L'abêtissement

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Écrivant débutant  [+]

Il fallait donc partir, quitter la ville. Un véhicule de l'armée avait hurlé la nouvelle avec des hauts parleurs, toute la nuit. La voix assourdissante, glaciale et nasillarde du militaire voyait son effet renforcé par l'aveuglant faisceau lumineux qui s'échappait du projecteur fixé au toit du blindé et qui pointait en direction de chaque maison, comme si elle s'adressait personnellement à chacun.Entre chaque passage, des soldats patrouillaient à la recherche d'enfants. Ils défonçaient les portes et venaient s'en emparer. Quand il restait suffisamment de forces aux parents pour hurler, s'élevaient alors vers la nuit privée d'étoiles, des cris déchirants qui m'obligeaient à me boucher les oreilles.
Le départ était fixée pour cinq heures trente. Un car nous attendrai au pied de l'immeuble. Le message avait été claire concernant les biens que nous serions autorisés à emmener. Un sac avec des vêtements pour une semaine -ensuite dans les souterrains, l'Etat du Monde Nouveau nous fournira un uniforme- et un autre contenant quelques vivres et objets destinés aux loisirs. La voix, lorsqu'elle avait parlé de ce bagage, avait pris une tonalité plus métallique et insisté sur l'obligation de n'emporter que trois objets au maximum. La survie dans les souterrains allaient exiger un dévouement sans précédent et par conséquent laisser peu de place à la flânerie et au divertissement. Lumières aveuglantes qui brûlent mes yeux, cris effroyables qui lacèrent mon âme, voix inhumaines qui hurlent dans mes oreilles... Me voilà, misérable résidu humain, inhumé en sursis, debout devant ma bibliothèque, mes doigts effleurant la tranche des livres. Mais comment choisir mes trois compagnons pour ce voyage ? Je pèse le pour et le contre . L'intrigue de celui-ci se déroule dans les grands espaces sauvages. Idéal pour s'évader de sa cellule. Ces pitoyables quatre mètre carrés qui me sont destinés en bas. Cet autre parle d'amour, de sentiments exaltés, des montagnes russes aux virages dangereux, aux boucles incessantes et aux lignes droites trompeuses qu'ils provoquent dans nos cœurs. Parfait pour m'aider à supporter le fait que dans les profondeurs, nous n'aurons plus aucune relation sentimentale. L'Etat du Monde Nouveau estime que les « déviances » générées par la recherche de partenaires amoureux diminuent la productivité. Plus tard, lorsque les choses seront organisées, la survie de l'espèce sera assurée médicalement et de façon aseptisée. Cet autre enfin, est un tableau fidèle de l'humanité. Il dépeint nos bassesses, les massacres dont nous nous sommes rendus coupables, la cruauté et la bestialité dont nous pouvons faire preuve envers nos contemporains...Ces infâmes traits de caractère qui nous animent et nous accompagnent depuis l'aube des temps. Un long chemin pavé d'os fracassés, de sang et de larmes nous ayant conduit tout droit aux enfers. C'est l'heure ! La sirène de la ville retentit et m'oblige à prendre une décision. Autrefois, ce signal sonore résonnait le premier mercredi de chaque mois. Au fond de la classe, à moitié endormi sur mon pupitre, elle me faisait sursauter. Que tout cela me paraît loin...Je fais tomber la bibliothèque. Dans l'amoncellement de livres qui en résulte, je pioche trois livres au hasard et les range dans le sac.
