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La Tonte

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Il avait tout avoué.
Comme un petit garçon pris en faute mais il s’était trouvé des excuses.
Elle était si jeune, si jolie, elle n’avait que vingt ans et... c’est elle qui lui courait après... elle avait l’air de tellement l’admirer... Il n’avait pas pu résister !

« Alors, nous deux, on ne te suffisait pas ? »
Ses deux femmes, enfin son épouse et Thérèse avaient appris son aventure et l’apostrophaient avec fureur.
Il les avait regardées avec des yeux de chien battu : Pardon, pardon !
Le regard qu’elles lui avaient lancé lui avait fait froid dans le dos.
Il n’avait plus ouvert la bouche.
Elles l’avaient laissé seul toute la journée. Le soir elles lui avaient servi son dîner comme d’habitude et s’étaient installées à table avec lui.
Et puis tout était redevenu normal comme si rien ne s’était passé.

Il y pensait de temps en temps à cette petite Leslie. Comme elle était charmante, si timide.
Et si jolie, si jeune...
Elle levait vers lui des yeux emplis d’admiration et buvait toutes ses paroles.
Son accent Britannique était délicieux, doux et chantant : un charmant gazouillis d’oiseau.
Lui-même parlait parfaitement l’Anglais et lui donnait ses ordres dans cette langue qu’il affectionnait. Elle était obéissante et comprenait vite.
Quel dommage d’avoir dû la renvoyer mais c’était le prix à payer pour avoir la paix chez lui !
Elle avait pleuré et était partie sans un mot...Il avait reçu en plein cœur l’Adieu de ses yeux pleins de larmes, si bleus, si lumineux...
Elle allait lui manquer cette petite stagiaire.

Gloria, son épouse, continuait de le servir mais elle avait conservé son air buté des mauvais jours et ne lui adressait la parole que par obligation. Elle l’effrayait. Comment avait-il pu l’aimer naguère, l’aimer si follement et l’épouser ?
Il est vrai qu’elle était si belle jadis, si grande, si vivante, si spirituelle et si amoureuse...
Elle l’appelait son Prince et le servait en tout comme un prince.

Thérèse était la cousine de Gloria.
Elles avaient été élevées ensemble et s’aimaient comme deux sœurs.
Thérèse était devenue veuve très tôt et elle vivait avec eux depuis plus de vingt ans.
Thérèse était beaucoup plus douce que Gloria, infiniment plus douce et distinguée.
Serge avait vécu avec elle de beaux moments de tendresse et, il se l’avouait avec un sourire, c’était lui qui lui avait fait connaitre la volupté.
Gloria était sans nul doute au courant car les deux amies ne se cachaient rien mais elle n’avait éprouvé aucune jalousie, du moins visible. Elle citait d’ailleurs assez souvent « La Seconde » de Colette, disant que cette pièce était merveilleuse et authentique.
Ah ça ! Lorsque Gloria prononçait le mot authentique, elle en avait plein la bouche et les autres plein les oreilles !
Thérèse donnait toujours l’impression d’être heureuse de lui faire plaisir, de le gâter. C’était, parfois un peu lassant cette servilité.
Depuis « l’évènement » elle continuait d’être aux petits soins mais elle ne décochait plus un mot.
Il respirait lorsqu’il les voyait toutes les deux partir faire les courses, ouf ! Il savait qu’il avait devant lui une belle plage de tranquillité. Sinon ses jours de sortie auraient été étouffants entre ces deux mégères furibondes.
Avant «  l’évènement », lorsqu’il descendait la rue pour se rendre à son travail – il était employé dans un restaurant parisien de prestige - et qu’il les apercevait, toutes les deux lui faire des signes à la fenêtre, il se sentait tellement adulé, encore si séduisant, si jeune.
Aussi jeune que Leslie.
Quand Gloria avait découvert leur aventure amoureuse elle était venue au restaurant, furieuse proférant injures et menaces. Elle criait comme une furie.
Le patron avait tout fait pour la calmer, éviter le scandale.
Serge avait baissé la tête évitant le regard suppliant de Leslie. Gloria la traitait de briseuse de ménage, de traînée, de pute.
« C’est vous qui l’avez provoqué n’est-ce pas ? N’est-ce pas Serge que c’est elle qui t’a allumé ? »
Il avait prononcé un « oui » faiblard et lâche tandis que Leslie s’enfuyait en larmes.
Le patron l’avait congédiée. Personne ne savait ce qu’elle était devenue.

