L'anneau de Vézeronce

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Sigismond, roi burgonde, fit assassiner Clotilde, pourtant reine issue de la maison de Burgondie, mais mère de Clodomir, roi des Francs, et fit jeter son corps au fond d’un puits profond, la privant ainsi de sépulture et des rites qui accompagnent la mort.
Clodomir fit assassiner Sigismond, et fit jeter son corps au fond d’un puits profond, le privant ainsi de sépulture et des rites qui accompagnent la mort.
Les Burgondes lancèrent alors la faide contre lui, représailles d’honneur, juste vengeance devant le sacrilège.
Au début de l’été 2020, à la réouverture des lieux culturels, je partis visiter le musée d’Hières-sur-Amby. J'y appris l’histoire des peuplements de l’Isle Crémieu depuis la Préhistoire jusqu’au Moyen Age, y admirai les vestiges de la sépulture dite royale, l’anneau richement ornementé de symboles de pouvoir, attribué à Clodomir, les quelques armes d’hast qui ont été restaurées, les restes humains... Puis parcourus le plateau de Larina pour découvrir sur site ce que j’avais entraperçu au musée.
Sur le chemin du retour, un peu lasse, je m’arrêtai à proximité des marais des Rippes de Pillardin et m’assoupis.
Ai-je vraiment dormi ?
Je ne suis qu’une enfant. Je m’appelle Clotilde. Chez nous, beaucoup de petites filles sont ainsi appelées. Je marche. Dans cette zone des marécages et de marais, le sol est humide, la végétation est dense. Des vernes, des roseaux, le jaune d'or des iris d'eau. Des ruisselets courent. Des oiseaux chantent ou pépient, des bergeronnettes, des bruants, quelques hérons. Soudain, j’entends grand tumulte. Les hérons s’envolent. Les passereaux font silence. Des troupes approchent de toutes parts. Terrifiée, je tente de me dissimuler. Les soudards m’aperçoivent, se saisissent de moi et me mènent brutalement à leur chef. A son parler que je saisis mal, à son autorité, au respect que les hommes lui témoignent, je comprends que c’est Clodomir, le roi, maître du royaume franc d’Orléans, notre ennemi. Devant mon jeune âge et mon air pitoyable, il m’interroge, me demande mon nom. Je m’appelle Clotilde. Il s’adoucit alors. Il passe à mon pouce gauche l’anneau d’or qu’il portait à son petit doigt. Il me fait comprendre qu’il est certain de vaincre les armées burgondes et que par cet anneau richement ornementé de symboles de pouvoir, la protection royale franque m’est donnée.
Les troupes burgondes surgissent, encerclent les armées franques, les attaquent. Les combats font rage. Le roi Clodomir est percé d’une lance mortelle. Les soldats francs reculent.
Les Burgondes décapitent le cadavre du roi, empalent la tête ensanglantée sur une pique. Tel est le rituel de la faide, qui permet de laver le déshonneur infligé à Sigismond. Ils défileront dans les bourgs et villes qu'ils vont conquérir, porteurs de ce trophée.
Les soldats francs sont défaits.
Les soldats burgondes font place nette. Ils m’aperçoivent, se saisissent de moi et me mènent brutalement à leur chef. Son parler et le mien sont très semblables. Mais l’anneau d’or richement ornementé de symboles de pouvoir me désigne comme proche du roi ennemi honni. On l’arrache sans ménagement. Mon corps est percé d’une lance mortelle. Il est jeté dans les marais guère profonds, sans sépulture, sans les rites qui accompagnent la mort, sans mémoire.
J’étais toujours dans ma voiture, stationnée à proximité des marais des Rippes de Pillardin. L’église de Vézeronce, à peu de distance, sonna cinq heures de l’après-midi. Mon corps, pendant mon assoupissement, avait pris une mauvaise position. Je constatai pourtant avec surprise que quelques instants seulement s’étaient écoulés depuis que je m’étais arrêtée. Je me redressai, un peu endolorie, j’avais presque un point de côté.
Ai-je vraiment dormi ?
Prise d’une soudaine inspiration, je sortis mon téléphone et appelai le musée d’Hières-sur-Amby. Sous le prétexte de préparer une future visite, j’interrogeai la personne de l’accueil. Elle évoqua le parcours sur les peuplements de l’Isle Crémieu, depuis la Préhistoire jusqu'au début du Moyen Age, signalant au passage les vestiges de la sépulture dite royale, les armes d’hast, les restes humains. Je l’interrogeai sur la présence d’objets de prestige. Elle me précisa que le casque de Clodomir était exposé au musée de l’Ancien Évêché à Grenoble, mais qu’aucun bijou n’avait été retrouvé sur le site de fouilles à proximité des marais des Rippes de Pillardin, non loin de Vézeronce.
Après l’avoir dûment remerciée, je mis fin à la communication.
Je vis alors que mon pouce gauche, au niveau de l’articulation, était tout éraflé et qu’un peu de sang perlait sur la peau.

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