L'année où j'ai perdu Décembre - Chapitres 21 à 25

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Chapitre 21

Quelque part en France, un 24 décembre 2017

Sur la grande place, la mairie diffusait de la musique de Noël. Les décorations brillaient dans le jour déclinant. Katie rongeait son frein. Elle s'était postée à l'écart contre le mur de la grande bibliothèque, surveillant de loin la grande fontaine où elle avait fixé le rendez-vous.

Elle ne vit débarquer aucun homme habillé de rouge. Il n'y avait que des gens qui se promenaient, le pas léger.

L'esprit fatigué et le cou douloureux, elle se demanda si tout cela n'était pas qu'une vaste embrouille.

Une dame avec une longue tresse blanche s'approcha d'elle et lui sourit :

« Katie, je suis ravie d'enfin te rencontrer.»

« Vous êtes qui ? », s'exclama la jeune femme.

« Tu ne te souviens pas ? On s'est parlé au téléphone tout à l'heure. »

Katie s'énerva : « Et si vous arrêtiez de vous foutre de ma gueule pour commencer ?
- Très bien. » De la sexagénaire venait de s'élever une voix grave, comme celle qui lui avait parlé un peu plus tôt au téléphone.

La jeune femme sursauta et grimaça. Son cou !

« Je me nomme Kristin Pène et, malgré ce que mon apparence peut laisser croire, je suis le Père Noël. Et je vais te le prouver. »

Elle agrippa son bras et instantanément, une sensation de chute saisit Katie. Sa vue se troubla l'espace d'une seconde immobile. Lorsque le flou cessa, elle découvrit devant elle une vue incroyable : les Champs Elysées s'étendaient, avec en ligne de mire, la grande roue de la place de la Concorde. A côté d'elle, la sexagénaire la tenait toujours par le bras. « Tu vois », dit-elle. « Tu comprends ? ». Avant que Katie ait pu faire un geste, sa vue redevint floue et elle eut de nouveau la sensation de tomber en chute libre. Aussitôt que sa vue s'éclaircit, elle se dégagea et courut. Elle s'arrêta rapidement, regardant ses pieds qui s'enfonçaient dans le sable. Une chaleur étouffante s'empara d'elle. Elle leva les yeux et découvrit un paysage de sable et de dunes à perte de vue.

« Tu vas quelque part Katie ? », demanda Kristin.

« C'est quoi ces conneries ? On est où là ? VOUS ETES QUI BORDEL ? »

Kristin s'avança et reprit de sa grosse voix « Ho, ho, ho ! Katie ! »

La jeune femme la regarda avec terreur. Elle ne comprenait pas ce qu'il se passait.
« On peut parler maintenant ? » reprit la femme de sa voix normale en lui tendant la main.

Katie allait acquiescer mais la douleur la figea. « Oui », répondit-elle en avançant vers elle, méfiante.

Kristin lui prit la main et, après une nouvelle sensation de chute, elles réapparurent sur la place, devant la bibliothèque.

« C'est pas possible ! », laissa échapper Katie en s'appuyant contre le mur.
- Que tu crois jeune fille ! », répondit Kristin avec autorité avant de poursuivre : « Je ne peux pas vous laisser faire ce que vous avez prévu de faire.

La jeune femme sembla reprendre un peu ses esprits : « Vous savez rien. On discute que par messagerie protégée.
- En effet, je ne sais pas ce que vous préparez mais je sais que ça va faire mal.
- Faire mal à Noël oui ! Cette fête ne ressemble plus à rien. Il est temps de changer les choses. »

La femme s'énerva : « Tu crois que c'est comme ça que je voyais les choses ? Ça fait longtemps que je ne suis plus aux commandes ! Et maintenant, Noël n'est plus qu'un ersatz de ce que ça a été... »

Katie restait muette devant ce discours qui allait plutôt dans son sens. Elle n'était pas bien certaine de là où cette femme voulait en venir.

« Ça tombe bien. On va tout remettre à plat ce soir. A travers tout le pays ! Et ça se répandra à travers les frontières par contagion !
- C'est un ersatz de fête mais ça reste une fête Katie ! Vous ne pouvez pas la mettre à feu et à sang. »

La jeune femme faillit secouer la tête. « Vous tenez le même discours que les autres. On croirait entendre mon ex : « Ne vas pas trop loin ! », « Il faut être raisonnable ! », « Il faut changer les choses en douceur ! ». Ça marche pas la douceur ! Pourquoi est-ce qu'on en est là ? Parce que personne ne fait ce qui doit être fait ! Il faut faire exploser tout ça !
- Non, il ne faut pas. Pense à ces enfants qui vont voir des affrontements, qui demain verront des cendres...
- On leur expliquera. Ce n'est pas en cédant à la facilité qu'on y arrive. Vous dites que vous êtes impliquée... Alors vous savez qu'on manque d'électricité ? Vous savez que certains subissent des coupures de courant parce qu'il faut faire tourner des grandes roues et allumer des guirlandes ? Tout le monde est conscient que la planète va mal mais l'espèce humaine est incapable de faire ce qu'il faut. Les intérêts économiques et individuels passent avant l'humain. On va dans le mur. Mais moi, j'ai pas envie de foncer avec les autres ! »

« Alors vous allez tout bruler ? » demanda Kristin l'air grave.

