La souricière

il y a
4 min
62
lectures
10

En Majeur ou en mineur, ces voyelles, ces consonnes,ces bémols et ces dièses s'entremêlent pour ne former au bout du compte qu’un seul tableau ou les couleurs sombres et claires se disputent au  [+]

Souvent, je me rappelle: Un soir de novembre; le onze il me semble. Je ne sais plus après toutes ces années. Peut- être aussi je n'ai pas envie!
République, le Gibus, la zone; les potes, les skins les mods; les rockers les punks, les bikers...
Une soirée rock' n roll telle que nous la voulions avec mes amis...

Une voiture de circonstance:La DS. Le cri du cri pour de jeunes voyous anarchisants!
Et puis... Je passe!

Je vous passe la traversée de Paris à fond la caisse; les sens interdits, les excès de vitesse.
C'était bien, ça allait vite, trop vite sans doute; Les feux rouges ne nous renvoyaient que du vert...
La musique à fond la caisse!
Et puis... Une pause...
Place de la République: Un bar , un verre!
- Vite, action...
Bon, réaction... De la bac... (Les inspecteurs à l'époque)
Flag!!!

Nous nous retrouvons collés contre un mur avec un flingue qui tremble sur nos tempes!
- Ça fait bizarre; tu te demandes si le gars va pas péter les plombs et t'arroser!!
Direction le commissariat dans un premier temps puis déférés à la PJ.
- Ça rigole plus, ils nous ont harponnés pour l'exemple les couillons!

Tout ceci s'appelle la garde à vue pour ceux qui ne le savent pas!
Le temps passe; nous fatiguons. Physiquement et intellectuellement.

La garde à vue est faite pour cela. Te rendre à l'état de larve voir de légume et te faire craquer...
C'est juste une guerre psychologique.
Chez les keufs, au commissariat du vingtième, tu rigoles encore! Puis t'arrives à la PJ et là bon, c'est moins drôle; il faut te mettre à table avant que l'on te serve ton sandwich!
Pourtant, t'as pas mangé depuis longtemps, mais, c'est la règle du jeu et t'as juste qu'a te taire!

Un inspecteur vient t'informer que tu va être déféré!
Au parquet!!!Direction: le dépôt. Les chaînes aux pieds, les bracelets aux poignets, tu montes estourbi dans le fourgon pénitentiaire; C'est comme dans les films; c'est tout petit; c'est fait pour empêcher toute velléité d'évasion; toute rébellion...
C'est aussi fait pour te briser...

-Le dépôt, la Souricière, voilà, nous y sommes. Ce lieu sinistre chargé d'histoire, nous n'avions pas imaginés les visiter de cette manière là!
C'est très sombre, sale et glauque.
Primo, la fouille. A poil complet; le maton derrière toi vérifie que tu n'as rien de caché dans l'anus. Il me fait tousser le gars!! Et oui rien n'a changé depuis Papillon...
Je précise que pour les femmes,la procédure est la même. Elles n'ont même pas droit au sous tif! Dès fois qu'elles se pendent!!!
Les gardiens te parquent illico presto dans une cellule grillagée d'environ quatre mètres carré avec vue sur un couloir sans fin...
Les murs sont maculés de graffitis; dès traces de vomi aussi. Certains parlent de rats et de sang sur les murs. Personnellement, je n'en ai pas vu mais vu le contexte et la misère ambiante, c'est probable...
Un chiotte à la turque et un matelas en mousse pour agrémenter ton séjour!
Une couverture en bonus!
Il semble que les conditions de détention se soient améliorées puisque qu'une cellule VIP a été aménagée avec chiotte et couche aux normes!!!

-Nous sommes deux. Pas d'échanges , pas de paroles; juste ce silence pesant et oppressant.
-Je sais là que nous sommes arrivés dans une zone de non droit; Une terre ou la démocratie n'existe plus!
Récemment, certains baveux après une visite autorisée par la chancellerie s'en sont offusqués! ( ouf après toutes ces siècles, il était temps!!!)

Mille neuf cent quatre vingt un!!! Les années Mitterrand... Le chantre de la liberté et dès inégalités!
Nous y étions...

Je pensais à cet homme pour qui j'avais une certaine affection à l'époque, le Sieur Badinter promu ministre de justice.
Je pensais à ce décalage entre ces gens de la haute et le petit peuple de gueux!

- Bon dans quelques heures, après le passage devant le juge nous devrions revoir les couleurs de Paris...

