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La véritable histoire de la rue de la chocolaterie

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Micorl95

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La petite ville de Pralines-les-Bains, nichée dans un vallon verdoyant et dominée par un petit château médiéval s’est spécialisée dans la gastronomie, depuis des temps anciens. On y trouve la rue du Chou-Navet, la rue du Cochon Qui -Rit, la rue de la Brioche- Dorée. Les métayers des hobereaux des villages voisins viennent ici pour commander les victuailles servies lors des fêtes données par leurs seigneurs mais c’est surtout la rue de la Chocolaterie qui est renommée pour ses commerces de pâtisseries. Les artisans pâtissiers-confiseurs y perpétuent une tradition qui date du 16ème siècle, dès l’arrivée de cette substance exotique tirée des fèves du cacaoyer et que l’on a vite nommée « chocolat ».Les pâtissiers de la rue de la Chocolaterie rivalisent d’imagination, leurs vitrines sont abondamment décorées de constructions en chocolat : des palais, des fontaines, des églises....La rue est devenue le site le plus visité de tout le pays.

Ce beau matin de printemps 1575, la princesse Ludivine accompagnée de sa dame de compagnie est en admiration devant un magnifique château de chocolat, œuvre du Maître confiseur Lacabosse, propriétaire de la chocolaterie la plus réputée de la rue. Les escaliers qui conduisent à la porte d’entrée du castel sont en chocolat blanc, imitant le marbre à la perfection. Chaque pierre des murs est reproduite avec un réalisme saisissant. Les fenêtres à petits carreaux sont en caramel et la cheminée de cerises confites donne une touche de couleur vive à l’édifice Ludivine désire immédiatement acheter ce monument sucré.

- « Qu’allez-vous donc en faire, Mademoiselle ? » s’exclame dame Radegonde
- «  Mais ! le manger bien sur » répond la jeune princesse
- « Mademoiselle, dois-je vous rappeler que la gourmandise est un vilain défaut » rétorque la duègne avec componction.
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N’écoutant que son désir, la princesse pousse la porte de l’échoppe, sort une bourse de dessous sa cape de velours blanc, la pose sur le comptoir et réclame la livraison immédiate de l’objet de sa convoitise au palais du roi son père.
Après force saluts, le pâtissier, louchant sur la bourse au ventre bien rebondi, promet que les ordres de Mademoiselle seront exécutés sans délai.

Ravie, la princesse s’en retourne vers sa demeure en sautillant, suivie avec peine par dame Radegonde, dont l’embonpoint freine légèrement la course.
Arrivée au palais, la princesse, monte quatre à quatre les marches du perron, jette sa cape au premier laquais présent, traverse en courant le grand salon, se précipite vers son père et sa mère, devisant tranquillement auprès de la vaste cheminée, dont le foyer rougeoyant dispense une chaleur réconfortante. Elle leur raconte sa promenade et son achat. Le roi est assez contrarié que sa progéniture se soit permis de dépenser une somme folle en or sans sa permission et la reine, ne sachant que dire se penche avec une attention plus soutenue que d’habitude sur son ouvrage de broderie, pressentant l’arrivée d’un orage de réprimandes.
Le roi déclare alors à sa fille
« Mademoiselle, puisque vous avez dépensé votre or pour satisfaire votre gourmandise, ce sera votre dot. Nous verrons si vous trouverez un mari qui se satisfera d’un château en chocolat. »
Or, justement, le prince héritier du domaine voisin, aime en secret la jeune Ludivine, malgré ses quelques rondeurs un peu excessives, il faut bien l’avouer, dues aux excès de chocolat et autres sucreries. Mais, pense-t-il, l’apparence physique n’a pas d’importance, ce qui compte le plus est la beauté de l’âme et la princesse Ludivine a la réputation d’être douce, bonne et respectueuse de la nature qui l’entoure. Lorsqu’il apprend que la jeune fille ne possèdera comme dot qu’un château de chocolat, cela ne l’arrête pas et il vient le soir même demander la main de sa belle.
Les noces sont célébrées le lendemain et les cuisiniers du château se surpassent en présentations de mets fins et variés. Les entrées sont composées de légumes de saison, confits et arrosés de miel. On y trouve des sculptures de carottes et de choux rave, des radis découpés en étoile. Viennent ensuite les viandes : faisans rôtis, présentés entourés de leur plumage resplendissant, pigeons au caramel, gigolettes de chevreuil en sauce à l’hippocras. Mais le dessert est une splendeur monumentale, le pâtissier de la rue de la chocolaterie a reproduit en chocolat, pralines et caramel le château tant convoité par la princesse. Le chef d’œuvre sucré arrive porté par une douzaine de laquais, jusqu’au centre de la grande salle. La porte d’entrée du monument est de la taille d’un homme. Celle-ci s’ouvre doucement et le jeune prince vêtu de satin blanc sort lentement du château-gâteau, vient s’incliner devant sa promise, lui tend la main, la soulève dans ses bras, effleure ses lèvres d’un doux baiser et l’entraine à l’intérieur de la merveille de chocolat. La porte se referme et les premières notes d’une célèbre marche nuptiale envahissent la grande pièce de réception où tous les convives, muets de stupeur sont immobiles, comme paralysés.
La dame de compagnie Radegonde s’enfuit en courant aussi vite que ses courtes jambes très potelées veulent bien lui permettre en hurlant à qui veut bien l’entendre.