La voix approche. J'empoigne mon masque. Le virus est dans l'air. Lumières aveuglantes qui brûlent mes yeux, cris effroyables qui lacèrent mon âme, voix inhumaines qui hurlent dans mes oreilles. Dehors, pas d'échappatoire, les militaires font une haie d'horreur à tous les habitants de l'immeuble. Un soldat me hurle, malgré mon masque, de laisser plus de quatre mètres d'écart avec la femme qui me précède. J'ai du mal maintenir la distance exigée. C'est la mère de l'enfant qu'on a pris cette nuit. Elle ne cesse de hurler. Elle s'arrête sans arrêt et regarde dans toutes les directions. Sa chevelure est parsemée de trous à cause des pleines poignées de cheveux qu'elle s'est arrachée. Elle refuse de monter dans le car. Les soldats lui assènent des coups de crosses et l'assoient de force. Ils la bâillonnent. Son visage est tout enflé. Elle se meurt doucement. Elle n'arrivera pas dans les souterrains Sur le trajet, la même scène partout. Des files d'humains partout sur les trottoirs arborant des masques hideux. Devant l'arrêt de bus où dans le monde d'avant j'attendais mon bus, deux soldats fracassent à coup de semelles de rangers, le crâne d'un homme. Plus loin, en passant devant mon ancienne école, un soldat traîne une femme par les cheveux. Le silence s'est fait dans le car. Nous approchons du tunnel. Le voilà noir, inquiétant et sans retour. Je jette un ultime coup d’œil derrière moi. Lumières aveuglantes qui brûlent mes yeux, cris effroyables qui lacèrent mon âme, voix inhumaine qui hurlent dans mes oreilles. L'ancien monde englouti.
Nous roulons des heures dans le noir. La mère a cessé de s'agiter. Son front repose sur le siège de devant. Je jette de temps en temps un regard vers la route mais les phares n'éclairent que le néant. Nous descendons, descendons et descendons encore. Une lueur rouge, du même type que celui qui indique à l'équipage d'un sous-marin errant dans les abîmes, que règne la nuit, finit par poindre au fond du tunnel. Le véhicule aboutit dans un hangar grand comme cent nefs de cathédrale baignées d'une lumière qui semble trouver sa source dans la lave brûlante et tempétueuse du noyau terrestre. Un homme vêtue d'une tenue inconnue brandit deux lampes clignotantes afin d'indiquer au chauffeur, à quel emplacement stopper. Il porte l'uniforme bordeaux de la garde des souterrains. Au niveau de son cœur, l'écusson de l'Etat du Monde Nouveau constitué de ses trois initiales disposées en diagonale telle une courbe ascendante. La représentation du progrès moral et technique guidant l'humanité jusqu'à une ère où, délestée de ses pulsions et d'inutiles distractions, elle atteint la perfection en toute chose. Les portes du car s'ouvrent. Des soldats pénètrent à l'intérieur et nous hurlent de descendre. Je manque de tomber en enjambant le corps de la mère qui gît au milieu du couloir. A l'extérieur, le fracas, mêlé çà la clarté rouge-morte qui donne au tableau une teinte évanescente, est assourdissant. Le ballet des cars qui pénètrent dans l'endroit est incessant. De gigantesques tours de ventilation soufflant un air glaciale disposées partout dans l'espace, empêchent les derniers humains de périr. A perte de vue, des milliers de personnes angoissées, violentées et apeurées par les militaires font résonner leurs cris. Noyé dans le halo rouge qui inonde tout, chacun est l'ombre de tous. Nous empruntons un chemin matérialisé par des chaînes métalliques qui fini par aboutir à des portiques de sécurité. Nous déposons nos bagages sur le tapis roulant. Soudain, une alarme retentit. On hurle qu'un enfant est dissimulé dans un sac. Alors que la mère se jette sur les soldats pour les empêcher de s'en emparer, un autre excédé, se saisit avec les deux mains du mouvant contenant et le fracasse de toutes ses forces contre la roche du souterrain. Le sac ne bouge plus. La mère, folle de désespoir, saute sur l'assassin. Surpris par cet manifestation de désespoir, le militaire perd l'équilibre. Alors qu'il est sur le point de tomber, un de ses camarades saisit la femme par les cheveux et la jette au sol. Dans un même élan, il coince la tête de la malheureuse sous sa botte, sort son arme et lui tire une balle. Quelques gouttes de son sang éclaboussent mes chaussures. Notre périple se poursuit par la désinfection exécutée à l'intérieur de tentes immenses. Dans un couloir aménagé avec des palissades en bois, la garde, disposée en hauteur, nous jette à grand coup de pelle, une poudre à l'odeur nauséabonde. Elle nous recouvre toute entière, pénètre sous nos vêtements et dans nos orifices. Elle prend un main plaisir à viser les yeux, la bouche et les oreilles. Nous sortons tous pâles comme si nous avions été victime d'une attaque à la farine un jour de mardi gras. Des gens se trouvent mal, crachent et s'allongent sur le sol en toussant bruyamment. D'autres moins touchés sautillent sans entrain pour se délester de la nauséabonde matière. Tristes clowns. Plus loin, une ligne de soldats nous barre le passage. Ils ventilent la masse humaine que nous formons vers une multitude de files. Le sort sépare encore des êtres qui s'aiment. D'autres cris qui lacèrent mon âme et qui hurlent dans mes oreilles...
