La vérité sort de la bouche des enfants…

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S’évader : 1. S’échapper d’un lieu où l’on était retenu, enfermé. 2. FIG. Echapper volontairement à (une réalité). Enseignant à plein temps à des mômes aux vies souvent plus  [+]

Je compris très vite que la vie offrait à chaque individu deux alternatives : dire la vérité ou bien la cacher. Je n’hésitai pas longtemps et choisis d’emblée la première option. Celle de dire la vérité. Toutes les vérités. Y compris celles qui n’étaient ni bonnes à dire ni bonnes à entendre. Je me fis cette promesse.

Je suivais, ainsi, les recommandations de ma grand-mère adorée. Il ne faut pas mentir, mon garçon, me répétait-elle souvent. C’est mal. Elle n’avait pas mis longtemps à me convaincre. Blotti au fond de mon lit, elle partageait avec moi ses trésors littéraires que comptait son immense bibliothèque. J’écoutais religieusement les histoires qu’elle me livrait et qui me fascinaient. Je les vivais, plein d’enthousiasme ou tremblant de peur. Grâce à elle, je connaissais par cœur les aventures de Pinocchio, ce pantin de bois dont le nez s’allongeait à chaque nouveau mensonge. Celles encore du garçonnet qui ne cessait de crier au loup. Mal lui en avait pris. Je perçus très tôt les dangers que les mensonges apportaient. En toute connaissance de cause, je décidai donc de ne jamais prendre ce risque. Je retins les leçons vécues par mes héros imaginaires. D’ailleurs, l’un des dix commandements n’est-il pas de ne porter aucun faux témoignage contre son prochain ?

Les parents devraient en prendre de la graine, quand je pense à tous ceux qui mentent ouvertement à leurs progénitures ! Entre le Père-Noël, son traîneau magique et ses cerfs volant dans la nuit d’hiver, les cloches des églises cachant des œufs ou des lapins en chocolat dans les jardins ou bien encore cette histoire de petite souris qui dépose sous les oreillers des enfants édentés, une pièce bien plus lourde qu’elle ! Une honte ! Mais, c’est sans compter, ces hommes et ces femmes politiques qui nous gouvernent (puisque le mensonge n’a pas de sexe) avec des promesses qu’ils ne tiennent que le temps d’une campagne électorale ! Celui qui veut mentir doit avoir bonne mémoire, prévient un proverbe danois. C’est certainement pour cela que nos politiciens ont sur leur bureau des dossiers aussi épais que des dictionnaires qu’ils ne feuillettent plus. Leur mémoire n’est pas infaillible.

Je compris très vite la portée de mes mots. Je disais tout haut ce que tout le monde chuchotait ou taisait, honteux d’avoir ces pensées inavouables.

Lorsque mon frère naquit, je ne compris pas bien les compliments des gens à son encontre. Des trop mignon par-ci, des trop chou par-là, alors qu’il était vilain comme un pou avec son museau de rat, ses joues de hamster et sa peau aussi fripée qu’un pruneau d’Agen en fin de vie. J’en oubliais presque ses oreilles en feuilles de choux. En un mot et un seul, il était moche, voilà tout. Le portrait craché de notre père, les taches de rousseur en plus. En grandissant d’ailleurs, ses cheveux tiraient sur le roux et comme tout le monde le sait, les roux ça pue ! Il ne faisait pas exception à la règle.

Chaque année, à l’école, je refusais de réaliser le cadeau de fête des mères que mes camarades se hâtaient de confectionner pour leur maman chérie. Ils y mettaient tellement d’amour ! C’en était vraiment touchant ! Moi, je m’opposais catégoriquement à cette perte de temps inutile. La maîtresse ne s’était jamais remise de ce qu’elle entendit sortir de ma bouche. Sous le choc. Comment un enfant de 8 ans pouvait-il proférer des horreurs pareilles ?, se lamentait-elle. Je n’aimais pas ma mère, tout simplement et je le lui faisais savoir. Pourquoi lui consacrer du temps à lui faire un collier de nouilles horrible ou des boucles d’oreilles en pâte à sel immondes alors que je ne l’aimais pas ? Ce serait un doux euphémisme que de le dire ainsi. Je la détestais. Plus la maîtresse insistait et plus la liste de mes reproches à son égard s’allongeait. Un arc-en-ciel peignait alors le visage de mon institutrice qui se décomposait, un peu plus, à chacune de mes interventions. Et ces mères qui s’extasient devant la beauté des cadeaux de leurs gosses ! Encore un mensonge d’adulte. Vous l’aurez compris, la relation avec ma mère était compliquée. Celle avec les maîtresses l’étaient tout autant. Surtout avec Mademoiselle Bonichon (vous conviendrez que ce n’était pas un nom facile à porter, surtout quand on a les seins qui pendouillent tels de vieux gants de toilette gorgés d’eau). Cette vieille mégère acariâtre s’étonnait encore d’être célibataire à cinquante ans passés (elle en paraissait quinze de plus, facile). Elle était bien la seule ! Il fallait bien l’admettre, elle n’avait pas un physique avantageux : un cul de cheval et une haleine de poney. Vous voyez un peu le tableau ? Si, si regardez bien. Elle servit, un temps, de modèle à Picasso. Son heure de gloire ! Il valait donc mieux qu’un potentiel prétendant (amoureux du risque ou totalement inconscient), rebrousse chemin, illico presto ! Mieux valait prévenir que guérir !

