3
min

L'année où j'ai perdu Décembre - Chapitre 5

Image de Thom Burnet

Thom Burnet

216 lectures

23

Quelque part en France, un 24 décembre 2017...

Mathieu montait les escaliers en courant, perdu dans ses pensées. Il ne vit pas sa voisine de palier et la bouscula. Le gros sac qu’elle portait se répandit sur les marches.

« Oh excusez-moi madame Pène ! Je suis désolé ! »

La soixantaine, la femme aux longs cheveux blancs lui sourit.

« Ce n’est rien monsieur, ne vous en faites pas. »

Elle s’agenouilla et commença à ramasser de petites boites de cartons. Aucune n’avait l’air abimée. Mathieu l’aida. Une question lui vint soudain.

« Au fait, madame Pène. Est-ce que je vous ai bien rendu le moule à gâteaux que je vous ai emprunté hi... au début du mois ? »

Après un pari stupide, Julien lui avait attribué le gage tout aussi idiot de réaliser un gâteau pour la soirée du 1er décembre.

« Oui, oui, vous me l’avez rendu, ne vous en faites pas. »

Mathieu descendit quelques marches pour ramasser un rouleau de papier cadeau qui avait roulé plus bas. Il sourit en lui tendant :

« Ok. Vous savez ce que c’est... Des fois y’a plein de boulot et on zappe les trucs... »

Elle lui sourit et rangea le rouleau dans son sac. Alors qu’elle s’apprêtait à redescendre, Mathieu aperçut un objet resté sur une marche. C’était un petit personnage, semblable à celui que les trois lutins venaient de lui montrer.

« Attendez madame Pène ! »

Il ramassa le petit jouet de bois, interloqué.

« Vous avez oublié un petit jouet... » Il lui tendit, toujours perplexe.

Au moment où leurs regards se croisèrent, Mathieu la sentit mal à l’aise.

« Vous... » commença-t-il.
« Je vous remercie. » répondit-elle en reprenant son sourire.

Mathieu essayait toujours de comprendre ce qu’il venait de se passer quand il réalisa qu’elle avait repris le lutin et était déjà descendue.

Il remonta jusqu’à son appartement en réfléchissant. Pourquoi elle aussi avait un petit lutin de bois ?

Il sursauta en entrant chez lui. La surprise était de taille : n’ayant pas de goût particulier pour le grand déballage de Noël et après deux ans en couple avec une fille qui ne supportait pas cette fête qu’elle jugeait commerciale et hypocrite, il découvrait des guirlandes de tissus qui s’étendaient d’un bout à l’autre du salon, de grosses boules en carton qui pendaient aux poignées des fenêtres et un petit sapin fait de petits bouts de bois trônant sur la table de la cuisine. Il se serait cru dans l’appartement de Mel où il s’était réveillé le matin même.

« Mais qu’est-ce qui m’arrive ? »

Il brancha son téléphone et essaya de nouveau de joindre Julien mais raccrocha quand il entendit la messagerie.

Il prit une rapide douche avant de se faire un café. Il inspecta son petit appartement à la recherche d’indices lui permettant de savoir ce qu’il avait pu faire au cours des jours passés. Il trouva une pochette bleue portant le logo du cabinet de graphistes où il travaillait. A l’intérieur, il découvrit le dossier complet d’un projet de blog intitulé « Les Noël de Mel », pour une certaine « mademoiselle Méléna Jourdan ».

Un autre flash apparut : il était à son bureau et Patrick, le directeur artistique du cabinet – autrement dit son chef – lui apportait un courrier. A son air fermé et sévère, Mathieu comprit que quelque chose n’allait pas. Les mots qu’il prononça lui revinrent :
« Mathieu, voici une occasion de nous montrer que tu as toujours ta place ici après le fiasco du début de semaine ! C’est une nouvelle cliente qui nous a contactés pour réaliser l’habillage de son blog : en-tête, menu, identité visuelle, on fait tout. Alors tu ranges tes aprioris sur Noël, tu t’appliques, tu bosses le truc, parce que si tu foires celui-là, c’est la porte que tu prendras, c’est compris ? » Sans attendre de réponse, il avait ajouté : « Tu as le week-end pour réfléchir et lundi matin, je veux voir tes premières idées ! »

Mathieu se demanda ce qu’il avait bien pu rater pour mettre ainsi en colère Patrick. Il n’était pas particulièrement fan de Noël mais n’aurait pas été jusqu’à bâcler un projet pour la boite. En regardant de nouveau les visuels du blog qu’il venait de trouver, il comprit qu’il avait retenu la leçon et prit la menace au sérieux. Et apparemment, il s’était tellement impliqué qu’il était sorti avec la cliente !

Son ordinateur ne lui apprit rien de nouveau, tous les dossiers s’arrêtaient au 1er décembre. Son calepin de croquis était lui aussi vierge de tout essai. Il trouva cela étrange qu’il n’ait passé aucune soirée devant la télé à griffonner des enseignes imaginaires, comme il aimait souvent le faire...

Son portable sonna. « Julien ! » cria-t-il en découvrant le prénom sur l’écran.

« Julien ! Putain ! Mais qu’est-ce que tu fous ?
- C’est la merde Mathieu, c’est la grosse merde ! »

Il y avait de la panique dans la voix de son ami. Etait-il devenu lui aussi amnésique ?

« C’est Esther ! Elle a perdu la mémoire ! Elle ne se souvient plus de rien. Elle m’a oublié ! »

Par réflexe, Mathieu répondit par une question : « C’est qui Esther ? »


Le lien vers le chapitre 6 est rappelé dans les commentaires ci-dessous.
http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/lannee-chapitre-6

Thèmes

Image de Nouvelles
23

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,
Image de Pascal Depresle
Pascal Depresle · il y a
Allez, encore un magnifique, je file au 6
·
Image de Thom Burnet
Thom Burnet · il y a