La journée s'achève enfin. Le chef de l'Etat du Monde Nouveau avait dit vrai. Quatre mètres carrés entourés de parois en plexiglas qui me privent de toute intimité. Sur ma table minuscule du même matériau, le dossier décrivant les missions qui me seront assignées dans le sous-terrain. Au moment de la « Détermination », un homme qui arborait le même uniforme que la garde, mais d'une teinte plus claire, m'avait posé des dizaines de question sur les compétences professionnelles que j'avais exercé dans le monde d'avant. Il avait fait la grimace à plusieurs reprises et avait pris de nombreuses notes. Il n'allait pas m'informer tout de suite. Un dossier m'attendra dans mon « espace de vie personnel ». Ma main tremblante le saisit. J'étais préposé à l'entretien des grandes tours de ventilations. De cinq à dix-huit heures, je devais veiller à ce que ces gueules massives continuent à expulser cet air puant, glacial et artificiel qui permettait à tous d'assister à la naissance du projet de vie de l'Etat du Monde Nouveau.

Pendant un temps, il ne m'est resté qu'un seul livre. Contrairement à ce qui avait été annoncé le jour de l'installation, au bout de quelques jours, le leader avait interdit tout ce qu'il définissait comme non essentiel. Les deux autres avaient été confisqués par les gardes. Le premier me fut enlevé une nuit durant laquelle, tandis que je lisais sous ma couverture à l'aide de la lampe torche que j'employais pour la maintenance des tours de ventilation, un garde foncé, presque noir -les plus violents- surgit, me saisit par les pieds et me jeta à bas de ma couchettes. Nous étions dans les moments initiaux, les instants à peine nés de l'Etat du Monde Nouveau. Des réminiscences de la société d'avant agonisaient mais bougeaient encore. Après m'avoir arraché le livre et rudement battus, me laissant à moitié mort, il l'avait remis à un membre de la garde à l'uniforme plus clair. On m'avait rafistolé et présenté à lui. Il m'interrogea pendant des heures. Affreux orale visant à me convaincre que je n'avais pas su déceler les idées malsaines présentes dans ce livre écorné et annoté, que j'avais depuis le lycée. Le jugement tomba. Je n'étais pas suffisamment imprégné des préceptes de l'Etat du Monde Nouveau pour être autorisé à lire ce genre de livre. Il le jeta dans une coupelle en argent, versa un peu d'essence et le brûla. Ma cellule fut fouillée mais j'avais caché mes deux compagnons survivants dans les doubles fonds des coffres électriques des tours que je visitais. Je réussis à les préserver tous les deux pendant un an jusqu'à ce que cet infâme cloporte de Goya ne me dénonce. J'assurais auprès de lui la fonction d'assistant. Le métier qu'il exerçait dans le monde d'avant lui conférait à mon égard, le rôle de tuteur. Il prit sa mission au sérieux et bientôt ses fonctions de tutorat se transformèrent vite en celles de maître impitoyable. Sa vilenie était telle qu'il m'insultait sans cesse. Gardien de notre ration commune, il me privait pour un oui ou pour un non de ma part quotidienne. Il n'était pas rare qu'il m'assène par pur sadisme des coups de tournevis dans le gras de la fesse ou qu'il fasse retomber sur mon doigt, les lourds caches métalliques des armoires électriques. Et lorsque j'avais le malheur de commettre une erreur, il me rouait de coups jusqu'à ce que je m'évanouisse. Peu à peu, les années passées ensemble firent leur office, il s'habitua à moi et en même temps que grandirent mes compétences pratiques dans l'entretien des tours, nos relations s’apaisèrent. La fréquence des coups et des insultes diminuèrent jusqu'à cesser totalement. C'est alors que ma vigilance baissa et je commis la maladresse de lire devant lui. A aucun instant il ne se fâcha, ni ne releva la transgression dont je me rendais coupable. Au contraire, il abandonna le ton méprisant qu'il employait pour me parler et prit des manières doucereuses, me posant de nombreuses questions sur l'ouvrage et souriant même en écoutant mes réponses. Le soir même, un garde marron foncé pénétra dans ma cellule... Recommença alors la ronde des coups et des humiliations. Goya les avait informé de la cachette où reposait le livre -par chance je ne lui avais pas dit que j'en avais un autre- et la garde ne chercha que celui-la. Les préceptes de la société passée étaient oubliés. Nul besoin de procès. Le garde qui m'avait violenté se contenta d'appliquer une norme punitive à partir du délit commis et de la peine qui en résultait.
