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La Reine des Elfes,

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Alain Derenne

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Un jour, un vieux monsieur à la retraite, professeur dans un collège, rencontré dans
un jardin où je m'étais posé pour lire un bouquin, tranquille aux frais par une journée
chaude de juillet, l'homme érudit, botaniste au demeurant attira mon attention, seul,
il cherchait visiblement une compagnie pour discuter un peu, je lui offris donc mon
attention, au cours de nos échanges, il décida de me conter une histoire qu'il avait
vécue lors de son professorat et après mon acceptation à écouter celle-ci, me dit:
_Une histoire que vous aurez, comme moi du mal à croire, mais enfin, voici...
Je sortais donc un beau jour avec une de mes élèves pour un cours de botanique, je
la nommerais Alice par courtoisie, une belle matinée d'automne, délicieuse comme
une orange en décembre, car, on sent, on sait que les douceurs et caresses du soleil,
que la tiédeur de l'air ne sont que provisoires et que celles-ci vont gentiment s'éloigner
pour laisser place au souffle âpre de l'hiver, mais là je m'éloigne du sujet, nous n'en
sommes pas moins séduits, voire bercé par ce rêve d'un printemps qui dure, une joie
qui dans peu de temps va finir...
Face à nous continua-t-il, une clairière, il était tôt ce matin-là, même que la nuit
traînait accroché à la cime des arbres alors que sur les herbes, une brume comme
une écharpe de couleur mauve tardait doucement sa montée vers le ciel, ou comme
aspirée elle était heureuse de devenir nuage.
_C'est notre dernière leçon Alice, travaillons bien.
Nous nous mîmes à cueillir des plantes, et là, surprise me dit-il, le ravissement de la
découverte, une Hoya, ou bien si vous voulez, une fleur porcelaine, une orchidée,
une fleur très rare que l'on ne rencontre guère sous nos climats, mais plutôt dans les
régions tropicales...Il reprit un peu son souffle, l'excitation d'avoir pour lui seul un
auditoire tout ouïe...
Il reprit: nous étions bien occupés à nous émerveiller de cette fleur, anachronisme
de la nature quand Alice poussa un cri qui m'arracha de ma méditation.
_Ecoutez, écoutez, me cria-t-elle.
Et nous entendîmes tous deux une sorte de ronflement précipité qui venait du ciel,
un bruit déplaisant dans le doux silence de ce coin de bois.
_On aurait dit le passage d'un avion à hélice s'écria-t-elle.
Il est vrai que nous étions tellement pris à examiner, curieux avec nos loupes les
feuilles de notre Hoya, que nous n'avions certainement par le barrage des arbres pas
entendu arriver l'avion, je savais me dit le vieux professeur qu'un terrain d'aviation
se trouvait près du lieu où nous étions.
Alice du bout du pied et avec une moue remua l'herbe à l'endroit où nous nous
trouvions et là, surprises, nous découvrions des débris de plumes, comme des haillons
de gazes, comme des débris d'osselets diaphanes, elle en était toute pâle...
_Il y a eu un accident près d'ici, voyez ces traces, ne dirait-on pas du sang? en plus
n'entendez-vous pas là-bas, comme une plainte?
Il était vrai que le vent qui passait entre les branches des arbres en tirait un son
douloureux, mais je ne percevais rien d'autre que ce vent dans les branches me dit-il.
Alice me dit à ce moment:
_Courez, courez Professeur, allez chercher votre boîte de pharmacie dans votre auto,
je suis sûre qu'il se trouve par ici une personne qui a besoin de soins et qui appelle au
secours.
Puis ne me voyant pas trop bouger elle ajouta:
_Allez, vite, je vous en prie.
Elle savait qu'en m'implorant de la sorte elle obtenait tout de moi, je partis donc en
trottinant chercher la boîte à pharmacie, quoique l'utilité m'en parût contestable, à
mon retour, Alice était assise à l'autre bout de la clairière, tenant entre ses mains de

