4
min

La souricière

Image de Blackmamba

Blackmamba

13 lectures

3

Souvent, je me rappelle: Un soir de novembre; le onze il me semble. Je ne sais plus après toutes ces années. Peut- être aussi je n'ai pas envie!
République, le Gibus, la zone; les potes, les skins les mods; les rockers les punks, les bikers...
Une soirée rock' n roll telle que nous la voulions avec mes amis...

Une voiture de circonstance:La DS. Le cri du cri pour de jeunes voyous anarchisants!
Et puis... Je passe!

Je vous passe la traversée de Paris à fond la caisse; les sens interdits, les excès de vitesse.
C'était bien, ça allait vite, trop vite sans doute; Les feux rouges ne nous renvoyaient que du vert...
La musique à fond la caisse!
Et puis... Une pause...
Place de la République: Un bar , un verre!
- Vite, action...
Bon, réaction... De la bac... (Les inspecteurs à l'époque)
Flag!!!

Nous nous retrouvons collés contre un mur avec un flingue qui tremble sur nos tempes!
- Ça fait bizarre; tu te demandes si le gars va pas péter les plombs et t'arroser!!
Direction le commissariat dans un premier temps puis déférés à la PJ.
- Ça rigole plus, ils nous ont harponnés pour l'exemple les couillons!

Tout ceci s'appelle la garde à vue pour ceux qui ne le savent pas!
Le temps passe; nous fatiguons. Physiquement et intellectuellement.

La garde à vue est faite pour cela. Te rendre à l'état de larve voir de légume et te faire craquer...
C'est juste une guerre psychologique.
Chez les keufs, au commissariat du vingtième, tu rigoles encore! Puis t'arrives à la PJ et là bon, c'est moins drôle; il faut te mettre à table avant que l'on te serve ton sandwiche!
Pourtant, t'as pas mangé depuis longtemps, mais, c'est la règle du jeu et t'as juste qu'a te taire!

Un inspecteur vient t'informer que tu va être déféré!
Au parquet!!!Direction: le dépôt. Les chaînes aux pieds, les bracelets aux poignets, tu montes estourbi dans le fourgon pénitentiaire; C'est comme dans les films; c'est tout petit; c'est fait pour empêcher toute velléité d'évasion; toute rébellion...
C'est aussi fait pour te briser...

-Le dépôt, la Souricière, voilà, nous y sommes. Ce lieu sinistre chargé d'histoire, nous n'avions pas imaginés les visiter de cette manière là!
C'est très sombre, sale et glauque.
Primo, la fouille. A poil complet; le maton derrière toi vérifie que tu n'as rien de caché dans l'anus. Il me fait tousser le gars!! Et oui rien n'a changé depuis Papillon...
Je précise que pour les femmes,la procédure est la même. Elles n'ont même pas droit au sous tif! Dès fois qu'elles se pendent!!!
Les gardiens te parquent illico presto dans une cellule grillagée d'environ quatre mètres carré avec vue sur un couloir sans fin...
Les murs sont maculés de graffitis; dès traces de vomi aussi. Certains parlent de rats et de sang sur les murs. Personnellement, je n'en ai pas vu mais vu le contexte et la misère ambiante, c'est probable...
Un chiotte à la turque et un matelas en mousse pour agrémenter ton séjour!
Une couverture en bonus!
Il semble que les conditions de détention se soient améliorées puisque qu'une cellule VIP a été aménagée avec chiotte et couche aux normes!!!

-Nous sommes deux. Pas d'échanges , pas de paroles; juste ce silence pesant et oppressant.
-Je sais là que nous sommes arrivés dans une zone de non droits; Une terre ou la démocratie n'existe plus!
Récemment, certains baveux après une visite autorisée par la chancellerie s'en sont offusqués! ( ouf après toutes ces siècles, il était temps!!!)

Mille neuf cent quatre vingt un!!! Les années Mitterrand... Le chantre de la liberté et dès inégalités!
Nous y étions...

Je pensais à cet homme pour qui j'avais une certaine affection à l'époque, au Sieur Badinter promu ministre de justice.
Je pensais à ce décalage entre ces gens de la haute et le petit peuple de gueux!

- Bon dans quelques heures, après le passage devant le juge nous devrions revoir les couleurs de Paris...

Mon codétenu restait silencieux. C'était un grand maigre, les joues creusées, la quarantaine. Il ne parlait pas et restait prostré sur sa couche.
Je lui ai demandé au bout d'un moment ce qu'il l'amenait là...
-J'ai tué m'a t' il dit! Et toi?
Telles furent ses paroles.
Ça calme. Je ne lui en ai pas demandé plus. Même dans des endroits comme celui ci, une certaine pudeur s'impose.
Je suis donc retourné à ma réflexion.

