La rose des sables ( 1 ère partie )

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Toute ma vie a été bercée par la littérature, la poésie, et le théâtre. J'ai pris la plume très tôt, et bien que légère elle donna du poids à mes mots, qui devinrent des récits, des  [+]

Il y avait une fois, dans une contrée lointaine, très lointaine, une petite fille qui se prénommait Mehraban. Ses parents, qui étaient très pauvres, l'abandonnèrent le jour de sa naissance. Ils creusèrent un trou dans le sable du désert de Yazd, la ville des attrape-vents, dès l'aube, et y enfouirent son berceau. Elle dormait encore lorsque sa maman déposa un baiser sur son front, versa une larme, et partit sans se retourner.

— Ne t'inquiète pas, balbutia Izmir, le père. Beaucoup de caravaniers et de marchands passent par cette route. Quelqu'un la trouvera certainement avant la fin de la journée, l'adoptera et lui offrira une bien meilleure vie que celle que nous pouvons lui offrir.
— Es-tu sûr que nous avons fait le bon choix, mon cher mari ? demanda Azadeh, la maman.
— Aie confiance en la destinée, murmura Izmir, la gorge nouée, aie confiance.

Et ils rebroussèrent chemin, le cœur lourd et les yeux humides. Les premières lueurs du soleil caressèrent le berceau, mais Mehraban dormait toujours. Les heures et les jours passèrent, et personne ne vint par ce chemin. Cela faisait maintenant depuis trois lunes que la petite fille ne s'était pas réveillée, mais voilà qu'un beau matin, un vieil homme sur son chameau arriva à proximité :

— Ho ! Mais qu'est-ce c'est ? Qu'est-ce que je vois là ? Par tous les grains de sable du désert, mais c'est un nouveau né !!! Ho ! Arrête-toi Massar !

Le vieux Bachir, marchand d'épices et de plantes médicinales de la cité de Shiraz, intima à sa monture, son chameau Massar, de s'arrêter. Il en descendit promptement, et d'un pas élancé se précipita vers le petit corps endormi dans son berceau.

— Par la barbe d'Uruk !!! Ce bébé a été piqué et mordu par des scorpions et des serpents ! J'espère que je pourrais encore le sauver.

Bachir recouvrit le berceau d'un linge mouillé, l'accrocha à sa monture et le conduisit dans sa maison des sables, à Sippar.

— C'est un signe du destin ! balbutia t-il. Tu es mon petit miracle ! Toute ma vie j'ai attendu d'avoir un enfant, j'ai attendu en vain. Et maintenant que me voici arrivé au crépuscule de ma vie, tu bouscules mes vieux jours de ta délicate et frêle présence. Je serai bon avec toi, ma petite rose des sables. C'est ainsi que je t'appelle car c'est ainsi que tu m'es apparue, telle une rose, toute rose, au milieu du sable jaune de cette étendue désertique. Je je soignerai, je chasserai de ton corps toutes ces vilaines blessures, je t'éduquerai, je t'apprendrai tous les secrets des plantes qui guérissent, secrets que je tiens moi-même de mes ancêtres, je t'apprendrai à connaître les étoiles et les constellations, jusqu'à ce que tu puisses toutes les nommer et trouver ton chemin dans la nuit. Je t'apprendrai les mots qui font du bien et qui apaisent l'âme et éloignent le chagrin, les mots qui apportent du réconfort, et bien d'autres sciences encore. Je t'apprendrai à bâtir des maisons dans le sable, à y faire du feu, et à y cuire de bonnes choses qui apaisent la faim. Je t'apprendrai à monter les vaisseaux du désert, à charmer les serpents, à concocter des onguents qui éloignent les vils insectes, ainsi qu'à fabriquer des vases en terre. Je t'apprendrai les arts et la musique. Je te nomme Ismalia.

Les années se succédèrent, et Bachir tint sa promesse. Il prit soin de sa petite rose des sables et lui enseigna les sciences et l'art. Ismalia devint une jeune fille d'une beauté inégalée. De magnifiques yeux pers, et de longs cheveux noirs et bouclés.