A l'aube, au moment où tous se dirigeaient vers leurs endroits de labeur, on m'attacha sur une estrade au milieu de la grand place situé devant les tunnels qui distribuaient les différentes zones des souterrains. Mon martyr était retransmis sur écran géant. On déposa le livre sur ma poitrine nue. Un filet d'essence fut versé. La flamme initiale fut si grande qu'elle me dévora le bas du visage. Il me semblait que les pages mettaient une éternité à se consumer. La douleur était tellement atroce que je fini par perdre connaissance. On soigna mes blessures mais la mansuétude de l'Etat du Monde Nouveau n'allait pas jusqu'à me fournir des comprimés contre la douleur. Cela constituait ma pénitence. Après ma convalescence, je restai un an à l'isolement et à ma sortie, je poursuivis mes missions d'agent de maintenance. Goya n'était plus là. Depuis des années, des individus disparaissaient subitement. On ne s'enquerrait même plus de leur destination. Pendant une paire d'année, je travaillai seul. Un soir, on m'informa que dès le lendemain, j'assurerai à mon tour le rôle de tuteur auprès d'un certain Damien. J'accueillis la nouvelle avec détachement. Je ne ressentais plus aucune émotion. Je me contentais de satisfaire mes besoins physiologiques et répondre aux exigences des gardes en constituait un. J'étais devenu une machine que les gardes clairs décidaient, selon leur bon plaisir, d'utiliser, de déplacer, de modifier et même de jeter au rebut. Auparavant, j'avais fait en sorte de rompre le dernier lien qui m'attachait à l'humanité. J'avais mis à profit mes années de solitude pour détruire le dernier livre qu'il me restait. Les gardes mettaient leur nez partout et un jour ou l'autre, j'étais certain qu'ils finiraient par l'avoir. Je commençai par l'apprendre par cœur. Cela me prit du temps car je ne pouvais garder l'ouvrage ouvert que de très brefs instants et aussi parce que faute d'être sollicitée, ma mémoire devenait moins efficace. Je me le récitai la nuit ou pendant que je réparais les tours. Quand je fus certain que je n'oublierai plus son contenu, je me rendis dans les fondations de la tour principal. Celles-ci aboutissaient à un espèce de sous-bassement. Il était parsemée de failles, longues, larges et profondes. Des gouffres aux ténèbres rayonnantes qui resplendissaient dans la semi obscurité régnante. J'arpentai en long et en large cet enfer jusqu'à ce que je me trouve face à un abîme insondable dans lequel je jetai mon livre bien-aimé.
