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La prison invisible

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Survivance

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-Avertissement. Ce récit émotif est le lot d’injustices que vivent beaucoup de nos concitoyens. Ce récit ne reflète pas nécessairement la vie personnelle de l’auteure. -

Il y a trois décennies, un crime a été commis. Pour une raison idéologique, j’ai été sacrifiée. Des options, je n’en avais pas. On m’a déclarée inapte sans possibilité de changements. Mise de côté et priver de mes droits, après quatre années de déstabilisation, je me suis enfuie. J’ai résisté tout ce temps, car je savais que je n’étais pas ce qu’ils disaient de moi. Plus que je résistais et plus que la pression s’accentuait. Ma raison savait que j’avais toute l’intelligence requise pour être « comme tout le monde ». Je ne compte plus les fois où je me cachais pour apprendre ce qu’on me refusait.
Un jour le surveillant m’a surpris à la bibliothèque avec le livre de Jules Verne vingt mille lieues sous les mers. Il m’avait dit le plus sérieusement du monde d’arrêter de me prendre pour ce que je ne suis pas et moi de répondre: - je ne vous laisserai jamais faire de moi une idiote.- À partir de ce moment, par peur, j’ai faites semblant. Je suis sorti de cet enfer au bout de quatre années désorienter et blesser. Le traumatisme qui a suivi a fait de moi une mésadaptée. Je me droguais, je buvais à outrance, je n’écoutais plus rien, je ne voulais rien savoir qu’on m’aide. Je voyais en tout le monde un agresseur potentiel. Après une thérapie, j’ai pu régler certains problèmes, dont l’alcool. Je n’ai pas arrêté les drogues pour autant. Les drogues d’ordonnances sont celle qui sont les plus traîtres. Elles t’accoutument dans les paramètres. Elles peuvent être sans danger si bien dosé. Mais, elles font en sorte que tu ne puisses pas te passer d’elle.

Depuis, je déambule. Seuls ceux qui me connaissent bien savent que je suis une détenue en partie enfermée dans des traumatismes du passé. Les autres pensent que je suis une personne comme les autres, ce qui est vrai en soi. Ils pensent que je suis mariée, j’ai un emploi ou j’ai des enfants. En fait, j’ai plus l’impression qu’ils voient en moi ce qui leur plait sans plus. D’autres s’imaginent que du jour au lendemain je pourrais m’insérer socialement. Comment peut-il ne pas voir ni même s’imaginer ce que cela implique pour moi? Je ne suis pas en couple, je ne suis pas mariée et je n’ai pas d’enfants. La famille... Les amis? Très peu. Je suis une sans-appartenance, je voyage dans certaines strates de la société car ce que je recherche avant tout, c’est des relations humaines.

Des rencontres, j’en ai fait plus que personne ne peut l’imaginer. J’ai voyagé et le monde est venu à moi. Une journée, je peux me faufiler et discuter avec un itinérant et une autre journée me faufiler parmi les plus instruits que moi et discuter avec eux. Je suis une sorte de caméléon introvertie et extravertie qui s’efforce d’avoir une vision tétravalente du monde que je préserve par ma seule volonté. Chaque personne que je rencontre est une occasion d’évoluer. J’ai la chance de ne pas être prisonnière dans un clan précis. C’est bien là, le gros du problème. Je suis seule dans ma prison particulière. Une prison où, le seul garde-fou est ma propre volonté. En conclusion mes amis(es), le tout pareil, voilà la véritable utopie des temps modernes qui nous embrigadent dans des schémas idéologiques qui éloignent une partie de notre humanité du plein potentiel.

Survivance
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Gérard Aubry · il y a
Dur, dur! Mais quel boulot! Bien G.A.
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Daniel Nallade · il y a
Un chemin difficile que de vivre hors case.
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Survivance · il y a
Nous sommes tous je crois un peu hors case. Mais certain le sont plus que d'autres.
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