«  Pas tout. Ce qu'il faut pour passer le message. Et nous allons aussi redonner ses lettres de noblesse à Noël.
- Tu veux dire ?
- Vous verrez... »

La jeune femme se tourna. « Vous pouvez nous rejoindre si vous le souhaitez. Avec des pouvoirs comme les vôtres, on pourrait faire encore plus de choses... »

Madame Pène secoua la tête. « Je ne peux pas cautionner votre mode d'action.
- Vous avez une autre solution pour qu'on soit entendu ?
- Je vais leur parler... Je vais leur montrer qui je suis. J'aurai leur attention. »

Katie rigola. « Oh oui, vous aurez leur attention, vous ferez un joli petit buzz, ils diront « oui oui » pour la forme et rien ne sera fait. Vous avez vu la COP 21 à Paris ? Il s'est passé quelque chose depuis ? Ca fait deux ans et à part dire qu'on ne peut se passer ni du nucléaire ni du charbon, vous avez l'impression qu'on avance ? »

Elle laissa un temps. « La manière douce ne marche pas. Il faut passer à l'action. »

Elle commença à partir. « Attends !» Madame Pène s'élança pour la retenir.

« Ne me touchez pas ! » Katie la repoussa. La femme tomba en arrière.

« Madame Pène ! » Par reflexe, depuis le banc d'où elle observait la scène, Esther avait crié. A ses côtés, Ismaël ne bougeait pas, murmurant sans s'arrêter : « Mais c'est une femme ». Elle se leva et vint la rejoindre.

La voyant arriver, Katie lâcha un « Et merde ! ». Elle partit en courant.


Chapitre 22

« Ça va madame Pène ? », demanda Esther en l'aidant à se relever.

La femme regarda avec dépit la rue dans laquelle Katie avait disparu. Elle soupira.

Ismaël arriva lentement et vint se poster devant elle.

Elle tourna la tête ; une surprise désespérée apparut sur son visage triste.

« Oh... Ismaël... »

Des larmes coulaient le long du visage du lutin.

« Je... » continua Madame Pène. « Je ne voulais pas que tu me voies comme ça mon cher ami ».

L'homme de petite taille était immobile.

« Tu te demandes sûrement pourquoi... »

Le silence lui semblait difficile à supporter.

« Je te dois une explication. »

Il ferma la bouche, déglutit avant de prendre une inspiration puis de se raviser.

Ils restèrent un instant en silence avant que le lutin ne parle enfin :

« Pourquoi avoir choisi cet étrange accoutrement de vieil homme enrobé si vous êtes une femme ?
- J'ai eu peur que le monde ne soit pas prêt à ce que ce rôle soit tenu par une femme.
- Le monde sûrement pas, mais nous... Nous sommes plus petits que tout le monde ! Nous ne pouvions pas vous juger ! Vous ne pensez tout de même pas qu'on vous aurait repoussée parce que vous êtes une femme ! Vous auriez pu nous le dire au lieu de continuer cette mascarade au Pôle Nord ! Je... j... je ne vous comprends pas ! »

Le lutin partit en courant vers un des sapins. Dès qu'il le toucha, il disparut.

« Je suis désolée madame Pène », s'excusa Esther. « Nous ne faisions pas confiance à Katie. J'avais besoin d'Ismaël pour passer par les sapins... »

« C'est fichu. », dit-elle, le regard perdu sur la place. « C'est sans espoir. » Elle attrapa le bras d'Esther qui se raidit. La jeune femme ne s'habituait pas à la sensation éprouvée lors de la téléportation. Elles apparurent dans le salon, sous les regards étonnés de Mathieu et Méléna. Julien était revenu et interrompit sa discussion avec Kalel et deux autres lutins qui ouvrirent de grands yeux.

Avant qu'Esther n'ait le temps de parler, madame Pène chuchota : « Allez-vous en ». Elle accompagna ces mots d'un geste de la main. Les deux couples disparurent devant les lutins éberlués.

« Mais vous êtes qui ?
- Je suis le Père Noël », cria la femme en transformant sa voix.

Les lutins sursautèrent. C'est la première fois que cette voix se faisait si forte et menaçante.

