La route du Ponant

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Les cloches de l'église sonnaient six heures lorsque Mathilde ouvrit les volets de la salle à manger. À quatre-vingts ans, elle passait le plus clair de son temps derrière la porte-fenêtre dont le rideau demeurait tiré l'après-midi.
Aigrie par les épreuves de la vie, la vieille femme, qui portait le deuil depuis le décès de son mari survenu accidentellement une trentaine d'années plus tôt, avait le visage fermé des gens méfiants. En réalité, Mathilde était une taiseuse, une Cauchoise de souche qui ne livrait rien d'elle à la curiosité d'autrui. Mais elle aimait écouter les rumeurs, glaner des informations susceptibles de lui fournir matière à commérages, inventer au besoin des histoires pour s'attirer la sympathie de ceux qui ne la connaissaient pas encore.
Très jeune, la vie avait déjà endurci son caractère en lui imposant de nombreux malheurs. À l'âge de huit ans, elle avait perdu ses parents pendant la guerre, au cours d'un bombardement. Recueillis, avec son frère cadet, par un oncle et une tante du côté paternel, les deux enfants, malgré leur jeune âge, avaient dû faire leur part de travaux dans la ferme. Mathilde n'avait jamais rechigné devant l'ouvrage. Dure au travail, dure au mal !
Puis, les ans étaient passés, continuant de l'accabler de mille maux qui avaient fini par user son corps et son âme.
L'année de ses soixante-dix-neuf ans, une arthrose invalidante l'avait contrainte à garder le fauteuil, derrière la porte-fenêtre. Ce handicap la privait inopportunément de son passe-temps favori. Elle en était désormais réduite à héler ses connaissances qui, lorsqu'elles passaient devant sa maison, pouvaient la tenir au courant des derniers potins du village et de ses environs. Seule consolation, Mathilde avait développé un instinct particulier : elle devinait ce que ses interlocuteurs tentaient de lui dissimuler. Elle devait sans doute ce talent à la sagacité de son esprit et à son expérience.
Ah ! Comme elle aurait préféré habiter ce petit trois-pièces, juste en face de l'église, au cœur du village. Du vivant de Léon, il avait longtemps été affiché à la vente. Mais son mari n'avait jamais accepté de céder l'héritage familial, et Mathilde, rancunière, ne lui pardonnait toujours pas son entêtement qui la privait, à présent, d'une vie sociale plus animée. Elle adressait les mêmes griefs à Antoine, leur fils unique, qui avait hérité à son tour de la vieille maison paternelle envers laquelle il manifestait le même attachement. « Avait-i besoin d'être pareil que son pé, çui-là ! » se lamentait Mathilde, maintenue, contre son gré, dans la demeure où elle avait passé presque toute sa vie.
À l'époque où elle était encore alerte, elle aimait bien aller à l'église. Elle y priait matin et soir. Enfin, c'était la vision que les gens avaient d'elle. En fait, elle puisait dans ces quelques moments de sérénité l'énergie qui commençait à lui faire vraiment défaut. Et puis, elle aimait bien l'ancien curé, un brave homme proche de ses paroissiens, qui prenait toujours le temps de l'écouter et de la réconforter.
Cependant, son état de santé s'étant dégradé au début du printemps dernier, le vieil homme avait demandé sa mise à la retraite et était reparti près de Bordeaux, à Libourne, d'où il était originaire. Mathilde avait été bien désolée de perdre son confident.

