La véritable histoire de Pinocchio

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J'ai envie d'écrire depuis de nombreuses années sans jamais avoir vraiment eu l'audace de franchir le pas. Mon rêve le plus fou serait que le cinéma fasse vivre une de mes histoires  [+]

- Pinocchio, apporte-moi mes pantoufles et mon journal !
Le pantin soupira, en obéissant au vieil homme.
Depuis que celui-ci l'avait façonné dans une vieille bûche de bois qui aurait dû finir dans la cheminée, il avait vraiment l'impression d'être le larbin de la sordide petite maison de maître Gepetto, le menuisier du village. Il se coltinait matin et soir toutes les corvées que le vieil homme ne pouvait où plutôt ne voulait pas faire.
Assis devant la télévision, Gepetto sirotait une bière en lisant le journal.
- Pinocchio, mets donc une bûche de plus dans l'insert.
Une fois encore, la marionnette de bois s’exécuta en maudissant la vilaine fée qui en lui donnant l’étincelle de vie, avait fait de lui un esclave pour le reste de son existence.
- Pousse-le dans le feu avec son fauteuil lui murmura à l'oreille Jiminy cricket, sa conscience.
Pinocchio ignora les mauvais conseils de cet insecte de malheur. Un jour il serait libre de vivre, de voyager, de découvrir le monde.
Recroquevillé dans un coin de la cave sur une couverture élimée, le pantin feuilletait un livre dérobé dans la bibliothèque de la maison. Les photos colorées des paysages du bout du monde le firent rêver à ces plages sur lesquelles il aimerait tant se promener.
- Pinocchio, où as-tu mis le shampoing ?
- Dans le frigo ! répondit la marionnette dont le nez s’allongea comme à chaque fois qu'il disait la vérité.
C’était décidé, il partirait cette nuit pendant que Gepetto dormirait.
Il choisit quelques affaires qu'il jeta à la hâte dans le petit sac de cuire de son maître, puis fouilla dans le tiroir du buffet où se trouvaient toutes les économies du vieil homme.
Cet argent lui permettrait de payer un billet d'avion pour les Bahamas et de profiter des festivités et divertissements pour touristes dont le magazine vantait les mérites.
Gepetto ronflait comme une vieille chaudière à bout de souffle lorsque Pinocchio quitta la petite maison, Jiminy Cricket sur les talons.
Quelle poisse ce maudit cricket qui restait accroché à ses basques comme un vieux chewing-gum dont il n'arrivait pas à se débarrasser. Il avait même menacé de le dénoncer s'il ne l'emmenait pas avec lui.
À l'aéroport, assis dans la zone de transit, la petite marionnette se fit accoster par les jumeaux Irlandais, Jeff et Jack.
- Je parie que c'est la première fois que vous prenez l'avion ? Lui demanda l'un des deux frères.
- Oui, et j'avoue que cela me fait un peu peur, répondit Pinocchio dont le nez s’allongea de quelques centimètres.
- Balance-lui un coup de pied dans les tibias et sauve-toi mon Pinocc, lui murmura Jiminy, qui comme à son habitude l'abreuvait de conseils débiles et infondés.
Pinocchio envoya balader le cricket d'un revers de main qui le laissa assommé sur le sol de la salle d'attente.
- Nous pouvons voyager ensemble ? proposa alors le deuxième frère.
- C'est une excellente idée, répondit la marionnette avec un sourire de star de cinéma.
Il n'était pas mécontent d'avoir des amis avec lesquels il pourrait partager quelques heures et voir plus si affinité.
Les jumeaux se ressemblaient comme deux gouttes d'eau, leurs visages joviales inspiraient la sympathie et la bonne humeur.
Le voyage fût agréable et Pinocchio se sentit important et spécial pour la première fois de sa vie. Ce n'était plus le larbin brimé par un vieux menuisier, mais un enfant libre qui deviendrait bientôt un adulte accomplit et responsable.
L'hôtel était luxueux et magnifique à la hauteur des éloges dressés par le magazine de Gepetto.
Pinocchio s'installa dans la suite présidentielle avec ses deux amis Jeff et Jack qui profitaient un peu trop de sa gentillesse à son goût.
Les soirées étaient des moments de pur bonheur et de distractions sans fin, l'alcool coulait à flot, abreuvant ses amis jusqu'au bout de la nuit.
Un matin, en rentrant à l'hôtel, Pinocchio aperçut Jiminy Cricket qui traînait ses basquets dans le hall.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Je croyais que tu étais mort ! s'exclama la marionnette, dont le nez s’allongea de quelques centimètres.
- Ben non, comme tu vois, je suis toujours vivant, tu ne te débarrasseras pas de moi aussi facilement.
- Fiche-moi la paix, je n'ai pas besoin de tes conseils débiles.
- Je vais quand même te les donner !
Pinocchio se boucha les oreilles pour ne pas entendre les mises en garde du cricket et s'enfuit en courant vers sa chambre.
Jiminy l'avait devancé, il attendait devant la porte.
- Tu devrais te débarrasser des jumeaux et leur piquer leur fric.
D'un coup de talon, Pinocchio écrasa le maudit cricket qui lui pourrissait la vie depuis leur première rencontre, plusieurs mois auparavant. Sur la moquette verte du couloir de l'hôtel, s’étalait une petite tâche sanguinolente que la femme de ménage fit disparaitre d'un coup d'aspirateur et d'un jet de détachant.
Jiminy Cricket avait rendu l'âme dans l'ignorance générale et sans laisser le moindre remord dans l'esprit de Pinocchio qui se sentit fort et grandi par son geste inconsidéré.
Et puis, les jumeaux il s'en était débarrassé depuis plusieurs jours déjà, lorsqu’ils avaient commencé à lui donner des conseils, le suppliant d’arrêter les nuits de beuverie et de débauche.
En pénétrant dans la chambre, Pinocchio découvrit Radegonde la bonne fée allongée sur le lit, semblant l'attendre.
Mais pour qui elle se prenait celle-là ? Elle avait vraiment intérêt à avoir une bonne raison pour venir le déranger dans sa suite sans même l’avertir.
- Bonjour mon Pinocc, tu me remets ?
- Ouais !
- Sais-Tu pourquoi je viens te voir aujourd'hui ?
- Pour faire le ménage et la poussière ? ironisa le pantin de bois, sans que son nez ne s'allonge.
- Parfait, je vois que tu as fait de gros progrés depuis notre dernière rencontre. Tu t'es débarrassé de ta conscience, tu as appris à mentir, à tricher et à voler, tu es donc prêt à devenir un adulte convenable.
Radegonde leva sa baguette magique, la posa sur la tête de bois qu'elle tapota trois fois en prononçant une formule secrète dont seules les fées en ont le secret.
Pinocchio fût soulevé à quelques centimètres du sol, ses membres commencèrent à s'allonger puis à se transformer, son visage s'affina pour devenir de chair et d’os.
La petite marionnette était devenu un vrai adulte en quelques secondes.
- Toi, tu va faire des malheurs en politique, lui lança-t-elle avec un clin d’œil complice avant de disparaître dans un tourbillon de paillettes argentées.
Pinocchio s'admira dans le miroir. Il avait le regard vif, un corps athlétique de jeune adulte prêt à conquérir le monde.
- Je serai politicien décida-t-il, en repoussant une mèche rebelle qui lui tombait devant les yeux.
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