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L'année où j'ai perdu Décembre - Chapitre 10

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Thom Burnet

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Quelque part en France, un 24 décembre 2017

« Esther, tu devrais changer de pinceau pour le visage, celui-là est trop épais. ». Elle était assise dans un salon qu’elle ne connaissait pas. Mathieu se tenait à ses côtés et l’observait. C’est lui qui venait de la conseiller. Sur la table devant elle, il y avait un petit lutin de bois qu’elle achevait de peindre. A l’autre bout, un autre attendait qu’on colore ses vêtements. Alors que la jeune femme s’appliquait à dessiner la bouche, Mathieu se tourna vers quelqu’un derrière elle et s’exclama : « Wow ! Elle est super belle ! Vous savez à qui vous allez l’apporter ? »

Fin du souvenir. Esther se concentra, ferma les yeux de nouveau mais fut incapable de voir à qui le jeune homme parlait.

Elle raconta ce qu’elle venait de se rappeler.

« A qui est-ce que je parlais ? » demanda Mathieu. Ses yeux s’agitaient dans le vague à la recherche de ce souvenir. Mais rien ne venait. « AAH ! CA M’ENERVE ! » cria-t-il en tapant ses mains contre ses tempes.

Julien se tourna vers Esther. « Tu as vu Mathieu ??? Mais tu ne m’en as pas parlé ! »

Elle lui jeta un regard d’impuissance. « Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? J’en sais rien ! » Elle commençait à être agacée par l’attitude du jeune homme.
« Est-ce que t’as compris qu’on ne se souvient de rien ? »

Il se sentit soudain très idiot. Le silence retomba dans la pièce.

« Bon, on fait quoi ? » demanda Esther.

« J’en sais trop rien. Apparemment, on retrouve des bribes de souvenirs quand on voit certaines choses qui ont un lien avec ce qu’on a fait pendant ces trois semaines. Ça a marché pour nous deux avec ce jouet. Les lutins qui sont en bas de chez moi ont peut-être quelque chose à voir là-dedans. On peut aller leur parler. Et puis si on s’est vu là-bas, peut-être que des souvenirs te reviendront.
- Peut-être que tu retrouveras aussi des souvenirs chez toi Esther... » ajouta Julien qui essayait de garder son calme.

« Ou à ton boulot ? Tu bosses dans quoi ?
- Dans la mode. Je suis dessinatrice-styliste freelance. Donc je bosse partout et nulle part mais souvent chez moi. »

Julien résuma : « Il faudrait passer chez Mathieu et chez toi. L’appart’ de Mathieu est sur la route du tien. On s’arrête chez lui avant d’aller jusqu’à chez toi ? »

Le plan leur convenait. Mais avant de partir, Julien prit Mathieu à part :
« Rassure-moi. Avec Esther... tu n’as pas... enfin... euh... vous n’avez pas... tu vois ce que je veux dire... Tu...
- Mais qu’est-ce que tu racontes ! Tu me vois coucher avec ta copine ? »
- Non mais comme vous avez tous les deux oublié tout décembre et qu’Esther se souvient que vous vous êtes vu...
- Ah oui... » répondit-il. Il haussa les épaules en ajoutant dans un sourire : « Si jamais on l’a fait, on devait sûrement avoir une bonne raison... »

Julien bouscula son ami en riant mais n’aimait pas du tout cette situation. Il était tellement bien avec Esther...


Arrivés au pied de l’immeuble de Mathieu, ils furent surpris de ne pas rencontrer les trois lutins. Ils montèrent tout de même chez Mathieu pour rechercher de nouveaux souvenirs.

Le mystère de la disparition des trois lutins fut rapidement élucidé lorsqu’ils les découvrirent au premier palier, en train de discuter avec Anatole Gilbert, le célibataire de l’appartement de gauche qui semblait très amusé par leur accoutrement. L’un des lutins tira sur les vestes des deux autres pour leur montrer les nouveaux venus ; ils s’immobilisèrent l’air inquiet. Mathieu ne voulait pas entamer la conversation devant son voisin. Il prit un air fermé. Julien et Esther essayaient d’avoir l’air le plus naturels possible.

