La tortue

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Le grand jour était arrivé et mon plan était parfait. Mais depuis mon entrée dans la résidence familiale, un je-ne-sais-quoi me mettait mal à l’aise. Je décidai d’ignorer ce sentiment ; après tout, je n’en étais pas à mon premier coup d’essai. Et je savais d’expérience que chaque demeure renfermais son âme propre : une âme et une odeur. Et je me rendis compte que c’était cette odeur qui provoquait chez moi cette gêne. Non pas qu’elle soit mauvaise, au contraire. Cette odeur était douce et enveloppante ; l’odeur du cocon familial. Quelque chose que j’avais connu, qu’on m’avait volé et que j’étais bien décidé à reprendre.

Après avoir escaladé les marches de la cave, je me trouvais à présent dans le corridor. J’observais la foultitude d’objets qu’arborait cette pièce : une vitrine composée d’une série de verres en cristal de baccarat et une autre contenant de petits animaux d’artisanat mexicain. Je reconnus la tortue, le premier objet que je lui avais offert lorsque nous étions en vacances à Tijuana. Je me souviens de ces plages, de ces marchés et surtout je me souviens comme nous étions heureux. J’ai soudain le vertige et je m’assois pendant une minute, peut-être plus, sur la marche du bas de l’escalier. Je sens à nouveau le soleil qui cogne dans mes tempes, le soleil de Tijuana... J’ai les oreilles qui sonnent. Quelques minutes se sont écoulées et je reprends mes esprits. Je me lève et pousse la porte du salon. Quelle ne fut pas ma surprise quand j’aperçus tous ces trophées de gymnastique accompagnées de photos d’elle à différents âges. C’est alors que les larmes me vinrent. Des larmes de joie mêlées à des larmes de douleur. Tout ce temps perdu. Cette adolescence passée à commettre vols et braquages en tous genre. Mais qu’étais-je venu faire ici en pleine nuit ? Au fond de moi, je le savais. Ce n’était pas une intrusion comme les autres. Mais qu’est-ce qui me donnait le droit de tout foutre en l’air, une fois de plus ? Je n’étais plus tout jeune à présent et j’en avais assez de toutes ces conneries. Je voulais juste la voir avant de disparaître de sa vie. J’admirais ces photos où elle avait l’air si heureuse avec tous ces gens que je ne connaissais pas quand une détonation retentit. Avant même que je puisse m’en apercevoir, j’étais gravement blessé. Quelqu’un m’avait tiré dans le dos et je souffrais atrocement, incapable de bouger. Tout ce que je vis avant ma chute, ce fut mon sang sur les photos. Et ensuite une belle jeune femme s’approcher de moi, me demandant :
Que foutez-vous sur ma propriété ? Que voulez-vous ?
Et moi de lui répondre dans mes derniers instants :
Je voulais te voir et c’est chose faite. J’aurais tant aimé que ça se passe autrement...
Ma main s’ouvrit, qui renfermait la petite tortue.
Elle se baissa pour la prendre et je pus enfin voir son visage.
Je suis ton père...
Cette nuit-là, je crois que je suis mort avec un sourire de béatitude.
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