pour gagner en énergie, prendre son élan, mais le sol est toujours aussi meuble. À la première tentative pour couper une branche, il se sent partir en arrière. Son pied ripe. Il se croyait sorti des marécages, mais le sol est encore glissant, imbibé d'eau ; les arbres ont soif, les oiseaux ont soif, la vie a soif. Il a basculé dans l'eau. Le fond n'est pas trop profond. Il se relève vite. Heureusement, le soleil est à son zénith. L'air est même étouffant. Il n'a pas froid, mais ses habits vont mettre du temps à sécher.
Il trouve enfin un appui solide, une bande de terre un peu plus ferme. Il avance à force de moulinets contre les branches. On dirait qu'il se bat contre un ennemi invisible. Mais ce sont les arbres. Il a trouvé un adversaire à sa taille, robuste, presque obtus tant il est ancré dans la terre. Les arbres sont solidement enracinés et leurs rameaux sont gorgés de sève. Il va falloir jouer des coudes. Pas le moment de se laisser abattre. Le soleil est à son zénith, mais la voix est encore loin. On dirait même qu'elle s'éloigne au fur et à mesure qu'il avance. Ne pas désespérer. Même si la ramure forme comme une toile qu'il faut déchirer. Déchirer en avançant, en s'écorchant, en se saignant. Toute sa vie, il se sera saigné. C'est ce qu'il se dit en étreignant une branche avec rage. Elle n'est pas bien grosse, mais elle est coriace. Elle ne se laissera pas briser facilement. Il y va à deux mains. Oui, toute sa vie, il se sera saigné. Et pour quel résultat ? Personne ne l'a véritablement compris. Il a toujours été presque seul. Sauf quand il allait écouter les rousserolles dans les étangs de sa tante. Elle l'accompagnait parfois. C'est la seule personne qui l'ait véritablement compris. C'est elle qui l'a familiarisé avec le peuple des marais, les hérons, les oiseaux de passage, les échasses, les spatules, les avocettes.
Sa tante lui lisait le soir des contes d'autrefois où de jeunes princes se perdaient dans les marécages. Souvent, l'histoire se finissait bien. Mais pas toujours. Une fois, il s'en souvient – ce fait l'avait frappé, et même découragé – le cavalier et sa monture avaient sombré corps et bien au fond de l'eau. Ils se croyaient protégés par la glace, mais de glace il n'y avait point. Et sans appui solide, ils avaient fini par tomber dans la tourbière qui les avait engloutis.
C'est pour cela qu'aujourd'hui, il avance avec d'infinies précautions. Au moins, les choses sont claires. Il n'y a ni glace, ni digue, ni rien qui puisse donner l'illusion que l'on est à l'abri d'un mauvais coup du sort. Il sait bien qu'il est vulnérable. Il l'a toujours su. Il a toujours su que la vie était fragile, précaire, éphémère. Toute sa vie, il l'a su. Et c'est parce qu'il le sait, qu'il répond à l'appel de cette voix. Il ne sera pas dit qu'il n'a pas porté assistance à qui est en péril. Et ce ne sont pas quelques arbres qui vont l'en empêcher.
Alors, il redouble d'efforts. Il cogne à s'essouffler. Satanée branche, est-ce que tu vas céder, est-ce que tu vas me laisser le passage ? Je n'ai pas l'intention de revenir en arrière. La branche la plus basse et l'ensemble de ses rameaux se rompent. Je dois courber l'échine pour passer, mais je passe. Mais d'autres branches, d'autres arbres, d'autres rameaux s'interposent à nouveau. Il me faut me dépêtrer des nœuds qu'ils forment. À peine suis-je parvenu à les franchir qu'ils se referment derrière moi. Comme pour m'empêcher de rebrousser chemin. À part le bruit qu'ils font en craquant sous ma poussée, je n'entends plus rien.
Toute à l'heure, j'ai surpris le cri d'alerte de la corneille que l'on dérange ; tous les oiseaux se sont envolés. Si j'avais pu m'envoler avec eux, je l'aurais fait. Mais là, je n'entends plus rien. Je me sens encerclé, emprisonné, emmuré. Emmuré vivant dans une étendue sans fin.
