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La Terrasse

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Hermann Sboniek

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Lauréat
Sélection Jury

Recommandé

Pourquoi on a aimé ?

Sensuelle, un brin mélancolique, cette romance nous plonge dans un instant de vie amoureux – mais surtout charnel –, à l’atmosphère moite ...

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C’est une terrasse en bois au-dessus de la jungle Birmane. Elle ceinture une maison construite à flanc de colline. Sa partie la plus large semble posée sur des frangipaniers en fleurs. Puis le paysage s’étire vers l’horizon où les cimes des arbres s’écrasent sous un ciel d’orage. Confortablement installé dans un fauteuil, un livre à la main, je partage mon temps entre la lecture de cours passages et la contemplation de l’étendue sauvage devant moi.
La moustiquaire qui fait office de séparation entre le salon et la terrasse s’écarte sous la caresse légère d’une main désinvolte. Des pieds nus effleurent le sol. Elle passe comme sans me voir avant de s’appuyer sur la balustrade. Elle contemple alors les nuages qui s’amoncellent au loin.

Nous nous sommes connus il y a un peu plus d’un an à Paris. Très vite, nous sommes devenus amants, et ensuite amis. Toutefois, il n’a jamais été question de former un couple.
Elle porte cette robe que j’aime tant, les deux parties qui se referment sur le devant sont maintenues par une ceinture souple que j’ai déjà maintes fois dénouée. Souvent aussi j’ai placé ma main sur ses cuisses à peine couvertes par cette étoffe courte. Elle se tient de dos, elle a croisé les jambes et posé la pointe de son pied droit sur le plancher. Dans cette position, ses reins se sont imperceptiblement cambrés et son habit léger est venu épouser la forme de ses hanches. Au-delà de mon livre, j’ai posé mon regard sur son dos. La soie de son vêtement qui épouse le galbe de ses fesses aurait rendu indélicat le port d’un sous-vêtement, si minime soit-il.

Nous avons consacré beaucoup d’énergie à ne pas nous attacher l’un à l’autre. Nous nous sommes aussi persuadés qu’il ne fallait pas faire de notre relation une exclusivité. Nous avions pour consigne, où que nous soyons, de ne jamais finir la nuit ensemble.
Elle semble un moment observer le paysage avant de tourner légèrement la tête de mon côté. Moi, pauvre naïf, je remonte mon livre afin qu’elle ne voie pas que je l’observe. Elle relève ses longs cheveux bruns en faisant glisser ses mains le long de son cou. Sa tête penchée en avant dodeline doucement, laissant sa nuque offerte aux soupirs de la moindre brise. Maintenant, elle lâche sa chevelure qui retombe en cascade sur ses épaules, puis les bras toujours levés, et les mains jointes derrière sa tête elle s’étire langoureusement. En tendant ainsi son corps, elle fait remonter l’étoffe qui découvre les prémices du haut de ses cuisses. Elle pousse un soupir d’aise en relâchant son corps avant de reprendre sa position en appui sur la barrière de bois. Du revers de la main, j’essuie le filet de sueur qui s’est formé au-dessus de mes sourcils.

Il nous a fallu déployer des trésors d’ingéniosité pour ne pas tomber amoureux l’un de l’autre. Nous avons soigneusement évité toutes les activités des couples mariés. Jamais nous n’avons, de conserve, poussé un charriot de supermarché. Jamais nous n’avons élaboré de projets en commun, hormis quelques périodes de vacances ou week-end qui étaient uniquement consacrés au sexe.
Elle se tourne alors vers moi. Je replace une fois de plus le livre à hauteur de mes yeux. Elle s’avance lentement et me défie du regard, elle vient enfourcher ma jambe droite posée sur un petit tabouret en rotin. De ses deux mains, elle saisit le bas de sa robe et tout en s’accroupissant, elle relève le tissu souple et fin. Elle s’abaisse encore avec précaution jusqu’à ce que son entrejambe soit plaqué sur le dessus de mon pied. Elle s’empare alors de mon livre, le replie soigneusement et le laisse tomber à plat sur le sol.

Il m’est arrivé d’avoir envie de lui déclarer bien plus que de l’amitié, mais était-ce bien raisonnable, n’était-ce pas le meilleur moyen de tout gâcher ? Et puis, que demander de plus ? Nous étions jeunes et beaux, et passions tout notre temps ensemble à jouir de la vie et de ses plaisirs sans jamais nous créer d’entrave. Je ne voulais pas risquer de la perdre. J’ai été faible, je n’ai rien dit. Pourtant, il y a environ un mois, j’ai acheté une bague, comme ça, sur un coup de tête. Et depuis, j’attends, une occasion, un signe. Je sais qu’un jour elle baissera ses défenses. Je serai prêt.
Elle a planté ses yeux dans les miens. Je tends ma jambe afin de raccourcir encore l’espace entre elle et moi. Elle fait de même en remuant encore son bassin. Sa respiration s’est imperceptiblement accélérée. Elle commence à bouger. Les jambes écartées, elle frotte d’un va-et-vient lascif le bas de son ventre contre mon pied. Tout doucement au début. Je sens la moiteur de sa caresse et la chaleur envahir tous les pores de ma peau. Sensuelle, elle ondule au rythme de son souffle court. Je l’observe ouverte tout contre moi.