Un soir, par une nuit étoilée, Ismalia, au coin du feu, lisait un grimoire sur le langage des différentes espèces animales, quand soudain :


— Bachir, Bachir, réveille-toi, vite , réveille-toi !
— Qu'est... qu'est ce que c'est que tout ce vacarme ?
— Regarde, une étoile rouge vient de faire son apparition, je ne l'avais jamais vu auparavant !
— Par la barbe de mes aïeux...
— Qu'est-ce qu'il y a Bachir, pourquoi dis-tu ça ?
— C'est l'étoile de Beltegeuse, de la constellation d'Orion. Elle n'est visible que tous les cent-vingt ans. Mes ancêtres prédirent jadis, que lorsque le vieil homme à la longue barbe, qui recueillit la petite fille désert la verra, alors, ses jours seront comptés, ils seront au nombre de quatre.
— Non Bachir, ce n'est pas possible, tu ne vas pas me laisser, pas maintenant ! Tu es toute ma vie, je n'ai que toi !!!
— Chut ! N'aie crainte Ismalia, n'aie crainte. Ne t'attriste pas et ne pleure pas en vain. Je partirai cette nuit sur la dune de sable qui borde les étoiles, et je m'y allongerai. Tu me veilleras pendant quatre jours et quatre nuits, et ensuite je partirai rejoindre les étoiles, mais je serai toujours avec toi.


Le vieil homme parti sur la plus haute Dune du désert, et s'allongea sur un autel de sable, sans nourriture aucune, ni eau. Ismalia, la tête sur sa poitrine, pleura quatre jours et quatre nuits, jusqu'au dernier instant.

— Is...malia...
— Oui Bachir...
— Il est temps pour moi... regarde dans ta poche... j'y ai mis une graine... lorsque mon cœur cessera de battre, tu m'enseveliras dans le sable... puis tu planteras cette graine au dessus de ma sépulture, et tu l'arroseras de tes larmes. Tu reviendras... dans trois jours, au lever du soleil... une jolie fleur y aura poussée... une fleur des vents. Lorsque tu quitteras notre maison pour parcourir le monde par delà les monts et les dunes, elle t'indiquera la direction à suivre. Elle dansera et immobilisera ses feuilles vers un lieu ou un peuple qui a besoin de tes connaissances t'attendra.
Tout ce que je t'ai appris, tu l'appliqueras pour le bien, uniquement, le bien....
— Bachiiiir !!!!


Le vieux Bachir rendit l'âme, et Ismalia versa toutes les larmes de son corps sur la graine qu'elle planta. Elle prit le route le quatrième jour, au levant, avec sa besace sur le dos et sa belle fleur en main, contenue dans un petit pot en terre. La dernière étoile venait de s'éteindre, emportée par l'aube, noyée dans un magnifique horizon couleur orange. Le sable jaune et fin buvait chacun des pas d'Ismalia. Le soleil commençait à caresser sa peau, lui donnant une jolie teinte de miel, et faisait naître quelques perles de sueurs sur son front. Les dunes de sables s'étendaient à n'en plus finir, bercées par un silence que seul l'immensité savait accueillir.

Bientôt, tel un cadeau du ciel, un léger souffle de vent esquissa quelques mèches de sa belle chevelure brune et fit danser sa robe de toile écru. Fidèle à la promesse de Bachir, la fleur aux jolis pétales rose et jaune se mit à onduler, et déployant ses feuilles comme pour prendre son envol, puis s'immobilisa en direction de l'Ouest. Ismalia fit quelques pas vers sa droite et poursuivit son long périple. Au bout de quelques heures de marche, épuisée, l'orpheline du désert s'agenouilla dans le sable, sortit sa gourde en peau de chameau de sa besace et bu quelques gorgées d'une eau aromatisée de plantes aux vertus régénérantes, et s'adressa à sa fleur :

— Bachir, je suis fatiguée, j'ai marché toute la journée dans la direction que tu m'as indiquée, et je ne vois toujours rien. J'ai peur, je n'ai que quelques galettes de sarrasin et un peu d'eau, et la route est longue...

La fleur sembla sourire, et insuffla un regain de confiance à Ismalia. Elle reprit sa route, quand soudain elle aperçu, dans le lointain, un nuage de fumée.

Cela doit-être un village, pensa t-elle.

Titubant sous l'écrasante chaleur, ses pas la portaient à peine. La sueur noyait son visage poupin, ses sandales de cuirs brûlaient ses pieds, sa vue se troublait. Elle distinguait, sous l'ondoiement des vagues de chaleur, ce qui semblait être une oasis. Des palmiers se dessinaient à l'horizon, et, à l'odeur de sable chaud, se mêlait des odeurs de végétations, d'épices et d'encens, portés par un vent léger.