Le nouveau prêtre ne bénéficiait pas de la même aura aux yeux de Mathilde. C'était un prêtre-ouvrier qui se partageait entre ses obligations professionnelles et son ministère. Elle le jugeait trop jeune, avec sa cinquantaine insolente de vitalités, et lui reprochait d'être trop occupé pour lui consacrer un peu de son temps.
À dire vrai, le prêtre n'appréciait guère la tournure que prenait souvent la conversation avec son indiscrète paroissienne. Il le lui avait fait comprendre, avec des mots choisis, car il ne voulait pas la vexer, mais Mathilde, contrariée, avait finalement cessé de fréquenter l'église.
Ce matin encore, la vieille femme guettait, malgré l'heure matinale, le passage d'une autre commère.
Soudain, elle frissonna. Un événement insolite survenu la veille lui revint brusquement en mémoire. Inquiète, elle tendit le cou vers la grande maison située au carrefour de la route du Ponant et de l'artère principale du village. La mine revêche, elle fixa la demeure bourgeoise dont on avait ouvert les volets la veille au soir.
Que signifiait ce changement ? Qui était venu dans la maison inhabitée depuis un an ? Hier soir, Mathilde aurait bien voulu faire le guet pour le savoir, mais, comme chaque soir, son fils et sa belle-fille étaient venus la chercher pour souper. Quand ils l'avaient ramenée chez elle, les volets étaient de nouveau clos et aucune lumière ne filtrait. Elle s'était couchée sur ses interrogations, puis s'était laissée emporter par le sommeil.
Mathilde soupira. Elle allait refermer la porte-fenêtre quand une voiture se gara devant la propriété. Intriguée, elle attendit, se demandant qui pouvait venir à une heure si matinale.
Un homme sortit du véhicule. Se sentant observé, il se tourna, avisa la vieille femme qui le considérait, appuyée contre un battant de la baie.
— Oh ! marmonna-t-elle avec un mouvement de recul, c'est ben lui ! Cha, c'est oco du malhu qui s'annonce !
L'homme traversa la rue à grandes enjambées et avança jusqu'à Mathilde.
Elle fixait l'homme, paralysée par la peur.
— Alors Mathilde, lui lança-t-il d'une voix grave dont elle se remit le timbre chaud, si familier par le passé, toujours à observer les faits et gestes de vos voisins ?
Puis, se campant devant elle, il ajouta, le regard dur :
— Vous ne pensiez pas que je reviendrais, n'est-ce pas, Mathilde ? Il vous faudra pourtant compter bientôt avec ma présence !
L'interpellée arrondit la bouche sur un « oh ! » qu'elle ne prononça pas et referma vivement la porte-fenêtre.
Elle tira rageusement le rideau et se laissa choir dans son fauteuil, en proie à un tremblement incontrôlable.
L'homme retourna vers la grande maison, un curieux sourire sur les lèvres. Pourtant, le passant qui aurait croisé son chemin à ce moment précis aurait pu lire dans ses yeux gris et froids un mélange de tristesse, d'amertume et de colère.
Arrivé près de la grille, il se retourna en murmurant : « Pourquoi, Mathilde ? Pourquoi avoir fait tout ce mal ? »

Jacques Lecacheur était un solide gaillard d'une trentaine d'années. Sa physionomie, non dénuée de charme, son visage aux traits anguleux, traduisaient un caractère entier, peu soucieux des compromis. Ses yeux à l'éclat métallique confortaient cette impression de dureté. C'est qu'il ne souriait guère depuis ce terrible soir d'orage où sa vie avait été bouleversée.
Ce jour-là, un dossier urgent l'avait retenu à son bureau. Lorsqu'il avait enfin pu se libérer, vers vingt heures, il avait assisté au déchaînement des éléments. Pluie, vent, orage s'étaient abattus sur toute la région.
La tempête avait provoqué des dégâts considérables. Jacques Lecacheur avait mis plus d'une heure pour regagner son domicile en raison de la chute d'un arbre en travers de la départementale 234, qui avait nécessité l'intervention des pompiers.
Jacques Lecacheur avait pris son mal en patience. Quand il avait pu continuer sa route, un sentiment étrange l'avait envahi, s'accroissant au fur et à mesure qu'il approchait de son domicile, allant jusqu'à la crise d'angoisse. Il avait dû arrêter son véhicule au bord de la départementale, le temps de reprendre le contrôle de lui-même.
Il avait ensuite roulé comme un fou sur le dernier kilomètre qui le séparait encore de la maison de caractère qu'il avait acheté trois ans plus tôt, avant le décès accidentel de ses parents.
Depuis, il s'occupait d'Isabelle, sa jeune sœur alors âgée de quatorze ans.
La jeune fille avait gardé de graves séquelles de l'accident. Elle avait eu les deux jambes brisées. Ses fractures multiples la contraignaient encore à se déplacer à l'aide de béquilles, en attendant l'ultime intervention chirurgicale qui lui rendrait l'usage normal de ses jambes.
Isabelle, psychologiquement fragile, avait une peur irraisonnée de perdre l'équilibre et de tomber. À cette phobie, était venu s'ajouter un sentiment intense de culpabilité, car elle avait assisté, impuissante, à l'agonie de ses parents. La voiture avait dévalé une pente avant de s'immobiliser contre un arbre. Blessée, coincée à l'arrière de la voiture, l'adolescente n'avait rien pu faire pour les soulager. À l'arrivée des secours, elle ressentait déjà de graves troubles psychologiques et son esprit avait basculé dans un monde chimérique où il avait trouvé refuge pendant plusieurs jours.
En attendant de retrouver son autonomie, Isabelle occupait une pièce que son frère avait fait spécialement aménager au rez-de-chaussée de la maison bourgeoise à la façade harmonieusement recouverte de vigne vierge.

