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La revanche de l'araignée

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Sarah Saysouk

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Lauréat
Sélection Jury

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Ce soir-là, l’alcool empourprait les joues d’Hagrid plus que d’habitude. Il entonnait un vieux chant anglais, passait du rire aux larmes puis des larmes au rire. Il ne savait plus trop sur quelle émotion se fixer. Mais il aurait préféré éprouver tous les sentiments du monde plutôt que de subir cette amertume qui demeurait enfouie au fond de lui et que même des centaines de litres de Bièraubeurre et de Whisky Pur Feu n’auraient pu noyer.
Ce soir-là, il avait plus que jamais besoin de ses amis et de ses bouteilles. 
Car ce soir-là, Aragog était mort.

Cette cruelle vérité, que l’alcool ne parvenait pas à lui faire oublier, acheva de l’assommer. Vaincu par le chagrin et la boisson, il s’écroula sur la table en un ronflement sonore. Il baignait depuis quelques temps dans l’obscurité et le silence quand soudain...

— Mon garçon ? Tu vas te décider, oui ou non ?

Hagrid ouvrit les yeux et secoua la tête d’un air étourdi, brusquement tiré de ses rêveries par la voix de l’homme qui lui faisait face. Ce dernier tenait entre ses mains un gros œuf noir qui luisait d’un éclat menaçant.

— Si je ne le prends pas, qu’est-ce que vous allez en faire? demanda-t-il.
— Je suppose que je vais m’en débarrasser définitivement, répondit son interlocuteur d’un ton sans appel. Ça fait depuis longtemps que j’essaie de le vendre, mais personne n’en veut parce que la plupart des gens sont effrayés par les Acromentules. Et moi, je ne peux pas élever une bête comme ça ! Si personne ne me l’achète, je la fais disparaître avant qu’elle ne naisse.
— Vous êtes sûr ? dit Hagrid, l’implorant presque. Je ne peux pas avoir un animal pareil à Poudlard mais je ne veux pas que vous jetiez cet œuf.

D’un certain côté, il se sentait proche de cette pauvre bête rejetée avant même d’être née.

— Alors prends-le, c’est la seule solution qu’il te reste pour le sauver, mon garçon. Ce n’est que dix Gallions, c’est vraiment pas cher pour une espèce aussi rare, tu sais ?

Hagrid lorgna la coquille noirâtre. Elle sembla se fendiller légèrement, comme si la créature luttait pour s’extirper de cette prison et fuir son sinistre sort. Ne pouvant résister davantage, il vida toutes ses économies dans les mains du vendeur. Celui-ci lui remit l’œuf avec un soulagement non dissimulé. Satisfait de son affaire, il s’éclipsa ensuite sans même prendre le temps d’expliquer à Hagrid comment s’occuper d’un tel animal.

Cela, le jeune homme dut le découvrir seul, en se documentant à la bibliothèque. C’était un endroit où on le voyait peu souvent : d’ordinaire, on l’apercevait plutôt dans le parc, au bord du lac et à la lisière de la Forêt Interdite. Pourtant, il passa les mois suivants plongé dans les livres et enfermé dans le petit placard où il avait caché son œuf. Cette pièce exigüe était dissimulée sous un escalier que plus personne n’empruntait à cause de son tempérament capricieux qui en avait fait tomber plus d’un. Elle se trouvait près des cuisines de l’école. Ainsi, lorsque l’araignée naquit, il put lui apporter discrètement les morceaux de viandes que lui fournissaient généreusement ses amis les elfes de maison.
Au fil des jours, elle grandissait sous l’œil attendri d’Hagrid. Celui-ci la baptisa Aragog : « Ara » pour sa nature d’arachnide et « gog » en référence au Gurg, titre donné au roi des géants dans les lointaines contrées d’où il était originaire. Cette créature était devenue le centre de sa vie. Il la nourrissait trois fois par jour, la caressait tendrement et lui parlait si souvent et avec tant de passion qu’il finit par lui apprendre le langage humain. Lui, si peu studieux, s’endormait tous les soirs en se plongeant dans d’épais bouquins, avide d’informations. Il apprit ainsi que les Acromentules provenaient de Bornéo, ne craignaient que les Basilics, produisaient un venin mortel et très convoité et que leurs pinces desséchées constituaient un puissant talisman selon un ancien mythe. On racontait en effet qu’une vieille sorcière vivant seule au milieu d’une forêt menait des expériences sur une Acromentule : elle avait tenté de remplacer son poison par du Felix Felicis concocté par ses soins. La créature malmenée avait fini par en mourir et, lorsque la vieillarde brûla son cadavre, seule demeura une pince. Elle la conserva toujours sur elle. Un jour, un sorcier lui déroba ses potions et, voulant se débarrasser d’elle, jeta un sortilège d’Incendio sur sa maison. Mais la pince, imprégnée d’élixir de chance, résista une nouvelle fois aux flammes et sauva également, par son aura protectrice, la sorcière qui la portait au cou. On dit que le pendentif ne cessa de lui porter bonheur et que l’araignée avait transmis cette capacité spéciale à toute sa progéniture avant de mourir.
Hagrid trouva la légende si fascinante qu’il découpa la page du livre.

