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La Proie

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Corinne Ecrivain

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Tu crois que je n'ai pas compris ?
Tu désires entrer dans ma tête, trouver une explication.
Mais il n'y en pas.
J'ignore pourquoi. Je l'entendais tout simplement. Elle me parlait, me contrôlait.
Mais quelle agréable jouissance lorsqu'elle prenait possession de mon corps. J'étais comme un camé en quête d'un délire insatiable. Oh ! Oui, j'aimais cette sensation.
Prends donc ton stylo, faits ton job de psy.
Je vais tout te raconter, dans les moindres détails.

Pauvre Mathieu Dufrèsne. La nuit avait été longue et monotone, dans son vieux véhicule, une 205 usée, posté devant la somptueuse demeure de la belle Claudia. Un autoradio épave, un café dégueulasse qui lui donnait des remontés d’acide et un froid humide qui pénétrait jusque dans ses entrailles pour réconfort.
Dufrèsne appréciait ces instants d’isolement, tapi dans la pénombre comme un criminel épiant sa prochaine victime.
Dès que l’ombre chinoise fine et élancée apparaissait à la fenêtre, sa respiration s’accélérait et une douleur aiguë suppliciait le bas de son ventre. Il tirait sur sa cigarette afin de dissimuler sa gêne. Était-elle habillée, vêtue d’une lingerie fine, coquine ou tout simplement... ?
Ses deux petits tétons ; deux boules de vanilles bien glacées sur un cornet de pâte feuilletée, qu’il caressait langoureusement de sa langue, fondaient dans sa bouche et enivraient son palais. Le café lui laissait un goût amer.
Il était temps de rentrer. De prendre une bonne douche chaude et de se coucher dans un grand lit froid, solitaire.
Mais un désir qu’il ne pouvait maîtriser le dominait. L’envie au ventre de goûter aux délices de cette chair féminine.
Il sortit donc de son véhicule et d’un pas rassuré, s’approcha de la villa. Réfléchissant à la manière dont il allait pouvoir aborder la jeune femme.

Trois putains de semaines que je l'observais et l'étudiais. Caché à l'entrée de la demeure. Tout était prêt.

Cinq minutes s’écoulèrent avant que le verrou de la porte se fasse entendre. Afin de se réchauffer, Dufrèsne frotta ses mains contre son visage et releva son col.
Il la découvrit, vêtue d’une simple nuisette de soie blanche. Ni coiffée ni maquillée, aussi pâle qu’une poupée de sucre nappée de chantilly.
Il récita le discours qu’il avait préparé.
- Bonjour, inspecteur Mathieu Dufrèsne. Je m'assure du bien-être des villageois. Un tueur en série sévit dans la région.
Il sourit afin d’apaiser la lourdeur de l’atmosphère et cacher sa gêne.
- Personne n’a pénétré chez-moi par effraction, inspecteur.
L’intonation calme et posée était aussi froide que ce climat hivernal qui persistait. Mathieu resta quelques secondes silencieux, savourant la vision plaisante des deux petites prunelles de menthe qui le toisaient puis ajouta : « voici ma carte, n'hésitez-pas à me contacter si vous voyez ou entendez quoi que ce soit. Bonne journée madame. »
Il s’apprêta à partir lorsqu'elle prononça les paroles qu’il espérait tant entendre.
- Il fait si froid dehors. Souhaitez-vous un café ?
Il se retourna, adoptant l’attitude de quelqu’un qui hésite, puis pénétra à l’intérieur de la somptueuse demeure.

Une fois la porte close, le jeu pouvait commencer.

Claudia le pria de s’asseoir dans un canapé de cuir rouge situé au milieu du salon.
- Si vous le permettez, je vais me mettre une tenue plus décente.
Elle l’abandonna face à un silence hostile.
Il profita de cette absence pour fouiller les lieux d’un regard circulaire. La pièce et le peu de mobilier, un salon, une table basse, une bibliothèque, étaient plongés dans une aurore boréale, fruit du feu qui crépitait dans la cheminée. Un environnement irréel de pureté ou de démence.
Un frisson lui traversa l’épine dorsale. Mais il n’eut pas le temps de s’attarder sur ses états d’âme. Claudia était de retour.
Recouverte d’un chemisier crème anglaise voilant sa beauté et d’un jean moulant ses deux petites pommes. Elle tenait une tasse de café, qu’elle déposa sur la table de verre.
Elle s’assit au creux d’un fauteuil, jambes croisées, face à Mathieu qu’elle ne quitta pas du regard.
- Racontez-moi, inspecteur.
Quelle appréciable saveur, ce café chaud et fort, bien meilleur que celui qu’il avait siroté toute la nuit dans son véhicule. Il inventa une histoire puisée dans les romans de polars de son adolescence.
- Nous ignorons par quel subterfuge cet homme arrive à pénétrer dans les demeures de ses victimes. Les corps ont été découverts, violentés et vidés en
différents points, la poitrine et le nombril ; un verre, posé sur la table de chevet, taché du sang de la victime.
Mathieu finit sa phrase dans un sourire, satisfait.
Attentive et silencieuse, Claudia alluma une cigarette sans détourner les yeux.
- Quels crimes empreints de barbarie. Avez-vous pu dresser un profil psychologique ?
- C'est un être effacé, solitaire, plus par choix que par fatalité, éprouvant un désir sans limite envers les femmes. Elles ne représentent pas un trophée sexuel mais une énergie vitale nourricière.
Dufrèsne, fier de sa création littéraire, cherchait à susciter la crainte chez la jeune femme. Mais il n'en était rien : aucune angoisse. Insensible, elle se leva et se dirigea vers la cheminée.
Tandis qu'elle attisait le feu, Mathieu consommait les deux pommes rondes et bien fermes offertes à son regard. Il en salivait et la douleur naissait lentement au bas de son ventre.
Lorsqu'elle se retourna, ses deux boules de vanilles commençaient à fondre avant qu'il ait pu les goûter.
- Si je comprends bien, inspecteur, vous ne possédez aucun indice d'ordre physique.
Troublé par la désagréable sensation de se sentir épié dans l'âme, il s'empressa de répondre.
- Malheureusement. Il agit avec minutie et ne laisse aucune empreinte si ce n'est son rituel accompli.
Le visage fermé, réfléchissant aux propos qu'on venait de lui conter, la jeune femme, s'approcha de la baie vitrée et tira une bouffée de sa cigarette. Mathieu sentait le bas de ses reins infiltré par des piqûres d'orties. Il essayait tant bien que mal de dissimuler cette souffrance en se cachant derrière la cigarette et le café. Mais cette vision féminine chocolatée intensifiait le désir de sentir la saveur onctueuse caresser ses lèvres. Une grosse bouffée de chaleur l'envahissait et des gouttes de sueur perlaient dans son dos.
Elle se retourna. Le regard translucide mélange de menthe et de chocolat.
- Cet homme pénètre dans les demeures de ses victimes sans aucun obstacle. Soit, elles le connaissaient, soit, c'est un être qui aspire une totale confiance, comme...

