La revanche de π

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J'aime Baudelaire comme un bateau enivré d'absinthe, comme son Albatros perdu sur le pont du voilier. J'aime le surréalisme, "La Beauté sera convulsive ou ne sera pas" Nadja, A Breton. J'aime aussi ... [+]

Clémentine avait l'âge de la retraite, pourtant elle travaillait toujours pour arrondir ses fins de mois précaire. Mais aussi pour voir des gens. Elle souffrait d'un manque de reconnaissance. Toute sa vie, Clémentine avait connu beaucoup de monde, essentiellement du beau monde.

Elle exerça une profession libérale qui permettait à certains privilégiés de se « libérer ». Elle avait côtoyé avocats, médecins, journalistes célèbres et politiciens corrompus. Quelque fois aussi des fonctionnaires de police, enfin juste des commissaires. La maison de Clémentine avait bonne réputation, son leitmotiv était professionnalisme et discrétion.

Dans son secteur, c'était plus qu'une qualité, c'était une question de vie ou de banqueroute. En trente ans de maison close, Clémentine n'avait jamais failli à sa réputation. Ce n'était pas une grosse boîte. Dix filles, mais quelles filles ! Dix chambres de charme ni plus, ni moins. Assise sur sa chaise, entre deux clients, elle songeait avec nostalgie à son ancien métier de maquerelle.

Passer de maquerelle à Madame Pipi, il y avait un continent. Quoi que. Dans cette grande gare, les commodités étaient scindées en deux. Il y avait les toilettes réservées aux hommes, Clémentine s'occupait des hommes. Et les WC des femmes. Clémentine et sa collègue ne se parlaient pas. Il n'y avait pas de réunion d'équipe. Depuis qu'elle travaillait dans la satisfaction, Clémentine dépérissait, elle se fanait un peu plus chaque jour. C'était un travail mortifère pour une femme qui avait connu la notoriété. C'était le fruit du hasard. Quand elle avait postulé, il n'y avait plus que les WC hommes qui était disponible. Bien sûr, personne ne soupçonnait l'ancien métier de Clémentine. Elle souriait sur l'ironie de recevoir exclusivement une clientèle masculine. Toutefois les gains étaient différents. Autrefois, chaque fois qu'un homme montait, elle empochait au minimum la coquette somme de mille francs.

Clémentine se lassait de la pièce de cinquante cents d'euro qui claquait dans l'assiette comme le rappel implacable de son nouveau statut. Désargentée Clémentine n'avait rien pu mettre de côté. Et pour cause, elle avait vécu en brûlant les deux bouts de la chandelle. Très jeune, baignée dans le luxe facile, elle avait collectionné les millions comme d'autres collectionnent les papillons. Mais avec un train de vie d'enfer, elle avait rapidement tout flambé. Pas de grosse retraite pour Clémentine. Les maquerelles et les putains peuvent crever dans les caniveaux sans que personne de la bonne société ne s'en émeuve. Avec amertume, elle songeait à tous les bourgeois qui avaient fait la queue pour pouvoir entrer dans son établissement. Ceux-là même qui ne lui adressait plus un regard dans les toilettes de la gare. La bourse pleine de pièces de monnaie à défaut de gros billets, Clémentine déprimait jusqu'au jour où sur internet, elle eut une idée glorieuse.

Les années n'avaient pas assagi l'ancienne souteneuse bien au contraire. Pour briser l'ennui inhérent à sa nouvelle fonction, elle emmenait toujours sa tablette. Il n'était pas rare qu'elle visite des sites pour adultes tandis que les clients défilaient devant elle sans se douter de rien. Avec un sourire sardonique aux coins des lèvres, elle leur disait « merci » à chaque tintement métallique dans son assiette blanche. Après une année de dévouement, Clémentine avait acquis la confiance de la direction. Elle pouvait gérer son espace comme elle l'entendait. Clémentine n'avait rien perdu de ses vieux réflexes de maquerelle. Avant de voir le jour, son projet devait encore murir dans sa tête. Elle était patiente, obstinée quand elle avait une idée en tête. Elle réfléchissait, pesait le pour et le contre, y avait-il des risques ?