Je tentai de transmettre à mon apprenti, avec la patience dont j'étais capable, toutes mes compétences liées l'entretien des tours. Mais il était mauvais élève. La créature manquait cruellement de maîtrise et de connaissance des concepts. C'est sans surprise que j'appris qu'il n'avait que très peu de souvenirs du monde d'avant. L'installation s'était déroulée alors qu'il n'avait que sept ans. Tout juste lecteur en arrivant dans le sous-terrain, la régression intellectuelle instaurée par l'Etat du Monde Nouveau l'avait fait stagné au stade de l'intelligence d'un chien. Les années passèrent dans une tiédeur affreuse. Les journées, rythmées par le levé, le travail et le couché n'offraient aucun reliefs. Un soir, un dossier m'attendait. Je prenais du galon. On louait mes années de bons et loyaux services dans la maintenance des tours. On me pardonnait -sans expressément mentionner les épisodes des livres- mes années difficiles, en affirmant que j'avais su faire preuve de résilience et de ce fait, faire mien l'un des piliers de la doctrine de l'Etat du Monde Nouveau. Je devenais responsable de l'entretien de la tour principale. L'une des prérogatives de ce nouveau statut était d'avoir en ma possession toutes les clés ouvrant les locaux techniques de la tour et aussi celle me permettant d'avoir accès au sas de sécurité du filtre gigantesque situé au niveau de la surface. Les lieux étaient pareil à un hall d'immeuble rectangulaire dont le petit côté du fond était aménagé avec une cage. A l'intérieur de celle-ci, trônait majestueuse une hélice géante aux palles rouillées disposée devant le filtre. Pour le remplacer, il n'existait qu'un moyen: sortir par l'étroite porte située à droite de la cage. Une fois par moi, en ayant pris soin au préalable d'arrêter l'hélice d'aération, il fallait pénétrer dans le sas, ôter la poussière qui s'accumulait à l'intérieur et sortir à l'air libre pour installer un nouveau filtre. L'opération, du fait que les deux serrures fixées à la porte du sas étaient séparées d'une distance de trois mètres et qu'il fallait tourner de façon synchronisée les clés, devait être assurée par deux personnes. La phase de remplacement était à chaque fois suivit par un garde qui contrôlait l'opération à distance et prévenait tout sabotage. Aussitôt, jaillit en moi l'idée de m'enfuir des souterrains. Cette émotion s'empara de moi avec une telle intensité que mon cerveau léthargique se réveilla et se mit à échafauder des plans. Je n'étais, quelques secondes auparavant, qu'un animal anesthésié, docile et benêt mais la perspective de ressentir à nouveau la bise du dehors -même chargée du virus meurtrier- embrasser ma peau et l'envelopper de douceur, suscita chez moi un bonheur tout à fait inédit. Bien que son apathie soit à double tranchant. -j'avais notamment des grands doutes concernant sa capacité à mettre la clé dans la serrure et à la tourner en même temps que moi- Damien allait être l'instrument de ma fuite. Je n'avais qu'à voler des moments où nous serions seuls pour qu'il s'entraîne. Je craignais qu'un agent du même niveau devinerait mon dessein. Damien lui, ne se douterait de rien. Je le dressai au maniement des serrures comme un maître le ferait avec son chien afin qu'il apporte ses chaussons. Bientôt, j'arrivai à un résultat satisfaisant.
Le fourmillement que j'éprouvai dans le bas ventre en entrant dans l'ascenseur m'éloignait un peu plus de ma condition de machine. Le timing allait être serré. Damien n'était pas autorisé à manipuler la clé. Seul un agent du même statut que le mien était accrédité. Les gardes le sauraient et viendraient immédiatement. Je ne mis pas de masques, je voulais juste partir. Le front trempé de sueur, je constatait avec joie que Damien s'enquit parfaitement de sa tâche. Nous pénétrâmes à l'intérieur du sas que le bruit strident et agaçant de l'alarme emplissait déjà. Damien me regardait comme s'il attendait une récompense. J'aspirai une longue et grande bouffée d'air. A part l'odeur qui me rappelait celui du métro, tout était normal. Je me précipitai vers la sortie. Au moment où je m'apprêtai à franchir la porte, Damien m'appela en usant d'un ton que je ne lui connaissais pas.
Sa voix était froide et sure d'elle . En me retournant, je vis que son visage était dure et plus effrayant encore, expressif. Il sortit de sa poche le livre que je croyais avoir jeté dans les entrailles de la Terre.
Le verrou de la porte qui menait à la vie d'avant claqua comme un couperet.
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