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L'année où j'ai perdu Décembre - Chapitre 7

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Thom Burnet

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Quelque part en France, un 24 décembre 2017

Julien était amoureux. Vraiment amoureux.

Il avait décidé que son histoire avec Esther serait sérieuse : il s’y investirait à fond et il la voyait déjà comme la mère de ses enfants !

Il n’avait pas l’habitude de s’enflammer ainsi mais cette fois, il y avait quelque chose de plus. En plus d’être fantastiquement belle, la jeune femme aux cheveux nuit semblait être en symbiose avec lui. Ils étaient tous les deux fans de stoner Rock, ils aimaient les mêmes séries, elle passait elle aussi des nuits entières à jouer à des jeux de société et voyageait beaucoup. Mais plus que tout ça, avec elle, tout paraissait simple et naturel.

Il sentait que ça allait marcher. Ça devait marcher. Sinon, il ne s’en remettrait pas.

Mais il était prudent. Il ne voulait pas que les élans débordants de son cœur et ses sentiments exacerbés ne l’effraient. Alors il faisait celui qui ne s’emballe pas trop. Il espérait qu’il arrivait à donner le change.

Allongé dans le lit, il se tourna vers elle. La jeune femme dormait encore. Elle avait passé sa main au-dessus de sa tête et la naissance de son sein dépassait du drap. Son visage n’affichait aucune émotion particulière. « Qu’est-ce que je t’aime ! » murmura-t-il, tandis qu’il était certain qu’elle ne l’entendait pas.

Il se rapprocha de la jeune femme et posa sa tête contre son épaule.

Elle eut un grognement de plaisir et se pressa contre lui.

Avant de se relever dans un sursaut. Elle cria, effrayée :

« Mais putain ! Vous faites quoi dans mon lit ? »

Julien s’assit aussitôt, essayant de la rassurer. « Esther ! Esther ! C’est moi ! C’est Julien ! »

Il y avait de la frayeur dans ses yeux. Elle ramena la couette sur son corps nu.

« Putain ! Mais vous êtes qui ? Qu’est-ce que vous m’avez fait ? » Elle commença à pleurer.

« Esther ! C’est moi, Julien ! » Il sortit du lit et recula. Elle le regarda avec dégout.

« Vous êtes à poil ! Mais qu’est-ce que vous avez fait ? Qu’est-ce qu’on... » Elle s’arrêta et regarda le lit, les joues baignés de frayeur. « Je vais appeler la police ! Je vous jure, je vais appeler les flics ! » Elle sortit de la chambre en courant. Julien ne comprenait pas sa réaction. Il la suivit et la rattrapa dans la cuisine. Elle avait attrapé une cuillère en bois à défaut de trouver un couteau et le tenait en respect. Il était paniqué.

« Esther ! C’est moi, c’est Julien. J’ai réparé ton PC début décembre, on s’est vu dans un bar et on a commencé à sortir ensemble. Hier soir, on était chez ta copine Héloïse. » Il fallait qu’elle se calme, le jeune homme ne comprenait pas sa réaction.

Elle creusa sa mémoire mais ne trouvait aucun élément qui corroborait ce que le jeune homme disait. Elle s’était mise à trembler.

Elle fronça les sourcils. « Non, hier soir, j’étais au cinéma ! Et puis comment vous savez que mon ordinateur est en panne ? Vous m’espionnez ? Et on est où là ? » Elle ouvrait les tiroirs de la cuisine de Julien les uns après les autres et mit enfin la main sur un couteau qu’elle tendit vers lui en prenant l’air le plus menaçant possible. Il eut un sursaut de recul. La situation dégénérait, il fallait trouver un moyen de la raisonner.

« Ça fait plus de deux semaines que je l’ai réparé ton ordi ! Tu avais ouvert une pièce jointe infectée mais j’ai tout nettoyé et j’ai pu récupérer ton travail ! Et c’est chez moi ici ! »

« Impossible ! C’est hier soir qu’il est tombé en panne mon ordinateur ! »
Julien réalisa qu’elle ne savait plus du tout quel jour ils étaient. Il lui fallait une preuve qu’il disait la vérité. Il eut soudain une idée.

« Attends, attends, je vais chercher mon portable. Tu vas voir, on a fait plein de photos. »

Il disparut quelques secondes et revint aussitôt dans la cuisine. Il ouvrit sa galerie de photos et lui montra les photos qu’ils avaient prises au cours de deux semaines passées. Elle les découvrit, côte à côte, s’embrassant devant l’objectif, riant comme des adolescents.

Elle resta hébétée devant les images qu’elle voyait.

« Comme tu passais Noël seule, on avait prévu de le fêter ensemble ce soir... »

Elle releva la tête sans comprendre. « Mais on n’est pas le 24 ! On est.... » Elle réfléchit quelques secondes. « On est le 2 décembre ! Hier c’était le 1er. »

Il revint à la page d’accueil de son portable et lui montra la date. Elle s’adossa au frigo, complètement perdue. Il ne comprenait pas pourquoi elle semblait avoir soudainement perdu la mémoire.

« C’est pas possible... c’est pas possible.
- Assieds-toi Esther, je t’en prie, assieds-toi. Ca va aller. »

Elle accepta qu’il la prenne par la main et elle s’assit sur une chaise. Julien passa dans la chambre, enfila un pantalon et lui apporta un gilet pour qu’elle puisse se couvrir.

Immobile, la tête baissée, son regard s’agitait dans tous les sens, à la recherche de la moindre bribe de souvenir. Mais rien. Elle se tourna vers lui :

« J’ai oublié. J’ai oublié tout ce qui s’est passé ! »

Le lien vers le chapitre 8 est rappelé dans les commentaires ci-dessous.
http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/lannee-chapitre-8

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Pascal Depresle · il y a
Toujours aussi bon, vite le 8 ..
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Thom Burnet · il y a