L'amour à petit feu

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Fernando ouvre les yeux, enfin il essaie une première fois, mais sa tête tangue, sa chambre aux murs froids à un goût de vertige. Il tire d'un coup sec le drap du lit, et le rabat sur son visage. Cette fois, c'est la bonne, ses paupières se décollent. Il aperçoit, au travers de son armure de coton, le soleil tenter une timide percée. Cette ambiance presque lunaire le rassure. Peu à peu, des bribes de la soirée d'hier éclatent à la surface de sa mémoire aussi rapidement qu'une bulle de champagne.

Assis à ses côtés, Armand, Inès et Tristan. Bien sûr, Inès rayonne comme toujours du charme simple des femmes discrètes, celui que l'on découvre après plusieurs regards, mais dont on ne se défait pas. Armand mélange le mousseux, le triple sec et le jus de citron dans un bol en inox puis crie : « soupe champenoise ». Chacun plonge son verre dans l'exquise mixture, Fernando a un goût pour la répétition. Il ne recherche pas l'ivresse, mais une version améliorée de lui. Solide, éloquente, sûre d'elle-même. Il voudrait devenir un être humain capable d'avouer ses sentiments à un semblable, en l'occurrence à une semblable : Inès. Mais est-ce que des sentiments marinés à l'alcool restent tout de même des sentiments ? Fernando trouve cette question ridicule, pourtant elle le plonge dans une tristesse infinie. Il sait que l'alcool n'est pas le problème, et qu'Inès est la solution. Inès, c'est une photo à 360°, dans n'importe quelle direction ou Fernando regarde, il ne voit qu'elle. Quand une personne éprouve des sentiments aussi forts pour une autre, ne se créent-ils pas une intrication entre elles deux, pour qu'à la fin, sans rien devoir prononcer, l'autre les ressente également (même un tout petit peu). Fernando l'espère.

Mais les dernières lueurs de l'après-midi ont déjà effacé toutes ses interrogations, seules restent les protestations de son estomac. Il se dirige aux toilettes et déverse l'excès de la veille. Il se sent mieux. Devant son miroir, il fixe son double au teint grisâtre et aux cernes violacées, et lui dit avec une voix caverneuse : « Plus jamais je me murge comme ça. »
Dans la rue, une voiture klaxonne avec insistance. Fernando aperçoit par la fenêtre, Armand, Inès et Tristan qui l'attendent en bas. Ils agitent leurs bras, comme si son appartement avait pris feu. Fernando leur fait un 5 de la main. Tous en reprenant forme humaine, il songe à ses trois amis, mais surtout à Tristan et Inès qui sont assis, côte à côte, à l'arrière ; cette seule pensée lui serre la gorge et fait monter en lui une bouffée de désespoir. Il se hâte et rejoint le trio.

— Pas trop mal aux cheveux ? Lance Tristan.
Les deux autres pouffent de rire.
— Même pas mal, répond Fernando, en jetant un regard dans le rétroviseur rempli du visage d'Inès, ses yeux sont légèrement plissés, Fernando sait qu'elle est heureuse.
— Bon, on passe chez moi pour se mettre bien et après direction l'Elysium. Ça vous va ? Lance Armand.

Tout le monde hurle un « oui » qui vrille les tympans de Fernando. Personne ne remarque son silence ni le combat intérieur qui le consume. Mais demain, Fernando aura encore tout oublié, tout, sauf son amour pour Inès.
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Fred Panassac · il y a
Situation inextricable, et cet idiot d’Armand qui propose encore de continuer 😓 Toute ma sympathie va à Fernando ! 💕
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Marie Kléber · il y a
L'amour demeure, c'est peut-être ça le plus douloureux finalement - dans ce texte.
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Juliette Makubowski · il y a
Tragique comme les plus grandes amours. Bravo
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François Duvernois · il y a
Une belle histoire d'amour fort bien contée.
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Mijo Nouméa · il y a
Avouer son amour, quelle rude épreuve pour celui qui s'emmêle dans sa timidité, sa peur de l'audace. S'enivrer pour une illusion d'amour est malheureusement le cas de beaucoup. La peur de se prendre une veste rôde...
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Viktor September · il y a
J'ai beaucoup aimé votre façon d'écrire ce rapport à l'alcool et les traits d'Inès remplis de l'amour que lui porte Fernando.
Coquille : " Tout en reprenant " :)

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Keith Simmonds · il y a
Un grand bravo pour cette œuvre bien écrite, empreinte de douleur et de mélancolie !
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Joëlle Brethes · il y a
Vrai problème mais mauvaise solution... :(
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Patrick Peronne · il y a
Vouloir noyer un chagrin d'amour dans l'alcool, c'est oublier que le chagrin sait nager. Très bon texte. Je vote et m'abonne à votre page.
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le Silmarillion · il y a
bonjour Patrick ,

Vouloir noyer un chagrin d'amour dans l'alcool, c'est oublier que le chagrin sait nager => joli !!

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Mireille Béranger · il y a
J'aime ce texte, ne serait-ce que pour ceci : "Inès rayonne comme toujours du charme simple des femmes discrètes, celui que l'on découvre après plusieurs regards, mais dont on ne se défait pas". C'est si joliment dit. Mais il n 'y a pas que cela. L'ensemble est tellement bien raconté.
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le Silmarillion · il y a
Bonjour Mireille, merci pour votre commentaire !!! il me va droit au cœur.

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