« Mais pourquoi vous vous êtes déguisé en femme ? », demanda un Kalel tremblant.

« Vous me faites chier vous aussi ! », déclara madame Pène avant de faire un petit geste sec de la main.

Les cinq lutins disparurent de l'appartement.

« AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! », cria-t-elle, désespérée.
Elle ouvrit un placard de la cuisine, en sortit une bouteille de rhum et s'en versa un grand verre qu'elle but d'un trait. Elle jeta ensuite le verre à travers la pièce, des larmes aux yeux. Elle s'effondra sur le plan de travail.


Derrière l'immeuble, devant un sapin, les cinq lutins réapparurent. Floribel et Amaël, des pansements toujours sur le visage, ainsi que Babel, Kalel et Maël firent le tour du pâté de maison et sonnèrent à l'interphone. La femme ne leur répondit pas. Ils essayèrent plusieurs fois avant que le micro ne se déclenche : « Foutez-moi la paix. Si vous remontez, je vous expédie là où vous ne trouverez aucun sapin pour revenir me faire chier ! » Ils n'eurent pas le temps d'argumenter que le grésillement s'était déjà interrompu.



A des centaines de kilomètres de là, Anatole Guilbert était attablé avec Samuel et un autre homme à la terrasse d'un café. Une bouteille de vodka à moitié vide trônait sur la table. Les trois hommes riaient.

« Attends, attends Michel ! » bafouilla Anatole. « On va jouer à un jeu ! Tu veux qu'on te dise un truc f... fffff.... Fomplètement cou ?
- Vas-y. » répondit l'autre, en dodelinant.
" Oh ouais ! » renchérit Samuel.

« Rhooo... Attends... on va jouer. On va dire qu'on dit tous un truc fou et celui qui gagne... et ben... euh... c'est çui boit !
- D'ACC ! » cria Michel, le pouce en l'air.
« D'ACC ! D'ACC ! » répéta Samuel.

« Je commence ! Alors, moi... en fait... tu vois cette branche de sapin ? » dit-il en sortant la branche de sa poche. « Ben c'est un téléphone ! » Samuel partit d'un grand éclat de rire alors que Michel le regardait sans comprendre.

« Mais c'est pas le plus fou », ajouta Anatole. « Le plus fou, c'est que c'est un téléphone magique ! »

Tous rirent bruyamment.

« Mais un téléphone pour parler à qui ? » demanda l'homme.

« Attends, faut pas le dire trop fort », chuchota Anatole. Il lui fit signe d'approcher. « C'est pour parler au Père Noël ! »

Il rigola et l'autre l'imita. Samuel était tombé de sa chaise sous le coup de son hilarité, ce qui redoubla le rire des deux autres.

« Ben si toi tu parles au Père Noël, moi, j'ai mieux, » reprit Michel.

« Et ben vas-y donc » proposa Anatole.

Samuel se hissa avec difficulté et s'assit sur sa chaise.

« Et ben moi, ton Noël, je vais le... dé... je vais le détruire ! »

La crise de fou rire reprit. Les trois hommes faisaient des bruits de bombes plus ou moins réalistes.

« Comment que tu vas faire tout seul ? » demanda Anatole.

« BEN JE SUIS PAS TOUT SEUL », cria Michel. « J'ai des copains ! Et ce soir, à huit heures, on va bruler le marché de Noël ! »

« Pin pon, pin pon ! », s'exclama Samuel en se resservant un verre.

« ATTTENDS ! », cria Anatole en arrêtant le lutin qui avait commencé à boire. « On a pas encore dit ! Et Michel a p'tet pas fini ! Hey Michel ! »

Celui-ci acquiesça. « Ouais mon gars ! J'ai pô fini ! On va bruler le marché de Noël ET on va cambrioler des magasins de jouets pour faire une distribution de cadeaux à tous les gentils petits enfants ! Ce sera notre ANTI-NOËL ! »

Anatole s'écria : « Alors ça c'est plus cou que tous les cou de tout le monde ! Je vote pour toi ! Samuel, t'es iliminé ! T'as bu avant... Michel, t'as gagné ! Vas-y tu peux boire cul sec ! », dit-il en lui versant un plein verre d'alcool.

L'homme but d'un trait. Il regarda sans comprendre Anatole se lever, attraper Samuel par le bras et partir.

« Ben attends Ann... Anno... Anatole ! Ben merde ANATOLE ! Ben ce con il est parti ! Ben j'ai la bouteille pour moi ! C'est sympa ! »

Anatole tenait fermement Samuel et avançait rapidement vers le sapin qui faisait l'angle de la rue.

« J'espère que tu sais voyager en sapin même bourré » lâcha-t-il à un Samuel qui comptait les rennes qui tournaient autour de lui.


