La vraie beauté est intérieure

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Humour, noir si possible Second degré, voire au-delà Tout est bien à dire si c'est bien dit Mes maîtres (par ordre de disparition) : * Georges Perec * René Goscinny * Pierre Desproges *  [+]

Je sais bien ce qu’on dit tout le temps. En tout cas aux heures d’ouverture des bureaux quand on se réunit à la machine à café : la perfection en ce bas monde n’existe pas. Ce désir chimérique qui voudrait qu’un être humain puisse correspondre au paradigme de l’idéal physique n’est que le reflet de la piètre médiocrité naturelle dans laquelle nage le clampin moyen muni d’une paire d’yeux et parfois de jumelles. Par définition, la perfection est absolue. Elle ne se discute pas, ne se contredit pas, n’est sujette à aucune fausse interprétation et ne possède pas de contraire ou d’alternative.

Contrairement à la beauté classique qu’on peut rencontrer à tous les coins de rue quand on n'habite pas loin des Champs-Elysées pendant la Fashion Week, elle n’est pas relative à l’individu qui la juge. Oh, je sais bien ce que vous pensez : « Tu nous emmerdes, on entrave que dalle à cette connerie de texte, tiens je vais plutôt lire ce qu’on raconte sur le PSG dans l’Equipe » mais cette introduction était nécessaire pour que vous compreniez pourquoi ce texte ne parlera à aucun moment d’Arlette Laguiller. Non. En réalité, il ne s’intéressera qu’à un seul sujet. Un sujet unique. Un sujet parfait. Un sujet idéal. Vous l’avez deviné dites-le avec moi : Scarlett Johansson.

Scarlett Johansson, c’est d’abord une bouche. Un soleil dentaire à la couronne incarnat, la couronne symbolisant bien entendu ici les lèvres supérieure et inférieure entourant la denture et non pas les prothèses de ladite denture puisqu’il est bien évident que l’organisme en tout point parfait de Scarlett Johansson ne saurait être dégradé par la présence de corps étrangers, mal remboursés par la Sécurité sociale du surcroit.

Souvent le soir pour m’endormir, je m’imagine au pied de cette bouche. J’en vois les lèvres s'entrouvrir et s’écarter lentement, laissant deviner sur la langue une couche délicate de bave gluante que ses glandes salivaires ont générée lorsque s’est présenté à leur attention ce morceau de chair oblong et appétissant dont elle se délecte par-dessus tout, le magret de canard aux olives. La viande happée par la bouche éternellement gourmande de Scarlett se retrouve alors pêle-mêle découpée par les incisives d’albâtre, déchirée par les canines opalines et broyées par les molaires et prémolaires carrément blanches dans le rythme lent et régulier que seules les vraies stars sont à même de maîtriser.

Quand la bouchée du morceau de poitrine de l’anatidé n’est plus qu’une boule de mousse résultant de son mixage avec ses divers fluides buccaux indispensables à son ingestion, alors Scarlett joue comme nulle autre pareille de ses muscles pharyngiens pour la faire glisser jusque son œsophage, le laissant au passage caresser sa luette et son épiglotte délicates tout en prenant garde à ne pas le laisser obstruer sa trachée de reine. L’ordonnancement de l’appareil aéro-digestif de Scarlett est telle une œuvre de Michel-Ange revisitée par Bacon. Dans un luxe de détails, chaque protubérance, granulosité, proéminence et enflure s’organise avec les autres dans un camaïeu de rouges et de roses vernis par les glaires épais et poisseux assurant par un extraordinaire effet de lubrification le passage en toute sureté de sa nourriture du haut vers le bas. La simple pensée de ce spectacle pourtant moult fois fantasmé me met en émoi.

Et pourtant ce ne sont que les préliminaires d’un processus que la prunelle de mes œufs est parvenu grâce à son talent inné mais aussi par son travail acharné à base de répétitions depuis sa plus tendre enfance, à parfaitement assimiler. Car, à peine a-t-elle passé les contreforts intérieurs de la gorge goulue, l’heureuse et vaillante portion mastiquée de magret de canard aux olives entame sa descente vertigineuse vers ce qui sera son Walhalla sur Terre, la poche stomacale de Scarlett Johansson.

Fusse-t-elle dotée de la moindre conscience, cette boulette spongieuse aurait pu mesurer l’honneur qui lui fut fait de la laisser pénétrer dans cet antre sacré, traversant au passage des lieux magiques comme ces parois lisses et cotonneuses du tube œsophagien. L’estomac de Scarlett, telle une huître perlière, va dès lors se saisir de cette offrande et lui faire entamer sa lente métamorphose en exploitant de façon remarquable les sucs gastriques aux senteurs enivrantes. Pendant quatre heures, la poche digestive de la déesse va activer ses enzymes qui tireront la quintessence de la carne ingérée. Cette dernière entrera alors en totale symbiose avec l’organisme de la belle, lui livrant corps, âme et protéines, carburants indispensables à l’épanouissement total de son hôtesse fugitive.

Scarlett sait à quel point le public désarmé que nous sommes devant son être désarmant voudrait partager ne serait-ce qu’une infime part de sa plénitude. Aussi, dans un élan de grâce et de bonté combinées, parfois laisse-t-elle échapper ce mélange odoriférant et sonore de dioxyde de carbone et de reflux gastro-œsophagien. Son visage s’entoure alors d’un halo de parfums acres de viande prédigérée et de salive usagée que seuls les esthètes sont à même d'apprécier à leur juste valeur.