Quelques mois plus tard, madame Pipi affichait un sourire radieux. Elle retrouvait enfin avec délectation sa raison de vivre. C'était comme si elle s'échappait de sa maison de retraite, où tous attendent la mort selon un scénario différent. Maligne, rusée et sournoise, Clémentine dupait le monde à commencer par ses patrons, la gare et les clients. Même sa collègue Yvonne, ne s'était douté de rien. Elle exhuma de la poussière, une boîte rouillée qui cachait son vieux carnet. Par un tour de passe-passe improbable, elle engendra sa nouvelle activité. Pour tout bureau, la table minable près de l'entrée, avait pignon sur tous les WC en enfilade. Une dizaine de portes blanches alignées comme des cabines de consultation à l'hôpital. A l'opposé, les urinoirs droits comme des militaires en faction devant le palais royal. Les sanitaires impeccablement entretenus donnaient le change. Rien ne pouvait être reproché à Clémentine.

Dans le fond, se trouvait un local d'entretien où madame Pipi entreposait son matériel. Juste à côté, une ancienne toilette désaffectée. L'affluence toujours incertaine, Clémentine voyait un défilé permanent. Un type entra, du style « pet sec », il n'adressa pas un bonjour à la spécialiste des commodités. Elle ne s'en formalisa pas. Elle avait l'habitude. Des années de pratiques, de crise de larmes, de rixes et d'orgies avaient durcis pour toujours son cœur.

Rien qu'en observant ses clients, elle pouvait dire sans se tromper quelles vidanges ils comptaient faire. Parfois, elle recevait les accidentés du jour. Ça arrive plus qu'on ne le croit. C'était une grande gare avec les aléas de la vie. Deux amoureux qui se quittent sur le quai l'angoisse au ventre. Les étudiants mofflés à l'oral du cours de statistique. Les incontinents, et les profiteurs du quartier des Guillemins. Oui les profiteurs, ceux-là avaient été plus difficile à repérer. C'était une race à part, avares maladifs, ils fréquentaient le commerce de Clémentine pour faire des économies. Jamais ils n'achetaient de papier Q, jamais ils n'avaient de facture d'eau astronomique. C'étaient les plus comiques, leur imagination pour tromper Clémentine était extraordinaire. Mais Clémentine était toujours la plus forte. Les commodités de la gare, côté homme, était une vraie fabrique à histoires drôles et moins drôles.
Clémentine une fois décidée n'avait pas mis longtemps à exécuter ses travaux. Léon, son ancien homme à tout faire, fit quelques aménagements dans les deux locaux inoccupés.

Clémentine savait qu'elle pouvait compter sur sa discrétion. Léon en plus d'avoir des mains de fée était sourd muet de naissance. Ça arrangeait le business de l'ex maquerelle. Il n'y eu pas d'inauguration, l'activité parallèle se destinait à la clandestinité. Clémentine jubilait, elle n'avait plus connu une telle fébrilité depuis le bordel qu'elle avait dirigé sans partage pendant des décennies. Désormais, il y avait deux sortes de clients. Les clients cinquante cents et les clients cent euros. La deuxième catégorie nettement plus rentable ne faisait jamais claquer de monnaie dans la maudite assiette blanche. Les billets de banque disparaissent immédiatement dans les sous-vêtements de madame Clémentine. Son Alcatraz de travail devint une évasion quotidienne sur un temps révolu qu'elle faisait revivre avec délectation.

Un nouveau client se présenta. Toujours sur recommandation jamais sans. Casimir présenta une carte de visite. Un précieux sésame qu'il avait obtenu par relation. Cent euros disparurent aussitôt entre les seins de la maquerelle. Casimir était un grand timide, en apparence seulement. Il ne fréquentait ni les salons de massages ni les prostituées. Ça c'était avant. L'homme qui se tenait devant Clémentine retenait de plus en plus difficilement ses pulsions. Le net ne lui suffisait plus. Passé du virtuel à la chair fraîche avait été une affaire de relation. C'était une rencontre déterminante qui l'avait finalement décidé à franchir le pas. Un ancien ami, secrétaire d'un cabinet ministériel, lui avait parlé d'un endroit très « underground ». Il avait même ajouté, en faisant trembler le gras de son double menton, de rire, « elles te feront jouir dans le plus grand anonymat, on te voit rentrer là uniquement pour pisser... ». Casimir n'était ni beau, ni laid mais il ne plaisait pas aux femmes. Il y avait quelque chose chez lui qui déplaisait dès le premier regard. Une sorte de malaise.