Anatole ne sembla pas remarquer la tension dans l’air et les salua avec un grand sourire : « Monsieur Pivard ! Bonjour ! Bon réveillon à vous et à vos amis ! »

Mathieu répondit à cet enthousiasme par un grommellement et continua vers le second palier. La porte de sa voisine était entrouverte, le visage de cette dernière apparaissant dans l’embrasure. Elle sembla soulagée quand leurs regards se croisèrent mais ses traits se tirèrent à la vue de Julien et Esther. Elle referma la porte d’un coup sec.

Etonnés, les trois amis haussèrent les épaules avant de poursuivre vers la porte de l’appartement de Mathieu. Ce dernier ouvrit la porte et les invita à entrer.

« Pssssit ! »

Mathieu se retourna, étonné.

La voisine avait de nouveau ouvert sa porte. Elle lui faisait signe de venir. Il s’approcha.

« Madame Pène, ça va ? » Le visage de la femme laissait paraître un grand trouble. Son regard anxieux passait des escaliers à la porte de l’appartement de Mathieu.

Elle finit par lâcher : « Ils sont en bas, c’est ça ?
- Les lutins ? » demanda Mathieu avec étonnement.
« Oui. »
Mathieu acquiesça, intrigué.

Elle semblait hésiter à continuer. Elle commença : « Il ne faut pas qu’ils... » avant de s’interrompre.

Entre son amnésie et celle d’Esther, les activistes mystérieux, les lutins incongrus et sa voisine nerveuse, Mathieu se dit que ce 24 décembre ne réussissait pas à grand monde.

Elle semblait parler pour elle-même : « Ils ne doivent pas me voir... Je... J... Oh... comment ont-ils pu arriver là ? Oh... c’est trop tôt... »
Mathieu se rapprocha d’elle. « Vous savez qui sont ces hommes bizarres madame Pène ?
Elle le regarda en soupirant. « Si je sais qui ils sont... Oh la la ! Comment m’ont-ils trouvée ? Ils vont bien finir par me reconnaître... »
Mathieu prit une voix apaisante. « Vous voulez venir chez moi pour nous raconter ça ? » C’était un bon moyen d’en apprendre plus sur eux.

Soudain, du premier étage, la voix enjouée d’Anatole s’éleva : « Oui, en montant vous allez trouver Monsieur Pivard et Madame Pène. Monsier Pivard vous venez de le croiser et j’ai vu Madame Pène monter tout à l’heure. Bonne journée. »

Madame Pène regarda avec terreur le jeune homme.

« Ils arrivent. Je dois me cacher ! » chuchota-t-elle prise de panique.
- Je viens avec vous ! » répondit le jeune homme en lui emboitant le pas. Il ferma la porte.

Il se retourna et resta sans voix devant ce qu’il vit.

Le lien vers le chapitre 11 est rappelé dans les commentaires ci-dessous.
http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/lannee-chapitre-11

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Dolotarasse · il y a
Madame Pène serait-elle le père Noël ?
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Thom Burnet · il y a
Le chapitre 11 est en ligne : http://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/lannee-chapitre-11 !
Bonne lecture !

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IZabelle Sorenza · il y a
j'adore vraiment cette d'histoire sur le principe du calendrier de l'Avent, c'est enivrant et cela rajoute du suspense. merci à l'auteur !!!!
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Thom Burnet · il y a
Merci pour ces compliments ! :-)
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Sapho des landes · il y a
Grrrrrrr
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Dom Dom · il y a
Même en trichant (3 jours en 1, ce qui est un peu le principe non pas du calendrier de l’avent mais un peu celui de l’histoire)
Je trépigne !

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Danielle Jain · il y a
M'enfin, dans quel guépier est tombé Mathieu? Et Ester, pourquoi elle aussi ? Quel secret cache Mme Pène? le mystère s'épaissit...
Vivement le prochain chapitre.

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Simone Derat · il y a
Quoi, quoi, quoi, quoi???
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