La vallée de la joie

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La vie est un roman. C’est l’histoire d’une princesse en basket qui vivait sur sa planète au coeur d’un univers très onirique dans lequel la seule limite est celle qu’on s’impose  [+]

Les branchages me griffent le visage, j’avance à pas de loup dans la pénombre. Un pied devant l’autre, l’oreille aux aguets au moindre crissement. Je tâtonne et me hâte du mieux que je peux. Il faut que je parvienne à l’orée du bois avant que le soleil ne se lève, telle était la consigne. Ne pas faillir. Soudain, un trou, je tombe, je pleure silencieusement, tant la douleur est forte. Ma cheville, j’ai mal. Agenouillée, je rassemble le peu d’énergie qui me reste et avance en rampant, puis me redresse, peu à peu, au rythme de mes inspirations. Cette quête n’a rien de féerique. Je n’ai point d’anneau à retrouver ni de dragon à capturer, juste une personne à sauver. Mon enfant. Le mal dont tu souffres me révolte. Je ravale les larmes de mon impuissance. Ce que j’ai à combattre est plus terrible que mille fléaux. Peur, doute et faiblesse m’affronteront à tour de rôle. Ils se délecteront de me voir fléchir. A plusieurs reprises j’ai courbé l’échine mais ton image apparaissait, me permettant de puiser la force nécessaire de continuer. Je reprends la route que je trace à mesure de mes pas. Le chemin, voilà longtemps que je m’en suis éloignée afin de m’enfoncer au plus profond de la forêt. « Quand tu seras arrivée, tu le sauras instinctivement. » Obscure énigme, je frissonne. Et si je passais à côté ? Non, je dois garder confiance. Dans les brumes de l’aurore, à l’endroit où le soleil salue la nuit, des profondeurs son aura émergera et luira jusqu’à la fin de la rosée. J’écarte une branche et une faible lumière surgit. Ébahie par la splendeur de la vue, je m’assieds sur le bord de la berge du lac qui s’étend devant moi et profite de quelques instants de quiétude pour me reposer. Je suis arrivée. Les yeux mi-clos, rien ne vient troubler le silence ambiant.

Un petit clapotis, une onde qui se développe sur la surface de l'eau, une lumière blanche comme venue de l'au-delà jaillit. Mon ange, voilà des années que je l'ai ressenti, imaginé, rêvé et le voilà en vrai. Un sourire réconfortant au bord des lèvres. Mes maux disparaissent à mesure que des mots apparaissent. Des larmes de bonheur et de profonde tristesse se précipitent au bord de mes cils. J'ai si peur pour mon enfant, je souhaite de tout mon coeur qu'il guérisse. Son aura se revêt d'un voile d'empathie. Le combat n'est pas fini. La clé est la fée. Au sommet d'une montagne escarpée, je la retrouverai. Des heures de pleurs et de heurts seront vite oubliées au contact de la poudre magique. Pailletée, colorée, elle a des vertus fantastiques. Mais il est nécessaire de parcourir ce chemin semé d'embûches en ayant foi en son amour maternel inaltérable. Le coeur d'une mère est indispensable pour accéder à cette montagne du bout du monde. Les rayons du soleil commencent à se faire ressentir, à mon grand désarroi le brouillard se lève, faisant frémir l'image de mon ange. Les mots se bousculent, j'ai encore tant à dire. Ma gorge se resserre, je lui suis reconnaissante de nous avoir protégés, chaque jour que Dieu fait. Son regard empreint de bienveillance m'enjoint à me mettre en route. "Nous nous reverrons", telle est sa promesse. Je pars de ce pas en quête de la fée de la joie.

Le coeur battant, une lueur d’espoir se ravive enfin au fond de mes yeux. Ta guérison est possible. Moitié marchant, moitié courant, je suis le sentier sans perdre de vue le sommet de la montagne s’élevant au loin. Le soleil est cuisant, me brûle les joues. Des perles de sueurs gouttent sur mon front, tandis que mes poumons sont en feu. Non, je ne veux écouter ces cris du corps. Les tiens, mon enfant, sont plus forts. Je me sens si seule, j’ai le sentiment que si je parlais, seul mon écho me répondrait. Le doute s’insinue en moi au moment où je trébuche pour la troisième fois. Les gravillons roulent sous mes pieds et les rochers affûtés n’épargnent ni mes mains, ni mes genoux. Les heures tournent, j’ai peur de faillir à ma mission et c´est une nuit sans étoile qui m’accueille, la fatigue et la faim m’emportent dans un sommeil peuplé de songes étranges. Au réveil, je me sens brisée, je peine à me remettre en route. Trempée jusqu’à l’os, je ne sais plus si ce sont la pluie ou les larmes qui mouillent le plus. La montagne recule à mesure que j’avance, à moins que ce ne soit un effet d’optique. Je me concentre sur ton image mais des mots terribles me reviennent à l’esprit : « Gravement malade... inopérable... peu d’espoir... » Que deviendrais-je sans toi ? Que devient une maman quand son enfant meurt ? Je craque, mes nombreuses chutes, mes muscles hurlant de douleur, ont raison de mon optimisme. Je me recroqueville près d’un buisson de ronce, écorchée à vif, emplie de désespoir. Un torrent de larmes jaillit et me noie le visage quand un frôlement sur mon bras me fait soudain tressaillir. Une boule de poil, je la ressens à travers le brouillard de mon chagrin. De grands yeux marrons étonnés me regardent, entourés d’un magnifique pelage couleur fauve : un lapin.