Je pensais à tous ces personnages célèbres, ces criminels petits et grands,ces innocents aussi passés dans ces sombres geôles.
Quelques noms me venaient à l'esprit:Ravaillac, Marie Antoinette, Le Grand Jaques, Action Directe,Robespierre, Danton,les gueux; les gueuses anonymes. Tous passés ou trépassés dans ces endroits
nauséabonds! Certains comme Marie Antoinette, Robespierre, Danton furent incarcérés avant leurs exécution à la conciergerie.

Dépôt, souricière, conciergerie... Des lieux de malheur que je vous conseille d'éviter...
Pas loin, un détenu hurle. Il hurle son malheur à tue tête et plombe un peu plus l’atmosphère!
-Qu'ils le fasse taire je dis à mon tueur!
-T'inquiète, ça va venir qu'il me répond.
En effet, une dizaine de minutes passent. Nous écoutons contraints et forcés ce mauvais concert de cris et hurlements. Je précise que juste au dessus de cette zone de non droits, la bourgeoisie parisienne se gausse de concerts de musique savante à la Sainte Chapelle plusieurs soirs dans la semaine!

Enfin, la matonnade entre en action façon? Ratonnade?
Encore quelque cris et puis... Le silence enfin...
- Ouf débarrassés de cette folie planant au dessus de nos geôles, il ne nous reste que le silence oppressant et la lumière blafarde pour seuls compagnons.
Tel le largo de la septième symphonie de Beethoven, ils nous accompagnent dans cet espace temps que nous ne maîtrisons plus!
En route pour l'échafaud??

-Brusquement, dès ombres!
Le garde chiourme et un gendarme entrent sur la scène. Cliquetis dans la serrure, ombres malsaines! C'est mon tour...
Je tends les bras et les pinces viennent enserrer mes poignets. Tel un chien, le gendarme à l'aide d'un mousqueton, me relie à lui avec une longe et nous allons...
Nous n'allons pas si loin puisque quelques cellules plus loin, le même bruit de serrure, la même procédure et me voilà en couple!
-Merde, un mec!
Je réfute ce mariage forcé mais suis contraint de m'y soumettre.
Le représentant de l'état nous entrave alors aux chevilles. Une chaîne nous relie! Pour le pire... Je pense au Moyen – Age! Nous en sommes proche...
Ces anneaux de fers entourant nos chevilles et nous forçant à marcher au pas cadencé est l'avilissement de l'être humain!
Tous les deux pas à pas, nous trébuchons. Le gendarme n'en a cure; il a été formé pour cela; il ne fait que son boulot!!! En bon fonctionnaire...
Nous partons alors clopin clopan. Je voudrais m'enfuir mais... Trop tard, et surtout pas possible... Pour l'instant...
Dans ce sombre dédale, me reviennent alors de sinistres images d'un film sur la résistance: Une longue travée voûtée; de sombres moellons et ces résistants que l'on fait courir et que l'on descend... A la mitrailleuse!

Enfin, nous arrivons...
Vivants et c'est l'important...
Le palais de Justice dans toute sa? Splendeur? Laideur?
Ceci est un autre débat et pour l'heure, nous y accédons sans ascenseur...
Sur ces parquets précieux, les chaînes aux pieds nous ont été ôtés. Seuls les bracelets nous restreignent de la liberté! Il faut paraître beaux!
Nous nous rapprochons de l'être humain et pourtant, en face de nous, l’inhumanité!

Seuls... Face au Magistrat!
Dur combat, mais, même en tant que primaire tu lâches rien... Et tu t'en prends plein la gueule.
Tu sais maintenant que tu vas morfler. Pourtant, la vie est faite d'espoir...

C'est le retours au point zéro. Au moins , cela m'aura promené...
Quelques heures d'attente et puis... Rebelote.
Cette fois ci, je suis seul avec mes deux amis. Chacun va son chemin avec le gendarme de son? Choix??
Au bout de la route, un mauvais escalier en chêne je crois.
En haut, une porte.
-Sonnette...
Le bleu ouvre la porte...
De l'autre côté:

La Cour!

- Dès miracles...
3

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,
Image de Keith Simmonds
Keith Simmonds · il y a
Bravo pour cette histoire si bien écrite et fascinante ! Mon vote ! Une invitation à lire “Mon Amour” qui est en FINALE pour le Prix Saint-Valentin 2018. Merci d’avance et bonne soirée!
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/mon-amour-36

·
Image de Miraje
Miraje · il y a
Comme un tourbillon qui emporte tout ... !, une spirale infernale et sans fin.
·