Ce soir-là, Jacques, en s'engageant sur la route du Ponant, avait croisé une ambulance qui s'était éloignée à vive allure, gyrophare allumé et sirène hurlante. Puis, devant sa maison, il avait aperçu les pompiers et les policiers qui s'affairaient.
Il s'était vite garé.
— Monsieur Lecacheur ? lui avait demandé un jeune policier.
— C'est moi, s'était-il entendu répondre d'une voix tremblante. Que se passe-t-il ici ?
— C'est votre sœur... elle a eu un accident...
— Un accident ! avait-il répété, déconcerté.
De quel genre d'accident Isabelle avait-elle pu être la victime ? Elle refusait de quitter la maison sans lui. Jacques s'était cru en plein cauchemar. Énervé, il avait bousculé le policier, lequel, se tenant dans l'encadrement de la porte, l'empêchait de pénétrer à l'intérieur.
— Calmez-vous, monsieur Lecacheur, votre sœur n'est plus là, on vient de l'emmener aux urgences de Colmoulins.
Jacques avait compris... L'ambulance, croisée sur la route tout à l'heure...
Il avait essuyé son front trempé de sueur. Puis, en un geste d'impuissance, il avait laissé tomber ses bras le long de son corps.
— Comment va-t-elle ? Que lui est-il arrivé, bon sang ? Expliquez-moi !
— Venez avec moi, avait simplement répondu le policier, la mine renfrognée.
Une fois à l'intérieur de la maison, il avait désigné un fauteuil à Jacques. Machinalement, celui-ci s'y était laissé tomber.
— Allez-vous enfin m'expliquer ! explosa-t-il soudain, emporté par l'inquiétude et la colère.
Le policier avait plongé son regard dans les yeux de Jacques dont les traits s'étaient creusés davantage.
— Comme je vous l'ai déjà dit, monsieur Lecacheur, lâcha-t-il en fronçant les sourcils, votre sœur a eu un accident...
Puis, après avoir laissé passer un blanc pendant lequel ses yeux n'avaient pas cessé de dévisager son interlocuteur :
— Elle est tombée du haut de l'escalier.
— Mais... que faisait-elle à l'étage ? s'était exclamé Jacques, interloqué. Isabelle est handicapée et elle panique à la seule idée de tomber ! Elle ne se serait pas risquée à emprunter l'escalier, seule !
— Justement, monsieur Lecacheur, votre sœur n'était pas seule, précisa le policier sur un ton mielleux. Madame Fouchard était avec elle. Vous la connaissez bien, je suppose ?
— Mathilde ? Oui... C'est une voisine, elle vient souvent tenir compagnie à Isabelle, mais...
— Madame Fouchard a attiré notre attention par son attitude pour le moins équivoque. Elle a fini par nous avouer être à l'origine de l'imprudence commise par votre sœur. Madame Fouchard, selon ses dires, se serait moquée des craintes de la jeune fille.
Jacques Lecacheur avait blêmi en serrant les poings.
— Ce n'est pas tout. Elle a affirmé à la jeune Isabelle que cela vous arrangeait bien de savoir celle-ci confinée au rez-de-chaussée.
— Ainsi donc, tout est de sa faute ! J'aurais dû la mettre dehors depuis longtemps !
Jacques avait respiré un grand coup avant de continuer :
— Mathilde s'était présentée ici en apprenant que je cherchais quelqu'un pour tenir compagnie à Isabelle. Vous comprenez, mon travail me tient toute la journée à l'extérieur, je n'ai pas le temps de rentrer le midi. Il était hors de question de laisser ma sœur seule, si longtemps. Son handicap, sa dépression...
— Madame Fouchard était donc bien là avec votre accord ? avait demandé le policier tout en prenant des notes.
— Oui, si on veut. Mais...
Le policier avait relevé la tête devant son hésitation. Le stylo bille resté en suspens au-dessus de son bloc-notes, il avait répété, en arquant ses sourcils :
— Mais...
— Je n'avais guère confiance en Mathilde. Cette femme semblait très imbue de sa personne, prompte à se mêler de tout, particulièrement de ce qui ne la regardait pas.
— Pourquoi l'avoir prise à votre service dans ces conditions ?
— Parce qu'elle a su toucher Isabelle ! Ma sœur était totalement subjuguée par Mathilde. Elle ne jurait que par cette femme ! Je n'ai pas eu le cœur de la contrarier, j'ai accepté la présence de Mathilde, avait soupiré Jacques. Je regrette amèrement. Si je m'étais montré plus ferme, plus responsable, il ne serait rien arrivé, ma sœur n'aurait pas commis une telle imprudence. Cependant, il y a une chose que je ne comprends pas...
— Laquelle, monsieur ?
— Mathilde a prétendu que j'étais satisfait parce qu'Isabelle ne pouvait accéder à l'étage ? Pourquoi ?
— Je ne saurais vous répondre, madame Fouchard n'a donné aucune explication à ce propos. La chute accidentelle étant définitivement établie grâce à la déposition d'une amie de votre sœur qui a assisté à la scène. Aussi nous n'avons pas jugé utile alors d'insister sur les inventions, voire les ragots, colportés par cette personne.
— Comment ma sœur a-t-elle pu croire ces mensonges ! s'était exclamé Jacques, accablé, la tête entre les mains.
— Qui vous dit qu'elle les a crus ? N'est-ce pas plutôt la volonté de paraître forte devant son amie, alors qu'elle était piquée au vif par les allégations de Mathilde Fouchard, qui a poussé votre sœur à commettre cette imprudence ?
Le policier avait ajouté, après avoir observé son interlocuteur :
— Si j'étais à votre place, je ne m'accablerais pas de reproches. Et je n'en voudrais pas à ma sœur. Elle est jeune, vulnérable, elle n'a pas réalisé la dangerosité de la situation dans laquelle elle s'est fourvoyée.