Mon codétenu restait silencieux. C'était un grand maigre, les joues creusées, la quarantaine. Il ne parlait pas et restait prostré sur sa couche.
Je lui ai demandé au bout d'un moment ce qu'il l'amenait là...
-J'ai tué m'a t' il dit! Et toi?
Telles furent ses paroles.
Ça calme. Je ne lui en ai pas demandé plus. Même dans des endroits comme celui ci, une certaine pudeur s'impose.
Je suis donc retourné à ma réflexion.

Je pensais à tous ces personnages célèbres, ces criminels petits et grands,ces innocents aussi passés dans ces sombres geôles.
Quelques noms me venaient à l'esprit:Ravaillac, Marie Antoinette, Le Grand Jaques, Action Directe,Robespierre, Danton,les gueux; les gueuses anonymes. Tous passés ou trépassés dans ces endroits nauséabonds! Certains comme Marie Antoinette, Robespierre, Danton furent incarcérés avant leur exécution à la conciergerie.

Dépôt, souricière, conciergerie... Des lieux de malheur que je vous conseille d'éviter...
Pas loin, un détenu hurle. Il hurle son malheur à tue tête et plombe un peu plus l’atmosphère!
-Qu'ils le fasse taire je dis à mon tueur!
-T'inquiète, ça va venir qu'il me répond.
En effet, une dizaine de minutes passent. Nous écoutons contraints et forcés ce mauvais concert de cris et hurlements. Je précise que juste au dessus de cette zone de non droit, la bourgeoisie parisienne se gausse de concerts de musique savante à la Sainte Chapelle plusieurs soirs dans la semaine!

Enfin, la matonnade entre en action façon? Ratonnade?
Encore quelque cris et puis... Le silence enfin...
- Ouf débarrassés de cette folie planant au dessus de nos geôles, il ne nous reste que le silence oppressant et la lumière blafarde pour seuls compagnons.
Tel le largo de la septième symphonie de Beethoven, ils nous accompagnent dans cet espace temps que nous ne maîtrisons plus!
En route pour l'échafaud??

-Brusquement, dès ombres!
Le garde chiourme et un gendarme entrent sur la scène. Cliquetis dans la serrure, ombres malsaines! C'est mon tour...
Je tends les bras et les pinces viennent enserrer mes poignets. Tel un chien, le gendarme à l'aide d'un mousqueton, me relie à lui avec une longe et nous allons...
Nous n'allons pas si loin puisque quelques cellules plus loin, le même bruit de serrure, la même procédure et me voilà en couple!
-Merde, un mec!
Je réfute ce mariage forcé mais suis contraint de m'y soumettre.
Le fonctionnaire en l'état nous entrave alors aux chevilles. Une chaîne nous relie! Pour le pire... Je pense au Moyen – Age! Nous en sommes proche...
Ces anneaux de fers entourant nos chevilles et nous forçant à marcher au pas cadencé est l'avilissement de l'être humain!
Tous les deux pas à pas, nous trébuchons. Le gendarme n'en a cure; il a été formé pour cela; il ne fait que son boulot!!! En bon soldat...
Nous partons alors clopin-clopant. Je voudrais m'enfuir mais... Trop tard, et surtout pas possible! Pour l'instant...
Dans ce sombre dédale, me reviennent alors de sinistres images d'un film sur la résistance: Une longue travée voûtée; de sombres moellons et ces résistants que l'on fait courir et que l'on descend... A la mitrailleuse!

Enfin, nous arrivons...
Vivants et c'est l'important...
Le palais de Justice dans toute ça? Splendeur? Laideur?
Ceci est un autre débat et pour l'heure, nous y accédons sans ascenseur...
Sur ces parquets précieux, les chaînes aux pieds nous ont été ôtés. Seuls les bracelets nous restreignent de la liberté! Il faut paraître beaux!
Nous nous rapprochons de l'être humain et pourtant, en face de nous, l’inhumanité!

Seul... Face au Magistrat!
Dur combat, mais, même en tant que primaire tu lâches rien... Et tu t'en prends plein la gueule.
Après quelques questions, il me fixe tel un vautour regardant sa proie et m'interpelle:
- Je vais m'occuper de vous!
Tu sais maintenant que tu vas morfler même si la vie est faite d'espoir, d'amour (on verra plus tard) et d'eau fraîche!

C'est le retours au point zéro. Au moins , cela m'aura promené...
Quelques heures d'attente et puis... Rebelote.
Cette fois ci, je suis seul avec mes deux amis. Chacun va son chemin avec le gendarme de son? Choix?!
Au bout de la route, un mauvais escalier en chêne.
En haut, une porte.
-Sonnette...
Le bleu ouvre la porte...
De l'autre côté:

La Cour!

