La quête de ma vie

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J’ai toujours voulu écrire mon propre livre dans le dessein d'imprégner le monde grâce à l’écriture. Or, il est vrai que du haut de mes quatorze ans, je ne suis pas tout à fait apte à  [+]

Cela s’est passé il y a environ dix-neuf ans, tout juste trois mois après ma naissance. J’étais la seule survivante d’un crash d’avion et ce n’était franchement pas un miracle. Vous vous dites peut-être que j’ai eu une chance immense, or vous avez définitivement tort puisque c’était tout sauf une chance pour moi de survivre. La seule raison pour laquelle je suis parmi vous aujourd’hui en train de vous conter mon histoire est justement de recouvrer ma vraie identité : ma seule raison de vivre est et a toujours été d’élucider ce mystère qui me tourmente depuis ma triste venue au monde, ou du moins quelques années plus tard. Bref, je vous épargnerai les détails de cette période de ma vie puisque je vous avoue qu’à trois mois, je ne me souciais que du rythme de mes sempiternelles jérémiades.
Dix ans, c’est à cet âge que je me demandais, jonglant entre deux familles complètement différentes, que bon dieu pouvaient être mes parents biologiques et que j’enviais les quelques enfants daignant m’adresser la parole qui, eux, n’avaient qu’une seule et même famille unie. C’est d’ailleurs à partir de mon onzième anniversaire que je m’étais fait la promesse de découvrir ma véritable ascendance...

Ah, treize ans, l'âge de l’adolescence, de la maturité comme on dit. Pour ma part, c’était bien avant. Non, je ne suis pas du genre narcissique à chanter mes éloges à chaque moment de ma vie déplorable, j’étais réellement très mature pour mon âge. Alors que pratiquement l’intégralité de mes camarades passaient leurs journées à embêter les plus jeunes ou même à étudier les insignifiants manuels d'histoire, je ne réfléchissais qu’à une seule et même chose : cette enquête qui allait durer toute une vie. Je dressais d’ailleurs, après chaque interminable journée de cours, une liste exhaustive avec tous les détails qui s’ajoutaient à une avalanche de preuves avec toutes les personnes liées de près ou de loin à cette catastrophe. De temps à autre, Marc, le détective privé qu’avait engagé ma bourgeoise de mère, venait me prêter main forte et son aide m’était précieuse. C’était comme un troisième père pour moi...
Le « 8 Février 2014 », une date qui m’a marquée et me marquera à tout jamais : c’est le jour J, le jour où j’étais tombée sous le charme de Robert, mon probable frère cadet. C'était mon Roméo et moi sa Juliette. Il est vrai que je le côtoyais presque tous les jours mais il faut dire qu’avant mes quatorze ans, je n’avais jamais connu cette sensation, je n’ai eu l’indémodable coup de foudre que lors de cette inoubliable, cette impérissable journée. C’est là où j’ai enfin pu le voir d’un nouvel angle, quelque chose en moi ou plutôt en nous avait changé. Néanmoins, je pense que ce sentiment a toujours été présent, enfui en moi, et il m’a fallu quatorze ans pour le déterrer. C’est à cette période précise de ma vie que je priais dieu pour qu’il ne fasse pas partie de ma famille biologique et où j'espérais de tout mon cœur être plus qu’une sœur pour lui. Oui, bien plus, je désirais être « le mot qui nous terrifiait tant », je voulais être ce que l’on appelait sa dulcinée, sa Valentine. Pour être honnête, loin de m’apeurer, cette expression m’enchantait au plus haut point. Et sans vouloir me vanter, je trouvais que je ne lui étais pas tout à fait indifférente, et ce n’était pas seulement mon point de vue, c’était aussi celui de ma meilleure amie, Monica. C’était la fille de Marc ; tout comme son père, elle était très perspicace et franche, c’est ce qui me plaisait le plus chez elle. Je savais qu’avec ma Monique, je ne serai jamais surprise, jamais trahie. C’était la seule personne qui me comprenait réellement, parce qu'à faute de se battre pour moi ou encore pour ma garde, mes parents ne faisaient que m’enfoncer un peu plus dans le gouffre avec leurs disputes incoercibles. Pour être brève, ce n'étaient que d’incorrigibles vantards pour les uns, et radins pour les autres. Oui, je les aimais tout de même, mais ils étaient tout sauf des parents parfaits. Ma vie se résumait donc à une enquête fermée il y a une décennie et à un amour sûrement impossible. Je n’avais comme refuge que Monica et bien entendu son irremplaçable paternel.