Je parviens au bout de la langue de terre et à nouveau, je suis dans la boue et le marais. J'ai de l'eau jusqu'à mi-cuisse. Je pensais que le terrain était plat, mais je me suis trompé. L'eau ruisselle, elle sourd d'un peu partout. Elle surgit sournoisement. On la dirait calme, mais elle s'écoule. À l'évidence, elle suit une pente douce dont je ne sais pas où elle va me mener. Sur ce versant, les plantes sont différentes. Elles sont plus rugueuses. En un sens, ce n'est pas plus mal. Elles se laissent moins imbiber d'eau. Elles sont moins spongieuses. Elles se délitent moins vite. Les touffes qu'elles forment sont plus fermes. Je peux poser le pied en toute sécurité. Je ne dis pas que je vais pouvoir me tenir immobile sur l'une d'elles pour souffler... Non ! Pour garder l'équilibre, je suis contraint de virevolter de l'une à l'autre. Mais c'est déjà plus rassurant de savoir où poser le pied. Dans une centaine de mètres, je serai à la lisière de cette forêt de grands arbres dont les racines s'étendent sous la terre. Ce ne sont pas des racines qui plongent profondément dans le sol, mais elles y sont solidement arrimées. Enfin ! d'après ce que je peux en voir ! Elles affleurent parfois de terre ; elles s'étendent assez loin du tronc. Les arbres ne forment pas un entrelacs, comme l'étaient ces arbustes qui ont failli me perdre dans ce bayou que je viens de traverser. Leurs troncs s'élancent dans le ciel. Les premières branches sont à plusieurs mètres du sol. Je vais enfin progresser en terrain connu, sans encombre. Quel soulagement. Je suis comme ces marins qui après un long voyage ont aperçu une côte au lointain ! Je vais enfin mettre pied à terre. Le tout, c'est d'y parvenir.
La chaleur a fini de sécher mes vêtements, mais le soleil décline peu à peu. Bientôt, il fera sombre. Il me faut absolument rejoindre l'autre rive. Le courant qui traverse le marais file sur la gauche, mais, moi, je dois aller tout droit si je veux atteindre la rive. Il me faut marcher contre la force de l'eau de plus en plus remuante.
Je m'arrête quelques instants pour calculer ma trajectoire. La voix appelle toujours. Plus faiblement, semble-t-il. L'ai-je déjà entendue ? Qui appelle ? Qui m'appelle ?
Si j'ai mis des bottes, c'est bien pour traverser cette masse liquide. Il n'y a pas à hésiter. L'eau n'est pas profonde. C'est ce que l'on me disait, quand j'étais enfant, pour m'inciter à me hasarder dans la mer. « L'eau n'est pas profonde ». Vas-y, l'eau n'est pas profonde.
Que faire d'une phrase pareille « L'eau n'est pas profonde » ? Il ne l'a jamais comprise. Comme si c'était l'eau qui avait une profondeur et non la mer qui était creuse, ou le lac, ou le fleuve, ou la rivière. L'eau semble toujours plus profonde au bord d'un lac qu'au bord de la mer. Ou plus exactement, la profondeur d'un lac ou d'un étang est plus inquiétante que celle de la mer. Et même si elle n'est pas profonde, l'eau d'un marais est porteuse d'énigmes. La rage de la mer est porteuse de drame, le calme des marécages est porteur de sorts.
Sa vue se brouille. La sueur ! Peut-être l'effort. La ligne d'horizon n'est plus aussi claire. Elle semblait limpide, la voici vacillante comme un mirage. La puissance de l'eau a forci. Il approche du but. Un instant, il s'arrête pour contempler le chemin qui lui reste à parcourir. Il se campe sur ses jambes, mais l'eau qu'il croyait tranquille s'écoule avec une telle force que, pour un peu, elle lui ferait perdre l'équilibre. Son pouls bat à tout rompre. « Ohé ! Ohé ! » Est-ce le sang qui bat dans ses veines qui lui donne l'illusion d'avoir à nouveau entendu cette voix qui l'obsède ?
