La sorcière prise au piège

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Vipèreine était une jeune femme qui ne laissait personne indifférant. Pas seulement à cause de son extraordinaire beauté ou son élégance lorsqu’elle se déplaçait, mais aussi et surtout par les mauvais sorts qu’elle jetait à tout va. Ses pouvoirs étaient si puissants qu’elle se croyait immortelle, défiant les plus puissants de ce monde. En effet, elle était la descendante directe de la centième génération de sorciers et à cette occasion ses dons étaient multipliés par cent.

Un jour, elle se rendit à la boutique du cordonnier et prit deux gros et longs lacets en peau de hyène, dont elle avait besoin pour lier ses bottines. Contrariée de devoir régler sa note, elle prédit au bottier que tous les souliers allaient cauchemarder, que le cuir des bêtes s’agiterait violemment et que des serpents venimeux prendraient la place des lanières et des bobines de gros fil. Puis elle tourna ses talons pour quitter le magasin.

Ce qu’elle venait d’annoncer se réalisa aussitôt. Les bottes et les mocassins se transformèrent aussitôt en véritables masse, martelant tout ce qui se trouvait devant eux, les peaux de cuir devinrent aussi dur que de l’acier et tranchaient tout sur leur passage, les semelles, les lacets et les aiguilles devinrent d’horribles reptiles agressant et piquant tout ce qui vivait.

Dans sa folie meurtrière, Vipèreine avait négligemment oublié les cordelettes qu’elle tenait encore entre ses doigts. Elles s’enroulèrent autour de son bras et grimpèrent jusqu’au cou qu’elles serrèrent avec force. La sorcière ne pouvant prononcer la moindre formule qui la délivrerait, tomba au sol, foudroyée par la mort.





Son corps prit une coloration blanchâtre et ses lèvres rougirent. Jamais encore elle n’avait été aussi belle. Puis une fumée sortit de sa bouche, d’un feu qui la consumait de l’intérieur. En quelques minutes il ne restait d’elle qu’un petit tas de cendre que le vent éparpilla.
L’âme de Vipèreine s’éleva et monta jusqu’au ciel où les portes se fermaient devant elle. A la fin, il n’en restait qu’une seule qui restait ouverte. Des lamentations, plaintes et pleurs s’échappaient de ce sinistre endroit. Elle n’avait plus le choix et s’y dirigea.

C’était la porte de l’Enfer.

Vipèreine franchit l’entrée mais un être en feu, portant de longues cornes et une barbichette lui barra la route en lui opposant une hallebarde ardente à travers le seuil du palais. Elle ordonna au gardien de l’Enfer de se retirer devant la sorcière la plus maléfique de l’univers. Celui-ci éclata de rire, si fort que le son devenait impossible à supporter. Elle insista pour parler au maître des lieux. Mais le gardien reprit de plus belle. Alors Vipèreine se fâcha et menaça de lancer toutes les foudres de l’univers sur lui s’il persistait à rire de la sorte.
Le gardien lui dit alors : « Je suis le seul maître ici et il n’y a pas de place pour toi. Je te condamne à errer sur terre jusqu’à ce que tu trouves ton maître. C’est à cette condition que tu pourras entrer au Paradis de la souffrance. Vas ! »

Vipèreine se sentit aspirée par une force extraordinaire à laquelle elle ne put résister, qui la ramena sur terre. Son corps était translucide, quasiment invisible. Elle était devenue fantôme, contrainte à rôder pour l’éternité. En effet, de son vivant nul ne l’avait commandée et à part le Diable personne n’avait jamais décidé à sa place.

Elle se mit en route pour retrouver sa maison mais lorsque elle arriva, il ne restait plus rien. Les villageois l’avaient démoli pour récupérer les pierres, les poutres et les chevrons pour alimenter leur cheminée et les tuiles pour réparer la toiture de leur maison. Les meubles furent distribués aux plus pauvres. Le reste qui ne valait rien avait été jeté aux ordures.

Vipèreine décida de leur faire payer chèrement cette audace. Toutes les nuits elle hanterait le village.
C’est ainsi que bien des années plus tard, tout le monde restait confiné dans sa maison par peur du fantôme de la sorcière. Mais dés que le jour se levait, chacun sortait comme si de rien n’était. Et cela dura pendant plusieurs siècles.





Mais une nuit d’hiver, alors que le dernier coup de minuit sonnait au clocher de l’église, un bonhomme couvert d’un chapeau et portant un sac au bout d’une canne posée sur son épaule, traversa le bourg en sifflotant.
Contrariée par cette effronterie, Vipèreine tenait enfin sa vengeance. Elle tenta de dérober le galurin du passant mais celui-ci resta callé sur sa tête. Elle voulut tirer les poils de sa grande une barbe mais ses mains glissèrent sur l’abondante pilosité de ce curieux homme. Enfin elle hurla de toutes ses forces pour l’effrayer mais celui-ci resta de marbre, poursuivant gaillardement son chemin.
Elle le vit ensuite s’asseoir sur un petit banc de la place et s’endormir. Elle s’évertua à l’effrayer afin de l’empêcher de dormir mais cela ne servit à rien.

Au petit matin elle était épuisée, le banc était vide. Elle trouva un grenier confortable et s’assoupit sur un matelas.

C’est le moment que choisit le bonhomme pour faire un boucan de tous les diables. Vipèreine se réveilla en sursaut et le vit devant elle, calme et souriant. Puis il disparut. Elle crut avoir rêvé et s’endormit à nouveau. Quelques instants plus tard, il récidiva. Effrayée, elle tomba de son lit et revit le drôle de monsieur qui souriant devant elle avant de la quitter. Cela dura toute la journée et lorsque la nuit se présenta, l’individu attendait patiemment sur son banc.

Au premier coup de minuit, Vipèreine se présenta. Elle était très fâchée de n’avoir pas pu se reposer. Elle le fixa droit dans les yeux, pensant qu’il allait baisser les siens mais il n’en fut rien. Elle ressentit même une gêne à soutenir un regard aussi vindicatif. Mais en échange il lui adressa le plus beaux des sourires qu’elle n'ait jamais vu jusqu’à cette nuit. Il avait des yeux d’une profondeur extraordinaire où elle se perdit. Il tendit sa main et l’invita à s’asseoir auprès de lui. Elle accepta et se rendit compte qu’elle venait d’obéir.

Aussitôt une grande joie s’installa dans son cœur, elle était victime d’un coup de foudre.
C’était donc ça l’amour !

A partir de ce moment, elle devint un sympathique fantôme et tous les villageois qui purent sortir la nuit sans crainte, insistèrent auprès d’eux pour qu’ils viennent s’installer dans leur grenier.
Refusant de monter en Enfer, ils décidèrent se s’installer définitivement sous le toit de l’église et furent heureux pour le reste de l’éternité.
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