La temps est mauvais aujourd'hui

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Et si tu t'ennuies, et si vous vous ennuyez... Viens faire un tour, ici tout est court, tout est concis, tout est lége  [+]

Et chaque jour de ma vie, chaque jour de cette pitoyable vie qu’est la mienne j’aspire à quelque chose de nouveau. Devant un bol sans saveur, assise devant la télévision, sur un canapé miteux, je pose ma lourde tête sur ma main. Il semble que faire les courses soit devenu assez intéressant pour qu’on y fasse une émission. Couverture, télé réalité et bol de céréales.
Dehors, la pluie tombe, depuis des jours. Ploc. Ploc. Ploc.
Et de ma fenêtre j’observe.
Le ciel est gris, les nuages sont gros et cachent le soleil.
Une femme, son enfant, ciré jaune et parapluie. Ils traversent la route, dans les flaques, les bottes en caoutchouc, l’eau qui coule le long du visage de l’enfant dissipé et l’herbe détrempée qui glisse sous les pas.
Marcher, essuyer ses lunettes, sauter dans les flaques. Splash. Splash. Splash.
Avoir froid, être triste, la pluie c’est le meilleur moment pour pleurer : le visage est déjà mouillé.
Mettre sa capuche, le vent la retire, remettre sa capuche.
Le vent, le vent secoue les arbres, balance les feuilles, pousse les enfants et agace les parents. Whou-ou-ou. Whou-ou-ou. Whou-ou-ou.
L’eau qui coule le long du caniveau, devenue marron de saleté. L’eau tombe dans les égouts, côtoit les rats et la boue. Je les entends serpenter le long des murs, ils filent, on ne voit que leur ombre. Crr. Crr. Crr.
Le chat reste sous une voiture, il se protège. Son poil est mouillé, trop mouillé. Il a l’air perdu. Et avec des yeux ronds il regarde la pluie tomber et l’éclabousser. A chaque goutte d’eau sur son pelage il sursaute. Assis, il se nettoie de ces gouttes: assez paradoxal. Et quand il finit par s’allonger, bien au sec, il ronronne. Ron-ron. Ron-ron. Ron-ron.
Un parapluie fait de bois et d’un tissu vert bouteille se déplace. Lentement, il profite de la marche, de la promenade. Le parapluie sent le poids de l’âge, les gouttes qui arrivent à s’y engouffrer empruntent les sillons bien dessinés sur son visage. Le parapluie se déplace accompagné d’un bruit sourd qui tape sur le sol. Une main, qui tape à chaque pas, une canne, abîmée par le temps. J’entends. Clac. Clac. Clac.
Les roues dévient, elles manquent d’air. Le vélo n’aurait pas dû sortir aujourd’hui. Je suis intimement persuadée que chaque goutte qui tombe sur son front le fait regretter. Son visage se crispe : le vélo n’est pas content. Grr. Grr. Grr.
Mais sur le canapé moi non plus. Chaque jour qui passe j’aimerai bien être le vélo, la femme qui court après son fils, se chat qui sent la pluie, l'homme qui se balade, sous le parapluie, pouvoir sentir le vent, pouvoir courir comme les rats.
La seule chose que je peux sentir, moi, c’est la vie. Seule la vie bouge dans mon corps inanimé.
Je ne suis pas dans le canapé . Le bol est si près. Mais il est tout de même loin. Peu importe où je suis, mon lit, mon canapé, je resterai toujours au même endroit.
Je ne peux sentir les gouttes de pluie descendre mon visage, je ne peux sauter dans les flaques, faire du vélo ou même attraper une cuillère de ce fichu bol de céréales.
Parce que il y a un moment où cela n’a plus fonctionné. Parce qu’on a décidé que je ne méritais pas de vivre heureuse et par moi même.
Ma vie c’est survivre. C’est parler avec un air idiot parce que mon visage est figé, c’est me faire laver, me faire manger, me faire vivre.
Et même si je voulais en finir, je ne pourrais pas.
Parce que mon corps n’est qu’une charge. Une charge pour moi, pour eux, pour la société. Mon corps est mort. Je suis morte mais je vis, pourquoi ?
Parce que je regarde la télé, que j’ai un cerveau qui marche parfaitement bien, que je n’ai ni diabète ni cholestérol, que je n’ai pas de soucis de poids et que mes cheveux sont soyeux et doux, enfin je crois. Je ne peux même pas en être sûre.
Je ne suis plus qu’une âme encombré par son corps.
Aide moi, sors-moi de là. Où plutôt, laisse-moi partir.
Je passe ma vie à vouloir partir. Je n’ai même plus les muscles pour rire. Ha. Ha. Ha.
Je ne peux même pas me plaindre.


Ne me plaint pas, laisse moi mourir maintenant.
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Vicky Natche · il y a
Bravo!
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Antonia Petraroli-Renard · il y a
Bravo jeune fille tu m'as captivé e
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Janick Gallant · il y a
Ton observation est très juste et réelle

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