ces flocons blancs et soyeux dont l'imagination populaire avait fait de ses fils échappés
en fuseau de la Vierge, mais qui ne sont en somme que les sécrétions produites par
certaines espèces d'araignées voyageuses comme l'épeire.
_Vous arrivez trop tard, elle est morte, me dit-elle lorsqu'elle me vit revenir.
_Qui? Lui demandais-je, que veux-tu dire par trop tard elle est morte?
_L'elfe...tout à l'heure, j'avais bien entendu comme un gémissement, lorsque vous
êtes partis à votre voiture, j'ai couru vers l'endroit d'où cela venait et j'ai trouvé parmi
un monceau léger de flocons, de freluches, amoncelés comme un petit tas de neige,
une petite créature qui semblait être tout à la fois une femme, un oiseau et une fleur,
son corps était une chaire fluide et transparente, d'un aspect charmant, ses membres
délicats, ses pieds aussi fins que ceux d'un enfant qui n'a pas encore marché, sa tête
était voilée d'une nappe de cheveux blonds qui semblaient tissés de soleil et ses yeux
oh oui, ses yeux luisaient, bleus comme la mer, comme le ciel d'été ou bien les iris
de nos jardins, seules ses ailes, faites d'une gaze brillante, pendaient, froissées,
déchirées, meurtries, lamentables, je m'arrête là, mais elle m'a dit tellement de mots
que je ne m'en souviens plus, mais tout cela elle me l'a dit, elle a continué en me
disant l'avoir prise dans ses bras, l'avoir consolée, avoir voulu la soigner, penser ses
blessures, elle a voulu lui demander qui elle était et comment elle se trouvait là, mais
la petite chose l'a arrêté de la main et lui aurait dit ceci...
_Je suis une elfe, un de ces esprits de l'air et des éléments que les mortels ont
honorés avant que leurs sens fussent devenus trop grossiers pour nous connaître, notre
nombre a beaucoup diminué depuis quelques temps, les uns ont péri étouffé par les
fumées puantes de vos cheminées, d'autres se sont brisés contre vos fils tendus le long
des routes et à travers vos campagnes, nous nous étions réfugiés dans ce pays tranquille
et nous jouions ce matin dans l'aube, comme c'est notre devoir pour saluer le jour
qui vient, quand tout à coup nous avons entendu un bruit affreux et avons vu arriver
sur nous un monstre, un oiseau immense aux ailes étendues qui, en quelques instants
a bousculé notre troupe, rompu nos ailes, fracassé nos corps, j'ai vu mes sœurs tomber
de toute part sur votre sol si dur, seule je restais, j'étais la reine, il fallait bien que je
lutte, quand le monstre vint vers moi, par ma force divine j'aurais pu l'arrêter, tenter
de punir le sacrilège, mais je me sentis tout d'un coup désespérée, puisque les mortels,
maintenant usurpaient notre royaume, nous n'avions plus qu'à mourir...
Immobile, je me suis laissé atteindre par l'oiseau de métal, je vis l'homme aux
commandes, mais lui ne m'a même pas vue, il a poursuivi sa route sans se douter même
qu'il venait de tuer la dernière fée...
Alice me dit que ce furent ses dernières paroles...
_C'est très gentil, et j'aime fort votre imagination Alice, mais maintenant il est l'heure
de rentrer, nous allons enterrer votre petite elfe et repartir.
Drôle d'histoire ne trouvez-vous pas mon jeune ami?
Je n'ai jamais su me dit le vieux professeur si notre charmante Alice avait rêvé ou
si, elle avait bien été la confidente de la dernière «Reine des Elfes», nous ne nous
sommes jamais revu après sa scolarité, elle est partie avec ses parents en Guadeloupe,
ou son père était nommé Préfet.

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Pour poster des commentaires,
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Ghislaine Niel Richard · il y a
J’aurais bien aimé la rencontrer ...cette petite reine des elfes ...merci pour ce joli rêve !
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Alain Derenne · il y a
Grand merci à toi Ghislaine pour ce petit mot, je vous embrasse , bon WEnd
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Ghislaine Niel Richard · il y a
Bisous à tous deux
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Ginette Vijaya · il y a
C'est elfique et tellement magique ! Tout le texte est un souffle qui enfle , inspire et expire ...
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Alain Derenne · il y a
Oui Ginette complétement Elfi que. bon après-midi
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Loodmer · il y a
C'est bien de garder son âme d'enfant. Nous étions au pays des merveilles
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Alain Derenne · il y a
Merci Loodmer de ton passage
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Sylvie Franceus · il y a
Wahou Alain, elle est trop belle ton histoire mais... oserais je te le dire... tu... tu as fait une petit erreur dans ton récit... pourras tu lire cela... Ce n'était pas la dernière des fées.... nan nan.... y l'en reste une ... et oué !!!!
Ta fée

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Alain Derenne · il y a
OUI...merci de ton petit mot tit'fée
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Loodmer · il y a
Et aussi "aux frais". Ça va te coûter cher.
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