Chapitre 23

« Mathieu ! Méléna ! Ah ! Vous êtes là ! Il faut y aller ! VIIITE ! »

Kalel venait d'apparaître au milieu de l'appartement de la jeune femme où le couple tournait en rond depuis près d'une heure. Ils se levèrent d'un coup.

Le lutin, agité, parlait sans s'arrêter : « Anatole a trouvé ce qu'ils veulent faire ! A huit heures, ils vont mettre le feu aux marchés de Noël et voler des jouets pour faire une distribution gratuite en ville ! On doit vite trouver un sapin pour retrouver les autres ! »

« Mettre le feu au marché de Noël ??? Ils sont pas bien ! » cria Mathieu.

« Mais la porte ? », demanda Méléna.

« La porte ? », répéta le lutin.

« Madame Pène nous a téléporté ici et a verrouillé la porte de mon appart », raconta la jeune femme. « Pourquoi tu crois qu'on est resté là ?
- Mince. », réagit Kalel.

« D'autant plus que maintenant que tu as utilisé le sapin de Méléna, on est tous les trois bloqués là... » renchérit Mathieu.

« Oh bordel de merde ! » Méléna se frappa le front tout en se rasseyant dans le canapé.

Un silence incrédule envahit la pièce :

« Encore, si vous aviez un multipass universel... », réfléchit Mathieu

Le lutin secoua la tête avec une moue embêtée. Il mit les mains dans les poches et les sortit en disant : « Non, je n'ai que ça... »

Mathieu s'exclama : « Tu as toujours ta branche de sapin !
- Oui. », répondit le lutin en la lui montrant. « Mais n'espérez rien du Père Noël. Il... elle... euh... Pas moyen de lui parler, impossible de revenir dans l'appartement. Ni par sapin, ni par la porte... »

Mathieu prit la branche.

« Madame Pène, c'est Mathieu. On sait enfin ce que vont faire les délumineurs. On va pouvoir chercher un moyen de les arrêter ! »

Les yeux rivés sur la branche muette, ils osaient à peine respirer.

« Madame Pène ! On peut encore les arrêter. Il n'est pas trop tard ! Il faut que vous nous laissiez sortir. S'il vous plait. »

Le silence résonnait sur les murs de l'appartement. Méléna se leva et s'approcha de Mathieu.

« Madame Pène... Père Noël... Je m'en fous de comment il faut vous appeler. Ce que je sais, c'est que j'aime Noël ! Et que j'ai envie d'essayer d'empêcher Katie de faire des conneries. Putain ! Bruler un marché de Noël ! Vous vous rendez compte ? Et s'il y a des visiteurs encore présents... Vous pensez qu'il va arriver quoi ? Hein ? »

Elle respira bruyamment. « Alors restez chez vous à rien faire si vous voulez, mais laissez-nous sortir ! » Elle se tut avant d'ajouter : « Putain ! »

Pendant quelques minutes, il ne se passa rien. Mais soudain, toutes les épines de la branche de sapin tombèrent en même temps.

« Oh non ! », s'exclama Kalel.

Il regarda Mathieu et Méléna et déclara avec gravité : « Elle vient de désactiver son sapin. On ne peut plus lui parler. »

Ils soupirèrent de découragement.

Mais de l'entrée, un déclic se fit entendre. Méléna courut vers la porte et revint, excitée : « C'est bon, elle nous a ouvert ! »

Ils coururent hors de l'appartement. « Premier étage, numéro 2 ! » indiqua la jeune femme. « C'est un vieux monsieur qui ne fera pas d'histoire ! » Mathieu arrivait déjà sur le premier pallier et écrasait la sonnette.

« Je viens ! » cria une voix abîmée.

Le jeune homme fut rejoint par Kalel et Méléna. De l'autre côté de la porte, un tapement régulier contre le plancher de bois semblait se rapprocher lentement. Les secondes s'égrainaient au ralenti. Mathieu se retourna et haussa les épaules : « on attend ? C'est long... »

« Je viens, je viens... » répéta la voix plus proche.

Au bout de ce qui leur parut une heure, des clés tournèrent enfin dans la serrure. « Monsieur Jolibois. Bonjour, C'est moi, Méléna, votre voisine du dessus. Excusez-moi, je sais que c'est bizarre, mais est-ce qu'on peut aller voir votre sapin de Noël ?
- Voir mon sapin de Noël ? Et bien si ça vous fait plaisir ma petite Méléna, ça ne m'emb... »

Main dans la main, Kalel en tête, ils s'étaient déjà engouffrés dans l'appartement où une légère fumée parfumait l'air. Ils disparurent aussitôt que le lutin toucha une branche du sapin. Quand monsieur Jolibois arriva enfin dans le salon, il s'étonna : « Méléna ! Méléna ! » Ne trouvant pas la jeune femme, il se gratta la tête : « Ben c'est dingue ça, j'aurais juré que la petite Méléna venait de débarquer dans mon appartement... Il faut vraiment que j'arrête la marijuana en pleine journée moi ! »


Ils apparurent à deux rues de l'immeuble de Mathieu et retrouvèrent un groupe d'une vingtaine de lutins devant la porte d'entrée. Ils avaient tous revêtus leurs habits de Noël. Julien et Esther arrivèrent quelques minutes plus tard, accompagnés par Lionel. Un peu à l'écart, quelqu'un était caché dans l'entrée d'un bâtiment et les écoutait. Personne ne le remarqua.