Il avait refermé son carnet de notes quand l'un de ses confrères accourut vers lui. L'homme avait murmuré quelques mots à son oreille.
— Bien, monsieur Lecacheur, nous en resterons là pour aujourd'hui. Vous pouvez déposer une plainte si vous le souhaitez, mais, en toute franchise, l'affaire sera vite classée. Nous ne pouvons en effet retenir aucun motif d'inculpation contre Mathilde Fouchard, avait-il ajouté, la voix chargée de regrets.
Le policier avait alors salué Jacques avant d'emboîter le pas à son collègue.
Jacques s'en souvenait encore, l'orage grondait toujours et l'air semblait chargé d'électricité. Planté là, au pied de l'escalier, il avait tourné et retourné dans sa tête les informations fournies par le policier. Puis, il était allé se rafraîchir et avait pris le volant, en direction d'Harfleur où Isabelle avait été admise aux urgences de la clinique du Petit Colmoulins.
La jeune fille était dans le coma. Le médecin n'avait guère laissé d'espoir à Jacques qui avait fini par rentrer chez lui, sur son conseil. Il avait conduit dans un état second, tout en essuyant machinalement les larmes qui coulaient sur ses joues. Il n'avait plus qu'Isabelle au monde. Que deviendrait-il, avait-il pensé égoïstement, sans cette jeune sœur pour laquelle il avait renoncé à une vie riche d'expériences à l'étranger ? Si Isabelle devait mourir, il ne se le pardonnerait jamais.

