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L'année où j'ai perdu Décembre - Chapitre 13

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Thom Burnet

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Quelque part en France, un 24 décembre 2017

Dans le salon étaient éparpillés une dizaine de cartons et encore plus de jouets de bois. Il y avait là un cheval à bascule, des petites voitures, un train, un éléphant à roulettes, un mobile à ressorts, une arbalète, un garage, un ensemble de vaisselle et de nombreux petits lutins, comme celui que Mathieu tenait dans sa poche.

Esther s’exclama : « Mais c’est cette table, c’est cette pièce ! C’est ici que j’étais avec toi Mathieu !
- Je me doute » dit le jeune homme. Il se tourna vers Madame Pène : « Il va falloir nous expliquer ! »

Julien et Esther la regardèrent avec suspicion. La sexagénaire avait l’air triste et abattu.

« Il faut que je vous présente mes excuses. Ce n’est pas dans mes habitudes d’agir de la sorte mais cette année, rien n’est allé comme il le fallait. »

Elle passa ses mains dans son dos, comme une petite fille prise en faute.

« Cette année ? » releva Julien.

« Il faudrait peut-être que vous vous asseyez. » proposa-t-elle en leur indiquant le canapé. Ils ôtèrent les deux cartons qui s’y trouvaient. Elle s’assit face à eux dans un fauteuil recouvert d’un plaid rouge et blanc. Elle semblait fatiguée.

« Normalement, je me débrouille seule mais je n’ai pas eu le choix. J’avais croisé Mathieu dans la nuit du 1er au 2 décembre. Je descendais des jouets dans ma cave et le carton s’est déchiré. Tu étais un peu saoul, tu as marché sur une toupie et tu es tombé. Je t’ai aidé à te relever et j’ai ramassé les jouets. Quand je suis remontée, tu étais effondré sur le palier. Je t’ai fait dormir à la maison. Le lendemain matin, quand je me suis levée, tu étais déjà rentré chez toi et tu ne te souvenais de rien. Il s’est passé quelques jours avant que je ne te revoie. Tu es venu me rapporter le moule que tu m’avais emprunté. Le week-end d’après, tu es encore rentré tard d’une soirée chez un autre de vos amis. »

Elle chercha du regard la confirmation de Julien qui acquiesça.

Elle continua : « Tu m’as trouvée dans l’escalier. La caisse était trop lourde et j’étais tombée. Tu étais moins alcoolisé, tu m’as aidée. Mais j’avais une entorse à l’épaule. »

Elle se tourna vers lui et plongea ses yeux dans les siens : « Tu as bon fond Mathieu. Le dimanche, quand j’ai vu que je ne pourrais plus travailler aussi vite que je le souhaitais, j’ai pris la décision de te demander de l’aide. J’ai inventé un prétexte en te disant que je faisais partie d’une association qui apporte des cadeaux aux enfants défavorisés... » Elle s’arrêta un instant. « Ce qui n’est pas si loin de la vérité... » Elle laissa un temps avant de reprendre son récit : « Tu as bien voulu m’aider. On a un peu parlé de ton ancienne fiancée et de sa haine de Noël. J’ai essayé de te montrer qu’elle n’avait pas tout à fait tort. Je t’ai expliqué comment fabriquer des décorations en réutilisant des matériaux, qu’on pouvait peut-être faire une fête plus respectueuse des ressources à notre disposition. Tu t’es mis à parler différemment de Noël. Tu avais déjà commencé à travailler avec Méléna sur son blog. Tu lui as proposé de faire quelque chose de différent, quelque chose qui pourrait montrer Noël sous un autre jour. »

« Mais elle vient faire quoi Esther là-dedans ? » demanda Julien.

« Ah... Esther... C’est une idée de Mathieu. Depuis longtemps, je cherche un moyen de faire une poupée qui puisse rivaliser avec ces espèces de bimbos en plastique qui inondent les chambres d’enfants. J’ai réussi à faire une poupée de bois articulée plutôt jolie mais je ne suis pas douée en stylisme...
-... et Mathieu a pensé que je pouvais vous aider dans ce projet. » finit la jeune femme en souriant.

« C’est ça. Et tu nous as bien aidés. C’est avant-hier que Mathieu t’a parlé du projet. Tu n’as passé qu’une journée à travailler sur des tenues pour cette poupée et tu lui as dessiné des modèles de toute beauté. »

« Je peux la voir ? » demanda Esther.

Madame Pène se leva et partit ouvrir un placard de la cuisine. Elle en sortit une petite boite et l’apporta à la jeune femme. Au moment où elle la prit, elle eut un flash. Elle se revit, planchant sur des dessins, des tissus à la main, cherchant le meilleur accord de couleurs, essayant de se remettre dans la peau de l’enfant qu’elle était. »

« Je m’en souviens » dit-elle, émue.
« Ah... en touchant la boite ? C’est étrange... » s’étonna la sexagénaire.
« Moi aussi j’ai eu des flashs » dit Mathieu. « En touchant ça. » ajouta-t-il en sortant le lutin de sa poche.

« D’où tiens-tu ce jouet ?
- Des trois lutins. »

Elle souffla, l’air énervée. « Ah... les lutins ! »

Esther ouvrit la boite et tous contemplèrent la petite poupée aux cheveux noirs et à la tenue simple et moderne.

« On a fait ça en deux jours ? » s’étonna Esther.

« Mon épaule n’est plus douloureuse et on était trois. Je ne suis pas douée pour imaginer des tenues mais je me débrouille bien en couture. Hier, pendant que je cousais, tu as aidé à finir les petits lutins.
- Oui, ça m’est revenu. » répondit la jeune femme.

« Madame Pène... » commença Mathieu. « Il y a toujours quelque chose qu’on ne comprend pas...

Elle posa la question à sa place : « Pourquoi est-ce que vous avez perdu la mémoire ? »

Le lien vers le chapitre 14 est rappelé dans les commentaires ci-dessous
http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/lannee-chapitre-14

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Danielle Jain · il y a
Ça y est, je commence à comprendre l'embrouille....
Encore, encore,encore,....
Merci

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Thom Burnet · il y a