A l’école, toujours, je n’avais pas beaucoup de copains. Comment être ami avec un garçon comme moi, me direz-vous ? C’est vrai qu’en y réfléchissant bien, la question méritait d’être posée. Dans certaines occasions, j’aurais dû apprendre à me taire. Mais taire la vérité, n’est-ce pas déjà mentir ? (Vous avez quatre heures.) Moi, je ne pus jamais m’y résoudre. La vérité peut être blessante, c’est vrai... Comme cette fois où Margaux, la plus belle fille de la cour de récré, me demanda si j’aimais sa nouvelle coupe de cheveux. J’aurais mieux fait de m’abstenir ou de tourner sept fois la langue dans ma bouche, avant de lui répondre. Ça m’aurait évité une baffe monumentale et un coup de pied bien placé ! Je confirme, la vérité est vraiment douloureuse ! Mais, il n’y avait rien à faire, je ne faisais pas partie de ce clan des bonimenteurs, des simulateurs et des hypocrites. Que nenni ! J’étais convaincu (peut-être, étais-je le seul ?), que dire la vérité en toutes circonstances était essentielle. Ceux qui tentaient, malgré tout, une quelconque liaison d’amitié avec moi encourraient le risque de prendre leurs quatre vérités en pleine face, droit dans les yeux et dans mes bottes. Mes amitiés étaient donc rares. Comme l’étaient les personnes qui osaient se confier à moi. Logique ! Je ne savais taire aucun secret. Cela arrangeait parfois quelques-unes de mes connaissances qui se servaient alors de moi. J’étais lucide. Ma réputation était telle que ceux qui voulaient répandre une information dont ils n’avaient pas le courage ou qu’éclate une vérité, venaient à moi. On n’avait pas besoin de me cuisiner durant un temps long et de me laisser mijoter, tout juste celui de me saisir !

Au collège, je restais fidèle à mes engagements. J’étais incapable de respirer l’haleine fétide de certains professeurs (à croire que c’était un critère de recrutement à l’Education nationale). Surtout celle du prof de maths, qui avait un nom à coucher dehors. Tout un théorème ! Je détournais mon visage qui exprimait une profonde répulsion que je ne parvenais pas à dissimuler. Hélas pour lui. Déjà que je n’aimais pas les maths, alors là c’était le pompon ! Heureusement, il comprit très vite mon dégout et garda ses distances. Mes camarades de classe eurent moins de chance. Pour l’aider, je vantais à ce monsieur l’efficacité du clou de girofle pour lutter contre la mauvaise haleine. Je lui appris, au passage, que c’était un excellent aphrodisiaque et un moyen préventif de lutter contre les infections dentaires, vue la qualité douteuse de sa dentition. Il me remercia en me mettant deux heures de colle un mercredi après-midi avec le CPE. Le CPE ? Mais si, vous savez ! C’est le type qui se planque dans son bureau, derrière un ordinateur et qui ne sert visiblement pas à grand-chose car ce sont les surveillants qui font tout le boulot.

Aujourd’hui, j’ai grandi, un peu vieilli aussi. Il faut regarder la vérité en face et l’accepter. C’est ainsi. Des rides au coin des yeux, des poils blancs dans la barbe, un peu moins de cheveux sur le caillou. Toujours célibataire. Incapable d’avoir une relation sérieuse ou de la conserver. Mes speed-dating sont des désastres sans nom. Les femmes qui viennent à ma rencontre repartent aussi vite qu’elles sont arrivées.

Heureusement, je m’éclate dans mon travail. Je suis dentiste, arracheur de dents... Faute avouée à moitié pardonnée ?
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Joëlle Brethes · il y a
Eh bien ! Vous n'y allez pas avec le dos de la cuillère ! 😁😉
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Alex Goncalves · il y a
Effectivement, j'y suis allé un peu fort ! Désolé, si je vous ai heurtée ... 😁
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Joëlle Brethes · il y a
Bof... En un mois j'ai eu le temps de me remettre ! 😂😁😉😊