Après s'être entretenu avec ses amis, Mathieu prit la parole : « Mes amis, nous devons empêcher les délumineurs d'agir. Méléna a eu une idée et je pense que ça peut marcher. Mais sachez que ce n'est pas sans danger ! On ne va forcer personne... mais on a besoin de vous tous ! »



« Méléna... Comment dire... Elle est bien ton idée... Franchement, c'est direct, efficace et j'espère que ça marchera... Mais... quand même... C'est dommage qu'on n'ait rien trouvé d'autre, tu vois ? » dit Julien.

Les amis étaient ligotés aux cabanes de bois du marché de Noël sur la place de la mairie. Dans chacune des villes visées par les Délumineurs, les lutins s'étaient accrochés ainsi. Certains marchands encore présents avaient essayé de les dissuader et avait avertis la police.

Un groupe d'activiste vint se garer près de la place. Ils laissèrent leur véhicule comprenant les six bouteilles de cocktail Molotov et s'avancèrent pour voir la raison de l'attroupement.


Le portable de Katie sonna.

« On a un problème Katie », déclara Gilles, un des activistes.
- Putain ! C'est quoi ? » s'énerva-t-elle.
- C'est ton ex et ses petits copains. Il y a aussi des lutins. Ils se sont attachés aux cabanes et les flics sont là...
- Fais chier ! Les cons ! »

Après quelques instants de silence, l'homme demanda :

« On fait quoi ?
- Ta gueule, je réfléchis ! »

Elle laissa passer encore une minute avant de répondre :

« Ils font quoi ?
- Ils discutent. J'ai l'impression que les flics essaient de les décrocher...
- Alors on les laisse faire. On les laisse les embarquer et on passera à l'action dans une heure ! »

D'autres membres, venant des autres villes visées, l'appelèrent. Elle donna la même consigne : « Dans une heure, on passe à l'action ! »


Chapitre 24

Kristin Pène était fatiguée. Elle n'était pas habituée à tant d'agitation autour d'elle et le trouble de ses émotions la déstabilisait. Elle avait envie de se couper du monde, de s'allonger et de laisser les heures s'écouler.

Elle avait ôté les décorations du troisième sapin d'urgence et ignorait les voix des lutins qui s'élevait de temps en temps dans l'appartement.

Mais il y eut eu la voix de Mathieu, plus forte. Et celle de Méléna, sûre d'elle. Ils avaient de l'espoir. Ils voulaient se battre.

Tant mieux pour eux.

Elle ne voulait plus les entendre. D'un geste, elle désactiva le sapin. D'un autre, elle déverrouilla les portes de Méléna et de Julien ; s'ils voulaient agir, elle ne pouvait pas les en empêcher.

Elle regarda les jouets et les paquets éparpillés dans son appartement. Sa tristesse et sa frustration se transformèrent en une boule de colère. Elle attrapa les jouets et les jeta à travers l'appartement en hurlant. Elle lança les guirlandes et les boules qui rebondirent contre les murs. Le petit cheval de bois se cassa lorsqu'elle le fracassa contre le sol.

Un lourd silence envahit la pièce. Elle s'effondra sur le canapé en pleurant.
Elle n'avait pas vu qu'une des guirlandes était tombée sur le dernier sapin d'urgence.



Ismaël avait écouté le plan de Méléna. Il avait suivi le groupe de tête qui partait rejoindre le marché de Noël près de la mairie. Il trouva un sapin inutilisé non loin de celui où ils disparurent en se tenant tous par la main. Alors qu'il le touchait, il pensait avec amertume à l'absence du Père Noël. C'est ainsi qu'il apparut dans le salon de Kristin Pène.

La femme était allongée sur son canapé. Le lutin regarda la pièce. La colère flottait encore dans l'air.

« Hum... »

Elle sursauta et se redressa.

« Ismaël ! Qu'est-ce que tu fais là ?
- Je ne sais pas vraiment. J'étais parti suivre les autres au marché de Noël mais apparemment, je pensais à autre chose.
- Ah... ils vont là-bas. », lâcha-t-elle mollement.

