L'Amour et la Mort

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Short Bio : né oui, mort pas encore  [+]

Accident ou crime, telle est la question!
Mais avant de vous raconter l'histoire de ce crime parfait, je dois faire celle de ce poète-maçon qui aimait les montagnes de Tarentaise, leurs glaciers éternels, les sommets aux couleurs changeantes, les lacs glaciaires aux eaux turquoises dans lesquels viennent boire les bouquetins, et qui construisit de ses mains au milieu de nulle part un complexe touristique original. A 50 ans, lassé d'une vie monotone dans une ville endormie et d'une femme tout aussi endormie, Edmond tira un trait sur son passé et s'en alla, tel Zarathoustra, avec une nouvelle femme dans la haute montagne pour retrouver la folie de sa jeunesse : il abandonna la fabrication semi-industrielle de pâtes pour une vie de pionnier. C'est lui qui en 40 ne lâcha pas son coup contre un jeune soldat italien qui se découvrait sur une ligne de crêtes, mais le tira avec une jeune italienne qui s'en trouva enceinte, bien que celui-ci fut le premier ! Avoir 20 ans en 40 ne garantit pas une vision géopolitique de l'amour ; chassé de chez lui pour ses amours avec l'ennemi, l'armistice arriva au bon moment. La Savoie entra en résistance, et l'Allemand ne trouva pas en lui un bon collaborateur. Des études courtes n'ayant pas altéré son esprit, bien malin qui aurait voulu lui faire partager ses convictions et ses projets, à plus forte raison un étranger débarqué dans son pays sans y avoir été invité.
Il eut de nombreux enfants, mais il crut bon de partir en montagne avec une jeune femme, plus jeune que ces dernières filles. (Il échappa de peu à l’accusation de détournement de mineure.) Un rejeton mâle naquit, Jean-Marie, l'air vif de la montagne ayant des effets multiplicateurs y compris dans le domaine sexuel, alors qu’il entreprenait la construction d’un chalet à 2.500 mètres d'altitude, dans ce lieu inhospitalier et désertique qui allait devenir un spot fameux au milieu des pistes pour les skieurs bobos-branchés. Ce premier chalet était d’abord un poste de secours face aux aléas de la météo : tempêtes de neige, grand mauvais temps, avalanches, etc. Il devint, suivant l'usage, un restaurant d'altitude, notre ami Eddy ayant des compétences naturelles de cuistot, de barman et d'enchanteur pour séduire les jeunes et belles femmes en combinaison de ski, et par là se constituer une clientèle fidèle d'une saison à l'autre, ses amis moniteurs appréciant par ailleurs ses largesses (repas à petits prix) et leurs clients son génépi, toutes choses nécessaires pour entretenir cette amitié qui est le noyau dur du marketing en altitude – condition nécessaire mais non suffisante du succès. Les principales pistes de la station arrivant sur l'immense terrasse exposée plein sud les Belles étaient assurées d’avoir un bronzage de qualité supérieure, et d'être vues. Comme tout bon Savoyard élevé au cul des vaches, Eddy sait tout faire : moniteur et guide, cuisinier, maçon, électricien, plombier, charpentier, mécanicien etc., rien de ce qui se fait avec les mains lui est étranger, y compris les caresses – un passage au Club Med complète généralement la formation de ces Savoyards pour la manipulation des femmes autre que kinésiste. Il en rigole encore quand il évoque cette période avec ses copains de bonne bouffe, de ski nautique, baignade et poker... et amours.
Entrepreneur, Eddy le fut pendant toute sa vie, mais c'est en montagne qu'il s'exprima pleinement, embauchant des ouvriers, achetant et louant du matériel, gâchant lui-même le béton quand il le fallait ; il était aussi son architecte, autre source d'économies. Les organismes de contrôle et les services de l’État eurent à subir ses fureurs lorsqu'ils contestaient ses travaux, que ce soit le sens d'ouverture d'une porte, la réalisation d'une poutre, la pente d'un toit ou les issues de secours. Les règles de construction qu'il suivait étaient celles qu'il se donnait. Terrassement, réseaux, pistes d'accès... il aménagea lui-même le champ de pierres de deux ou trois hectares que la commune lui céda au prix du pâturage pour qu'il y construisit ce chalet : il était bien le seul à vouloir tenter l'aventure, et la Station avait besoin d’un poste de secours. A cette altitude, même les vaches n'y sont pas amenées l'été, et sans revenir à des croyances anciennes il n'est pas bon, selon la vulgate locale, d'y traîner ses os.