Mais cette douce insouciance qui rythmait la vie de l’adolescent ne pouvait durer bien longtemps. Le semblant de bonheur d’Hagrid fut brisé une première fois lorsqu’on lui apprit le décès de son père.
Il se sentait déjà seul auparavant, dans ce château où il était tour à tour craint et rejeté à cause de son physique imposant et de ses manières bourrues. Il avait toujours été condamné à l’isolation, aussi cruellement qu’une créature repoussante confinée dans un placard. Mais il s’était raccroché jusqu’alors à l’idée rassurante qu’une personne l’aimait sincèrement et connaissait sa vraie valeur : son père. A présent que celui-ci n’était plus, il se sentait plus proche que jamais d’Aragog, qui lui non plus ne possédait pas de famille. Il était désormais seul au monde, avec pour unique compagnon une araignée clandestine.

Le malheur revint s’immiscer dans sa vie un an plus tard. Il était alors en troisième année. Aragog avait tellement grandi que son maître envisageait de le transférer ailleurs. La créature, devenue plus indépendante, avait moins besoin des soins et de l’attention du demi-géant qui se limitait à une seule visite par jour au placard.
Des attaques visant les nés-Moldus frappèrent Poudlard cette même année. L’angoisse imprégnait tous les couloirs du château et se lisait dans les yeux terrorisés des élèves. Tous se dévisageaient avec méfiance, la haine, teintée de peur, s’insinuait partout. On murmurait que la Chambre des Secrets avait été ouverte et que ces sombres manigances étaient l’œuvre du monstre dirigé par l’héritier de Serpentard. Ces histoires sanglantes engendraient des milliers de rumeurs, déchaînaient l’imagination des jeunes sorciers et ceux-ci passaient le plus clair de leur temps à émettre des hypothèses concernant l’identité de cet abominable personnage. De plus en plus de regards inquisiteurs se posaient sur Hagrid, qu’on se représentait sans mal en meurtrier tordu. Pourtant, depuis longtemps conspué à cause de son ascendance de géant, ce dernier avait toujours été bouleversé par les discriminations. Ces attaques le choquaient donc profondément. De plus, il ne pouvait s’empêcher de craindre pour sa peau d’hybride, connaissant la mentalité de Salazar Serpentard. Aragog aussi semblait sentir le trouble qui rendait l’atmosphère irrespirable au château. Il se montrait souvent agité et peureux, sans raison apparente. Il revenait parfois terrorisé des balades dans les tuyaux qu’Hagrid lui permettait d’effectuer une fois par semaine. Celui-ci avait beau l’interroger concernant la cause de son angoisse, l’araignée ne parvenait jamais à mettre les mots sur ce qui l’effrayait tant.