« Oui, ils vont là-bas ! », s'énerva-t-il. « Ils y vont et vous savez ce qu'ils vont faire ? Ils vont s'enchainer aux chalets pour empêcher les délumineurs d'y mettre le feu !
- J'ai essayé de faire quelque chose ! J'ai montré mes pouvoirs à Katie ! Mais elle ne veut rien entendre !
- Alors vous abandonnez ? Alors que EUX, ils vont risquer leur vie ! Vous n'avez pas honte ?! »

Elle eut un air triste et haussa les épaules. « Pfff... Qu'est-ce que je peux faire ? »

Le lutin s'avança : « Vous ne pouvez pas les laisser tous seuls. On doit les arrêter !
- MAIS QU'EST-CE QUE TU VEUX QUE JE FASSE ? » Elle avait les larmes aux yeux.
Il s'avança : « Est-ce que vous pourrez encore vous regarder en face si vous restez bien au chaud ce soir ? »

Elle secoua la tête en essuyant ses larmes.

« Vous avez des pouvoirs ! Alors, on va s'en servir ! »

Il y eut une lueur dans les yeux de la femme.

« Habillez-vous et téléportez-nous au marché de Noël. Il est déjà sept heures et quart, il faut agir vite ! »



Alors que Katie venait de donner l'ordre de décaler l'action d'une heure, son portable sonna de nouveau.

« QUOI ENCORE ?
- C'est la voiture Katie ! » expliqua Gilles.

« Quoi la voiture ?
- Elle est plus là !
- Comment ça elle est plus là ?
- On est sorti pour aller voir ce qui se passait au marché de Noël, on t'a appelé et quand on est revenu, la voiture était plus là ! Et les bouteilles non plus !
- PUTAIN ! »

Elle réfléchit. Cette action ne se passait pas bien. Pas bien du tout.

« Oh ben merde ! » reprit Gilles.

« Merde quoi ?
- Un cadeau.
- Mais explique Gilles !
- Il y a un cadeau. Là. Devant nous. » Un des militants prit le paquet. Il y avait une carte dessus. Il la montra à Gilles qui lut à Katie : « 34 Avenue Boris Vian ».

« C'est quoi cette adresse ?
- C'était sur le paquet... Hé ! Mais pourquoi il se met à briller ? »

Le paquet s'était soudain mis à rayonner et tous les activistes qui étaient à sa portée disparurent dans la nuit.

« Gilles ? Gilles ? GILLLES ?! Putain. » Ça avait coupé. Elle essaya de rappeler, mais tomba sur la messagerie.

Elle chercha dans son téléphone le numéro de Mathieu.

« Putain ! A quoi tu joues Mathieu ?
- Qu'est-ce que tu veux dire Katie ?
- Les gars. Où est-ce qu'ils sont ?
- Je sais pas.
- Et les voitures ? Et c'est quoi ce cadeau ?
- Mais je sais pas de quoi tu parle Katie !
- Et cette adresse ? 34 avenue Boris Vian ?
- 34 avenue Boris Vian ? Mais c'est chez moi !
- Putain Mathieu ! Il va falloir me foutre la paix ! Ca va pas bien se passer tu sais ?! »

Il y eut un silence.

« Si tu veux en savoir plus, retrouve-moi au plus vite là-bas. » conclut Mathieu avant de raccrocher sans savoir ce qui se passait en espérant que madame Pène avait quelque chose à voir avec ça.




A l'heure où les délumineurs étaient censés mettre le feu au marché de Noël, deux groupes se retrouvaient devant l'entrée de l'immeuble de Mathieu.

Il y avait Mathieu, Méléna, Esther, Julien et trois lutins d'un côté qui faisaient face à Katie et à dix autres délumineurs. Ces derniers avaient l'air particulièrement énervés.

« Il va falloir que tu arrêtes de nous faire chier Mathieu ! Ca devient très pénible.
- Tu réalises ce que tu fais Katie ?
- Et toi ? Tu te rends compte que tu te braques pour des conneries ! La Terre va nous péter à la gueule et on crèvera parce qu'on aura été trop cons pour se rendre compte !

Méléna s'approcha : « Il y a d'autres moyens ! Je s...
- Toi, la bonasse, tu te calmes. », coupa Katie. « Putain, on en a déjà parlé des centaines de fois Mathieu ! Ca ne changera jamais !
- D'où tu me traites de bonasse, espèce de pétasse ?! » La jeune femme se jeta sur Katie et essaya de la griffer.

Les autres délumineurs s'avancèrent pour maîtriser Katie, mais Mathieu et les autres coururent vers eux. Les coups plurent et si Julien réussit à placer un coup de poing efficace contre un des activistes, Esther en prit un dans la mâchoire.

