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La visite du château

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Paulus

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On a tous un jour vécu ce grand moment qu’est la visite d’un château.
Que ce soit en famille ou avec sa classe de cm2, ce fût de toute façon une purge pour la plupart d’entre nous.
Nous voici donc, par une belle journée ensoleillée, coincés entre des murs sans âge, accompagnés d’un guide qui n’en a plus…d’âge.
La seule chose qui force le respect est l’ardeur et la foi qu’il met dans toutes ses explications. On apprend que le château de « Passe ta route » fût érigé en 1689 et des poussières par le Duc Onlajoy mais que son aspect actuel est dû à la famille Labythe qui récupéra la demeure sous Napoléon. Surtout grâce à Octavien Quentin Labythe qui transformât les douves en bassins à truites et fit poser des carreaux à toutes les meurtrières.
On peut d’ailleurs encore lire, gravé au-dessus de la lourde porte d’entrée « LABYTHE O.Q » en mémoire à cet illustre personnage.
Dès le passage de la porte, ce qui vous frappe, c’est le froid, car même si on est en juin, on se gèle les noix sévère (enfin ! pour ceux qui en ont).
Le guide, Sieur Agaz, fait partie d’une grande famille de conteurs, les fameux conteurs Agaz. Le voici donc nous expliquant que nous nous trouvons actuellement dans les cuisines du château. Il fait bien de le préciser car à première vue on aurait pu croire qu’il s’agissait des écuries, vu que les éléments ont été démontés et qu’il ne reste pas même un lave-vaisselle ou un réfrigérateur. Nous passons ensuite dans une grande pièce où trône un lit avec une sorte de toit, inventé d’après le guide par un certain Baldaquin (enfin ! c’est ce que j’ai cru comprendre).
Sans doute avaient-ils peur que des pigeons leurs défèquent sur la courge où qu’il y ait des fuites par temps d’orage, mystère !
Face au lit, une cheminée assez grande pour cuire un bœuf entier. Aux murs, des tableaux accrochés représentant toute la famille Labythe, et vu les tronches du cheptel, leur nom était bien porté.
Là, le guide prenant un ton grivois, nous narre une anecdote des plus cocasses.
Une nuit, Octavien Quentin se réveille en sursaut. Son épouse, Bernadette Bérengère, lui demande « Tu as mal O.Q ? »
« Non B.B! Juste envie de pisser »
C’est alors qu’il se leva et se dirigea vers la fenêtre pour se soulager. Mais en passant, son engin heurta un pot de fleurs qui tomba sur la tête d’un pauvre garde pissant lui-même sur les truites. Celui-ci n’eut la vie sauve que grâce à son casque décathlon.
« Tu as le diable O.Q ! Tu pourrais faire attention » le sermonna B.B car il n’en était pas à son coup d’essai.
« Que veux-tu ? La bête à Labythe est vigoureuse et difficilement maitrisable » lui rétorqua-t-il en riant.
C’est là-dessus, et non sans moult rires sous cape, qu’on nous mena dans une autre pièce tout aussi chiante.
« Nous voici à présent dans la chambre de l’Empereur » s’exclama avec force Mister Agaz. Notre institutrice, émue, lui demanda quand Napoléon avait résidé en ce lieu ? Le guide, toujours aussi rigolo, lui confirma qu’il n’avait jamais foutu les pieds dans cette turne et qu’il s’agissait seulement de la chambre de l’animal de compagnie des proprios, un manchot empereur rapporté d’une expédition par un ancêtre de Paul Emile Victor et offert en cadeau à la famille (pour les faire chier surement).
S’en suivit une bonne dizaine de chambres d’illustres inconnus tel que Honoré Dufion, grand culottier de l’époque ou Henri Tournelle, philosophe poète gynécologue à qui l’on doit ces mots « La vie est courte pour les enfants mort-nés ». Quelle puissance d’esprit ! J’en ai des frissons (Ah non ! ce sont les courants d’air de la ruine).
La pièce suivante est immense et vide, comme presque toutes d’ailleurs.
Elle ressemble à un hall de gare mais sans la musique d’annonce et sans le charmant personnel constipé de la SNCF. Une cheminée, encore plus énorme que celle servant à chauffer Labythe dans sa chambre, couvre un pan de mur entier. On pourrait y concocter un éléphant à la broche sans souci. Je me risque à demander au guide si des cambrioleurs ont officié récemment et si du mobilier IKEA doit rentrer sous peu afin de meubler ce taudis. Je n’obtiens en réponse que de gros yeux de chat qui chie dans la cendre et un doigt sur la bouche m’intimant de fermer ma gueule (intéressez-vous qu’il disait !).
Agaz, liquéfié par ma question, reprend le cours de ses explications. La salle de bal ! Ici se tenaient toutes les fêtes et banquets. On pouvait y accueillir jusqu’à 150 convives et plus de 250 danseurs lors des bals. Je ne me risque pas à demander le nom du DJ à la mode de l’époque, de peur de me faire botter le cul cette fois-ci. Eh bien ! C’est lui-même qui devance ma question en nommant un certain Jim Odium dont la musique te retournait les tripes parait-il.
La salle des trophées! Nous lance Agaz, qui commence à mes les briser menu et que je balancerais bien par une fenêtre. Là, accrochés aux murs, des dizaines de têtes de pauvres bêtes, sangliers, cerfs, renards, hamsters, chevreuils, cherchez l’erreur. Les Labythe adoraient tirer tout ce qui passait à leur portée nous dit-il. Je lui dirais bien « Et ta sœur ? » mais là encore je manque de courage et préfère coller mon vieux chewing-gum dans les narines d’un cerf vidé.
Puis vint le boudoir, où Sieur Labythe aimait à se retirer pour écrire avec son épouse au-dessus de son épaule lui susurrant tendrement : « Comme tu as une belle plume O.Q ».
Nous allons à présent nous rendre dans les sous-sols du château en empruntant cet escalier. Attention ! C’est étroit et sombre, nous prévient le guide avec un rire sarcastique. Je lui lance alors « J’espère que vous avez une lampe Agaz ». Se retournant brusquement pour me vilipender, le pauvre bougre se mangeât une poutre et dévalât le reste de l’escalier, cul par-dessus tête, jusqu’au sol.
Il s’en releva complétement groggy. On dût le pommader et lui poser de la gaze (si, si, ça ne s’invente pas).
La visite en fut écourtée, ce qui ne déplut pas aux quelques cancres, mais au détriment des peigne-culs studieux qui, une fois de plus, me réprimandèrent. Comme seule réponse, je leurs tendis ma main ouverte, puis repliant 4 doigts, cela mit fin aux vociférations de ces gueules de raies.
Enfin l’heure du pique-nique, pendant que les mêmes fayots mangent leur pitance sans goût, accompagnée de boisson gazeuse américaine, au plus près des instits, mes copains et moi partageons pâtés maison et saucissons secs, arrosés de côte du Rhône dilué à l’eau afin d’imiter la grenadine (un autre monde quoi !)
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