Des palmiers se distinguaient, puis bientôt un rempart de couleur ocre, et des silhouettes se dessinaient dans le paysage. Un nuage de poussière, soulevait par la course d'un chameau, finit par dissiper ses doutes et l'a rassurer. Un Bédouin, vêtu d'un tunique blanche et coiffé d'un chèche, le cou orné d'un keffieh, fit halte à ses côtés.

— Paix sur toi, voyageuse !
— Paix... sur toi...
— Monte, tu es épuisée. Je te conduis à mon village.

Après s'être repue, rafraîchit et reposée, Ismalia rencontra le patriarche.

— Paix sur toi Ismalia, soit la bienvenue, je suis Idvir.
— Paix sur toi Idvir.
— Suis-moi, je t'emmène visiter notre village.

Ismalia n'en cru pas ses yeux. Autour d'elle, une magnifique palmeraie bordant une oasis, ornée de plusieurs dizaines de tentes colorées et de maisons en pisé. De partout on entendait des rires d'enfants, des instruments à percussion et à vents jouaient de belles musiques. Des arômes de musc, d'épices, d'encens flattaient les narines. Les villageois se retournaient sur le passage d'Ismalia, sidérés par son immense beauté et sa candeur. Elle avait la grâce d'une princesse et le sourire d'un ange.

— Ton village est merveilleux, Idvir, il y fait bon vivre !
— Tu es la bienvenue Ismalia, si tu le souhaites, tu peux t'y installer. Quelle est cette étrange fleur que tu portes dans ta main, je n'en ai jamais vu de semblable ?
— Je ne connais pas son nom également. J'ai planté une graine sur la tombe de Bachir, l'homme qui m'a recueilli enfant dans le désert, et elle a poussé. Son âme est dedans. C'est elle qui m'a guidé jusqu'à ton village pour une raison que j'ignore.

Soudain, devant une tente, des pleurs et des gémissements se firent entendre.

— C'est peut-être pour cette raison, Ismalia.
— Qu'est-ce que c'est, que se passe t-il ?
— Suis-moi...

Ismalia talonna Idvir, et entra à l'intérieur de la tente d'où provenaient les pleurs. Ce qu'elle y découvrit la saisit de terreur. Des femmes allongées sur des lits, le visage boursoufflé, et une jeune fille pleurant sa mère, qui venait de mourir.

— Ces femmes ont été piqué par des serpents et des scorpions, qui sont légion ici. Nul remède ne peut les guérir ni les soulager.

Ismalia ôta ses sandales de cuir, entra dans la tente et s'approcha de la jeune fille en pleurs :

— J'ai du chagrin pour ta mère. Pleure, les larmes que tu verses abreuveront son âme d'amour. Elle sera toujours là pour toi, dans ton cœur et dans ton esprit. Bachir, l'homme qui m'a recueilli dans le désert lorsque je n'étais qu'un nourrisson, n'est plus, mais il m'a enseigné une chose, que je t'enseigne à mon tour : la valeur de la vie, c'est un mort qui te l'a donnera. N'oublie jamais cela petite fille. Bachir également appris le secret des plantes qui guérissent. Je peux faire quelque chose pour les autres personnes qui ont été piquées.
— Que veux-tu dire Ismalia ? s'enquerra Idvir.
— Apporte-moi un vase rempli avec de l'eau très chaude, et des draps.


Idvir ramena ce qu'Ismalia avait demandé. Elle ouvrit sa besace, et en sortit des baies d'Ayasca séchées, des pétales de Shizia, des feuilles d'Aloe vera, et trois fioles contenant de la sève d'Erdinia, d'Echweilera et d'Eucharis Grandiflora. Elle fit bouillir les plantes et les baies, puis y trempa plusieurs bandelettes du drap dans l'onguent pour en faire des cataplasmes. Elles furent appliquées sur les souffrantes, et le contenu des fioles leur fut donné à boire.


— Dans quelques jours, elles se remettront et seront complètement guéries. Aucune trace de leurs morsures ne demeurera.

Une léger vent, doux et chaud, se mit à souffler. La plante d'Ismalia, se mit à danser, ondulant sur sa tige et remuant ses deux feuilles dans une lente chorégraphie. Elle s'immobilisa en direction du Sud.

