4
min

L'année où j'ai perdu Décembre - Chapitre 21

Image de Thom Burnet

Thom Burnet

135 lectures

18

Quelque part en France, un 24 décembre 2017

Sur la grande place, la mairie diffusait de la musique de Noël. Les décorations brillaient dans le jour déclinant. Katie rongeait son frein. Elle s’était postée à l’écart contre le mur de la grande bibliothèque, surveillant de loin la grande fontaine où elle avait fixé le rendez-vous.

Elle ne vit débarquer aucun homme habillé de rouge. Il n’y avait que des gens qui se promenaient, le pas léger.

L’esprit fatigué et le cou douloureux, elle se demanda si tout cela n’était pas qu’une vaste embrouille.

Une dame avec une longue tresse blanche s’approcha d’elle et lui sourit :

« Katie, je suis ravie d’enfin te rencontrer.»

« Vous êtes qui ? », s’exclama la jeune femme.

« Tu ne te souviens pas ? On s’est parlé au téléphone tout à l’heure. »

Katie s’énerva : « Et si vous arrêtiez de vous foutre de ma gueule pour commencer ?
- Très bien. » De la sexagénaire venait de s’élever une voix grave, comme celle qui lui avait parlé un peu plus tôt au téléphone.

La jeune femme sursauta et grimaça. Son cou !

« Je me nomme Kristin Pène et, malgré ce que mon apparence peut laisser croire, je suis le Père Noël. Et je vais te le prouver. »

Elle agrippa son bras et instantanément, une sensation de chute saisit Katie. Sa vue se troubla l’espace d’une seconde immobile. Lorsque le flou cessa, elle découvrit devant elle une vue incroyable : les Champs Elysées s’étendaient, avec en ligne de mire, la grande roue de la place de la Concorde. A côté d’elle, la sexagénaire la tenait toujours par le bras. « Tu vois », dit-elle. « Tu comprends ? ». Avant que Katie ait pu faire un geste, sa vue redevint floue et elle eut de nouveau la sensation de tomber en chute libre. Aussitôt que sa vue s’éclaircit, elle se dégagea et courut. Elle s’arrêta rapidement, regardant ses pieds qui s’enfonçaient dans le sable. Une chaleur étouffante s’empara d’elle. Elle leva les yeux et découvrit un paysage de sable et de dunes à perte de vue.

« Tu vas quelque part Katie ? », demanda Kristin.

« C’est quoi ces conneries ? On est où là ? VOUS ETES QUI BORDEL ? »

Kristin s’avança et reprit de sa grosse voix « Ho, ho, ho ! Katie ! »

La jeune femme la regarda avec terreur. Elle ne comprenait pas ce qu'il se passait.
« On peut parler maintenant ? » reprit la femme de sa voix normale en lui tendant la main.

Katie allait acquiescer mais la douleur la figea. « Oui », répondit-elle en avançant vers elle, méfiante.

Kristin lui prit la main et, après une nouvelle sensation de chute, elles réapparurent sur la place, devant la bibliothèque.

« C’est pas possible ! », laissa échapper Katie en s’appuyant contre le mur.
- Que tu crois jeune fille ! », répondit Kristin avec autorité avant de poursuivre : « Je ne peux pas vous laisser faire ce que vous avez prévu de faire.

La jeune femme sembla reprendre un peu ses esprits : « Vous savez rien. On discute que par messagerie protégée.
- En effet, je ne sais pas ce que vous préparez mais je sais que ça va faire mal.
- Faire mal à Noël oui ! Cette fête ne ressemble plus à rien. Il est temps de changer les choses. »

La femme s’énerva : « Tu crois que c’est comme ça que je voyais les choses ? Ça fait longtemps que je ne suis plus aux commandes ! Et maintenant, Noël n’est plus qu’un ersatz de ce que ça a été... »

Katie restait muette devant ce discours qui allait plutôt dans son sens. Elle n’était pas bien certaine de là où cette femme voulait en venir.

« Ça tombe bien. On va tout remettre à plat ce soir. A travers tout le pays ! Et ça se répandra à travers les frontières par contagion !
- C’est un ersatz de fête mais ça reste une fête Katie ! Vous ne pouvez pas la mettre à feu et à sang. »

La jeune femme faillit secouer la tête. « Vous tenez le même discours que les autres. On croirait entendre mon ex : « Ne vas pas trop loin ! », « Il faut être raisonnable ! », « Il faut changer les choses en douceur ! ». Ça marche pas la douceur ! Pourquoi est-ce qu’on en est là ? Parce que personne ne fait ce qui doit être fait ! Il faut faire exploser tout ça !
- Non, il ne faut pas. Pense à ces enfants qui vont voir des affrontements, qui demain verront des cendres...
- On leur expliquera. Ce n’est pas en cédant à la facilité qu’on y arrive. Vous dites que vous êtes impliquée... Alors vous savez qu’on manque d’électricité ? Vous savez que certains subissent des coupures de courant parce qu’il faut faire tourner des grandes roues et allumer des guirlandes ? Tout le monde est conscient que la planète va mal mais l’espèce humaine est incapable de faire ce qu’il faut. Les intérêts économiques et individuels passent avant l’humain. On va dans le mur. Mais moi, j’ai pas envie de foncer avec les autres ! »

« Alors vous allez tout bruler ? » demanda Kristin l’air grave.

«  Pas tout. Ce qu’il faut pour passer le message. Et nous allons aussi redonner ses lettres de noblesse à Noël.
- Tu veux dire ?
- Vous verrez... »

La jeune femme se tourna. « Vous pouvez nous rejoindre si vous le souhaitez. Avec des pouvoirs comme les vôtres, on pourrait faire encore plus de choses... »

Madame Pène secoua la tête. « Je ne peux pas cautionner votre mode d’action.
- Vous avez une autre solution pour qu’on soit entendu ?
- Je vais leur parler... Je vais leur montrer qui je suis. J’aurai leur attention. »

Katie rigola. « Oh oui, vous aurez leur attention, vous ferez un joli petit buzz, ils diront « oui oui » pour la forme et rien ne sera fait. Vous avez vu la COP 21 à Paris ? Il s’est passé quelque chose depuis ? Ca fait deux ans et à part dire qu’on ne peut se passer ni du nucléaire ni du charbon, vous avez l’impression qu’on avance ? »

Elle laissa un temps. « La manière douce ne marche pas. Il faut passer à l’action. »

Elle commença à partir. « Attends !» Madame Pène s’élança pour la retenir.

« Ne me touchez pas ! » Katie la repoussa. La femme tomba en arrière.

« Madame Pène ! » Par reflexe, depuis le banc d’où elle observait la scène, Esther avait crié. A ses côtés, Ismaël ne bougeait pas, murmurant sans s’arrêter : « Mais c’est une femme ». Elle se leva et vint la rejoindre.

La voyant arriver, Katie lâcha un « Et merde ! ». Elle partit en courant.

Le lien vers le chapitre 22 est rappelé dans les commentaires ci-dessous :
http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/lannee-chapitre-22

Thèmes

Image de Nouvelles
18

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,
Image de Thom Burnet
Thom Burnet · il y a
Le chapitre 22 est en ligne à cette adresse : http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/lannee-chapitre-22
·
Image de Danielle Jain
Danielle Jain · il y a
Ouah, il ne reste que 3 jours pour faire changer le monde et les hommes!!!
Vivement demain
Merci pour ce doux moment

·
Image de Sapho des landes
Sapho des landes · il y a
Hormis encore une fois une ou deux phrases m'ont gênée dans leur formulation mais j'adore je suis totale addicte
·