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L'année où j'ai perdu Décembre - Chapitre 18

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Thom Burnet

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Quelque part en France, un 24 décembre 2017

Vingt-trois hommes de petites tailles s’ajoutèrent aux trois premiers et se serrèrent dans l’appartement de la sexagénaire, qui avait toujours l’apparence du Père Noël.

Ils poussèrent des petits cris de joie en découvrant l’homme au milieu de la pièce. Certains vinrent se serrer contre lui, d’autres lui secouèrent la main ; seul l’un d’entre eux observait ces retrouvailles avec dédain et mépris. Anatole, le voisin du dessous, regardait la scène avec curiosité ; il n’avait pas vraiment compris ce qui s’était produit au milieu de son salon mais était heureux devant ce rassemblement de tant de personnes qui semblaient aimer Noël autant que lui.

Le Père Noël se racla la gorge. « Mes chers amis, merci d’être venus aussi vite. Nous devons agir car il y a de grandes chances pour que la fête de Noël tourne court cette année. Nous savons qu’un groupe de plusieurs personnes souhaite gâcher la fête de ce soir. Ils sont de plus en plus influents et n’ont pas de limites. Ils veulent marquer les esprits. » Il laissa un temps pour que chacun assimile le message.

« Alors maintenant ça vous intéresse Noël ? »

« Ismaël... » souffla le vieil homme. « Penses-tu vraiment que je suis parti parce que je n’aimais pas Noël ?
- Vous êtes parti. Pourquoi, je m’en cogne. Vous êtes parti et on a dû tenir la baraque sans vous... Alors oui, maintenant les gens s’offrent eux-mêmes des cadeaux, des milliers de Pères Noël très moches arpentent les rues, les grandes multinationales fabriquent la quasi-totalité des jouets, mais vous vouliez qu’on fasse comment sans vous ?
- On ne va pas revenir sur ce qui a été fait Ismaël... Je suis parti parce que Noël prenait une tournure qui ne me plaisait pas. Je ne dis pas que j’ai fait le meilleur des choix. Ce qui est sûr, c’est que j’aime Noël. J’aime l’idée d’une fête où on se retrouve et on apporte quelque chose à ceux qui n’ont rien. Qu’ils sachent qu’eux aussi sont importants. »

Le lutin reprit son air boudeur.

Le Père Noël s’adressa à tous : « Nous allons devoir nous séparer. Vous partirez par équipes de deux et vous prendrez avec vous une branche de ce sapin... » Il montra le sapin que Julien et Esther avaient acheté à deux rues de là et sur lequel ils avaient accroché deux boules et une guirlande. Dans un coin de l’appartement, trois sapins chétifs attendaient de recevoir un minimum de décorations pour être opérationnels. Le vendeur avait été trop heureux d'enfin trouver preneur. « Je l’ai quelque peu modifié : il centralisera tous vos appels. En revanche, vous ne pourrez pas l’utiliser pour vous déplacer. Je vais vous téléporter, mais vous devrez trouver dans le quartier un sapin pour revenir. Les trois sapins qui sont là-bas seront réservés pour les retours d'urgence. »

Il prit un air grave.

« Vous devez trouver les délumineurs et ne pas les lâcher. Faites attention à votre tenue ! Lionel va vous donner un peu d’argent pour que vous puissiez vous acheter des vêtements un peu moins... hum... voyants. Moi, je reste ici et je récupère les informations, dès que vous avez quelque chose, rappelez-moi. On reste en contact permanent. Nous devons absolument savoir ce que ces activistes préparent. Il est seize heures, ils frapperont ce soir. Mes chers lutins, bon courage ! »

Mathieu, Julien, Esther et Méléna restèrent sur place avec Kalel pour chercher Katie. Anatole, galvanisé par le discours du Père Noël, partit avec Samuel.

Alors que tous les autres avaient disparu d’un geste du Père Noël, Mathieu lui demanda : « On fait comment pour les arrêter ?
- Je ne sais pas. » Il hésita avant d’ajouter. « D’autant plus que je pense qu’ils n’ont pas complètement tort.
- Vous... êtes avec eux ?
- Non. Mais tu as vu l’état du monde Mathieu ? Tu as vu comme vous traitez la planète ? Ces gens-là ne se sentent pas entendus. Il faudrait qu’on trouve un moyen pour qu’ils le soient. »

Kalel les interrompit : « Vous êtes prêt Mathieu ? »


Le petit groupe se sépara devant un grand centre commercial. Mathieu et Méléna trouvèrent un délumineur qui distribuait des tracts près de l’entrée sud. Se doutant qu’une confrontation directe ne serait pas efficace, ils biaisèrent.

Ils avancèrent normalement vers la porte automatique, Méléna prit la feuille que le jeune homme leur tendait. Tout en passant la porte, elle la lut et s’arrêta. Ils échangèrent quelques instants en consultant le tract. La jeune femme pointa du doigt le jeune homme et ils revinrent vers lui alors qu’il regardait son téléphone portable.

« C’est quoi votre groupe ? Ça a l’air trop bien ! C’est trop nul Noël ! » s’enthousiasma Méléna. Elle en fit peut-être un peu trop.

« Nous sommes un groupe de citoyens concernés par l’avenir de la planète et nous voulons profiter de Noël, cette fête qui voue un culte au consumérisme, pour faire comprendre à tous que nous allons dans le mur. » Il eut un sourire mauvais : « Noël va bruler ce soir !
- En distribuant des tracts ? Vous êtes sûr que c’est comme ça que vous arriverez à quelque chose ? » demanda Mathieu.

« En tout cas, c’est pas en te disant ce qu’on veut faire qu’on y arrivera Mathieu ! » répondit le jeune homme.

Mathieu le regarda, interloqué. Celui-ci sortit son portable de sa poche et lui montra l’écran en souriant.

« Katie nous a fait passer ta photo ! On sait pas pourquoi tout à coup on t’intéresse, ni pourquoi tu veux nous mettre des bâtons dans les roues mais ce qui est sûr, c’est que tu n’y arriveras pas ! Et toi non plus ! » Il tourna le portable vers Méléna et un flash apparut.

« Je fais circuler ta photo aussi. Qu’on sache à quoi ressemblent ta copine ! »

Mathieu s’avança pour lui arracher son portable mais il l’avait déjà remis dans sa poche.

« Y’a un problème ? » demanda le vigile du centre commercial sur le pas de la porte automatique. Le militant en profita pour pousser Mathieu et s’enfuit en courant.

Le vigile vint voir si le jeune homme était blessé.

« Il vous posait problème ?
- Ca fait longtemps qu’il était là ? » demanda Méléna.

« Depuis le début de l’après-midi oui. Mes collègues m’ont dit qu’il y en avait aussi aux autres entrées. Qu’est-ce qu’il a ? »

Ils se regardèrent, sans savoir à quel point il fallait rendre la chose publique.

« Une bête histoire de cœur » inventa la jeune femme.

Le vigile s’éloigna. « On fait quoi maintenant qu’on est grillés ? » demanda-t-elle.

Après une courte réflexion, Mathieu suggéra : « On espère que Julien, Esther et Kalel ont été plus chanceux... parce qu’il faut qu’on riposte ».

Le lien vers le chapitre 19 est rappelé dans les commentaires ci-dessous.
http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/lannee-chapitre-19

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Thom Burnet · il y a
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Josette Amelineau · il y a
Je n ai pas vu le lien de l épisode 19
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Nicole Nicole · il y a
Bravo thom , bonnes fêtes à tous . Gros bisous à toute la famille . Nous attendons la naissance avec impatience !!!!!
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Sapho des landes · il y a
A demain ....
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