— Il est temps, Idvir, mon destin m'appelle, je dois partir.
— Mais, Ismalia, la nuit va bientôt tomber, tu n'y verras rien dans cet immense désert !
— Il en est ainsi Idvir...
— Prends avec toi ces quelques vivres, ils t'aideront dans ton périple. Bon voyage Ismalia, bon vent, nous ne t'oublierons jamais. Dussions-nous vivre des siècles nous ne pourront jamais assez t'exprimer notre gratitude.

Das la nuit noire et glaciale, Ismalia, guidée par sa fleur, repris sa route au milieu des dunes et des plaines désertiques. Mue par une indescriptible volition, elle ne sentait plus le froid enrober son corps, et le sable boire chacun de ses pas. Les étoiles, muettes de lumière, clouaient le rideau noire de l'univers. Le vieux Bachir lui enseigna jadis que le silence était le chant des étoiles, et que les étoiles étaient les lanternes du ciel. La pleine Lune lui fournissait la lumière nécessaire à sa progression. Obnubilée par ce féerique spectacle, Ismalia se concentra sur le crissement de ses pas dans le sable, quand soudain, une voix chevrotante se fit entendre :

— Ai... dez... moi... ai... dez... moi...
— Qui va là ? Hurla t-elle.
— Ai... dez... moi... je... vous... en... supplie...
— J'arrive, tenez bon !

Ismalia continua toujours plein Sud. Elle ne tarda pas à apercevoir un chameau, immobile, figé dans la nuit noire. En s'approchant elle put distinguer un homme au sol, revêtu d'une tunique blanche, avec une longue barbe. Sa tunique ne ressemblait à aucune autre. Il devait venir de très loin.

— Courage, je suis là, paix sur toi, je suis Ismalia, qui es-tu ?
— De l'eau... à boire...
— Oui, bien sûr...
— Je me nomme Yaraz, je viens du village de Yazd, ma jambe est cassée, je suis tombé ce matin, je ne peux plus bouger ni reprendre ma route, je vais mourir ici.
— Ne t'inquiète pas Yaraz, laisse-moi regarder ta jambe.

Ismalia sorti quelque feuilles de sa besace et les lui donna à mastiquer. Avec le bâton de sa besace et un bout de tissu, elle confectionna une attelle. Avant de la placer sur la jambe brisée de Yaraz, elle prit un peu d'argile rouge de son sac, qu'elle mélangea à un peu d'eau et qu'elle appliqua sur sa jambe.

— Cela devrait te soulager quelques heures, le temps que nous reprenions la route plein sud.
— Mais je dois aller au Nord... au Sud, c'est le village d'où je viens.
— Pour qu'elle raison voyages-tu dans cette direction ?
— J'ai pour mission de trouver la nappe phréatique dont parle la légende de mon peuple, car dans notre village, tous les puits sont taris, il n'y a plus d'eau, et nous mourrons de soif. Beaucoup des miens ne sont plus.
— Aie confiance Yaraz, si ma fleur m'a guidée jusqu'à toi, en direction de Sud, c'est que ton sort et celui des tiens trouveras une issue favorable dans cette direction. En route, pendant que ta douleur s'est calmée.

Ismalia monta derrière Yaraz et tous les deus firent route jusqu'au village de Yazd. Les premières lueurs du jour commencèrent a balayer la nuit, et bientôt, le convoi, éreinté, arrivait au bout de leur périple. Les énormes badguirs, ces tours attrape-vents persanes, destinées à capturer les caprices d' Éole afin de rafraîchir les habitants, commençaient à poindre à l'horizon.

Des youyou s'élevaient jusqu'au ciel. Tout le peuple de Yazd attendaient avec impatience le retour de Yaraz, missionné pour trouver la zone aquifère souterraine mentionnée dans la légende Élamite.

Tout ce que Yazd comptait d'hommes et de femmes se trouvait aligné en rang serré devant les premières habitations et l'enceinte du village !

— Paix à toi ! s'écria Farhad, le chef de tribu.
— Paix à toi Farhad, paix à vous mon peuple !
— Qui ramènes-tu, qui est avec toi, quand partons-nous chercher l'eau qu'il nous manque ?
— Doucement Farhad, murmura Mandana, sa femme. Tu ne vois qu'ils sont épuisés. Soit la bienvenue, étrangère, je suis Mandana, bienvenue chez toi Yaraz, venez, reposez-vous, reprenez des forces, nous vous avons préparé de quoi vous restaurer.
— Merci à toi Mandana, murmura Ismalia.
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