Au milieu de la rue, une bagarre venait d'éclater.


Chapitre 25

La porte de l'immeuble s'ouvrit. Gilles en sortit, accompagné par deux délumineurs, trois lutins et le Père Noël en tenue.

« Arrêtez ! » cria ce dernier de sa grosse voix. « Arrêtez ! »

La bagarre cessa, chacun relevant la tête pour voir d'où venait cette grosse voix. Katie ne comprenait pas ce que faisait les gens de son groupe à côté du Père Noël. Elle tira un dernier coup sur les cheveux de Méléna qui lui lança un coup de pied dans le tibia. Elle grimaça avant de l'interpeler.

« Gilles ! Qu'est-ce que vous foutez tous là ?
- Il faut que tu viennes voir ça Katie... C'est le... C'est... »

Katie lança un regard noir au Père Noël : « Vous avez fait vos tours de passe-passe, c'est ça ? »

Gilles reprit : « Tu devrais voir ça Katie, il y a plein de cadeaux. Il y en a tellement ! Et puis on est arrivé comme ça ! D'un coup ! Il y avait un cadeau, il a brillé et pouf ! On s'est retrouvé là... Les autres sont là aussi... des autres villes... J'y comprends rien... mais on a de quoi faire notre distribution gratuite ! »

Ils aidèrent les blessés à se relever. L'ambiance était encore tendue.

Le Père Noël s'adressa à tous : « On va trouver un moyen. Je vous le promets. On va faire en sorte de faire de Noël autre chose qu'une fête de la consommation. » Il laissa un temps avant d'ajouter : « Venez dans ma réserve, il y a tous les cadeaux dont vous avez besoin ! »

Tous entrèrent, méfiants et descendirent dans la cave de l'immeuble.

Le Père Noël attrapa le bras de Katie qui essaya de le dégager d'un coup sec.
« Katie ! J'ai une proposition à te faire... Je vais revenir aux commandes et je vais faire en sorte que ça change. J'ai besoin de toi, de ton énergie et de ta conviction pour m'aider. »

Elle le regarda avec incompréhension : « Vous voulez que je devienne un de vos lutins ? »

Le Père Noël sourit : « Je n'aurais pas dit ça. Associée, ça t'irait ? »

La jeune femme ne répondit pas. Elle dégagea son bras et suivit le mouvement.


La petite troupe s'aventura dans l'escalier et arriva dans un couloir où s'alignaient les portes.

Le Père Noël apparut de nulle part devant eux et indiqua la porte qui se trouvait près de lui.

« Entrez, je vous prie ».

Leur regard s'illumina lorsqu'ils entrèrent dans la petite cave qui se révéla être une immense salle, pleine de cadeaux.

« Pensez-vous qu'il y aura assez de jouets pour votre distribution ? » demanda le Père Noël.

Il y avait déjà dans la pièce une soixantaine de délumineurs. Les nouveaux venus déambulèrent en regardant autour d'eux. Mathieu retrouva sa mère qui ne comprenait pas comment elle s'était retrouvé à plus de trois cents kilomètres de chez elle... Esther revint dans le couloir pour vérifier qu'ils venaient bien d'entrer dans une cave d'immeuble.

« Mais... pourquoi avez-vous autant de cadeaux ? Depuis combien de temps les accumulez-vous là ? » demanda Katie.

Le vieil homme sourit et dit, songeur : « Tu vois là un an de ma vie.
- Un an ? » s'exclama la jeune femme. « Mais vous alliez en faire quoi ?
- Que fait un Père Noël de ses cadeaux Katie ?
- Vous... ? Non ! Vous vous foutez de moi ! Il y a des milliers de jouets ici. Vous ne pouvez pas tous les distribuer tout seul ? Et à qui ?
- Tu as vu ce que je peux faire, n'est-ce pas ? »

Elle resta muette.

Une jeune femme demanda : « Mais les enfants qui devaient recevoir ces jouets ?
- Le choix est difficile voyez-vous. J'ai le choix entre faire plaisir à des enfants et empêcher une émeute. Quel choix feriez-vous ? »

Chapitre 25

Quelque part en France, un 25 décembre 2017

C'est dans un brouillard cotonneux que Mathieu ouvrit les yeux. Les membres endoloris, il n'était pas sûr d'être vraiment réveillé. Une odeur entêtante de cannelle l'enveloppait. Il se tourna dans le lit et il lui sembla que quelqu'un faisait de même près de lui. Il avait ramené une fille chez lui ?
Méléna ! Comment avait-il pu l'oublier ? Il se rapprocha d'elle, elle se recula un peu pour se serrer contre lui. La brume matinale s'éclaircissait lentement.

C'était Noël. Il était bien. Un peu comme si son corps, après une période de tension, s'était enfin détendu.

