La vie fictive d'Adam et Ève au paradis

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Retraité de l'enseignement je m'adonne à l'improvisation dans l'écriture avec un style humoristique afin que mes amies et lecteurs puissent oublier les aléas de la vie  [+]

La vie fictive d'Adam et Ève au Paradis
J'arrive de je ne sais où mais je me sens poussiéreux. Aucune idée de l'endroit qui m'accueille. Ni ce que je suis. La panique m'envahit. Puis j'entends une voix sonore qui me dit sa satisfaction d'avoir réussi à me créer. Ça fait une éternité, me dit-il, que j'essaie de façonner un animal qui peut penser et me répondre quand je lui parle. Tu ne peux pas me voir, mais tu me ressembles, je t'ai fait à mon image . Je n'avais pas d'autres modèles. Tu es fait à partir d'argile. Et quand j'ai soufflé sur toi, tu as pris vie. J'ai essayé souvent avec du sable, mais en soufflant, tout s'écroulait. Depuis longtemps, je m'amuse à créer toutes sortes d'autres figurines en argile, je leur donnais la vie mais pas la capacité de raisonner. Je pense que je m'améliore d'une fois à l'autre. C'est la preuve que je ne suis pas parfait. Mais comme je suis las d'être seul, tu m'accompagneras jusqu'à la fin des temps puisque, comme moi, tu es immortel. Ici, c'est le paradis terrestre. Tu vas voir qu'on va bien s'entendre dans l'harmonie.
C'est alors que j'ai demandé à la voix, à qui je parlais puisque je ne la voyais pas. Il me répondit: "mon dieu, c'est vrai, je ne me suis pas présenté. Mais j'aime mieux rester incognito". J'ai alors décidé de l'appeler Dieu. Après un certain moment, (aucune idée du temps passé), mon intérieur a commencé à me faire mal. J'en ai parlé à Dieu qui m'a avoué que pour continuer à exister, il fallait que je mange. C'est pour cela que je vivais dans un jardin. Mais personne pour me renseigner sur le menu possible. Mon premier repas fut certes végétalien. Pour bien digérer mes racines, je suis allé faire une randonnée dans le jardin. Ce fut difficile parce qu'il n'y avait pas encore de sentiers à suivre. Et puis, tout à coup, je ne voyais plus mon chemin. Dieu m'a alors parlé d'une période de repos obligatoire. Il fermait alors la lumière du soleil pour que je puisse dormir. J'ai donc pris connaissance de la nuit. Comme les nuits arrivaient de façon régulière, j'ai pu prévoir mes repas et mes randonnées dans un agenda serré. Les nuits ont succédé aux jours sans que cela ne me préoccupe, puisque je suis censé être immortel. Donc, je ne vieillis pas. J'ai dû passer plusieurs siècles au même âge, malgré qu'il me soit impossible de juger du temps passé. Un beau matin, (il fait toujours beau au Paradis) j'ai décidé de faire autre chose que des randonnées. Je me souvenais que Dieu m'avait parlé qu'il avait façonné d'autres créatures et que j'en rencontrais de temps à autres dans mes sentiers. J'ai essayé de les approcher et de leur parler. Elles me regardaient toutes sans me répondre. J'ai alors passé plusieurs décennies à donner un nom à chaque animal. Voici un lion, voici un éléphant, voici un dinosaure, voici un chien, et un autre chien. Je me suis dit qu'il faudrait donner un nom aux chiens. Ce sera un labrador et un Saint-Pierre. Il faudra donner un nom au labrador: Oro et au Saint-Pierre: Théoden. Ok. ça suffit, me suis-je dit. Après leur avoir donné un nom, je me suis rendu compte qu'aucun de voulait de ma compagnie. Sauvages ces animaux. J'en ai parlé à Dieu. Il m'a dit qu'il essaierait de me trouver quelque chose. Il partit sur la côte, près de la mer où il y avait de l'argile d'excellente qualité. Il façonna une autre créature un peu à mon image. J'étais content parce qu'elle pouvait parler. Et elle aimait ça. Elle n'arrêtait pas de me dire ce qu'elle aimerait manger et dans quel sentier on irait se promener. C'est ainsi que mon alimentation a commencé à varier. Pour faire plaire à mon compagnon, je lui ai laissé s'occuper des repas.
Quelques autres siècles se sont déroulés puis, Dieu a voulu nous parler en privé. Comme il m'avait vu donner des noms à mes animaux, il trouva l'idée excellente et il décida de m'appeler Adam. Il nomma mon compagnon Ève. C'est ainsi que j'appris que mon compagnon était une compagne. Il est vrai que j'avais remarqué quelques différences entre son corps et le mien mais cela ne m'avait jamais préoccupé. Ce qui préoccupait Dieu, c'est que Ève n'arrêtait pas de poser des questions. Elle voulait savoir pourquoi les animaux se collaient ensemble et que plusieurs disparaissaient et que d'autres apparaissaient mais tout petits. Elle en parla à Dieu, qui lui répondit qu'il valait mieux pour elle de rester dans l'inconnu, sinon, elle deviendrait comme les animaux et serait mortelle. Ève passa alors quelques années à côtoyer des animaux pour connaître leur processus de reproduction, en vue de le reproduire. Et le déclic se produisit. Un soir, elle est venue en cachette près de moi, et elle m'a dit qu'elle avait compris. Il suffisait que j'introduise ma verge en elle et qu'ainsi on pourrait avoir un petit compagnon, ce que Dieu nous refusait . Évidemment, j'ai refusé. Il n'était pas question que je consomme ce fruit défendu. Et pour la première fois, j'ai dû subir une crise féminine. Ève m'a boudé pendant plusieurs années. Et puis, un soir où j'avais pris trop de cidre de pommes, prises dans le verger, Ève prit ma verge, pendant que j'étais dans les pommes et, sans que je saches comment elle s'y est prise, je l'ai prise. Elle a très prisé. À partir de cet instant, j'ai compris que si on continuait à nous promener nus, on risquait de recommencer. Mais je préférais vivre nu avec Ève et la prendre à tous les jours, quitte à mourir, que de vivre éternellement sans la prendre. Et comme tout homme, je n'étais pas prêt à partager Ève avec un autre, je lui ai demandé de se vêtir, pour ne pas tenter Dieu, au cas où il voudrait se faire homme.