Dès miracles...
10
10

Un petit mot pour l'auteur ? 15 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Joëlle Brethes
Joëlle Brethes · il y a
Se retrouver dans un tel endroit pour finalement pas grand chose doit être une "expérience" traumatisante ! Est-ce autobiographique ?
Badinter était en effet un grand homme et il est vrai aussi que les condition de vie en prison se sont améliorées (!!!) mais c'est loin d'être un lieu de sinécure...

Image de Blackmamba Delabas
Blackmamba Delabas · il y a
C'est en effet autobiographique. Disons qu'au delà du traumatisme, c'est malgré tout une expérience enrichissante avec des rencontres humaines fortes.
Image de Blackmamba Delabas
Blackmamba Delabas · il y a
https://lundi.am/Garde-a-vue
Un témoignage édifiant quarante ans après...

Image de Joël Riou
Joël Riou · il y a
Les décennies passent,et l'état de délabrement de nos institutions ne fait que croître. Triste constat décrit avec réalisme. Frédéric Begbeder, dans "Un roman français " , 2009, a raconté, lui aussi, son expérience d'une garde à vue éprouvante (comme elles le sont toutes, j'imagine).
Image de F. Chironimo
F. Chironimo · il y a
Ni dieu ni maitre! vive l'anarchie! sur la 7ème de bite-au-vent, c'est génial. bravo
Image de Joëlle Brethes
Joëlle Brethes · il y a
Coucou Chiro l'anarchiste… "Génial, génial !..." tu y vas un peu fort ! ;)
Meilleurs vœux pour 2020 et bises quand même :)

Image de F. Chironimo
F. Chironimo · il y a
si par " largo de la septième symphonie de Beethoven",Blackmamba Delabas parle bien du 2ème mouvement de cette 7ème, je maintiens le mot "génial". Bonne année à toi aussi ma Jojo et grosse bise
Tiens, et puisque c'est toi, et vu que je n'ai toujours pas ton e-mail (!!) je t'invite à jeter un oeil sur ceci: https://short-edition.com/fr/oeuvre/strips/bonne-annee-31 c'est que pour toi, après ta visite, je le supprime :=))

Image de Blackmamba Delabas
Blackmamba Delabas · il y a
Le second mvt de la 7ème est noté allegretto. C'est pourtant un mouvement lent, voir très lent. Actuellement, il est souvent catalogué comme un Andante. Pour,moi les versions écoutées me font penser à un largo...
Quand au génie, c'était en effet un génie.

Image de F. Chironimo
F. Chironimo · il y a
Ok, nous parlons donc bien de la même chose. Et si cette 7ème symphonie est ma préférée, c'est bien à cause du tempo tout à fait exceptionnel de son 2ème mouvement.
merci pour ce partage.

Image de Virgo34
Virgo34 · il y a
Un texte réaliste qui donne à réfléchir sur un univers carcéral qui évolue.
Image de Ginette Flora Amouma
Ginette Flora Amouma · il y a
Un univers carcéral décrit avec réalisme , âpreté et cynisme . Même les jeux de mots et l'ironie mordante n'arrivent pas à celer ce qui est là depuis des siècles : la cour des miracles .
Image de Champolion
Champolion · il y a
Le style est nerveux et enlevé.Il "colle"parfaitement à l'histoire et sa démesure fait penser à la plainte d'un François Villon,égaré dans les années 80."Les feux rouges ne nous renvoyaient que du vert..."C'est joli.J'ai pensé à ce pauvre Vince Taylor
Champolion

Image de LES HISTOIRES DE RAC
LES HISTOIRES DE RAC · il y a
Trop bien cet texte & vos références ! Ha, le Gibus n'est plus ce qu'il était il ya 20 ans...Snif...
Image de Keith Simmonds
Keith Simmonds · il y a
Bravo pour cette histoire si bien écrite et fascinante ! Mon vote ! Une invitation à lire “Mon Amour” qui est en FINALE pour le Prix Saint-Valentin 2018. Merci d’avance et bonne soirée!
http://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/mon-amour-36

Image de M. Iraje
M. Iraje · il y a
Comme un tourbillon qui emporte tout ... !, une spirale infernale et sans fin.

Vous aimerez aussi !

Nouvelles

Perle

Michèle Thibaudin

Elle était seule devant la tombe ouverte, serrant contre sa poitrine un bouquet de neuf roses d’un rouge éclatant. Nos regards se sont croisés au moment où elle le posait délicatement sur le... [+]