Déjà enfant, quand il avait couru loin de la maison, croyant s'en échapper, croyant vivre un « ailleurs », et qu'il s'arrêtait brusquement pour savoir s'il était poursuivi, il l'entendait, ce sang qui coulait dans ses tempes. Parfois à tout rompre. Ça le ramenait à la réalité. Et là ? Est-ce que quelqu'un l'attend ? Est-ce qu'on l'appelle ? Et si c'était un piège ? Et s'il s'était démené pour rien ? Et s'il s'était fait des illusions ? Il se le demande. Après tout, c'est assez juste de se le demander. « On ne sait jamais », c'était le leitmotiv qu'il avait souvent entendu de ses parents, de ses amis, de ses professeurs. À croire qu'ils s'étaient passé le mot pour faire de lui un adolescent bien docile. Il ne fallait surtout pas prendre de risque. Mais là, dans cette noue, il est seul, il n'a de compte à rendre à personne. Il a choisi... Il a choisi... point. Et il est assez fier de son choix.
Il retrouve son souffle. Il n'est vraiment plus temps de ratiociner. C'est ce qu'il se dit. « Arriver à l'autre rive au plus vite ». En avoir le cœur net. Au sec, il pourra faire le tri entre hallucination et réalité. Il n'aura plus l'esprit embrumé. En avançant, il laisse derrière lui un sillage vite dissipé par le courant. L'essentiel, c'est de ne pas se laisser emporter. Résister. Il avance en se dandinant. Sa progression peut paraître ridicule. Mais personne ne le regarde. Il n'est l'objet d'aucune curiosité.
Si ! Quelqu'un le regarde.
Est-ce que je vais bientôt en finir avec ce combat contre l'eau ? L'eau captivante. L'eau fascinante. Je dois avouer qu'elle est assez tentante. Mais ce n'est pas le moment de la contempler, et encore moins de s'y plonger. Le soleil commence à décroître. Bientôt, il fera sombre.
Encore quelques dizaines de mètres et j'y serai presque. J'avance en tendant les bras comme un aveugle. L'air est encore chaud, mais je sens qu'il peut fraîchir. Le soleil projette l'ombre des grands arbres sur l'étendue d'eau qu'il me reste à parcourir. Je vois leurs feuilles trembler sous le vent. L'eau est moins profonde.
Terre ! J'ai touché terre ! Me voilà enfin arrivé. Il ne me reste plus qu'à m'orienter dès que j'entendrai à nouveau la voix. La forêt n'est pas impénétrable. On peut même s'y repérer assez vite. Le sol est couvert de mousses, mais celles-ci ne sont pas gorgées d'eau. On est bien au sec, même si l'humidité a conquis les arbres. Les troncs sont couverts de lichens, tous orientés au nord, me semble-t-il. Derrière chacun de ces troncs, il me semble apercevoir une ombre. Mais c'est évidemment une illusion due à la fatigue. Il me semble que j'ai mis une éternité à franchir cette succession de marais, de bayous, de mangroves... Il me semble avoir traversé tant de paysages différents et pourtant si semblables. Mais je suis près du but. Il suffit maintenant que la voix recommence à m'appeler. Car elle m'a appelé, j'en suis sûr.
Il fait presque nuit. Elle n'a pas encore appelé. Elle appellera demain. Alors, j'ai bien mérité de dormir ! Puisque la mousse est si douce, puisque les grands arbres m'offrent un abri contre le vent, puisque la terre est ferme, je peux m'étendre et attendre qu'elle m'appelle. Car, elle m'appellera à nouveau. J'en suis sûr. Il suffit seulement que je me résigne à l'entendre.
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JHC · il y a
Revote :)
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Pierre-Yves Poindron · il y a
Merci de votre passage et de votre soutien.
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Brigitte Bardou · il y a
Cette marche dans les marais vers une voix dont on ne sait même pas si elle existe est fascinante.
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Pierre-Yves Poindron · il y a
Merci de votre passage dans ce marais paradoxalement assez aride.
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Nicolas Auvergnat · il y a
Comme d'habitude, monsieur... J'ai été fasciné de bout en bout. Une très troublante alternance du ''il'' et du ''je''. Vous vous abandonnez à votre récit, il semble, et cela le rend touchant. Moi, je m'y suis laissé prendre... Très chouette et prenant...
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Françoise Cordier · il y a
J'aime toujours cette ambiance envoûtante, cet appel et cette chute qui permettent au lecteur de développer toute son imagination.

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