Le chalet grossit avec la station, lentement mais de façon continue, si bien que d'extensions en extensions il se trouva à la tête d'un ensemble immobilier de près de 5.000 m², projection parfaite d'un autrefois mythifié à destination d'un tourisme urbain amateur de sports d'hiver et d’authenticité. Eddy faisait peu de cas des règlements d'urbanisme et des permis de construire : ainsi naquit « Val Eddy », de contentieux en contentieux, de crises en crises... Un maire poète régularisa un jour tout l'ensemble immobilier malgré l'avis défavorable de la commission d'urbanisme présidée par le facteur, et les démissions du conseil annoncées. On ne se fait pas de cadeau, la jalousie est le sentiment le plus partagé dans un village de montagne où les inextinguibles querelles familiales sont transmises de génération en génération comme la partie visible du patrimoine génétique : un effet collatéral de la consanguinité.
Son fils, le petit Jean-Marie, grandit au chalet. A 8 ans il allait à l'école de la Station en motoneige ; à 12 il était le digne fils de son père : bon skieur mais peu porté sur les études, son avenir s'inscrivait naturellement dans la montagne ; à partir de 18 ans il parcourut le monde et les femmes, et à 20 prit dans ses bras une superbe blonde parisienne pour ne plus la lâcher. Val Eddy devint alors le centre du monde, et il s'y fixa dans le but de prendre la succession de son père qui approchait des 75 ans – mais toujours aussi combatif contre les forces administratives qui s'opposaient à ses projets, enchaînant procès et redressements fiscaux. Eddy gagnait beaucoup d'agent... l’argent n’était jamais le problème !
Un petit-fils naquit, Jean-Marie et Catherine devinrent l'un des couples les plus en vue de la station, attirant vers eux une joyeuse bande de copains et copines. Du champagne pour tout le monde ! On fit même, un 15 août, un mariage sur la terrasse, après avoir balayé la neige de la nuit. Comme toujours l'un d'eux, Jérôme, devint le confident du couple et l'on a dit – sont-ce des médisances ? – après ces événements tragiques qui vont être relatés, que tout le monde savait sauf la belle famille, que la belle Catherine avait couché avec lui, et plus d'une fois ! Mais avant, rien de tel n'avait alimenté les conversations locales où les silences, comme en musique, sont importants.
Eddy était un homme heureux, et c'est avec la sagesse d'un vieux briscard qu'il fit à son fils donation de Val Eddy – avec le sentiment de baiser le fisc en sous évaluant les biens. Encore des redressements et des pénalités à venir. Pour gagner de l'argent il faut se lever tôt et ne pas compter ses heures, mais aussi trouver les bons plans car « la saison est courte et les dépenses s'étirent sur 12 mois », comme il dit quand on évoque sa fortune. Il nomma sa belle-fille gérante d'un hôtel de la Station qu'il avait acheté à la suite d'une faillite. Tout ne se faisait pas avec lui, mais peu de choses se faisaient sans lui. Les années passaient, son fils était non seulement son héritier mais plus encore le prolongement direct de son esprit d'entrepreneur.
Cinq mois de saison sans prendre de repos, même si on ramasse beaucoup d'argent, il arrive un jour où l'on cède au désir de faire un break, d'aller voir ailleurs si la neige est plus blanche. Jérôme, l'ami de toujours, organisa avec Jean-Marie un voyage au Canada, pour faire une semaine de ski hélico dans la poudreuse des Rocheuses, Catherine restant pour faire tourner la boutique avec l'aide de son beau-père. Jean-Marie et Jérôme prirent donc ensemble à Roissy un vol Air Canada pour Banff, via Vancouver, où un hélico les attendait pour les déposer sur la DZ du très huppé Club House des Bouga-Boos où l'on plus de chance de rencontrer un Kennedy ou Robert Redford qu'un ouvrier de chez Ford.
