La société du désamour

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- « Suivants ! » ordonna machinalement une voix sortant d’un haut-parleur
Les murs de la salle d’attente étaient tapissés d’affiches de prévention et d’information sur la grossesse, les maladies sexuellement transmissibles, l’avortement, l’homosexualité et la bisexualité. Tout sujet était évoqué, il ne restait pas un morceau de blanc sur les murs. Des flyers et autres prospectus débordaient des présentoirs. Dans la salle, il y avait trois hommes et trois femmes, attendant silencieusement, une des femmes lisait, un homme baillait. Deux hommes entrèrent et s’approchèrent de l’accueil où un jeune homme répondit à leur requête. Les deux hommes empruntèrent un couloir puis ils disparurent dans une pièce.
Il jeta un œil sur la femme devant lui, la détailla de bas en haut, de haut en bas. Il fixa ses lèvres, pleines et rouges. Ses joues prirent une teinte pourpre et une vague de chaleur l’envahit ; il était parti loin dans ses pensées et une légère excitation envahit son corps. Il attrapa un magazine sur la santé qui traînait sur la petite table basse à sa droite et il se plongea dans une lecture qui ne le passionnait guère. La femme leva les yeux à son tour, elle regarda l’homme, son visage se pencha légèrement, inconsciemment, lui donnant un air charmant et ingénu. Elle le dévisagea un instant puis elle toussota.
- « Suivants ! » brailla à nouveau le haut-parleur
Un silence de politesse régnait dans la salle, il se leva doucement tout en observant la jeune femme qui mit un temps de plus à réagir et se lever à son tour. Elle posa alors son regard sur lui, et lui lança un sourire franc qui l’apaisa. Il lui rendit son sourire, par mimétisme. Ils s’avancèrent tous deux vers la porte, il l’ouvrit puis il referma derrière eux. La femme s’approcha de l’étagère, elle attrapa un cintre qu’elle tendit à l’homme. Il s’en saisit, retira d’abord sa veste puis son écharpe. Elle fit de même, enleva aussi ses chaussures.
- « On s’est déjà désiré auparavant ? » dit-il pour briser la glace
- « Oui, affirma-t-elle, effectivement, il y a trois semaines, je crois. Un mois peut-être ? »
- « J’en ai un bon souvenir » osa-t-il
Elle sourit et ne répondit rien. Elle fit glisser sa robe le long de sa taille, ses jambes, et la laissa choir à ses pieds. Il déboutonna sa chemise, lentement tout en la regardant. Elle vint à lui, prise d’une folle envie de l’embrasser. Elle colla son corps au sien, elle sentit qu’il la désirait. Il fut rassuré de voir que l’équipe de professionnels ne s’était pas trompée sur les critères communs, cela lui était arrivé deux fois et ce fut très gênant.
Il se dirigea vers une étagère, ouvrit un des tiroirs, et en en sortit une boîte de préservatifs. Il se tourna vers la femme et lui demanda si elle avait envie d’accessoires en particulier, ou d’autres envies. Elle fit non de la tête, il la rejoignit sur l’immense lit recouvert d’une parure aux tons rouge. Ils ne choisissaient pas les chambres, sauf cas exceptionnel : peu de demande et donc plus de chambres disponibles. Cela dit, cette chambre lui convenait et semblait convenir à la femme aussi. Ils n’échangèrent pas leur prénom cette fois.
Il l’embrassa, elle le caressa, il enleva son soutien-gorge et sa culotte ; elle fit glisser son caleçon le long de ses jambes musclées. Elle se fit la remarque qu’elle trouvait ses jambes très sexy. Ils s’embrassèrent de plus en plus langoureusement, elle descendit sa main vers le sexe de l’homme qui fit délicatement de même. Puis, d’un commun accord, il ouvrit la petite pochette du préservatif, recouvrit son sexe avec puis il se positionna au dessus de la femme et la pénétra. Cela dura dix minutes, ils prirent tous deux du plaisir et ils se quittèrent ravis.
En sortant, il la laissa déposer les clés à l’accueil ; ils repartirent chacun avec un questionnaire de satisfaction puis passèrent voir leur infirmière respective pour le bilan de routine. Enfin, ils quittèrent les lieux. Lui rentra chez lui pour poursuivre les épisodes de sa série télévisée. Elle, passa par chez elle pour se changer puis elle rejoignit d’autres femmes de son âge pour aller danser. Elle appréciait la danse et était plutôt douée.