Célibataire perpétuel, il peinait à trouver l'âme sœur. Il fit la même impression chez Clémentine. Celui-là n'allait pas laisser de traces impérissables. Le client « cent euros » s'éclipsa dans le fond se faufilant un passage entre tous ces anonymes qui avaient pour particularité d'avoir le pénis à l'extérieur. Des sexes sortant des braguettes ou des boutons comme autant de langues, des bouches de leurs propriétaires. Des gros, des petits, des longs, des très longs tous unis par leur état de mollesse, tous à évacuer de l'urine. Clémentine connaissait la chanson, elle en avait vu assez dans son ancienne vie, maintenant les hommes la dégoûtait. Casimir entra comme si de rien n'était dans l'apparent cagibi. Il referma soigneusement la porte et découvrit le décor. Il s'assura une deuxième fois qu'elle était bien verrouillée. Savoir tous ces hommes au-delà de la porte l'angoissait. Peut-être qu'il n'aurait pas dû venir.

Il découvrit les consignes affichées sur un cadre évocateur. A l'intérieur c'était un autre univers. Difficile de s'imaginer que derrière la porte, un flot ininterrompu de mâles se tenaient en rang d'oignon droit raides et, pissaient se demandant si le voisin en avait une plus grosse. En matière de taille, Casimir n'était pas à plaindre. Il aurait volontiers troqué son engin contre une tête plus affriolante.
C'était le drame de sa vie, il était pourvu d'une grosse et longue queue et ne la faisait cracher le plus souvent, qu'à la force de son poignet. La tendinite le guettait. Casimir soufrait d'onanisme compulsif. Ce jour-là, il l'avait bien mérité, une pute allait le tripoter. Quand Casimir se lâchait, il pouvait être ordurier. Même au travail, surtout avec ses subalternes. Il savourait l'instant, pour profiter d'un tel endroit secret, il fallait avoir des relations. Suivant les indications à la lettre, Casimir c'était déshabillé complètement. Il ne bandait pas encore, madame était plutôt fainéante, le stress de l'excitation n'aidait pas. Léon connaissait son sujet, il avait été décorateur de plateau de cinéma. L'homme à tout faire avait recouvert les murs de papiers peints érotiques, il avait utilisé un éclairage métamorphosant l'ancien cagibi en un univers singuliers. Des enceintes encastrées diffusaient une musique suggestive, épargnant à son locataire d'une passe, les bruits incongrus des chasses d'eau après les jets d'urine. Il y avait même un évier où chaque client était invité à laver son sexe. Des crèmes, du parfum et de l'huile de soin attendaient de servir au cas où. Clémentine pensait toujours à tout. Surtout à ses filles qui devaient supporter certains clients malodorants. Aussi rustre qu'il pût l'être, Casimir se rinça tout de même la bite. Une pute reste une pute, il n'avait aucun respect pour ces dames pas plus que pour les femmes qu'il méprisait puisqu'elles ne voulaient pas de lui. Ce n'est pas lui qui avait un problème, mais bien les femmes. Alors des putains, n'en parlons pas. C'était un vrai connard, Clémentine se trompait rarement. S'il manquait de respect à la fille, Clémentine le priverait d'entrée. Pour l'heure, elle ne pouvait rien faire, il avait payé, elle sentait encore son fric entre ses seins. Un client frustré pouvait la faire plonger, pire l'envoyer en prison.

Léon avait installé un écran plat qui permettait aux clients de voir les filles présentes. La demoiselle du jour était canon. Du moins c'est ce que pensait Casimir en regardant les photos. Il salivait comme un sanglier. Son sexe rafraichit sortait de sa léthargie. La blonde pulpeuse des photos affichait ses formes sans complexe sur l'écran. Une sorte de striptease pour mettre en appétit les plus récalcitrantes. Casimir fixait cette bouche obscène. « Une bouche à faire bander un mort » pensa t'il. Il s'excitait enfin. Il avait maintenant hâte de tout lâcher, d'envoyer sa purée. Sa semaine de boulot au bureau avait été épouvantable. Il avait mérité cette gâterie. Il avait failli craquer nerveusement. Il était responsable dans une grosse administration. Chef d'un service de contrôle des chômeurs, c'était un manipulateur hors pair avec ses subordonnés et intraitable avec les cas difficiles qu'il voyait tous les jours. Il y avait un autre chef, une femme juste au-dessus de lui, c'est là que cela se compliquait. Elle cumulait intelligence et causticité. Il avait du mal à se taire. Il ne supportait pas qu'elle le contredise. Alors il répercutait sa rancœur sur le personnel. Surtout sur les demandeurs d'emploi.