Lorsque la jeune femme s'éveilla, elle se tourna et ils se firent face dans la lueur verdâtre du radio réveil. Elle approcha ses lèvres douces et chaudes. Ce baiser fut doux. Comme une caresse sur le cœur.

« Salut toi ! », murmura-t-elle, en faisant danser les syllabes.

« Salut toi ! » répéta-t-il.

Il plongea son regard dans le sien. Dans la même seconde, ils se relevèrent.

« Madame Pène ! », s'écria-t-il.

« Katie ! Les délumineurs ! », répondit-elle.

Ils se levèrent. Ils étaient nus. Ils cherchèrent de quoi s'habiller.

« Tu te souviens de ce qu'il s'est passé ? » demanda Mathieu en enfilant un t-shirt.

« On était dans la cave, il y avait des jouets partout, les délumineurs étaient subjugués par les pouvoir de madame Pène et... je sais plus... », répondit-elle en boutonnant son pantalon.

Ils sortirent sur le palier et allèrent sonner à la porte d'en face.

« Madame Pène ! Madame Pène ! »

Mathieu appuya sur la poignée et la porte s'ouvrit.

Ils entrèrent dans la pièce qui, la veille encore, était pleine de jouets. Elle était maintenant complètement vide. Ils se regardèrent sans comprendre.

Mathieu se pencha.

« Regarde », dit-il en montrant sa paume ouverte.

« Une épine de sapin. »

Ils descendirent dans le couloir qui menaient aux caves de l'immeuble. La porte de la grande salle était ouverte, mais elle était redevenue une petite cave d'appartement exigüe.

En remontant dans l'appartement de Mathieu, le jeune homme appela Julien. Lui et Esther s'étaient réveillés dans l'appartement de la jeune femme. Leur dernier souvenir remontait aussi à l'immense cave aux cadeaux.

Après la journée mouvementée de la veille, les quatre amis ne savaient plus trop quoi faire. Ils décidèrent de déjeuner ensemble en ville.

Avant de partir, Méléna reçut une photo de sa mère : « C'est dingue ! Mon Abuela a reçu un mystérieux cadeau sous le sapin ! Regarde comme elle est belle cette poupée ! Tu crois que ça vient de madame Pène ? »

Sur la photo, dans les mains de la vieille dame au grand sourire, trônait la poupée que madame Pène avait montrée la veille.


En sortant de l'appartement, ils ne remarquèrent pas les trois personnes assises sur un banc sur le trottoir d'en face.

« Ils se souviennent de quoi ? » demanda la jeune femme en croisant les jambes.

« De presque tout. Jusqu'au moment où nous nous sommes retrouvés dans la cave. » affirma une femme plus âgée, une longue tresse blanche sur l'épaule.
Elle avait les traits très tirés. « Ils ont oublié que tu as choisi de ne pas priver les enfants sans cadeaux de leur surprise de Noël...
- Et les membres de mon groupe ?
- Pareil. »

Elles restèrent en silence pendant un moment.
« Je ne sais pas ce que va devenir ce mouvement... » dit la jeune femme.

« Le groupe a mis près de vingt-cinq ans pour voir émerger quelqu'un d'aussi charismatique, extrême et déterminée que toi. Si on fait ce qu'il faut, ils n'auront plus besoin de recommencer. »

L'homme de petite taille assis à leur côté demanda : « Mais d'ailleurs, Katie va avoir quel rôle dans tout ça ? Elle va devenir lutin en chef ? »

La femme âgée rit joyeusement : « Ne t'inquiètes pas Ismaël, tu garderas ta place ! Il n'est pas question qu'on te la prenne... Non, Katie va nous aider à réorienter la fête de Noël et à trouver comment faire passer le message.
- Oui, j'ai déjà plusieurs idées. Pour commencer, il va falloir faire des livres pour les enfants. S'ils arrêtent de demander, leurs parents se poseront peut-être les bonnes questions.
- C'est une excellente idée... » répondit madame Pène.

« Et il faudra peut-être poser quelques explosifs sur les chaines de montage des entreprises... » ajouta la jeune femme.

« Hum... On verra plus tard s'il est vraiment nécessaire d'avoir recours à la violence » rétorqua Madame Pène d'un air moralisateur.

Ils sourirent en silence avant qu'elle ne dise : « D'ailleurs mes amis, il serait temps d'y aller... Nous avons beaucoup de travail ! Noël n'est que dans 364 jours ! »


FIN

Merci d'avoir suivi ce calendrier de l'Avent. Il est possible qu'il revienne l'année prochaine, il est possible que sa forme soit différente ! ;-)
N'hésitez pas à laisser un mot pour donner vos impressions.
Joyeux Noël à vous et à vos proches.

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