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- « J’ai décidé de passer au stade de la procréation. » dit une des jeunes femmes
- « Ha oui, tu en es sûre ? Toi qui profite de tes jours de libre pour voyager, tu vas en être privée pendant plusieurs mois ? »
- «  Oui, je le sais, continua la jeune femme, mais j’en ai l’envie et puis je trouve ça important de le faire. »
- « Moi, jamais ! » s’exclama une autre jeune femme.
Elle haussa les épaules et toutes acquiescèrent machinalement en avalant une gorgée de vin rouge. Après tout, si cela était son choix, libre à elle de le faire.
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A maintenant 18 ans, je passais dans la cour des grands. J'avais réussi à obtenir mon diplôme de fin de scolarité avec brio, les félicitations des professeurs et j'avais signé pour une période d'essai de trois mois au sein d'un journal local. J'étais très satisfait. Toute ma scolarité avait été tournée vers cette envie d'écrire et de communiquer les informations. De nature curieuse, je m'étais toujours intéressé aux autres, au monde et à notre futur. Encouragé par mes professeurs de langue et de communication, j'avais poursuivi dans cette voie avec conviction.
A 16 ans, quand je quittai le foyer d'hébergement temporaire pour mineur, afin d'emménager dans un studio de transition; on me proposa d'acheter mon propre ordinateur et de participer à la rédaction d'articles pour le magazine culturel des jeunes du campus. J'acceptai avec fierté. Je rencontrai des camarades avec qui nous partagions le même intérêt pour l'art et les mouvements artistiques modernes, notamment la mise en valeur de la "jeunesse artiste". Nous soutenions nos camarades musiciens, peintres, comédiens en évoquant régulièrement leur talent dans notre magazine. Parfois, nous nous faisions aussi critiques plus acerbes si nous étions déçus.
A 17 ans, un soir où nous étions réunis pour proposer différents sujets d'article, Lisa s'assit à côté de moi. Lisa avait 16 ans, elle était belle et cultivée. J'éprouvais de la sympathie à son égard. Mais ce soir-là, quand elle vint s'asseoir près de moi, qu'elle commença à échanger avec moi à propos d'un nouveau groupe de musique; je sentis la chaire à l'intérieur de mes mains devenir moite, l'entièreté de mon corps devenir chaud et mes yeux ne pouvaient plus s'empêcher de fixer ses lèvres roses qui semblaient appétissantes. Je ne compris pas de suite ce qui m'arrivait, j'en fus très perturbé. Quand la réunion fut terminée, deux des rédacteurs avec qui je discutais beaucoup en buvant des bières le soir, me proposèrent de nous installer sur la terrasse, ils avaient apporté une bouteille de vin et l'un d'eux avait sorti un sachet d'herbe. J'en goûtai pour la première fois. Je m'évaporai dans un autre état d'esprit, un autre territoire. Pris d'un engouement soudain, je leur racontai alors ce qui s'était produit au contact de Lisa quelques heures plus tôt.
-" C'est tout à fait normal, répondit calmement Thomas, tu es en train de devenir mûr pour désirer une autre personne. C’est-à-dire, pour la faire à la prof de SVT, tu es prêt pour entretenir une relation sexuelle avec une personne pour laquelle tu éprouves du désir."
Ernest, l'autre compagnon, acquiesça, pas surpris non plus par ma requête. Il poursuivit:
- "Moi ça m'est arrivé il y a six mois. Tu connais un peu la procédure? Est-ce que tes tuteurs t'en ont parlé?"
- "Non, répondis-je un peu intimidé, absolument pas...Je connaissais vaguement ce passage mais quoi, quand, comment...
Thomas écrasa son mégot dans le cendrier et renchérit, agacé:
- "Ha, ça m'énerve ça. Tous les tuteurs sont pas éduqués de la même façon j'ai l'impression. Ils sont supposés nous parler de tout ça et nous préparer à notre avenir, c'est dingue, merde..."