Casimir regardait sa montre toutes les trente secondes, il commençait à s'impatienter. Il avait allongé cent balles, il comptait en avoir pour son argent. Qu'est-ce qu'elle foutait ? S'il devait être déçu de la prestation, la vieille à l'accueil entendrait parler de lui. Un changement de tonalité dans la lumière et la musique vint interrompre ses ruminations. Un astucieux système déclencha l'ouverture d'un orifice dans le mur. Casimir pour le coup fut bluffé par l'ingéniosité de la maquerelle. Un trou, au diamètre calculé et au confort adapté à l'usage. A croire que la vieille connaissait les mensurations de ses clients. Pour éviter toute bavure, du velours tapissait l'intérieur. Casimir se rua sur l'orifice et, confiant y introduisit son sexe. Malgré son ventre à bières comme la bute de Waterloo, il n'eut aucun mal à y fourrer sa queue. Difficile à croire qu'un petit bonhomme insignifiant soit aussi bien membré. Soudain il n'eut plus le temps de s'apitoyer sur son sort qu'une main d'une douceur étrange s'empara de son pénis. Il sentit la fille de l'écran pulvériser quelque chose dessus. Peut-être pour la nettoyer encore. « Bordel de pute qu'est-ce qu'elle croit, je ne suis pas un bouseux ». Casimir n'avait aucun sens du respect. Et puis, d'un coup ce fut l'estocade. Quelque chose le happa. Quelque chose de diabolique. Il sentit que la fille lui aspirait le gland goulument. Un plaisir sauvage traversa tout son corps.

Ses vingt centimètres dont il était si fier tous les matins devant son miroir, bandait dur. La pute était une vraie experte de la fellation. Casimir se pressait contre la paroi. Il se tortillait, se frottait, grognait comme un porc. Il était enragé par cette pipe du « tonnerre de dieu ». S'il n'avait pas eu son gros ventre, il aurait pu lui mettre dix centimètres de plus. Le chef de service de l'organisme du contrôle des chômeurs éructait, haletait, remuait de plus belle du croupion. Avec audace, la fille utilisait ses mains et sa langue. Casimir était tombé sur une suceuse de première.

A ce rythme il n'en pouvait déjà plus. Il avait payé cent euros, il en voulait pour son fric. Non, il ne pouvait pas éjaculer maintenant. Il se forçait à imaginer autre chose que la blonde pulpeuse la bouche pleine. Ce ne pouvait être qu'une grosse pute ravagée comme la chômeuse qu'il avait dû mettre dehors parce qu'elle était saoule. Cette évocation calma un brin ses ardeurs. Mais c'est à ce moment, que la prostituée, accéléra les caresses provoquant les prémices de l'orgasme. Casimir suait à grosses goûtes. Il donnait de furieux coup de reins, son ventre le faisait rebondir d'une manière grotesque. Un spasme violent secoua son corps poilu. La fille lui avait donné le coup de grâce. Il fallait le finir. Sur un moniteur, elle avait vu l'image de Casimir retransmise par une minuscule caméra cachée dans la cabine. Elle en avait vu d'autres. Elle savait y faire avec ce genre de gros dégueulasse. Son client avait hurlé sa jouissance, il venait d'éjaculer ses semaines de frustration à longs jets de semence frelatée. Son sexe toujours « planté » comme il pensait entre les lèvres de la petite pute. Il aurait eu envie de lui dire quelques insanités, mais il aurait dû retirer sa bite et crier quelque chose par le trou. Trop veule, il se contenta de rester appuyer contre la cloison. "Putain de merde", c'était déjà fini. Sa queue nettoyée, il se retira et vaguement satisfait, rengaina son morceau de viande. A peine s'était-il retiré que le système obstruait le « Glory Hole ».
Quinze minutes à peine après y être entré, Casimir sortait des toilettes sans même adresser un regard à Clémentine. Le mépris l'habillait de la tête aux pieds. Il avait payé, c'était ça le plus important. La pute l'avait bien sucé, certainement la meilleure fellation de toute sa vie pensa t'il encore.