Un jour, alors qu’elle ne revenait pas de l’une de ses promenades, son maître, fou d’inquiétude, eut peur qu’il ne lui soit arrivé malheur. Après deux jours sans nouvelle d’elle, Hagrid se rendit à l’orée de la forêt pour y dénicher le Niffleur qu’il avait apprivoisé ces derniers mois. Il mit sous le long museau frétillant de la créature un extrait de la toile d’Aragog afin qu’il puisse mémoriser l’odeur. Il lâcha ensuite l’animal dans les tuyaux, priant pour qu’il en ressorte accompagné de son ami à huit pattes. Son stratagème fonctionna : Aragog revint à la suite du rongeur, son grand corps empêtré dans une sorte de peau reptilienne qui avait probablement freiné sa progression dans les tuyaux. Après cet incident, il manifesta son désir de s’installer dans la Forêt Interdite avant que les choses ne deviennent tragiques à l’école.
Comme l’accomplissement d’une sombre prémonition, le lendemain, une élève fut retrouvée morte. Il s’agissait d’une fille de Serdaigle, qu’Hagrid appréciait ; elle était souvent seule, comme lui. Il pleura beaucoup et exposa son chagrin à l’Acromentule. Elle ne parut pas s’en émouvoir mais, paniquée par la tournure des événements, le supplia de la conduire dans la forêt, hors du château, le plus vite possible. La nuit suivante, Hagrid prépara donc sa plus grande valise en vue d’une petite escapade. Ce n’était pas la première fois qu’il s’adonnait à une promenade nocturne parfaitement illégale en vue de transporter une créature compromettante incognito – et ce n’était sûrement pas la dernière. Conscient de son imprudence, il eut la sagesse de se faire accompagner d’un Fléreur, créature féline capable de détecter toute personne peu recommandable à plusieurs mètres à la ronde. L’animal appartenait à une élève de Gryffondor qui le prenait naïvement pour un chat ordinaire. Hagrid avait gagné l’amitié du félin en échange des cadavres de souris qu’il lui apportait chaque soir. Il fit entrer, tant bien que mal, l’araignée dans la malle vide et la déplaça à l’aide d’un sortilège de lévitation. Les couloirs étaient déserts. Depuis le meurtre, plus personne – pas même les professeurs – n’osait poser un pied à l’extérieur de sa chambre après minuit. Un silence irréel enveloppait l’école, à peine troublé par les hululements des hiboux qui résonnaient de manière sinistre dans ce climat d’insécurité.
Pourtant, Hagrid finit par entendre des bruits de pas et d’étranges sifflements. Le Fléreur, le poil hérissé, feula avant de détaler. Le jeune homme n’avait jamais été très doué en sortilèges – ni en aucune autre matière, d’ailleurs, excepté le cours de soins aux créatures magiques – et cet instant d’inattention suffit donc à briser la concentration nécessaire à la lévitation : la malle tomba au sol en un fracas qui parut ébranler tous les murs. Les tentatives du demi-géant pour passer inaperçu se terminaient en général de cette manière.

— Aragog ! souffla-t-il, paniqué.

Il voulut vérifier que l’araignée allait bien mais interrompit son mouvement lorsqu’il vit une silhouette sortir de l’ombre et avancer vers lui. Il reconnut Tom Jedusor, un sixième année qui lui avait toujours semblé affreusement prétentieux. La clarté lunaire rendait sa peau diaphane et nimbait ses boucles brunes d’un éclat d’argent. Sous cette lumière, il ressemblait à un fantôme surgi des ténèbres.

— Que fais-tu ici ? demanda le Serpentard d’un ton ferme.

Prêt à tout pour mener son Acromentule à bon port malgré les obstacles, Hagrid fut pris d’un élan de témérité :

— Et toi, qu’est-ce que tu fiches là ? tonna-t-il en serrant ses immenses poings.
— Il se trouve que j’ai une autorisation écrite du professeur Slughorn, répondit-il d’un air condescendant. Je reviens de l’une de ses soirées. En revanche, je doute fort que ça soit ton cas.

Il sortit de sa cape un parchemin portant la signature du professeur de potions. Hagrid se sentit soudain ridicule et désemparé, son peu d’assurance écrasé par le charisme que dégageait son interlocuteur.

— Et ben moi je... j’allais aux toilettes. Une envie pressante. Celle des dortoirs sont bouchées, marmonna-t-il en avisant la porte des toilettes non loin.

Les mensonges et l’élégance n’avaient jamais été son fort. Jedusor haussa un sourcil soupçonneux.

— Tu comptais donc aller en pleine nuit dans les toilettes des filles, lieu où une élève a été tuée pas plus tard qu’hier et avec cette grosse valise pour couronner le tout. Bien sûr.