Cette nuit-là, la lune éclairait discrètement la campagne cauchoise qui avait retrouvé son calme avec la fin de l'orage. L'astre dessinait, dans son halo, les silhouettes des arbres et des habitations.
Jacques Lecacheur n'avait pas porté attention à son environnement. Pas plus qu'il n'avait dormi, une fois dans la grande demeure vide et silencieuse. Il était trop angoissé, craignant d'entendre la sonnerie du téléphone. Finalement, n'y tenant plus, c'était lui qui avait appelé la clinique vers sept heures pour apprendre que l'état d'Isabelle était stationnaire.
Quelques jours plus tard, elle était sortie du coma et avait été capable d'expliquer les raisons de son imprudence : Mathilde lui avait affirmé que son frère avait une maîtresse, et que celle-ci exigeait le départ d'Isabelle afin de s'installer, sans aucune contrainte, dans les lieux. Mathilde avait aussitôt ajouté que la femme en question avait déjà apporté certaines de ses affaires, profitant de l'absence d'Isabelle quand elle partait avec Jacques à ses séances de rééducation chez un kinésithérapeute du Havre, et qu'il suffisait à celle-ci de monter au premier étage pour s'en rendre compte par elle-même.
Forte de la confiance qu'elle avait en Mathilde, piquée au vif devant Jessy, son amie, blessée dans son amour exclusif d'adolescente pour son grand frère, la jeune fille, présumant de ses forces, s'était laissé berner.

Les mois avaient passé depuis cette mésaventure, Isabelle avait réalisé ses erreurs et réagi. Elle s'était remise de son traumatisme crânien. Puis, le chirurgien l'avait jugée apte à subir l'opération qui lui rendrait un usage quasi normal de ses jambes, et l'intervention avait été une réussite. Seule, subsistait une légère claudication dont la jeune fille s'accommodait.
Jacques, quant à lui, avait rencontré le grand amour de sa vie. Karine avait été mutée dans son agence et cela avait été le coup de foudre entre eux. Leur mariage était prévu pour la fin de l'année, et Isabelle, qui avait trouvé une affectueuse complice en Karine, se réjouissait du bonheur de son frère.
Enfin remise moralement et physiquement, la jeune fille, soutenue par sa future belle-sœur, avait insisté pour retourner vivre dans la grande maison dont elle aimait tant le charme désuet. Jacques, d'abord réticent, l'esprit encombré par un sombre désir de vengeance, avait fini par se laisser convaincre. Il était donc revenu route du Ponant pour préparer la maison à leur prochain emménagement.
Le soleil était déjà haut dans le ciel. Jacques ouvrit la portière de sa voiture, s'installa au volant et démarra.
Cachée derrière ses rideaux, Mathilde surveillait. Elle s'était remémoré les événements, et les pensées se bousculaient dans sa tête. Lorsque Jacques redescendit de voiture et traversa prestement la rue principale en direction de sa maison, elle prit peur.
Il frappa à sa porte-fenêtre.
— Je sais que vous êtes là, derrière vos rideaux, Mathilde, dit-il à voix haute, vous n'avez rien perdu de vos mauvaises habitudes à ce que je vois, n'est-ce pas ?
Puis, sourdement :
— Je vous en voulais, Mathilde, et j'étais résolu à me venger de vous en revenant ici, mais lorsque je vous ai vue hier soir, infirme et tremblante de peur, si pitoyable finalement, mon ressentiment a totalement disparu. Je vous plains, Mathilde, votre déclin irrémédiable est votre plus grande punition.
Sur ces paroles, Jacques Lecacheur, délivré de la haine qui avait empoisonné son cœur pendant une longue année, tourna les talons et s'éloigna en souriant.
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Ginette Flora Amouma · il y a
Je suis contente de vous retrouver parmi mes abonnés .
Vous mettez en place des personnages qui évoluent selon une démarche psychologique qui donne une intensité particulière à votre écriture.
Bonne reprise , Marie- Hélène.

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Marie-Hélène De Sépulveda Fontès · il y a
Merci beaucoup, Ginette. J'aime beaucoup ce que vous faites passer à travers vos oeuvres. Je vous souhaite une bonne continuation.
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Frédéric Gérard · il y a
Savoir refouler sa haine. Une belle histoire captivante. Je vous souhaite un long parcours
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Marie-Hélène De Sépulveda Fontès · il y a
Je vous remercie.

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