La vindicte d'Estérelle

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Saint-Maur, jeune dans sa tête... croit aux fantômes - du moins ceux qu'il croise dans ses écrits. . Passionné de tout, mais surtout de sa femme !... Sous son vrai nom (il en a un) il a déjà  [+]

Ce que vous allez lire est un conte de fées et de lutins ~ de lutins surtout ! ~ à lire à haute voix aux adultes qui ont su garder leur âme d’enfant et à raconter aux enfants qui ne sont pas trop pressés de grandir...
On ne le sait plus, parce qu’on l’a oublié, mais chez nous, en Provence, il existe comme partout d’ailleurs, tout un petit monde caché aux yeux des adultes, un petit monde peuplé de créatures fantastiques et de tout plein de choses plus incroyables les unes que les autres.
Vous ne me croyez pas ? Si cela peut vous rassurer, il y a quelque temps, je n’y croyais pas non plus, car, comme vous, j’étais ce qu’on appelle un adulte sérieux, conscient des responsabilités de son âge et, pour tout dire, ennuyeux à souhait. J’avais tout, ou presque, oublié des trésors de mon enfance. De ce temps béni et lointain où le merveilleux s’épanouissait à loisir dans le quotidien sans que ça dérange le moins du monde qui que ce soit. Du coup, il n’y a pas si longtemps encore, comme vous maintenant, je courais tout le temps après le temps, n’ayant même pas le temps de reprendre mon souffle, lancé que j’étais, la tête la première, à la poursuite d’un jour meilleur qui me fuyait à toute allure, et où j’arrivais tellement en retard qu’il était toujours trop tard.
Finalement, un jour où j’étais particulièrement en retard, je manquais tellement de souffle que j’ai fini par m’arrêter. Je n’en pouvais plus de courir, alors je me suis assis sur un de ces bancs que des âmes bienveillantes ont disposés tout autour de la Place de la République - la place du marché si vous préférez. Sur le banc en question, il y avait déjà quelqu’un assis. C’était un vieux monsieur aux cheveux blancs. Un très vieil homme, pour ce que je pouvais en voir, courbé sous le poids des ans. Quand je me suis assis à côté de lui, il s’est tourné vers moi et m’a dit :
« Ce n’est pas trop tôt ! Tu as vu l’heure ?! Qu’est-ce tu as pu gaspiller comme temps pour en arriver là ! »
Et, vous savez quoi ? Ce vieux monsieur, eh bien c’était moi et il me regardait par mes yeux !
Depuis ce jour mémorable, j’ai décidé une fois pour toutes d’arrêter de courir après un temps que, de toute façon, je ne pourrais jamais rattraper avant que lui ne m’ait tué. Et puis, j’ai commencé à observer, à regarder un peu plus attentivement autour de moi. C’est là que j’ai commencé à voir des choses. À revoir devrais-je dire. Des choses qui avaient jusque-là échappé à mon regard d’adulte aveugle obsédé par sa course vers le néant. J’ai vu. J’ai vu à nouveau et j’ai compris, en repensant au vieux monsieur du banc, une chose essentielle : ce qui compte le plus dans la vie c’est de n’attacher d’importance qu’à ce qui, dans nos vies de morts-vivants justement, n’en a aucune ! C’est ça le secret. Le seul secret qu’il est utile de connaître pour retrouver cette part d’enfance qui est restée calfeutrée quelque part en nous. Au plus profond de nous...
Et, c’est à ce moment précis qu’un lutin a commencé à me montrer le bout de sa barbichette - qu’il portait fort longue. Ce petit bonhomme rondouillard et jovial a si bien su attiser ma curiosité du poète que j’étais redevenu que, bien sûr, j’ai cherché à en savoir davantage sur son compte et sur le compte de son peuple. Comment j’ai fait sa connaissance ? Eh bien, disons d’une façon musicale. Vous savez que la petite cour devant notre maison accueille depuis pas mal d’années maintenant un bel avocatier qui ~ miracle de notre climat gardéen ~ nous a donné cette année une abondante fruitaison à la couleur et au goût de lointains ailleurs. Il se trouve qu’au retour de ma rencontre avec le vieil homme du banc, en passant devant l’arbre, j’ai entendu siffloter une vieille mélodie provençale.
Machinalement, j’ai regardé autour de moi pour essayer de voir quel voisin siblaïre et mélomane pouvait bien s’adonner à un passe-temps sonore somme toute un tant soit peu désuet depuis l’invention des baladeurs puis des MP3. Il n’y avait personne dans la ruelle. Les trilles semblaient provenir d’entre les racines de l’avocatier. Tiens, l’arbre se met à chanter maintenant, ai-je pensé. En fait, cela ne m’étonnait même pas. Après tout, ne venais-je pas de croiser mon autre moi sur un banc de la Place de la République ? Alors, un arbre siffleur pourquoi pas ? Je me suis approché de l’avocatier pour essayer de reconnaître la chanson reprise au sifflet, et c’est là que j’ai vu un bout de barbiche aux reflets flamboyants, une bedaine dépassant d’un petit gilet jaune vif à motifs de fleurs ~ des marguerites si je ne m’abuse ~ et une paire d’espèces de poulaines d’une longueur démesurée qui dépassaient d’un petit renfoncement à la base du tronc de mon arbre. Qu’est-ce que c’était que ce petit bonhomme qui sifflotait une romance de chez nous ~ Ô Magali, ou une rengaine qui lui ressemblait ~ en me narguant et en s’accompagnant de petits grelots qu’il utilisait en guise de maracas ?
J’ai soupçonné tout de suite quelque créature fantastique mais, ignorant que la Provence fût, à l’égal de tant d’autres pays, un lieu d’accueil de lutins, je me suis perdu en conjectures. J’aurais pourtant dû assez vite avoir la puce à l’oreille quant à l’identité de mon siffleur. Je m’explique. Vous n’ignorez pas que l’ordre et le rangement ne sont pas mon fort, disons que je ne suis pas à proprement parler un homme d’intérieur. Mais, sans aller jusqu’à affirmer, comme mon épouse, que je suis du genre désordonné voire brouillon, comme beaucoup de gens j’ai une façon très particulière, et pour tout dire quelque peu poétiquement personnelle de ranger mes affaires. Attention ! Ce n’est pas pour autant qu’elles sont introuvables. Quel que soit l’endroit où elles se trouvent enfouies, je sais exactement qu’en allongeant le bras, ou en tendant la main de telle ou telle façon, je les retrouverai à coup sûr. Ceci dit, pour rendre justice à ma femme, un maniaque forcené de l’ordre ne s’y retrouverait pas, mais moi oui.
Or, pour en revenir à l’habitant de mon arbre, il s’est trouvé que, tout juste après avoir entendu sa mystérieuse mélodie sifflotée et rythmée de grelots, j’ai été surpris en rentrant dans la maison par un petit concerto tintinnabulant en provenance du premier étage. Au début, j’ai mis ça sur le compte du carillon chinois que, comme tout un chacun à La Garde, j’ai acheté récemment chez le marchand de nouveautés. Cet accessoire bruyant pendu désormais à l’extérieur, à la fenêtre de mon bureau, se rappelle à mon bon souvenir au moindre souffle d’air. Mais, ce jour-là, comme par hasard, aucun des fils du Semeur de Vents n’avait décidé de sortir de chez lui. L’air tiède de l’après-midi semblait voleter en suspension dans la lumière dorée du soleil et pourtant, à l’étage supérieur, la mélodie tintinnabulante continuait imperturbablement...

La suite ?... disons... vendredi prochain... ça vous va ?
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