Le Serpentard brandit sa baguette magique et esquissa un geste en direction de la valise. Hagrid se posta devant en se redressant de toute sa hauteur.

— C’est mes affaires ! Ça te regarde pas, protesta-t-il.
— Tu préfèrerais peut-être que j’amène cette malle plus que suspecte chez un professeur ?
— Non ! Je...

Il n’eut pas le temps d’achever sa phrase, Tom Jedusor avait déjà ouvert la valise par un sortilège informulé. Les yeux d’Aragog reflétèrent le visage stupéfait de l’étudiant et l’éclair d’intérêt qui illumina fugacement son regard.

— Alors, le voilà finalement... le monstre de la Chambre des Secrets, murmura-t-il avec une expression étrange, avant de reculer précipitamment d’un air dégoûté lorsque l’araignée déplia l’une de ses pattes.
— Non ! Non ! Ce n’est pas ce que tu crois, je le jure ! s’écria le demi-géant, désespéré.

Des larmes de rage lui brûlaient les yeux. Dans ce monde d’apparences, les injustices s’abattaient trop souvent sur lui.

— Aragog, ne reste pas là, viens ici ! ajouta-t-il en voyant Jedusor pointer sa baguette en direction de la créature.

Cette dernière fila se réfugier derrière les solides jambes de son maître.

— Il t’obéit, en plus...
— Ecoute, je sais que c’est difficile à croire mais j’te jure qu’Aragog n’est pas le monstre de Serpentard ! Au contraire, il a une peur bleue de ce qui se trame dans cette école ! Il est juste mort de trouille et c’est pour ça que je l’emmenais dehors.
— C’est une Acromentule, n’est-ce pas ? lança l’autre d’un ton dédaigneux, sa baguette toujours braquée en direction de l’étrange duo. Ces bêtes-là sont sanguinaires, et tout à fait capables d’abattre une pauvre fille. Tu ne vas pas me faire croire qu’elles ont peur de quoi que ce soit. Moi, je pense qu’elles ne reculent devant rien, et surtout pas devant un peu de chair de Moldus bien fraîche.

A ces mots, une phrase qu’Hagrid avait relue maintes fois dans son manuel sur les créatures magiques refit surface dans son esprit. « Les Acromentules ne craignent que les Basilics. »

— C’est faux ! affirma-t-il, tentant de contrôler sa colère. Les Acromentules peuvent être très gentilles si on les élève bien et c’est pas vrai qu’elles n’ont peur de rien. Elles ont peur des Basilics.

Soudain, alors qu’il sentait son araignée frémir à ce dernier mot, les idées se lièrent dans son esprit et l’évidence s’imposa à lui. Ces attaques d’élèves, l’angoisse inexplicable d’Aragog, son agitation après ses promenades dans les tuyaux et surtout, cette peau de reptile desséchée...

— Mais oui... Le monstre de Serpentard est un Basilic, souffla-t-il, étonné de sa propre réflexion.

L’héritier de Salazar se servait d’un serpent géant pour tuer. Un animal capable de voler une vie d’un seul regard, sans laisser aucune trace de blessure. Ça semblait tellement clair et logique !

— Comment ? fit Jedusor, qui s’était immobilisé d’un coup.
— Tom, Aragog est innocent. Je crois que le vrai monstre de Serpentard est un Basilic, j’en suis même sûr ! Il faut absolument le dire à un professeur.
— Ne gaspille pas ta salive en mensonges absurdes, Hagrid. Tu ne m’auras pas comme ça. Si tu veux mon avis, tu es plus piégé qu’un insecte dans une toile.

Il s’autorisa un sourire, qui dénotait sur son visage de marbre. Hagrid sentit alors l’une des pattes d’Aragog coulisser lentement le long de sa jambe gauche pour tâtonner une poche de son pantalon. Il y plongea la main. Ses doigts rencontrèrent des vieux morceaux de biscuits, une plume de chouette, un sachet de thé et... la peau morte du Basilic ! Il la sortit et la secoua sous le nez de l’autre élève, lequel était en train de jeter des regards anxieux aux alentours, l’extrémité de sa baguette à présent enfoncée entre les yeux de l’Acromentule.

— J’ai trouvé ça dans les tuyaux si tu ne me crois pas. Je suis sûr que les professeurs me croiront ou feront au moins des recherches si je leur montre ça !