Et, c’était aussi bien dans le fond. La paix semblait revenir dans son foyer petit à petit.
Gloria s’était remise à chanter et le visage de Thérèse semblait plus serein. Elle lui souriait parfois de ce petit sourire discret qui l’avait charmé naguère.
Il les voyait partir en courses ou à la messe bien plus détendues. Il percevait le bruit de discussions animées.
Elles travaillaient toutes les deux dans une petite boutique de lingerie. Il ne s’était jamais préoccupé ni de leurs horaires ni des difficultés éventuelles qu’elles pouvaient rencontrer.
Il le reconnaissait : entre elles deux il vivait comme un coq en pâte.
...
Elles étaient parties par une belle après- midi ensoleillée avec leurs sacs et leurs cabas.
C’était un samedi : il s’en souvenait très bien car lui-même était souffrant et n’avait pas pu se rendre au restaurant. Son patron avait un peu râlé mais...il avait dû s’arranger.
Serge n’avait pas l’habitude de se soucier de ce genre de chose.
Mais, bon sang qu’elles étaient donc revenues tard toutes rigolardes et excitées comme des puces !
Il n’avait pas osé demander la cause de leur hilarité mais il avait profité avec soulagement d’une jovialité revenue. Elles s’étaient excusées de leur retard, avaient préparé le souper en vitesse et lui avaient servi un petit Gin tonic bien frais.
Tout était oublié apparemment.
Les jours suivants furent aussi agréables. La vie avait repris son cours.
C’était la vie...
...
Serge lambinait sur les quais lorsqu’il fut attiré par la manchette d’un quotidien.
LA FIN CRUELLE ET MYSTERIEUSE D’UNE JEUNE ANGLAISE
Il sut tout de suite qu’il s’agissait de Leslie.
Il lut l’article en tremblant de la tête aux pieds.
On l’avait retrouvée pendue. Là les voisins expliquaient que, depuis quelques temps la jeune fille semblait déprimée. Elle ne sortait guère et ne recevait aucune visite-sauf une fois, celle de deux vieilles dames.
Sans doute des parentes Britanniques venues visiter Paris et qui en avaient profité pour l’embrasser. Elle était si seule, la pauvre petite...cela avait dû la troubler, peut-être la rendre encore plus malheureuse puisqu’elle s’était suicidée si peu de jours après.
Ce qui avait surpris et inquiété les policiers c’était de découvrir que la jeune fille avait la tête et les parties intimes entièrement rasées.
Il pourrait y avoir une enquête disait le journal car il y avait des signes de maltraitance.
D’autre part Leslie - c’était bien elle - n’avait laissé aucune lettre pour expliquer son geste fatal.
Ses parents adoptifs – Serge le découvrait- avaient fait rapatrier son corps en Angleterre pour l’inhumer dignement. Ils avaient demandé à ce que l’affaire ne « fasse pas trop de bruit » que l’on veuille bien respecter la décision de la jeune fille.
...
Serge avait jeté la coupure sur la table.
Thérèse s’était approchée et avait lu en silence puis avait appelé Gloria.
Il les regardait toutes deux intensément.
« Elle a eu ce qu’elle méritait. »dit finalement Gloria avec un affreux sourire.
Un sourire ignoble que Serge n’oublierait jamais !
« Et comment qu’elle le méritait, éructa Thérèse et elle ajouta avec une vulgarité qui surprit et indigna Serge :
Elle n’était pas fière quand on lui a rasé la motte. Ah, non alors. Il fallait l’entendre gémir et supplier cette gourgandine ! »
Serge eut des envies de meurtre. Il ouvrit la bouche pour les injurier, les menacer de tout dire à la police...Mais il manqua de courage et il se tut.
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Virgo34 · il y a
Récit riche en "aventures" et en rebondissements.
Merci pour être passée applaudir mon coureur cycliste.

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Jacqueline Milhaud · il y a
Merci !
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Guilhaine Chambon · il y a
J'aime beaucoup
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Jacqueline Milhaud · il y a
Merci beaucoup !
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