Mais impossible pour nous de cacher notre bonheur. Nos visages rayonnaient et Dieu, jaloux, s'en rendit compte. Il entra dans une violente colère (ce qui est un péché capital) et décida d'enlever l'immortalité aux amoureux dans l'immoralité quand ils étaient alités et nous chassa du paradis terrestre. En réalité, nous sommes demeurés au moment endroit mais Dieu fit un voyage astral dans une autre galaxie près de chez nous.
C'est ainsi que débuta notre vie de couple. L'histoire pourrait s'arrêter ici mais on en perdrait les moments les plus savoureux. Évidemment, le premier choc de notre nouvelle vie fut l'apparition, un bon matin d'écoulement sanguin chez Ève. Personne pour lui en expliquer la cause, ni le traitement. Je me rendis compte, aussi, qu'une barbe commençait à m'orner le visage. Je vieillis, me suis-je dit. Dieu étant loin de nos pensées, on a commencé à tirer le diable par la queue. Ève avait moins le goût de se coller et quelques sautes d'humeur de sa part ont mis tous mes sens en éveil. Puis, un matin, les nausées apparurent et j'ai vu que le corps d'Ève prenais de l'ampleur. C'est en pleurs qu'elle est venu me voir pour m' annoncer qu'un premier humain verrait le jour, sans que Dieu l'ait façonné. Je me suis alors pris pour un dieu. En comptant les nuits, j'ai su que le petit nouveau avait pris 282 jours à se façonner. Quand il est venu au monde, j'ai dû lui donner un nom. Je suis habitué. Ce sera Caïn a décidé Ève. Le premier humain à avoir un nombril. Évidemment, il n'a pas été baptisé. Et puis, d'une année à l'autre, la famille s'est agrandie. Abel et Seth et plusieurs autres voient le jour et la nuit. Que des gars.
Inutile de dire que je commence à trouver ma vie de couple assez monotone puisqu'il n'y a qu'une femme dans mon paradis. Pas moyen d'avoir de maîtresse. Et Ève qui doit s'occuper des petits. Ils m'ont voler ses seins au sein de ma propre famille. Mais comme la nécessité est mère de l'invention, j'invente la masturbation. Il en fut autrement pour Ève, qui a une armée de mâles à son service, tous plus jeunes qu'elle, évidemment, puisqu'ils sont ses fils. Elle invente l'inceste. Une situation quand même difficile qui entraîne de grosses chicanes parmi les mâles. Caïn en vient même aux coups avec Abel qui en perd la vie. Caïn venait d'inventer le meurtre. Premier humain à décéder, Abel n'eut pas de descendance. Je viens de me rendre compte de la chance que j'ai de ne plus être immortel. Inhumain de mener cette vie d'enfer pendant l'éternité.
Je prends mon mal en patience. Ève voudrait que je l'aide dans les tâches ménagères. Je ne sais pas qui lui a mis ces idées en tête. Je trouve une solution plus pratique. Je lui fait des filles. J'aurais dû y penser avant. Ève va avoir de l'aide et les gars vont avoir d'autres femmes pour amuser leur verge. Je viens d'inventer la famille. Je passe de l'arbre de la connaissance du bien et du mal à l'arbre généalogique. Pendant que maman offre ses seins aux plus jeunes, je décide de maintenir un corps sain chez les plus vieux en organisant des randonnées de groupe. Mais , très rapidement, j'ai des rejetons qui s'amusent à vouloir aller plus vite que moi et à me dépasser. Afin de les encourager à préserver leur santé, j'invente la course. Premier sport créé et auquel je participe. Mais je ne gagnerai jamais. Les jeunes jambes sont plus rapides que les miennes. J'ai rapidement compris qu'il valait mieux amener en randonnée, les filles qui marchent moins vite que les gars. Évidemment, Ève nous accompagne, ayant elle-même inventé l'inceste, elle ne veut pas que j'invente la pédophilie. En accompagnant ses filles, elle invente le chaperonnage. Je songe au divorce, mais c'est impossible, le mariage n'ayant pas encore été inventé. Et si je quitte ma famille, avec qui vais-je pouvoir parler? Non, non! Pas question d'une vie de moine en priant un Dieu qui ne veut plus rien savoir de sa création. Je n'inventerai pas la religion. Les années se suivent et se ressemblent. Je m'occupe de ma terre et de nourrir la trop nombreuse famille. Puis Ève tombe malade. On n'a pas encore inventé la médecine. Elle meurt dans la fleur de l'âge. À peine 910 ans. (on se souvient qu'on n'a pas encore inventé les calendriers). Heureusement, je me trouve une nouvelle épouse, plus jeune. Une femme qui aime les hommes expérimentés. Cela adonne bien, je suis le plus vieux sur Terre. Je passe les vingt dernières années de ma vie en sa compagnie. À ma mort, je ne sais pas où aller. Je ne peux aller au Paradis, c'est là que je vivais. Je n'ai tellement pas réaliser de grandes choses dans ma vie que je suis certain que personne ne se souviendra de moi.
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