- Bonjour, me dit-il, je me prénomme Félicie, c’est la fée de la joie qui m’envoie.

Un lapin qui parle ! Je n’en crois pas mes yeux. Suis-je en train de rêver ? Non, me dit ma nouvelle compagne de route. La bonne fée me suit du regard depuis la sortie de la forêt mais ne pouvait intervenir personnellement car il est nécessaire que j’accomplisse ma quête sans elle. Ma profonde tristesse néanmoins l’a convaincue que je ne devais plus être seule. Félicie gambade à mes côtés, me racontant comment l’herbe est plus verte de l’autre côté de la montagne. Intarissable, elle me conte l’histoire des fleurs et des arbres, mais aussi la sienne. Elle fut de nombreuses fois en mauvaise posture, à cause de son bon coeur confié à de viles personnes. Si son chemin n’avait pas croisé celui de la fée de la joie, elle aurait fini par échanger ses larmes contre une armure, pour combattre les armes et se fermer à la nature. La pureté de ses sentiments fit d’elle le bras droit de la fée, la bonne âme prête à secourir ceux qui sont vraiment dans le besoin.

Le pas plus léger, nous avançons. Les monts enneigés se rapprochent et me fascinent. Je me surprends à sourire. Une myriade de couleurs m’apparaît alors dans les champs nous entourant. Concentrée sur mes malheurs, je ne voyais toute cette beauté alors. La solitude n'est plus ma compagne, me voilà à présent enveloppée de sérénité. Les derniers mètres me semblent durer une éternité. Silencieuses, ne perdant de vue notre objectif, nous concentrons nos derniers efforts en puisant toutes nos forces. Je m’agrippe aux parois, les doigts ensanglantés. Je dérape mais Félicie me rattrape. Enfin, le sommet est atteint. Je m’allonge dans l’herbe et inspire profondément l’air pur. Les bras en croix, au comble de l’épuisement, je tombe dans les bras de Morphée. Un frémissement, un petit éclat de rire, on me chatouille le nez. Éblouie, je ne sais où poser mon regard encore embrumé par la fatigue. Tandis que j’émerge, une minuscule fée aux yeux rieurs volette au-dessus de moi pendant que Félicie panse mes plaie avec sa langue. Tout à fait réveillée, je me redresse, affolée. Mon enfant, m'écrié-je, j’espère qu’il n´est pas trop tard. Nous nous asseyons sur un banc en pierre face à la vallée de la joie au milieu de laquelle coule une rivière.Tant de beauté m’émerveille et me coupe le souffle. Félicie avait raison, face à un tel paysage, on se sent en paix et les soucis sont naturellement évacués. La fée me pose délicatement au creux de la main un peu de poussière scintillante. Je remercie chaleureusement mes nouvelles amies, avec un petit pincement au coeur car je ne sais quand je les reverrai.
Avec un sourire rassurant, la fée me tend sa si petite main. Nous irons plus vite par les airs, justifie-t-elle. Un soupçon d’appréhension est vite remplacé par la hâte de te revoir et te sauver. Le vent soulève mes cheveux, l’air frais s’engouffre dans chaque pore de ma peau, les oiseaux nous accompagnent dans notre périple.

En un bond me semble-t-il, nous nous retrouvons dans ta chambre d'hôpital. Je m'approche silencieusement de ton lit. Branché de partout, tu luttes, ta respiration est difficile, il était temps que j’arrive. Avec délicatesse je souffle la poussière de fée sur ton visage. Illuminé par mille couleurs voltigeant majestueusement tout autour de toi, tu ouvres soudain les yeux et, en un sourire, la joie nous étreint tendrement.
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