3
min

L'année où j'ai perdu Décembre - Chapitre 4

Image de Thom Burnet

Thom Burnet

221 lectures

18

Quelque part en France, un 24 décembre 2017...

Ils étaient là, figés devant la grande porte en bois. Le petit homme et son doigt accusateur, ses deux acolytes et Mathieu, les fixant dans l’espoir de peut-être se souvenir d’eux.

Et s’il les connaissait ?

Ils avaient tous la même tenue, un pantalon vert et une veste de velours rouge mais ne se ressemblaient pas : le premier arborait un bonnet qui trônait sur une chevelure blanche, un autre, beaucoup plus vieux, avait une grosse paire de lunettes rondes et les cheveux bruns tandis que le troisième, d’âge moyen, se démarquait par une barbe blonde qui partait du bas de son nez potelé jusqu’au milieu de sa veste

« Vous ! » répéta le lutin brun qui l’avait arrêté. Il leva son autre main et lui montra un petit personnage de bois qui ressemblait fortement aux trois hommes qui lui faisaient face, à ceci près que le lutin de bois souriait.

« Est-ce que vous reconnaissez ce jouet ? »

Il l’agita, comme si Mathieu ne l’avait pas vu.

Le jeune homme le prit et l’observa avec attention. Il avait l’air fait main. C’était un de ces jouets traditionnels un peu ringards. Le vernis semblait récent mais avait déjà subi quelques chocs.

Soudain, des images lui revinrent en mémoire sous forme de flashs : il était allongé par terre dans la cage d’escalier de son immeuble. Il revenait de chez Julien. Sûrement après la soirée du 1er décembre. Il ressentait la douleur d’un choc à la tête et une sensation d’ébriété générale. Dans un coin sous une marche, il y avait ce petit personnage. Quelqu’un l’enjambait, portant des bottes noires. Il ne comprenait pas ce qui se passait. Un autre flash succéda : il faisait jour, et en descendant les marches pour aller travailler, il ramassait ce jouet et le mettait dans sa poche, tout en levant les yeux vers le pallier de son appartement.

Oui, il l’avait déjà vu mais il avait la sensation qu’il devait garder cette information pour lui.

« Non, ça ne me dit rien du tout » mentit-il.
« Vous êtes sûr ? » répondit le lutin à bonnet.
« Certain. » affirma-t-il en tâchant d’être convainquant.

Le barbu s’approcha à son tour : « Vous habitez dans cet immeuble ?
- Oui. » Il aurait peut-être dû continuer à mentir.

Les trois petits hommes se retournèrent d’un seul mouvement et chuchotèrent quelques instants avant de refaire face au jeune homme :
« Nous avons encore quelques questions pour vous.
- C’est que je suis un peu press... » tenta-t-il de dire avant d’être coupé par le plus jeune :
« Ce ne sera pas long et c’est d’une importance capitale !
- Vous n’avez pas idée ! » confirma le barbu.
« Chut » les reprit le plus vieux en donnant un coup de coude à son voisin. « On ne doit pas tout dire, vous vous souvenez ?
- Mais c’est ce soir ! » répondit le plus jeune. « Si on le perd de nouveau, quand est-ce qu’on le retrouvera ? »
Le barbu les interrompit d’un geste de la main.
« Monsieur ! Nous dev...
- Attends ! » coupa le plus jeune. « On s’est pas présenté !
- Et... ?
- Et c’est pas poli !
- Mais ça sert à quoi ?
- Ca sert que si tu es poli, les gens seront plus gentils avec toi. Et depuis ce matin, on n’a rien eu comme information. Si on est gentils, peut-être que les gens nous aideront... »

Il se tourna vers Mathieu, lui sourit et déclara :
« Moi, c’est Enaël. »
Le barbu enchaina, dubitatif : « Moi, c’est Kalel ».
Le plus vieux conclut d’un air las : « Moi, c’est Lionel. »

Un silence se fit pendant lequel Kalel interrogea les deux autres lutins du regard. Il s’approcha de Mathieu et reprit : « Nous devons vous demander si vous n’auriez pas vu un homme habillé de vert, de rouge et de blanc dans votre immeuble.
- Un homme avec une longue barbe blanche.
- Un homme très très vieux. »

Ils le regardèrent intensément. Mathieu tenait encore le petit lutin dans sa main et jouait machinalement avec la pointe de son bonnet.

« Vous voulez savoir si j’ai vu le Père Noël ?
- Chuuuuuuuuuuut ! » Les trois lutins jetèrent des regards paniqués autour d’eux. « Il ne faut rien dire ! » rappela Enaël. « Nous sommes en mission secrète » compléta Kalel. « On va avoir des problèmes si ça se sait » termina Lionel gravement.

Ils continuaient de surveiller, méfiants, les passants du trottoir. Puis, ils se retournèrent de nouveau vers Mathieu, impatients.

« Alors ? » finit par demander Kalel.
« Est-ce que j’ai vu le... l’homme en rouge ? »
« Et vert ! » ajouta le lutin.
« Non. » répondit-il sèchement. « En tout cas, pas que je m’en souvienne. J’ai des petits probl...
- Vos petits problèmes ne nous intéressent pas monsieur si vous n’avez pas croisé l’individu recherché... » coupa Lionel.
« Si vous voyez quelque chose de bizarre... » commença Kalel.
- Ou quelqu’un de bizarre... » corrigea Enaël.
« Oui, ou quelqu’un de bizarre » reprit Kalel en réajustant son bonnet « Venez nous le dire au plus vite. Compris ?
- euh... d’accord.
- Vous n’oubliez pas, hein.
- Non, non.
- De toute façon, on reste là !
- On surveille !
- On guette ! »

Ils se figèrent, chacun la main sur le front, comme s’ils regardaient au loin.
Mathieu s’approcha du digicode et tapa sur le clavier en le cachant de son autre main. Il poussa la lourde porte alors que les lutins n’avaient pas bougé d’un cil.

Le lien vers le chapitre 5 est rappelé dans les commentaires ci-dessous.
http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/lannee-chapitre-5

Thèmes

Image de Nouvelles
18

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,
Image de Pascal Depresle
Pascal Depresle · il y a
J'y cours .....
·
Image de Thom Burnet
Thom Burnet · il y a