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La Thaïlande: guide initiatique

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Eric Chomienne

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Cet hiver, j’ai choisi de partir réchauffer non pas mes ardeurs mais simplement mon quotidien en Thaïlande. C’est le début de la période sèche et pour ceux qui, à l’approche de des fêtes de fin d’année, préfèrent la chaleur aux températures propices à la neige, c’est le moment idéal pour jouer les hirondelles. Proche de la nature j’ai donc suivi leur exemple et m’y suis rendu par les airs.
Quittant la froideur et la grisaille, après un voyage au départ de Paris de douze heures, encastré sur un siège pour lilliputien nain, enfin, la délivrance : la canicule et la grisaille de Bangkok.
Ah, la Thaïlande... Quel pays enchanteur ! Au premier abord c’est le pays des fleurs et du sourire, du moins le dit-on. Encore faut-il passer le poste de police et la cohue pittoresque des passagers parqués et canalisés dans de longues files d’attente que les habitués de Disneyland Paris ne renieraient absolument pas, puis trouver un taxi pour échapper à l’aéroport et à la mégapole siamoise en affrontant la chaleureuse pollution locale.

En tant que touriste respectueux du pays visité, j’ai toujours eu la volonté de saluer et remercier nos hôtes. Pour cela illico je me renseigne, bien avant mon envol, sur les habitudes locales sa géographie et même son histoire pour embrasser la population et me fondre en l’occurrence dans la masse. Il est vrai que jusqu’à ce jour je n’avais visité que la Suisse romande, la Belgique, le duché du Luxembourg, Monaco, les zones frontalières ibériques et transalpines et la Corse. Souvent d’ailleurs pour des transactions commerciales sur des produits manufacturés qui ne nécessitaient que des échanges monétaires. Bref j’ai appris quelques mots et règles afin de converser même modestement avec les locaux et leur démontrer toute la tradition française en matière de respect, de savoir-vivre et d’éducation.

La première rencontre qui est et reste la planche de salut par excellence pour réussir l’échange et la communication c’est d’entamer la conversation par « Bonjour Monsieur ou bonjour Madame. ». En Thaïlande il convient de saluer les mains jointes sur la poitrine et sous le menton et, de prononcer le sésame pour obtenir un sourire : Savatikap, si c’est un homme ou pour une femme Savatika. En cas d’inversion vous déclencherez malgré tout un sourire mais plutôt sous cape. Savatikap (ou savatika) que j’ai adapté rapidement en « ça va p’tit gars » pour mieux le mémoriser en prétendant un fort accent du sud. Vous noterez que là-bas pas de guerre des genres. Le masculin est le genre commun, le féminin le genre des sexagénaires étrangers.

Cette règle du « -Kap » ou du « -Ka » se retrouve ainsi dans de nombreuses formulations. Ainsi « Merci » en Thaï se prononce soit Kapoumkap ou Kapoumka selon le sexe de votre interlocuteur ou du moins l’image qu’il vous en donne. Eh oui ! il peut y avoir erreur sur la personne, la finesse de certains hommes pouvant altérer votre jugement primitif.
Pour connaitre le genre d’un mot, on écoute la terminaison. Exemple une trouvaille se dit « Euréka » et le nez « C’est un cap ».
Autres exemples à Pattaya un bar rempli d’hôtesses est une baraka ; une maison modeste, une mazurka ; une belle femme, bazooka ; une soupe, tapioca ; un supermarché, avantKap ; un rire, soukap, etc...
Et bien sûr il existe toujours des exceptions : un homme délika, une femme élégante « de pié tan kap », un lit Treka, un pantalon Rika,...
Subtilité de cette langue « Un verre d’alcool » est féminin et se dit vodka, par contre « vodka » est masculin et se dit « ça décape ! »
Par contre si vous avez soif, soif étant féminin vous dites « CoKa ».

De même pour les prénoms c’est parfois ambigu. Ainsi Pierre se dit Mika, par contre Marie se dit fort : « MARIE » et Marie-Pierre « Formica ».