Je baissais les yeux et un silence s'installa. Je frissonnai. Ernest conclut:
- "Ecoute, tu peux aller directement au centre de désirs sexuels pour en parler avec un ou une infirmière, il y a aussi des médecins; toute une équipe qui est là pour répondre à tes questions. Tu peux aussi aller voir Lisa et lui faire part de ton ressenti éprouvé à son sujet, si c'est réciproque, vous pouvez aller tous les deux là-bas.
J'étais interloqué par cette nouvelle partie de ma vie qui m'était inconnue, nous en parlions peu, voire pas du tout entre nous. Et si Lisa ne me désirait pas et ne voulait pas que nous passions au stade supérieur en nous désirant sexuellement, comment allais-je faire? Allais-je éprouver cela souvent? Longtemps? Pour d'autres personnes? J'avais la tête soudainement remplie de questionnements. Ernest me rassura, il avait désiré un garçon plus âgé que lui six mois auparavant. Cependant le jeune homme concerné ne ressentait pas de désir pour Ernest, il déclina donc la proposition. Frustré, Ernest se rendit au centre de désirs sexuels sur les conseils de sa tutrice. Là-bas, on lui fit remplir un questionnaire. A la fin du questionnaire, on présentait plusieurs partenaires potentiellement aptes à se désirer mutuellement. Si le cas se présentait, ils pouvaient avoir des rapports sexuels. Le cas échéant, il fallait être patient, revenir plus tard ou repasser le questionnaire en modifiant certains critères.
- "On m'a dit que j'étais bisexuel. C’est-à-dire que je peux éprouver du désir autant pour un homme que pour une femme. Ils m'ont fait rencontré cette fille, elle avait 17 ans, nous avons échangé quelques instants. J'ai ressenti la même chose que toi dans le corps, elle aussi. Tout est expliqué, ils sont à l'écoute et bienveillants, c'était un moment très agréable pour une première fois.
- "On dit souvent que c'est nul la première fois, enchaîna Thomas. J'espère que ça se passera bien."
Ernest sourit. Nous finîmes la bouteille de vin, je rentrai dans mon studio plus serein. J'allais être patient, je voulais attendre de revoir Lisa plusieurs fois pour confirmer ce que mon corps avait ressenti aujourd'hui. Ensuite, je lui demanderais si elle souhaitait aller plus loin.
Le soir, dans mon lit, en pensant à elle, une forte vague de chaleur m'envahit. Je sentis que mon corps était en manque, je crus d'abord que la drogue fumée le soir même me rendait dans cet état. Mais Lisa se promenant dans ma tête, ses lèvres rosées, son bras nu contre le mien...mon corps parlait pour moi. Mon sexe se durcit, cela m'était arrivé le matin mais c'était différent. C'est comme si ce membre faisant parti de moi voulait se libérer, me libérer d'une drôle d'emprise. Naturellement, j'approchai ma main de mon pénis. Je passai d'abord le bout de mes doigts, doucement, les yeux clos; je vis Lisa allongée lascivement près de moi en petite culotte noire. Ma main saisit fermement mon sexe, je me mordillai la lèvre inférieure. Lisa, vraiment, un être pouvait créer autant de surprises et de désirs en moi?
Je restai quelques minutes, allongé sans bouger, le corps et l'esprit à demi soulagé. C'était donc ça, depuis quelques années, qu'il aurait fallu que je fasse pour me sentir plus léger parfois. Pourquoi mes tuteurs ne m'avaient jamais parlé de ça? Ils m'avaient rabâché des discours sur la religion mais je ne m'y intéressais pas et leur avait souvent fait remarquer. Ils m'avaient d'abord encouragé à donner de mon temps pour des associations et me voyaient dans le milieu médical. C'était toute la difficulté des tuteurs vis-à-vis des enfants, on appartenait pas toujours au même monde, avec les mêmes envies. Ils s'étaient ravisés, avaient soutenu mes projets. Mais en terme d'intime, de sexualité; jamais ils ne m'avaient aiguillé. J'avais maintenant découvert une autre part de qui j'étais, qui nous étions. Je me sentis bien. J'avais presque hâte de parler à Lisa, j'étais rassuré de savoir que si ce n'était pas réciproque; il y avait toujours possibilité de faire une autre rencontre au centre.
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