J’ai toujours trouvé miraculeux qu’une femme veuille bien partager avec moi son intimité. Alors je crois que j’ai fini, pour me rassurer, par me persuader qu’elle était amoureuse de moi. Je me suis dit aussi bien des fois que c’est elle qui craquerait la première et que je n’aurais qu’à la cueillir, petite fleur fragile. Et depuis, j’ai ce petit écrin plat en permanence dans ma poche. Demain peut-être ?
Elle est comme en transe, elle se frotte maintenant avec lubricité. C’est elle qui a dénoué sa ceinture avant de se débarrasser de sa robe. Totalement nue, elle semble possédée et fouette mon visage de ses cheveux que ses mouvements désordonnés projettent à tout va. Elle s’encastre littéralement sur mon pied. Je la regarde, subjugué, son plaisir semble si intense que je la laisse continuer son impudique rodéo. Elle est belle à couper le souffle. Nous restons muets. Elle, le front plissé, concentrée sur son plaisir. Moi, à la dévorer des yeux.

Nous avions convenu de jouir chacun d’une totale liberté. Il ne devait jamais y avoir de jalousie entre nous. Dans notre entourage, il n’était pas rare que certains nous envient. J’ai été me perdre dans d’autres bras, jamais je n’ai retrouvé la douceur des siens. Je sais aussi qu’elle s’est partagée avec d’autres, j’ai toujours eu la prétention de croire qu’ils ne m’égalaient pas.
Sur la terrasse, la lumière du jour a encore baissé, les nuages sont maintenant juste au-dessus de nous. Une première goutte s’écrase avec un claquement sourd sur le bois. Puis une autre, suivie d’un temps d’arrêt, comme pour marquer un signal. Et soudain le déluge. Bien peu de chose en réalité pour stopper la furie qui me chevauche. Elle apparaît, à la lueur d’un éclair, tendue et cambrée, les mains plaquées sur sa poitrine. Son ventre n’est plus qu’un tremblement. Son plaisir se répand tout autour de mon pied et quand le tonnerre résonne dans la fraction de seconde qui suit, elle jouit en criant avant de s’effondrer dans mes bras. Jamais je n’avais contemplé un tel spectacle, une telle impudeur, une telle jouissance.
Elle reste dans mes bras, ruisselante de pluie, quand elle se redresse, elle saisit mon visage entre ses mains et dépose un baiser sur mes lèvres. Elle n’a pas lâché ma tête, et me regarde fixement. Elle prend sa respiration avant de parler et je me promets intérieurement d’accepter n’importe quelle proposition qu’elle pourrait me faire.
— J’ai rencontré quelqu’un à Paris, on a décidé qu’on allait essayer de vivre ensemble. Je crois que je l’aime.
— …
— Ça t’embête ?
— …
Elle est partie prendre une douche pendant que je restais seul sur la terrasse et j’ai alors senti l’amertume pénétrer au plus profond de moi. Les yeux fixés sur sa robe de soie gorgée d’eau j’étais KO debout. J’ai ramassé mon livre aux pages boursouflées par la pluie et j’ai contemplé avec ironie la couverture, L’Amour dure trois ans, avant de le laisser tomber négligemment. Ma main a fouillé dans ma poche à la recherche du petit écrin noir. J’ai contemplé une dernière fois la bague, son brillant semblait terni, comme si la date limite de validité avait été dépassée. J’ai refermé la boîte, puis je l’ai jetée, elle a rebondi plusieurs fois sur les planches mouillées avant de basculer dans le vide après un dernier ricochet.

PRIX

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Oka N'guessan · il y a
J'adore, bravo vous avez mes voix , je vous invite aussi a aller me découvrir et de voter pour moi au passage https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-lumiere-10 merci
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Nelson Monge · il y a
Le souvenir d'Emmanuelle Arsan plane... et avec quel bonheur !
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Hermann Sboniek · il y a
Bonjour Nelson
C'est une bonne référence :-)
Merci.

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Ana Lezz · il y a
Superbement écrit. Bravo!
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Hermann Sboniek · il y a
Bonjour Ana Lezz
MERCI !! -:)

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Catherine De La Salle · il y a
Montée progressive de l'orage et de la tension érotique .... avant le déluge ! L'atmosphère est superbe.
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Hermann Sboniek · il y a
Re bonjour Catherine.
Merci beaucoup.

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Vega Vega · il y a
Très bien écrit. Très beau avec une fin... innatendue. Superbe, merci pour ce moment.
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Hermann Sboniek · il y a
Bonjour Vega Vega
Merci d'avoir été sensible à ma chute.

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Armand Armandl · il y a
merci pour ce texte écrit avec une plume légere et empreinte de beauté.
Je roule avec J'aime et Photocoplines 666.

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Hermann Sboniek · il y a
Bonsoir Armand.
Merci pour le début de ce commentaire, mais je ne comprends pas "photocoplines 666" ???
Eclairez-moi s'il vous plait.

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Armand Armandl · il y a
BONJOUR
Il s'agit de ma nouvelle.

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Hermann Sboniek · il y a
OK, merci.
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Denys de Jovilliers · il y a
Un texte bien écrit, une progression bien menée jusqu'à la rupture inattendue.
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Hermann Sboniek · il y a
Bonjour Denys.
Merci pour ce commentaire bien sympathique 😊

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Magdalena Rousseau · il y a
C'est une très belle histoire d'amour J'ai aimé ma lecture
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Hermann Sboniek · il y a
Bonjour Magdalena.
Merci et pardon pour cette réponse tardive :-)

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Evlys · il y a
C’est léger comme le souffle du vent et profond comme les sentiments que l’on peut nourrir pour l’autre!
Tout est dit ..... en transparence et sensualité.
Bravo !

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Hermann Sboniek · il y a
Merci Evlys.
Un commentaire qui éclaire mon debut de journée 😊

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