-« Je l’avais prévenue je lui avais bien dit que la gourmandise était un vilain défaut ! »

Un rayon de soleil vient soudain frapper le château du bonheur, il fait très chaud pour cette saison printanière, le chocolat des murailles du château brille, les cerises confites des cheminées tombent et s’écrasent sur le sol, les fenêtres de caramel commencent à fondre et prennent des formes « dégoulinantes » puis les murs, un à un s’écroulent, bientôt un torrent de chocolat fondu s’avance vers la table où les invités de la noce n’ont toujours pas de réaction, il s’approche de leurs pieds chaussés de pantoufles de velours, le torrent enfle et enfle encore jusqu’à submerger la salle toute entière, engloutissant au passage les hommes, les femmes, les grandes nappes blanches de la table et les victuailles à peine entamées.
Dans la petite ville de Pralines-les-Bains, la rue de la chocolaterie est très animée, c’est bientôt Noël en cette année 2016 et les pâtissiers-confiseurs de la rue ont une nouvelle fois créé de superbes monuments pour décorer leur vitrine.
La jeune Ludivine, neuf ans, a un gros défaut, elle ne peut pas se passer de chocolat, elle réclame sans arrêt des desserts chocolatés, des mousses, des entremets, des flans, des tartes, n’importe quoi pourvu que cela soit en chocolat. Tout à coup, elle tombe en arrêt devant une boutique de style très ancien. D’ailleurs au-dessus de la vitrine on peut lire : Maison fondée en 1574. L'œuvre présentée par le maître chocolatier est un superbe château tout en chocolat, illuminé de guirlandes colorées. Au sommet du château, près de la cheminée en cerises confites, une étoile en massepain scintille. On distingue même, par la porte entrouverte, des personnages assis autour d’une table garnie de mets fins de toutes sortes. A la place d’honneur, se tenant la main, trônent un jeune homme en pourpoint de satin caramel et une jeune fille vêtue de blanc, portant un long voile de crème Chantilly.
Ludivine s’écrie
-«  Maman, je le veux ! »
-« Mais que vas-tu donc en faire, ma princesse, ce n’est qu’une pâtisserie décorative » rétorque la maman
-«  Tout manger, bien sûr ! » répond la petite fille
-« Ma chérie, dit la maman, dois-je te rappeler que la gourmandise est un vilain défaut »

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Richard · il y a
il y a désormais un treizième laquais!!! bravo, mon vote
invitation dans "mon chatêau" c'est ma 1ère nouvelle, une autobiographie... ;-)

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