Le téléphone réveilla Eddy à 4 heures du matin : c’était Jérôme. Il s’effondra après avoir entendu les trois derniers mots : « Jean-Marie est mort ». Il resta prostré jusqu’au matin et ce n’est que vers 8 heures qu’il les prononça à son tour devant sa femme et Catherine. Catherine s’enfuit aussitôt du chalet et quitta la Station pour se réfugier chez ses parents ; sa femme fut hospitalisée en état de choc. Puis vinrent les explications, les détails, qui formèrent peu à peu le film complet de l’accident : le mauvais temps interdisant toute dépose, ils avaient organisé une course de motoneige sur les chemins forestiers ; dans un virage Jean-Marie sortit de la piste et fut projeté contre un séquoia ; la violence du choc lui arracha son casque et le coup reçu sur les cervicales lui fut fatal – telle fut la conclusion de l’enquête qui mit en avant une trop grande vitesse. Gérard le suivait de loin et son témoignage se limita à confirmer l’excès de vitesse et l’imprudence dont avait fait preuve son ami sur une piste piégeuse : « trop sûr de lui comme toujours !, conclut-il ». C’est lui qui avait appelé la Patrouille pour son transport en barquette jusqu’au Centre médical où il mourut sans avoir repris connaissance. Il organisa le rapatriement du corps en Savoie en faisant l’avance des frais et toutes les formalités comme s’il avait été un membre de sa famille.
Eddy partit seul plusieurs fois vers les sommets pour hurler comme une bête mortellement atteinte ; sa femme sombra dans une dépression accompagnée d’un piétisme dévastateur. Catherine se remit au travail pour mieux oublier – privilège de la jeunesse. Jérôme se faisait un devoir de les aider au Val Eddy prenant de plus en plus la place laissée par la disparition de son ami : on citait son dévouement en exemple. Deux ans passèrent ainsi entre souvenirs et résignation ; Eddy vieillissait et sa femme vivait retirée dans leur villa au bord du lac d’Annecy. Seul son petit-fils pouvait la sortir de sa torpeur et faire reculer un moment ses idées noires. Il était par le jeu des successions l’héritier sous tutelle des biens transmis à Jean-Marie, mais les relations d’Eddy avec sa mère suivaient une pente descendante : la belle-fille devenait distante, froide, indifférente à cette belle famille à laquelle elle devait tout – y compris son amant !
Edmond avait fait un voyage au Canada pour voir de ses yeux l’endroit de l’accident : il ne comprenait pas pourquoi ce virage avait été fatal à son fils alors que sa motoneige n’avait eu qu’un patin arraché et le guidon tordu après avoir terminé sa course contre un rocher. Le scénario retenu par la Gendarmerie Royale du Canada qu’avait lu et relu Eddy mettait en avant le fait que « pour avoir pris le virage trop vite le conducteur a été éjecté de la motoneige lorsque celle-ci a quitté la piste ; il a alors percuté l’arbre avec sa tête, et le casque a explosé ». Un vol plané qu’Eddy n’arrivait pas à reconstituer : le séquoia est trop loin du chemin forestier pour que Jean-Marie l’ait percuté directement ; il a forcément roulé sur le sol avant le choc contre l’arbre, et ce choc n’a pas pu être aussi violent que le dit l’enquête. Mais sa thèse est écartée par l’inspecteur de police qui reçoit ce « maudit Français » avec des égards pour son âge – en se faisant assister d’un interprète (le Canada est bilingue pour ceux dont le français est la langue maternelle, pas pour les autres) ce qui ne fluidifie pas le dialogue ; la police refuse donc de rouvrir ce dossier, c’est une affaire classée non une cold case, un banal accident de ski-doo comme il y en a beaucoup au Canada chaque hiver. Eddy restait prostré sur le lieu de l’accident, et il y serait mort de froid si les secouristes ne l’avaient pas ramené au Club House. Le lendemain le directeur de la Station le fit conduire à Calgary où il prit sur Air Canada un vol pour Toronto, et de là sur Air France pour Lyon via Roissy. Un long voyage pendant lequel il ne cessa de passer en boucle le film de l’accident pour comprendre ce qui ne l’était pas. Il y avait un fait extérieur qui lui échappait, il manquait une pièce au puzzle. A lui comme à la Gendarmerie Royale !