La partie devenait intéressante voire jouissante. Dominer ma victime me procurait un véritable plaisir.


-... un uniforme.
Souriant, l'orgueil dominant, Dufrèsne se leva. L'effet d'ombre de la cheminée peignait sur son visage la démence.
Il se jeta sur elle et la plaqua contre le mur.
- Toutes ces heures à attendre de goûter ta chair.
La langue visqueuse se promenait sur le visage de la jeune femme, écoeurée. Quant à Mathieu, il pouvait enfin se réjouir de cette saveur sucrée.
Claudia ne pouvait se dégager, prisonnière de la poigne de cet homme lourd, son corps sali par le muscle gluant.
Il la mordillait légèrement aux joues. Face à la folie de cet homme, la jeune femme sentait son coeur sortir de sa poitrine. Paralysée, il lui fallait réfléchir, trouver une échappatoire, aller par delà sa frayeur.
Dufrèsne relâcha légèrement son emprise et promena ses doigts malsains sur la poitrine tendre qu'il mourrait d'envie de dévorer. Profitant de la situation, Claudia le griffa au visage et s'éloigna.
- Salope !
Il la rattrapa vers la baie vitrée par les cheveux et la projeta au sol, s'asseyant à califourchon sur elle, coinçant ses bras entre ses cuisses, une main pressant le cou de la jeune femme.
- Comme vous êtes pitoyables ! Aucune n'a pu me surprendre.

Il déchira violemment le chemisier et colla sa bouche sur le sein. Le coulis de fraise se mélangeait à la vanille.
Claudia était inerte, terrifiée, la respiration difficile, les larmes coulaient, involontaires, fruit de l'horrible douleur de la ventouse. Comment sauver sa vie ? Un mot lui vint à l'esprit : surprendre. Un léger sourire se dessina au coin de ses lèvres et la peur céda la place à la détermination. Elle tourna son regard vers ce psychopathe.
- Je peux te donner plus.
Il s'arrêta net et releva son visage maculé de sang et d'aliénation.
- Tu veux te rassasier de mes fruits, ma peau sucrée, mon vin. Je te donnerais tout cela en échange d'une simple faveur.
Il hésita avant de répondre.
- Dis toujours.
- Je veux ton corps.
Le silence s'installa un court instant avant qu'un rire démentiel résonne dans la pièce.
- Je savais que tu n'étais qu'une putain.
Il se leva, au grand soulagement de Claudia et alla s'asseoir sur le fauteuil qui avait gardé l'odeur de la féminité.
- Viens t'enfourcher.
La jeune femme s'exécuta.
Un cri de souffrance ou de jouissance fit trembler la demeure.

N'as-tu jamais éprouvé un tel orgasme ? Le sexe ensanglanté.
Oh ! Oui, j'obéissais, je lui donnais ce qu’il réclamait. Il crut me dominer mais dès qu'il franchit le seuil de ma demeure, il était à ma merci. Je l'avais laissé faire, laissé croire. Qu'elle magnifique partie ! Surtout lorsqu'il se rendit compte qu'il était perdu. Tu aurais dû voir son regard, pathétique, suppliant.
Je prenais mon pied, empalée sur lui. Puis, elle me parla. Ce qu'elle me demanda de faire était encore plus jouissif.
Je me penchai et l'embrassai. Lorsque je me libérai, je tenais entre mes dents le muscle visqueux de cet homme et le sang jaillissait à merveille de sa ventouse dégueulasse. Quel magnifique spectacle de voir son corps pris de convulsions, les yeux souffrants.
Ce n'était pas suffisant. Elle en voulait plus encore. Son appétit n'était pas comblé. Je me levai donc et revenais, un couteau de cuisine dans une main, un saladier dans l'autre. J'ouvrai le ventre de ce gros et découpai son foie. Ensuite, je tranchai un cercle dans sa poitrine et m'emparai de son coeur.
Tu sais, avec de la persillade et de l’oignon, c'était excellent.
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