Un rictus inquiétant déforma les lèvres du Serpentard.

— Tu n’es peut-être pas aussi nigaud que tu en as l’air, Rubeus Hagrid, déclara-t-il calmement.
— Ben... Disons que je m’y connais juste en créatures magiques, répondit le Gryffondor en haussant ses larges épaules.

Jedusor esquissa un sourire empreint de mépris. Il saisit la peau écailleuse et se retourna ensuite en un claquement de cape, regarda à gauche et à droite, avant de jeter quelques maléfices afin de rendre leur conversation inaudible pour toute personne qui pourrait les surprendre. Lorsqu’il refit face à Hagrid, celui-ci frissonna. Etait-ce un effet de son manque de sommeil et de l’obscurité ou y avait-il réellement une lueur écarlate qui brillait au fond des prunelles de Tom Jedusor ? Lui qui montrait fièrement, l’instant d’avant, le laissez-passer du professeur Slughorn n’avait tout d’un coup plus rien d’un élève exemplaire. Et le Fléreur ne s’était-il pas enfui en l’entendant approcher ? Hagrid avait toujours eu la plus grande confiance en l’instinct des bêtes.
L’instinct d’un Niffleur avait permis de sauver Aragog. L’instinct d’Aragog avait pressenti les événements dramatiques qui se jouaient à Poudlard. L’instinct du Fléreur l’avait fait détaler à l’approche de Jedusor. Quant à l’instinct d’Hagrid, il lui intimait d’emprunter la même voie que le félin avant qu’il ne soit trop tard.

— Dis-moi, Tom, commença-t-il d’une voix blanche. Le professeur Slughorn... Il... Il a vraiment organisé une fête ce soir ? Alors qu’une fille est morte hier ?
— Hagrid... J’ignorais qu’un hybride dans ton genre pouvait parfois faire preuve d’intelligence, répondit-il. C’est probablement la première fois que tu utilises ton cerveau, hein ? Dommage que ça soit aussi la dernière.

Sur ces sinistres paroles, le jeune homme prononça d’horribles sifflements qui glacèrent le sang du Gryffondor. Ce dernier aperçut le corps d’un immense serpent qui louvoyait sur le sol, sortant directement des toilettes. Jedusor jeta, de part et d’autre du couloir, une sorte de poudre d’obscurité qui produisit l’apparition de murs de ténèbres. Ceux-ci délimitaient un espace éclairé juste assez large pour Hagrid, le serpent, l’araignée et Jedusor lui-même. Ainsi, si quelqu’un arrivait, il ne pourrait être témoin de la scène. C’était intelligent, diabolique, même. Hagrid comprit qu’il ne pouvait rien contre un tel élève, contre l’héritier de Serpentard...

— Quelle triste fin pour un ami des bêtes, commenta cyniquement celui-ci.

Tout tremblant, Hagrid se plaqua contre le mur et parcourut des yeux les anneaux du monstre, cette bête sanguinaire cachée dans les entrailles de Poudlard depuis des siècles... Il remonta lentement son regard, à la fois effrayé et fasciné, redoutant le moment où il apercevrait la gueule hérissée de crocs. Soudain, Aragog grimpa le long de sa jambe et recouvrit entièrement son visage, les pattes accrochées dans ses cheveux. Privé de la vue, le demi-géant, paniqué, se débattit avant de comprendre pourquoi l’araignée agissait ainsi. Tout impressionné par l’apparition d’une telle créature, il en avait oublié l’essentiel : les Basilics tuent d’un seul regard. « Merci Aragog », songea-t-il.
Jedusor jeta un maléfice sur l’arachnide qui tomba au sol avec un couinement, atteinte aux yeux. Ces derniers avaient pris une teinte blanchâtre, complètement brûlés. Désormais aveugle, l’araignée, encore choquée par la violence du sortilège, put tourner sans crainte son regard vers la tête du Basilic et Hagrid se servit des huit yeux comme de miroirs pour voir son assaillant reptilien et esquiver ses attaques. Dans le tumulte, il aperçut les lèvres de l’héritier de Serpentard remuer pour former le mot interdit : « Avada Kedavra ». Il fixait l’Acromentule.