Gardons en tête une évidence : la Thaïlande est une royauté. La dynastie Chakri règne depuis plus de trois siècles sur le pays. Les rois ont un prénom commun Rama précédé par l’ordre de la prise de pouvoir (Casto, Brico, Pano, Cosmo, Ciné, Dio, Boursault,...). On constate d’ailleurs une forte influence française sur le pays et cela dure depuis Louis XIV. A ce jour c’est Rama X (et non Ramadier, l’erreur est fréquente) qui siège sur le trône. Le roi est un dieu bienveillant qui ne gouverne pas. Il mène des actions de tout genre : sauvegarde des tortues, visite les pauvres et incite à faire du sport et notamment du vélo.
Surprise de thaï, le jour du roi est un évènement sacré et festif : c’est le Rama-dan thaï, un temps de partage et d’agapes. A ne pas manquer !

Le pays s’apprécie pour ses plages et ses îles, nombreuses et variées. Les plus connues sont Koh Lanta, Koh Samet, Koh Samui, Koh Phiphi (prononcer pipi) mais il existe des milliers d’atolls plus ou moins enchanteurs. Vous l’aurez remarqué et peut-être compris que « ile » se dit « Koh ». L’autre substantif est attribué selon les qualités ou l’inspiration des autorités : Ainsi Koh Libri est l’ile aux oiseaux, Koh Bra, l’ile aux serpents, tandis que Koh Nut la méconnue, est l’île déserte.
Un bel exemple de communion pour ce pays à large majorité bouddhiste, l’archipel de la foi, Koh Pain Ko Pain, composé de trois iles proches : Koh Hèn, l’ile de la paix, Koh Ran, l’ile de la sagesse autrefois appelée Koh Allah, et Koh Per Nick l’ile du père Nick, ancien missionnaire, Old Nick comme le surnomme les locaux qui trinquent volontiers à sa santé surtout les dimanches.
Information importante : Si l’envie vous prenez de visiter l’ile mondaine de Koh Star Kravat ou l’ile cinq étoiles, elle est interdite aux tongs et va-nu-pieds !

Je ne résiste pas au plaisir de vous parler de l’île de la quarantaine, Koh La Jane (prononcer Jaine) ou encore de cet atoll également de trois ilots, Koh Pra, Koh ko, Koh Lai Stérol, qui sont spécialisés dans la production de graisse.
Bon à savoir : l’île aux coqs, une île où les gallinacés sont élevés pour livrer des combats pourtant interdits mais sur lesquels les paris fusent, l’île aux coqs donc se nomme Koh Ko Ricoh tandis que l’île aux poules se nomme Koh Kot et l’ile aux œufs, Koh Quille.
Sans oublier les iles de la soif Koh Chang et Koh Ka Light.

Dernier conseil d’importance : il convient d’éviter de consommer l’eau courante la bien nommée pour les occidentaux. Et pour cela il faut connaitre trois mots magiques : Chang, l’éléphant, Shinga, le lion et Léo, la panthère. Non pas que vous risquiez de rencontrer sur les plages ces animaux de légende mais que ce sont des termes bien compris des autochtones qui s’empresseront à leur nom de vous servir leurs boissons maltées parfaitement potables.

A ce propos, les toilettes locales notamment près des plages souvent sont sans papier. Seuls un récipient d’eau, une sorte de louche, très louche et quelques bahts pourront vous sortir de ce mauvais pas si vous faites le pas de franchir sous le vent thaï le vantail de leur WC pour affronter des toilettes à la turque, sans doute une résurgence de l’ancienne route de la soie.

Ainsi la Thaïlande, terre d’accueil pour et par essence, se décore, se nourrit, respire, vit aux couleurs des grandes multinationales qui contribuent à son essor économique, un peu moins à la qualité de ces plages de sable fin, parfaitement idylliques sur les cartes postales.
Elle se décore de panneaux publicitaires grands comme des terrains de football, se nourrit de plus en plus de fast-food labelisés AmériKa, respire l’air chargé des fumées des industries et de la circulation routière grouillante aux forts accents nippons et Koh-réens.
Amérika , Koh-réen mais, me direz-vous, jusqu’où s’infiltrera la culture Thaï? surtout quand nous nous observons chez les fleuristes et les centres culturels ce regain d’intérêt pour les orchidées...L’or des Thaïs, l’or floral, or qui dessine et décidera peut-être un jour l’ordre du monde...
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Miraje · il y a
Sympathique ☺☺☺ voyage ... !
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Chouchou · il y a
Mais c'est un sketch!
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