Mais en son sein, l’aventure continue. Le morceau de magret de canard n’est plus qu’un doux rêve évanoui. Et pourtant malgré sa déliquescence inéluctable, ses molécules le rendent encore plus présent qu’avant. Car à l’issue de sa métamorphose gastrique, voilà que devant le chyme qui l’incarne à ce stade critique de la digestion, s’ouvrent les portes monumentales du duodénum de Scarlett Johansson. Telle l’écluse sur le long canal de la vie, ce duodénum célèbre entre tous et que le monde encense libère dans un flot unique et téméraire les acides, miasmes, particules de jus alimentaires jusqu’alors enserrés dans l’écrin stomacal.

C’est alors le lent exode intestinal qui débute. Pendant des heures, la chimie surnaturelle de l’intestin grêle de Scarlett va pétrir cette mixture nutritive et s’en abreuver les parois grenelées pour en faire l’aumône aux cellules idéalement ordonnancée de la Star.

Elle pourrait s’arrêter là mais ce serait mal la connaître. Quand Scarlett fait quelque chose, elle va jusqu’au bout. Aussi, après maints détours qui font son charme, l’intestin grêle passe le relai au gros colon. Des mètres de tripes à l’agencement subtil et aux circonvolutions d’artiste. On voudrait en faire plusieurs fois le tour mais il faut savoir être raisonnable. Ce qu’il reste du monceau de chair avalée il y a des heures subit alors une ultime et fantastique transformation. Forme, taille, odeur et même goût, tout est radicalement changé par la magie du corps idéal de Scarlett Johansson. Et dans une performance qu’elle seule est capable de produire, elle anime ses sphincters et daigne libérer par sa sortie à double sens l’agglomérat de matières fécales dont elle garde jalousement le secret de la composition. Oui, c’est décidément une sacrée actrice de composition.
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Patrick Desjardins · il y a
Mmm, je ne crois pas qu'un bref jargon projeté sur le fantasme intime d'une actrice américaine ne soit pas tout à fait à mon goût. Navré, je ne puis vous accorder mon vote. En revanche, ne vous gênez pas de venir lire mes oeuvres «Une histoire de viol et d'héroisme» ou «La marraine de St-Henri» ou n'importe lequel, selon vos choix et si l'envie vous chante. Et surtout, de les commenter.
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Marie Guzman · il y a
Je sens bien la truculence à le lire et à l'écrire, mais je ne vois pas ce qui peut choquer ? enfin moi qui ne suit pas très pipi caca ( en fait vraiment pas) il n'y a rien dans ce texte de répugnant - Peut -être une autre histoire à mettre en parallèle pour éviter de se focaliser sur la seule digestion ... enfin voilà pas de quoi fouetter un gros intestin ... j'écris aussi des cochonneries poétiques si votre digestion est terminée ^^
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Fantec XYZ · il y a
J'adore ce texte mais maintenant, je ne veux plus ressembler à Scarlett Johansson...
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Utilisateur désactivé · il y a
Moi j'adore c'est vrai que parfois leurs choix est pas simple a comprendre. Peut-être qu'ils regardent aussi les syntaxe entre autre? Les trois derniers en publication libre on été refusé mais bon Haïku est passé a vous juger et une nuit blanche juste qualifié bonne nuit amicalement
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Vivian Roof · il y a
Maintenant on sait que chez Short édition on n'aime pas Scarlett Johansson et que sans doute lui sont préférés les romans photos de "Nous Trois". Moi, c'est Scarlett. Elle est belle, sans trop; sexy, mais naturellement ; elle a du charme, mais pas racoleur ; et, surtout, surtout, elle aime le magret de canard. Ah, j'oubliais : la belle est bourrée d'humour !
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Vic Vega · il y a
Pour répondre à tous ceux qui n'aiment pas ce texte, ce qui est tout à fait leur droit, ce qui m'amuse le plus c'est que si on fait un texte absolument abject pour ce qui est de son sujet, je prends l'exemple du magnifique "Sylvestre" de Pascaline qui parle d'une femme violée par une famille et qui se fait pendre puis éventrer sur un crochet de boucher pour tuer le foetus, ça passe sans problème (et c'est d'ailleurs un texte magnifique). Par contre si on parle de pipi caca ou même de sexe, tout à coup les boucliers de l'offuscation sont levés. C'est un peu la même hypocrisie que le cinéma américain, la violence la plus crue est louée mais si on montre un téton les ligues de vertu montent au créneau comme un seul homme. Bien entendu je n'ai aucun problème à ce qu'on n'aime pas ce texte mais de là à l'empêcher de concourir, que ce soit pour de bonnes raisons.
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Elisabeth Marchand · il y a
Le texte "Sylvestre" m'a dégoûté au plus haut point... Sans doute y en a t-il qui aiment l'horreur de certaines situations, comme toi, WilKend, qui en fait des louanges... Ce texte a été sélectionné. Alors, pourquoi le tien ne le serait-il pas? Les mystères de Short, que je ne m'explique pas...
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Marc du Grillon · il y a
Génial, j'adore...euh?...le texte! Maintenant je vais voir Scarlett d'un autre oeil.
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Elisabeth Marchand · il y a
Franchement, Wilkend, tu voulais l'approbation, voire les louanges de SE?? Tu es bien optimiste! Perso, ça m'a un peu dégoutée, j'ai survolé le milieu du texte, pour arriver au final caca-boudin... Bravo qd mm... Bien écrit et bien documenté...
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Vic Vega · il y a
c'est tout à fait les sentiments que j'espérais provoquer en écrivant ce texte donc merci :)
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Oriel · il y a
Vous avez fait beaucoup mieux.
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Doria Lescure · il y a
Ah oui ? alors Scarlett Johansson est une vraie personne ? Comme quoi le ciné c'est trompeur !

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