— Cours ! beugla Hagrid à celle-ci. Fuis par les tuyaux !

L’araignée se dirigea maladroitement vers les toilettes, évitant de justesse le jet vert, et s’engouffra dans un large tuyau. Embarrassé de voir cet élément important de son plan s’échapper, Jedusor dépêcha le serpent aux trousses d’Aragog. Mais ce dernier mit à profit sa longueur d’avance pour produire une toile épaisse qui gênerait la progression du Basilic.
Jedusor enrageait. La colère déformait ses traits, lui donnant l’air presque aussi monstrueux que le reptile. Hagrid lui lança un Expelliarmus qu’il para. Le Serpentard désarma son adversaire sans un mot. Il le plaqua contre le mur et lui enfonça sa baguette magique dans le front.

— Tu as réussi à survivre, siffla-t-il. Malheureusement, tu ne garderas aucun souvenir de cet exploit. Je m’arrangerai pour retrouver ton Acromentule et te faire renvoyer. Tu seras accusé d’avoir ouvert la Chambre des Secrets. Tu garderas toujours l’impression de savoir qui se cache réellement derrière ces attaques. Mais ça ne restera jamais qu’une impression. C’est le pire sort que je puisse t’infliger.

La grimace mauvaise qui se peignit sur le visage de son assaillant écœura le demi-géant. Il envoya son poing valser droit sur le nez de son ennemi. Le poids du désespoir et de l’injustice augmentèrent sa force. Le sang de Jedusor éclaboussa les dalles du couloir.

— Je te déteste ! cracha-t-il. Aragog et moi, on se vengera !
— Sale hybride ! Ne fais pas trop le malin, l’araignée ne sera pas toujours là pour sauver ta misérable vie, hoqueta son adversaire en toussant du sang. Oubliettes ! s’empressa-t-il de crier pour éviter de subir un autre coup.

Le sortilège d’amnésie heurta Hagrid de plein fouet. Il sentit ses souvenirs s’effilocher, fuir loin de lui sans qu’il ne puisse les rattraper, comme des fragments de lui-même s’envolant dans la noirceur de la nuit. Les ténèbres l’enveloppèrent, la poudre d’obscurité avait soudain envahi tout son champ de vision... Le néant remplaçait ses pensées.

Hagrid se réveilla avec un mal de crâne si douloureux qu’il avait l’impression qu’une avalanche de cognards venait de s’abattre sur sa tête. Il était avachi sur la table de sa cabane, une bouteille devant lui. « Retour dans le présent », pensa-t-il. La mort d’Aragog avait ravivé en lui des souvenirs lointains et oubliés. Des souvenirs que Tom Jedusor avait cru supprimer définitivement mais qu’il n’avait fait qu’enfouir quelque part dans l’inconscient du demi-géant. Le choc émotionnel les avait tirés des méandres de sa mémoire.
En face de lui, son invité, Slughorn, dormait profondément. Mais où était Harry ? Il le repéra par la fenêtre. Le jeune homme venait de sortir de la maison. Il tenait à la main une fiole contenant une substance argentée. La satisfaction se lisait sur son visage. « Si l’Elu sourit, c’est que tout espoir n’est pas perdu », se dit le garde-chasse. La résistance s’organisait lentement, mais sûrement. Et Hagrid voulait par dessus tout en faire partie. Il haïssait tout ce que Voldemort était, encore plus maintenant qu’il se rappelait des humiliations qu’il lui avait infligées.
« Sale hybride ! » Cette insulte surgie du passé résonnait comme un sifflement perfide dans ses oreilles. Il brûlait d’asséner un nouveau coup de poing au mage noir, juste pour le plaisir d’aplatir un peu plus son visage déformé.
Il décida de sortir pour se calmer. Dehors, il faisait si froid que les étoiles semblaient avoir gelé sur leur tapis bleuté. Harry ne se résumait plus qu’à une silhouette avalée par l’obscurité. Mais l’espoir qu’il avait fait naître par un unique sourire demeurait dans le calme du parc. L’éloge funèbre prononcée par le professeur Slughorn paraissait encore résonner dans l’air frais du soir, murmurée par la forêt toute entière. La nature pleurait le roi des arachnides. Hagrid s’agenouilla près du tas de terre marquant l’endroit où il était enterré.