La vente de ses fonds de commerce était devenue inéluctable car il ne pouvait plus assurer l’exploitation de ses établissements. Sa belle-fille avait l’hôtel, et il n’eut pas à chercher un repreneur pour le chalet, Jérôme l’ayant devancé de quelques mois en lui faisant une proposition financière acceptable ; au nom de son amitié avec Jean-Marie et de ses liens avec la famille n’était-il pas le repreneur naturel ? Ainsi fut fait, Eddy ne lâchant rien sur le montant des loyers qui lui assuraient, ainsi qu’à sa femme et ses autres enfants encore vivants, des revenus très substantiels. Vendre les murs avec le fonds aurait été une solution si Eddy avait eu des talents de gestionnaire de patrimoine, mais toutes les expériences qu’il avait faites dans le passé avaient été des fiascos : « je ne sais pas gérer l’argent... moi, c’est en travaillant que je le gagne !, me dit-il un jour. Vendre les murs... pour faire quoi avec ? ». Il n’avait pas la réponse et il se méfiait des conseillers en tout genre qui gravitent autour des grandes fortunes. Jérôme se contenta donc des fonds de commerce et sut rapidement en tirer parti en développant des animations avec de belles filles pour obtenir un retour sur investissement fort et rapide.
Eddy ne sut que bien plus tard que Jérôme, non content de prendre la suite de Jean-Marie dans les affaires, le faisait aussi au lit ! La belle Catherine (qui avait été sa discrète maîtresse avant l’accident) devint sa compagne officielle, le deuil ayant été fait plus ou moins dans les formes.
Eddy le sut et des amis lui firent comprendre que Catherine avait autrefois, avant l’accident, couché avec Jérôme et que huit jours seulement après sa mort on les avait vus dans une discothèque d’Annecy... Et bien d’autres choses encore. (Tous ces gens se vengeaient, les vieilles frustrations pouvaient enfin se libérer, car si Edmond avait gagné autant d’argent, il devait bien y avoir des choses pas très catholiques là-dessous !) Il fut submergé par un sentiment d’une grande injustice ou se mêlait fatalité et trahison. Lui qui avait travaillé dur toute sa vie pour sa famille se voyait dépouillé non seulement de son travail mais plus encore d’une partie de sa famille et par-dessus tout de ce petit-fils chéri qui était l’image de son père. Les pièces rapportées qui tombent et s’en vont font partie de l’écume des jours, des désagréments passagers, mais là c’est une partie de lui-même qui lui était enlevée – de façon hypocrite : ces deux-là avaient bien joué leur coup ! Il n’était plus à l’âge où la fierté peut provoquer des réactions violentes et brutales, mais il jura, ainsi que sa femme, que rien de plus ne leur serait accordé. Son patrimoine – qui était maintenant celui de son petit-fils –, ne leur profiterait pas ! Les propositions d’achat des murs que faisait Jérôme étaient systématiquement rejetées. Il ne mit plus les pieds à Val Eddy, le grand âge faisait son œuvre mais jamais cette blessure ne cicatrisa : il attendait un deus ex machina qui ne vint pas.
Je ne suis pas allé à Black Comb à la recherche de cette grosse branche qui doit conserver des traces d’ADN de Jean-Marie – qu’un ours a peut-être grignoté –, mais mon intime conviction est qu’il n’y a jamais eu d’accident. Et l’idée que Jean-Marie a pu être victime d’un assassinat ne me quitte pas. Malgré moi c’est devenu une intime conviction qui se transforme en scénario : Son ami Jérôme l’a fait s’arrêter dans ce virage pour une raison quelconque, puis l’a frappé sur les cervicales avec une branche ou un outil après qu’il eût enlevé son casque ; il a ensuite dirigé la motoneige dans le ravin pour qu’elle s’écrase sur un rocher ; il a brisé le casque pour respecter le scénario. Le reste de l’histoire il l’a raconté, il n’y a rien à ajouter.
C’est à Eddy de faire rouvrir le dossier, mais Catherine a écarté cette idée d’un revers de main. On s’interroge parfois sur une possible complicité : c’est une hypothèse, rien de plus, qu’on écarte aussitôt tant elle est insupportable : elle n’a pas le physique d’une lady Macbeth qui serait non seulement complice mais mieux encore l’instigatrice de ce crime, pour faire plus sombre.
Mais avant de développer cette hypothèse il faut travailler sur la précédente, celle d’un meurtre prémédité et exécuté de sang froid dans cette forêt enneigée où les bruits sont étouffés comme le sont les faits : l’immensité du grand nord laisse l’homme seul face à ses démons et ses traces s’effacent après chaque pas. Ils étaient loin de toute habitation glissant à tombeau ouvert sur la piste enneigée, emportés par l’ivresse de la vitesse, le froid sec de cette atmosphère ouatée ; et l’on peut comprendre que, lors d’un arrêt pour échanger quelques mots, les signes d’amitiés soient trompeurs et que les défenses tombent. L’assassin n’a eu qu’à frapper son ami après s’être approché le sourire aux lèvres.