Il y a trois ans, c’était l'année la plus joviale de ma vie pour la seule et bonne raison que Robert m’avait enfin déclaré sa flamme. Hormis cette enquête qui m’a toujours occupé l’esprit, c’est ce qui m’importait le plus depuis quelques années. En toute franchise, ce moment n’était pas aussi spécial que je l'espérais, il l’était encore plus. Honnêtement, même dans une benne à ordures, j’aurais été comblée, ne serait-ce que de le voir. Je ne pouvais l’expliquer, c’était tout simplement la lueur qui éclairait ma vie morose. Le mot « amour » n’était pas assez fort pour décrire mon sentiment dès lors réciproque envers lui : je le vénérais. C’était telle une drogue dont je ne pouvais me passer. Mais c’est lorsque l’on est à l'apogée de l’allégresse que l’on tombe de haut. C’est donc au moment même où notre relation avait atteint l’ultime frontière que les ennuis commençaient à se faire sentir crescendo. Cette griserie ne pouvait évidemment pas durer, elle devait laisser place à quelques grisailles dans la perspective de pimenter cette vie bien entendu pas assez tourmentée. Eh oui ! Ce n’était autre que Paul, mon soi-disant frère aîné, qui lui était loin de me considérer telle une sœur. Il m’aimait lui aussi et ne manquait pas de me le faire savoir. Je ne pus donc que lui avouer mon penchant pour Robert dont j’étais folle amoureuse. Or, Paul était coriace. Loin de le décourager, mes paroles n’ont fait que l’inciter à intervenir. Il était bien décidé à ruiner notre relation et j’étais sans savoir à quoi m’attendre. Ce n’était pas seulement un richissime bellâtre, il était aussi et surtout d’une clairvoyance hors-norme. C’est donc en attisant les flammes lors d’une dispute avec Robert qu’il était arrivé à ses fins. Nous avions certes déjà eu plusieurs malentendus, mais ce n’était que pour d’insignifiantes raisons aussi infantiles que futiles. Cette fois-ci, en revanche, c’était du sérieux. Ce plaisantin de mauvaise augure avait ruiné la seule relation qui m’importait réellement. Robert et moi avions rompu sans nous douter un seul instant que cette décision allait probablement changer tout le cours de nos vies respectives. J’étais toujours aussi loin de me douter que ma meilleure amie, en qui j’avais une confiance aveugle et qui m’avait tant soutenue, allait profiter de la situation dans le dessein de devenir l’amante de Robert. Elle l’avait toujours aimé en secret tout en sachant à quel point cela me contrarierait. Ce n’était néanmoins qu’un avant-goût de ce qui m’attendait, un secret encore plus lugubre nous liait...