— Aragog... marmonna-t-il dans sa barbe. Je t’ai sauvé alors que t’étais même pas encore né, je t’ai élevé, nourri, donné une famille... Et toi... Tu m’as sauvé la vie ce soir-là, mon vieux. J’m’en souviens maintenant.

Il dut s’arrêter pour ne pas fondre en larmes. Il entendit la voix de Jedusor retentir dans sa tête : « L’araignée ne sera pas toujours là pour sauver ta misérable vie ».
Il fouilla dans ses poches et en sortit un objet emballé dans un morceau de papier froissé. Un fin observateur aurait pu remarquer qu’il s’agissait d’une page de livre expliquant un mythe, probablement arrachée à un ouvrage il y a fort longtemps. Elle enveloppait ce qui s’apparentait à un fragment de pince d’araignée.
« Si, Tom, pensa Hagrid. Elle sera toujours là. »
Ce morceau de pince prélevé à Aragog deviendrait bientôt le cœur d’une nouvelle baguette magique, grâce aux mains habiles d’un fabricant chez qui il comptait se rendre dès le lendemain. Ce serait une baguette spéciale : à en croire une ancienne légende, un véritable talisman.

Ce même talisman qui le protégea des flammes, quelques mois plus tard, lorsqu’il s’aventura dans sa maison incendiée pour chercher Crockdur.
Ce même talisman qui lui permit de survivre alors qu’il était aux mains des Mangemorts, l’année suivante.
Ce même talisman qui ne cessa de lui porter chance en repoussant les Forces du Mal.
Hagrid comprit que c’était là la revanche de l’araignée. Et tandis qu’il soutenait Harry et l’Ordre du Phénix de tout son cœur, on aurait presque pu l’entendre clamer : « Aragog et moi, on se vengera ! ».

PRIX

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Dimaria Gbénou · il y a
Super. Intéressant. Finesse et délicatesse, j'adore.
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Sarah Saysouk · il y a
Merci beaucoup !
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Arlo G · il y a
À L'AIR DU TEMPS d'Arlo est en finale du grand prix été poésie. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Merci à vous et bon après-midi.Cordialement, Arlo
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Pierre Priet · il y a
Bravo! Mon vote évidement ! Je vous invite, si vous trouvez le temps a lire ma nouvelle " blizzard" en finale :)
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Thalie Duforets · il y a
Bravo Glacy, j'espère que tu continues à écrire..
Si le coeur t en dit, merci de te rendre sur ma page pour donner ton avis. Bien amicalement

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Keith Simmonds · il y a
Salut,Glacy! Vous avez voté une première fois pour mon haïku, “En Plein Vol”, qui est en
Finale et je viens vous inviter à renouveler votre appréciation pour lui. Merci d’avance et bonne soirée!

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Kaede · il y a
Très bien écrit, félicitations !
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Mélina Miallier · il y a
Bravo, tu mérites bien ta place !
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Sarah Saysouk · il y a
Merci beaucoup ! <3
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Brigitte Prados · il y a
Félicitations !
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Sarah Saysouk · il y a
Merci Pradoline ! :)
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Patricia Burny-Deleau · il y a
Félicitations !!!
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Sarah Saysouk · il y a
Merci !
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Keith Simmonds · il y a
Super! Un prix bien mérité! Félicitations, Glacy ! Je vous invite à passer lire
mon deuxième, poème, “Oiseaux des Berges” si le cœur vous en dit.
Merci d’avance!

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Sarah Saysouk · il y a
Merci ! :)
J'avais beaucoup aimé votre haïku, je passerai donc sans faute sur votre poème dès que j'en aurai le temps !

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Keith Simmonds · il y a
Bonjour, Glacy ! Grâce à vos votes, mon “Soleil automnal” est en Finale et je vous en remercie infiniment. Je vous invite maintenant à venir le soutenir de nouveau si le cœur vous en dit toujours. Merci d’avance et bonne journée !
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Keith Simmonds · il y a
Bonsoir, Glacy ! Vous avez voté une première fois pour “Soleil automnal” qui est en Finale. Merci de revenir confirmer votre soutien si vous l’aimez toujours ! Bonne soirée !
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Keith Simmonds · il y a
Merci d'avance, Glacy! A bientôt!

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