Le mobile est double : le sexe et l’argent. Rien de très nouveau si ce n’est cette habilité diabolique pour emmener la victime dans ce lieu lointain en organisant ce voyage en Alberta ; et cette sortie en ski-doo pour faire passer le crime pour un accident ! Tout cela ne peut résulter que d’une longue et minutieuse préparation... et être réalisé avec un peu de chance dans l’attente de circonstances favorables : pas de témoin, pas d’indices. Et quel inspecteur canadien peut percer le voile mystérieux derrière lequel se cachent les mobiles ?
La préparation de ce crime – si crime il y a – a pu être longue : Jérôme a dû convaincre Jean-Marie de faire un break, puis trouver la bonne destination et faire les réservations sur internet à la fois pour l’aérien et les prestations au sol : rien n’a été laissé au hasard, pas d’improvisation. « Pourquoi aller dans les Rocheuses alors que tu es dans les Alpes, dans la première Station du monde, disait Edmond à son fils » ; avait-il la prémonition que quelque chose n’était pas nette dans cette aventure, lui qui avait aussi beaucoup voyagé dans sa vie – sa façon de faire du benchmarking ! Prémonition sans doute – il ne dormait pas quand le téléphone a sonné –, mais trop floue pour imaginer un tel scénario catastrophe. Ce n’est qu’après que les événements se mettent en place comme l’avait compris Mrs Christie. Le petit-fils est l’élément essentiel, car rien ne peut être entrepris contre lui par ses grands-parents qui l’adorent : ce crime est possible parce qu’il est là ! Plan shakespearien né dans l’esprit des meurtriers pour satisfaire fortune et sexe.
Faire divorcer Catherine pour l’avoir enfin chaque soir dans son lit, c’était compromettre une situation financière en rompant irrémédiablement toute relation avec Jean-Marie et ses parents ; supprimer le mari de la Belle permettait au contraire de consolider ces relations et de devenir irremplaçable au Val Eddy ; puis les mois passant de faire de Catherine officiellement sa maîtresse avant de l’épouser. Une façon de ne laisser aux vieux d’autres choix que d’accepter des projets plus ambitieux dans lesquels le petit-fils a naturellement sa place au côté de sa mère.
Ce meurtre permet donc de viser leur fortune en épousant Catherine après le temps raisonnable du deuil. Et pourquoi ne pas chercher à devancer ces heureux événements en forçant Eddy à lui vendre son fonds de commerce ! Un peu de sentiments, un zeste de séduction, une présence permanente au chalet, un harcèlement bien calibré et permanent... et c’est dans la boîte avec un coup de pouce de Catherine ! N’est-ce pas ainsi que ce font les bonnes affaires dans la banlieue lyonnaise quand la menace seule ne suffit pas... Jérôme en vient, il connaît le modus operandi. Faire coup double !, un bien immobilier juteux et une belle femme à prendre. Une telle occasion ne se présente pas deux fois dans une vie...
Les indices sont dans cette forêt mais qui ira après ces mois passés les chercher ? La Gendarmerie Royale ne reviendra pas sur ses conclusions, et Eddy est bien seul pour mobiliser un Privé à dix mille kilomètres ! Et pourtant, comment vivre avec cette idée fichée dans sa tête comme une flèche par ses barbillons ? La justice est un parfois besoin vital, ici une impulsion sauvage. Si elle n’est pas rendue c’est la vengeance qui s’y substitue – la vengeance, cette forme de justice sauvage, primitive dont il ne faut pas sous-estimer la puissance.
Mais l’hypothèse de l’accident ne peut être écartée. Un banal accident de motoneige tel que l’enquête le dit, ou encore un accident à la suite d’une rixe entre les deux hommes qui se termine mal à la suite d’un coup trop violent, c’est possible. Et pourquoi pas une rixe entre le mari et l’amant... l’enjeu c’est Catherine ! On est devant des conjectures autour de mobiles bien réels, mais sans solution tant qu’un événement extérieur n’éclairera pas la scène. Catherine et Jérôme qui vivent le grand amour à Val Eddy le redoutent-ils ? Ou sont-ils aussi sereins et confiants dans l’avenir tel qu’ils le montrent ? Un jour peut-être le vernis craquera, le remord n’étant pas un sentiment qui se dilue naturellement dans le temps comme l’amour. Mais il n’y a peut-être rien d’autre qu’un accident...
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