Pendant ce temps-là, Simone les 60 ans bien frappé, avait repris du service pour madame Clémentine. Satisfaite de sa prestation, elle se préparait pour le prochain client. Depuis ses 19 ans, cette travailleuse hors pair avait tout connu. Les affres du trottoir avec son lot de clients abjectes, les contrôles de police incessants, la misère, le froid, l'alcool et la drogue. Sa mère décédée trop jeune d'une crise d'appendicite mal soignée, son père avait repris une femme qui la détestait. Pour se venger elle faisait subir à sa belle-fille les pires brimades. Le père trop ivre laissait faire. A dix-sept ans et onze mois, Simone fuguait sans se retourner. Après un passage au cimetière où elle laissa une rose sur la tombe minable de sa maman, elle gagna la capitale. Elle tomba sur son premier mac qui aussitôt, l'avait mise au turbin rue des Vieilles Aigrelettes dans le quartier des Marolles. Son unique chance fut sa rencontre avec madame Clémentine pour qui elle vouait le plus profond respect. C'est cette patronne peu ordinaire qui l'avait tiré des griffes d'Ygor son macro. Elle avait à peine vingt ans. Le belgo-russe balafré au troisième degré, accepta non sans grincer des dents l'offre généreuse de la plus célèbre maquerelle de Bruxelles. Mieux valait ne pas se la mettre à dos. La rumeur courait qu'elle comptait parmi ses protecteurs quelques tueurs à gage.

Clémentine se prit aussitôt d'affection pour la petite Simone, aussi chétive qu'un panneau de signalisation défraichi. Clémentine envoya l'infortunée se refaire une santé en Provence où la souteneuse possédait une maison de campagne. Les vacances durèrent presqu'une année. La jeune fille, la gratitude dans le sang, se jura d'honorer sa dette. Elle revint sur la capitale aussi déterminée qu'un fanatique religieux. Une vraie splendeur, grande et mince, roulée comme un mannequin vedette, tous les hommes se retournaient à son passage. C'était l'arc en ciel au-dessus de Bruxelles. Un mirage à chaque apparition. Au début, la maquerelle la ménagea, elle ne prestait qu'un nombre limité d'heure. Au fil des années, la jeune prostituée se fit une coquette somme d'argent. Aujourd'hui, elle ne devait plus rien à personne. Ni dette, ni loyer à payer. Pas d'homme à entretenir, pas d'enfant à aider. Un appartement à la mer, une maison dans le sud et Clémentine pour qui sa fidélité restait inchangée. Quand elle avait décroché son téléphone, elle avait directement accepté sous réserve de ne pas pratiquer de quelconque acte dégradant. Ainsi, elle repensait à son passé. Elle n'avait pas vu sa bienfaitrice depuis si longtemps. Quelle ne fut pas sa peine de découvrir l'état de dénuement dans lequel se trouvait son ancienne patronne. Remettre le pied à l'étrier, c'était lui renvoyer l'ascenseur. Juste un temps.

Simone s'afférait à nettoyer le sex-toys avant qu'il ne reprenne du service avec un nouveau client. Il y en avait de toutes les tailles, de toutes les couleurs, de tous les noms. « Suceuse mélancolique, saveur anale, pompier profond, chatte débutante » et bien d'autres encore. Des noms évocateurs pour ses instruments sordides, mais qui cette fois, épargnèrent Simone et ses anciennes collègues.
Simone avait vu entrer Casimir. Il ne lui avait fallu que quelques secondes pour cerner le personnage. Elle n'avait pas non plus été surprise de le voir exhiber un engin particulièrement encombrant. Aussi, elle n'avait pas hésité, à s'emparer du modèle XXL « saveur anale ». L'objet ressemblait à s'y méprendre au manchon qu'utilise les vétérinaires pour recueillir le sperme des étalons. Sauf qu'ici, il s'agissait de sex-toys censé imiter l'anatomie féminine. Ainsi donc, sans s'en rendre compte, Casimir s'était fait sucer par une espèce d'accessoire ridicule chauffé dix secondes au micro-onde pour simuler la température du corps humain. Il n'avait rien remarqué. Il avait été pompé par un anus artificiel. Deux anciennes collègues de Simone se relayaient tant le demande fût exponentielle. Toutes avaient passés la soixantaine, toutes utilisaient les manchons suceurs et, tous les clients, sans exceptions, croyaient aux fellations idylliques de ravissantes jeunes femmes. Forte de son succès, en peu de temps, Clémentine se reconstitua un joli bas de laine.
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