Un an plus tard, la chose la plus inopinée qui soit arriva. Accablé par cette enquête définitivement infinie, Marc, ce détective de haut niveau, s’était soi-disant suicidé ne laissant derrière lui une jeune fille en détresse qui me faisait toujours pitié malgré son acte impardonnable et un calepin vieux de vingt ans qui avait miraculeusement survécu aux innombrables coups que lui avait fait subir cet homme de talent et d’expérience. J’étais dévastée, mes seuls véritables amis m’avaient laissé tomber. Il ne me restait plus qu’à aller me morfondre sur les épaules réconfortantes de Paul. Il avait pourtant tout fait dans l’espoir de rompre les liens entre Robert et moi. Or, il était la seule personne sur laquelle je pouvais encore compter après ces successives déceptions. Robert, quant à lui, vivait le grand amour avec cette traîtresse de Monica. Aucunement convaincue de la mort suspecte de Marc, je décidai de mener ma propre enquête laissant en suspens celle qui représentait jadis l’essence même de ma vie misérable. Je feuilletais maintes fois son carné mais en vain. Je cherchais chaque jour des témoins potentiels, je ne récoltais que leurs irréfutables mécontentements et reproches incoercibles de ma curiosité déplacée. Sans aucune issue, je me lamentais quotidiennement sur mon sort. Et voilà qu’un jour, je découvris l’insurmontable vérité qui allait m’en hanter jusqu’à la fin de mes jours, non pas celle sur le décès de Marc mais plutôt celle à propos de ma véritable famille. Devinez ce que j’avais trouvé ! C’était sur le tout premier journal sur ma miraculeuse survie. Eh oui ! Je ne m’appelais ni Rachel ni Léa : ma mère biologique était tout simplement une femme dénuée d’humanité qui m’avait déposée sur l’avion, ou du moins ce qu’il en restait après le crash. Je l’avais découvert, par hasard, en cherchant dans l’appartement de Marc quelque chose de prometteur sur sa mort ; le seul mystère que je n’avais toujours pas élucidé. Mais qu’allais-je faire en un tel moment de crise ? Allais-je le révéler aux deux familles qui se disputaient ma garde ou allais- je simplement me taire et accepter ma destinée tragique ?

Vous allez peut-être trouver mon initiative d’une irresponsabilité et d’un égoïsme sans limites mais, oui, je décidai de me taire, du moins à ce moment-là. Obnubilée voire obsédée par la vérité sur Marc et toujours nullement convaincue de son suicide, je considérais encore sa mort tel un homicide. Je refusais de croire qu’il avait mis fin à ses jours, et par dessus le marché, par ma faute ! Et j’avais la conviction de prouver le contraire. L’unique raison pour laquelle je ne sombrais pas encore dans la dépression était le fait que Robert n’était pas mon frère biologique. Après tout ce qu’il m’avait fait subir, j’espérais encore raviver la flamme entre nous mais j’étais sans savoir ce qui se tramait derrière mon dos. Cherchant désespérément des preuves tangibles de ce que j'avançais à propos du meurtre de Marc, je fus confrontée à une vérité aussi acerbe que saugrenue : c’était Monica la meurtrière de son propre père !! Elle avait orchestré son suicide. Vous vous demandez sans doute pour quelle raison avait-elle Bon dieu assassiner son père ?! Ce dont j’étais loin de me douter, c’est que sa véritable cible était moi...
Elle me traquait sans relâche et voilà que vint le soir qui allait chambouler tout le cours de ma vie. Seule dans ma bibliothèque à feuilleter mon roman fétiche, j’offrais sans le connaître la parfaite occasion à cette psychopathe de passer à l’acte. Mais, comme on le dit si bien, l’amour est la seule science imprévisible. C’est donc cette nuit-là que mon Roméo avait décidé de nous redonner une chance. C’est au moment-même où Monica avait appuyé sur la détente que Robert, tel un héros de roman à l’eau de rose, se jeta devant moi me sauvant la vie. Sans le savoir, cette jeune femme névrosée avait tiré une balle sur le seul homme qu’elle aimait réellement. C’était, sans contestation, le pire moment de ma vie. Robert se vidait de son sang devant mes yeux, ce dernier coulait à torrents tel celui d’un gibier qu’on venait d’égorger. La mort noyait son œil farouche. Sa bouche s’ouvrait péniblement pour me dire en marmonnant : « Je t’aime ». Une chose est sure, toute ma vie je vivrai avec le remord de l’avoir tué de mes propres mains n’étant pas morte à sa place.
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SEKOUBA DOUKOURE · il y a
Bravo pour ce beau texte !' Vous avez mes voix. ET merci de passer faire un tour chez moi et soutenir mon texte si vous avez le temps. 🙏🙏
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Malak Berrada · il y a
Merci, félicitations vous êtes déjà lauréat j’aurais aimé y contribuer 😉
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France Passy · il y a
Hé bien, continuez, c’est formidable à votre âge.
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Malak Berrada · il y a
Merci bcp, c’est très touchant
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M. Iraje · il y a
Une chute qui tue ... !
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Malak Berrada · il y a
Merci c’était l’effet désiré